Séminaire d’été 2016 – Jeudi 25 août.
Marc Darmon, Le Moment de conclure, L4.
Effectivement, c’est une leçon importante du Moment de conclure et qui peut s’articuler avec ce que Lacan avance dans Les Écrits techniques de Freud en éclairant certaines choses.
« La fin de l’analyse, on peut la définir. C’est quand on a deux fois tourné en rond, c’est-à-dire retrouvé ce dont on est prisonnier. Recommencer deux fois le tournage en rond, ce n’est pas certain que ce soit nécessaire, il suffit qu’on voie ce dont on est captif.
Et l’inconscient, c’est ça, (…) c’est la face de Réel de ce dont on est empêtré. »
Alors, il y a dans cette leçon quelques formules comme ça qui sont des formules-chocs à retenir et à éclairer. Donc, nous dit-il, « la fin de l’analyse c’est quand on a deux fois tourné en rond, c’est-à-dire retrouvé ce dont on est prisonnier. » À quoi se réfère-t-il ? Alors que nous avons une topologie présentée dans les premières leçons qui combine topologie du tore et nœud borroméen, le fait de tourner deux fois en rond nous renvoie à la topologie de l’identification, c’est-à-dire où l’analyse était décrite comme un retour de la boucle sur elle-même en découpant le tore. « Recommencer deux fois le tournage en rond, c’est pas certain que ce soit nécessaire ». Alors là, on ne comprend plus puisque la doublure de la boucle était nécessaire pour ouvrir le tore et en faire une bande de Mœbius double. D’autre part, nous avons rencontré ce retournement du tore du Symbolique par lequel dans le séminaire sur L’insu Lacan décrivait donc une sorte de premier tour de l’analyse dans un retournement du tore du Symbolique qui rendait nécessaire une deuxième tranche pour retrouver le nœud borroméen initial avec, il faut l’espérer, quelques progrès. Mais il nous dit autre chose : «il suffit qu’on voie ce dont on est captif. Et l’inconscient, c’est ça, c’est la face de Réel de ce dont on est empêtré. »
Plus loin :
« L’analyse ne consiste pas à ce qu’on soit libéré de ses sinthomes, puisque c’est comme ça que je l’écris, symptôme. L’analyste consiste à ce qu’on sache pourquoi on en est empêtré.
Ça se produit du fait qu’il y a le Symbolique.
Le Symbolique c’est le langage ; on apprend à parler et ça laisse des traces. »
Alors, nouvel étonnement. Bon. « L’inconscient (…) c’est la face de Réel de ce dont on est empêtré. » On peut le comprendre dans la mesure… Enfin on peut essayer de lire ça comme la place du symptôme comme cette partie du Symbolique dans le Réel. C’est-à-dire quelque chose qui nous empêtre d’une façon réelle et qui constitue pour le sujet ce qu’il y a de plus Réel. Et il n’est pas question, donc, que l’on soit libéré de ses symptômes. Ou faut-il entendre dans « l’analyse ne consiste pas à ce qu’on soit libéré de ses symptômes » que ce n’est pas ça que l’analyse, c’est « qu’on sache pourquoi on en est empêtré ». C’est-à-dire est-ce qu’il faut entendre qu’il est hors de question d’être libéré de ses symptôme, je ne crois pas, mais plutôt qu’être libéré de ses symptômes ce n’est pas la tâche de l’analyse, ce n’est pas le but de l’analyse ? Le but de l’analyse c’est de savoir pourquoi on en est empêtré. Donc de savoir. Il s’agit du terme « savoir », ce qui pose problème. Est-ce que donc dans une analyse l’analysant acquière un savoir ? Est-ce que ce savoir qu’il supposait en l’Autre il s’en fait le sujet ?
Autre phrase très étonnante :
« Ce que j’essaie, c’est d’élucider quelque chose sur ce que c’est vraiment que l’analyse, on ne peut le savoir que si on me demande, à moi, une analyse. C’est la façon dont, l’analyse, je la conçois. »
Alors c’est très étonnant. Est-ce que Lacan se pose comme celui qui est le seul à savoir ? Mais il est un fait que, à l’époque de l’École freudienne, Lacan était l’au-moins-un analyste, l’au-moins-un à savoir ce que c’était que l’analyse. Donc ce n’est pas à considérer comme un scandale cette histoire, mais plutôt comme un fait de structure. Il faut se demander s’il n’y a pas nécessité de cet au-moins-un à savoir ce que c’est que l’analyse.
Ensuite, Lacan trace un nœud où il fait une erreur, « comme d’habitude » dit-il, un nœud curieux fait de trois composants dont on reconnait facilement l’un, le Symbolique, puis les autres ronds sont constitués par le sinthome et le rond du Réel, semble-t-il, par le symbole, il est inscrit sur ce rond du Réel : « symbole » et « chose ». Voilà. Il ne fait pas de commentaire sur ce nœud qui reste pour ma part assez énigmatique.
Ensuite, un autre passage énigmatique – alors j’ai une proposition à vous faire mais je serai curieux de savoir si quelqu’un d’autre a une autre proposition à faire -, ce passage où il inscrit la suite des nombres entiers 0, 1*, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 donc une ligne de nombres entiers à partir de zéro, et sous cette ligne, au-dessous du 0 un zéro avec un point, au-dessous du 1 un zéro avec un point suivi du 1, au-dessous du 2 un rond avec un point suivi de 2, etc.

Et il nous dit :
« Compter, c’est difficile et je vais vous dire pourquoi, c’est qu’il est impossible de compter sans deux espèces de chiffres. Tout part du zéro. Tout part du zéro et chacun sait que le zéro est tout à fait capital.
Le résultat, c’est que, ici le rond avec un point c’est 1. Voilà en quoi ça commence au 11, en quoi le 1 qui est ici [noté* sur l’édition de l’ALI] et le 1 qui est là [le rond avec un point] se distinguent. Et, bien entendu, ce n’est pas la même espèce de chiffre qui fonctionne pour ici marquer le 1 qui permet 16. »
Alors c’est proprement hallucinant. Qu’est-ce qu’il a bien voulu dire par là, ces deux espèces de chiffres ? Alors, « tout part du zéro », on a déjà rencontré ça dans la construction des nombres de Frege. Zéro, si on considère zéro comme un nombre, on a déjà le 1. Mais ces deux espèces de chiffres, de quoi s’agit-il ?
Eh bien, je vous propose de les considérer comme un qui compte et un qui écrit. C’est-à-dire si vous partez de rien, vous comptez ce rien comme zéro, vous écrivez le zéro (0). Le chiffre zéro c’est déjà quelque chose, donc vous écrivez un zéro (1.0). Si vous écrivez (1.0) vous avez écrit deux chiffres, un 1 un 0 (1.1.1.0), donc vous avez écrit trois fois 1 (1.1.1.0), donc vous pouvez écrire à sa place trois 1 un 0. Donc vous inscrivez les trois un et un zéro comme quatre barres du 1 et un zéro à la fin (1 1 1 1 0). Et ainsi de suite. Puisque les trois 1 inscrits sous forme de trois barres verticales, vous pouvez les compter comme trois 1, donc vous écrivez le nombre 3 suivi de la barre du 1 (3 1) et il y a encore le zéro, donc un zéro (1 0), (3 1 1 0), etc.

Donc voilà comment je comprends cette histoire de chiffres de deux espèces différentes, celui qui écrit et celui qui compte. Ce petit exemple introduit à ce que nous dit Lacan sur le Réel.
« Nous avons la suggestion que le Réel ne cesse pas de s’écrire.»
Alors, phrase étonnante, « le Réel ne cesse pas de s’écrire », puisque jusqu’à présent il était question du Réel qui ne cessait pas de ne pas s’écrire. Ce qui ne cesse pas de s’écrire, Lacan disait autre chose, il disait que c’était le nécessaire. Mais là « nous avons la suggestion que le Réel ne cesse pas de s’écrire ».
« Ça s’écrit tout de même le Réel ; car, il faut le dire, comment le Réel apparaitrait-il s’il ne s’écrivait pas ?
C’est bien en quoi le Réel est là. Il est là par ma façon de l’écrire. »
Encore une fois, Lacan, s’avance lui-même en disant que, le Réel, il est là parce que je l’écris et c’est « ce qui ne cesse pas de s’écrire ».
Or, « L’écriture est un artifice. Le Réel n’apparait donc que par un artifice, un artifice lié au fait qu’il y a de la parole et même du dire. Et le dire concerne ce qu’on appelle la vérité. C’est bien pourquoi je dis que, la vérité, on ne peut pas la dire. »
Alors encore une fois, une phrase énigmatique parce qu’elle repose sur un paradoxe : « je dis que, la vérité, on ne peut pas la dire. » Si je dis que, la vérité, on ne peut pas la dire et si c’est vrai, c’est que c’est une phrase qui se dénonce elle-même. Mais ici il nous dit donc que le Réel « n’apparait que par un artifice », donc l’écriture – il nous avait parlé du dire avant pour ce Réel, là c’est l’écriture – et « un artifice lié au fait qu’il y a de la parole et même du dire. » « Et le dire concerne ce qu’on appelle la vérité. », donc il met le dire du côté de la vérité. « C’est bien pourquoi je dis que, la vérité, on ne peut pas la dire. » Comment comprendre ce paradoxe, cette phrase paradoxale ? Eh bien quand « je dis que, la vérité, on ne peut pas la dire » pose la vérité en objet ; comme objet, la vérité, on ne peut pas la dire puisque la vérité consiste dans le dire. C’est-à-dire c’est dans le fait de dire qu’il y a vérité, ce n’est pas dans ce qui est dit.
Ensuite, il nous parle de la passe par écrit. Passer par écrit, ça devrait être bien parce que si l’écriture touche le Réel, on devrait en attendre quelque chose. Mais il modère tout à fait notre enthousiasme en nous parlant des écrits, de ce qui est couché sur le papier, ça se rapproche du papier hygiénique. Donc personne ne le lira. Mais pourtant, il y a quelque chose que lit l’analyste, c’est l’écriture dans l’inconscient.
« Il y a sûrement de l’écriture dans l’inconscient, ne serait-ce que parce que le rêve, principe de l’inconscient – ça c’est ce que dit Freud – le lapsus et même le trait d’esprit se définissent par le lisible. (…) Le lisible, c’est en cela que consiste le savoir. »
Et donc, l’analyse, dans le transfert, qu’est-ce que le sujet supposé savoir ? Bien c’est un sujet supposé savoir lire autrement. Donc c’est ce qui suppose une écriture dans l’inconscient et c’est la face de Réel dont il parlait tout à l’heure. Cette écriture dans l’inconscient, c’est la face de Réel dont on parlait tout à l’heure, c’est pourrait-on dire le nœud borroméen lui-même ou du moins peut-être ses avatars. Voilà la face de Réel de l’inconscient.
Ensuite, un passage important où il se réfère à Cantor, à sa théorie des ensembles, à l’ensemble dénombrable, comme les nombres entiers pour lesquels on peut établir une relation bi-univoque entre deux ensembles infinis, par exemple les nombres entiers et les nombres pairs, et un ensemble qui n’est pas dénombrable. Ça se démontre par l’écriture.
Et en opposition à ce caractère bi-univoque, il nous dit que c’est l’équivoque dans l’analyse qui domine, « à partir du moment où y a confusion entre ce Réel que nous sommes bien amenés à appeler Chose, y a une équivoque entre ce Réel et le langage, puisque le langage, bien sûr, est imparfait, c’est bien là ce qui se démontre de tout ce qui s’est dit de plus sûr. » En somme, là, il nous propose quelque chose d’intéressant en jouant sur le mot équivoque qu’il oppose à bi-univoque, c’est à dire d’un côté à quelque chose qui serait de l’ordre des nombres, avec cette possibilité toujours de bi-univocité, et ce qui repose sur l’équivoque serait l’impossible relation entre cette infinité des nombres entiers dénombrables et les nombres réels. Donc cet effet comme ça, cet impossible d’établir une relation bi-univoque entre les entiers et les nombres réels c’est une… est-ce qu’on peut dire une analogie ou est-ce qu’on peut dire que c’est plus que ça ?… c’est une présentation de ce que c’est que l’inconscient ? Inconscient qui est de l’ordre de cette écriture réelle impossible à saisir dans ce caractère dénombrable des nombres entiers.
Donc il finit cette leçon en évoquant la relation entre Symbolique et Réel, en disant qu’entre le Réel et le langage, puisqu’il y a équivoque, puisque bien sûr, le langage est imparfait.
« Le langage est imparfait, y a un nommé Paul Henri qui a publié ça chez Klincksieck, il appelle ça Le Langage : un mauvais outil. On ne peut pas dire mieux. Le langage est un mauvais outil, et c’est bien pour ça que nous n’avons aucune idée du Réel. C’est bien là-dessus que je voudrais conclure. »
C’est curieux parce qu’on a rencontré cette expression, le « mauvais langage », dans l’étude des trois premières leçons des Écrits techniques de Freud où Lacan décrivait la constitution du concept à partir du langage naturel, si vous vous rappelez la phlogistique, le mauvais langage et la constitution du concept d’oxygène par Lavoisier. Puis la mathématisation qui nécessitait néanmoins toujours la parole pour expliquer. Or il se trouvait que, à l’époque du séminaire Le moment de conclure, Paul Henri avait publié un livre qui s’appelle Le mauvais outil, langue, sujet, discours, qui s’intéresse à la scientificité, au caractère scientifique de la linguistique. Et cet ouvrage de ce philosophe se réfère explicitement à Lacan et aux logiciens. Il y a deux citations au début de l’ouvrage, en exergue, une de Frege
« Les langues d’usage souffrent de ce défaut que l’on peut y former des expressions qui, si on l’examine, la forme grammaticale semble déterminée et bonne à désigner un objet, alors que dans certains cas sa détermination fait défaut car elle dépend de la vérité d’une proposition. » C’est-à-dire que dans le langage naturel on peut former des phrases tout à fait bien formées et bien sensées, mais désignant un objet qui n’existe pas. C’est là où Frege trouvait que cette langue d’usage, cette langue naturelle souffrait d’un défaut, puisque l’expression « le langage est un mauvais outil » est une expression de logicien.
Il citait une autre phrase « Je dis toujours la vérité, pas toute, parce que toute la dire on n’y arrive pas, la dire toute c’est impossible matériellement, les mots y manquent, c’est même de cet impossible que la vérité tient au Réel », Jacques Lacan. Il cite aussi ce début de Télévision « (…) où c’est du caractère impossible matériellement, de ce manque à dire toute la vérité, c’est-à-dire, de ce (S de A barré) qui vient trouer le Symbolique, de ce caractère impossible, c’est même par cet impossible, par ce trou, que la vérité tient au Réel ».
Je vous remercie.
Elisabeth de Franceschi – Merci Marc Darmon, le langage comme ce qui ne cesse pas de s’écrire, voilà une nouveauté marquante dans le séminaire de Lacan…
Marc Darmon – Le Réel !
Elisabeth de Franceschi – Le Réel, pardon, j’ai dit le langage, excusez-moi. Le Réel comme ce qui ne cesse pas de s’écrire et qui donc ne devrait pas cesser de se lire. Annie Delannoy, que souhaites-tu dire maintenant ?
Annie Delannoy – Merci beaucoup, moi ça m’éclaire toujours énormément de vous écouter commenter ces leçons qui, pour moi, sont vraiment très difficiles. Du coup, me viennent plein de choses quand je vous écoute, je vais essayer de les regrouper un peu. Mais peut-être en tout cas une première question qui m’est venue, parce que je ne l’avais pas entendue comme cela et je voulais vous interroger là-dessus, c’était sur cette question de la nécessité d’un au-moins-un à savoir ce que c’est que l’analyse. Parce qu’en vous écoutant relire le passage, vous dites que c’est un fait de structure et je me disais que, dans cette adresse à ce sujet supposé savoir, c’était ça le fait de structure, et effectivement, il en faut au-moins-un, et c’est ça qui se passe dans l’adresse à l’analyste, mais j’étais pas sûre de l’avoir bien entendu comme ça.
Marc Darmon – C’est comme ça dans le lien social des analystes, c’est-à-dire il y en a au-moins-un qui fait office de l’analyste. Je crois qu’il ne faut pas s’en défendre, il faut le considérer. Ça se dit à voix basse…
Annie Delannoy – Alors après, en écoutant, je trouvais que, cette leçon, elle est tout le temps comme ça dans un rebouclage par paradoxe, c’est extrêmement difficile d’en faire le tour. Mais du coup, vous nous avez vraiment fait entendre la façon de… toujours deux plans, notamment avec ce passage énigmatique sur les chiffres qui vient là au milieu. Et je me disais qu’il y avait quelque chose dans la façon dont c’est posé, quand vous dites que c’est dans le fait de dire qu’il y a la vérité et pas dans ce qui se dit, il me semble que, quand vous nous avez expliqué cette nécessité que pointe Lacan de deux séries de nombres, on entend ça, ça vient le montrer. Effectivement quand on dit « zéro » s’écrit aussi autre chose et peut se lire aussi autre chose. Voilà, c’est des remarques comme ça qui, moi, me paraissaient intéressantes.
Et je trouvais aussi que l’on retrouvait cette question du temps nécessaire puisque, par rapport à la passe et au fait que Lacan dit : on peut éventuellement la faire par écrit, mais enfin, les écrits ça va à la poubelle, que cette écriture à lire, c’est une lecture dans l’instant, et qu’en même temps, il y a quelque chose qui vient pointer cette question du temps, que ça ne peut pas se figer dans un écrit. Et c’est vraiment dans cet acte de dire qu’il y a cet acte de lecture, cet acte d’écriture et de lecture.
Marc Darmon – Tout à fait, c’est bien pourquoi le premier tour n’équivaut pas au second tour. Il y a du temps parce qu’il faut le temps de dire, c’est le dire qui introduit le temps. Et puis ce n’est pas la même chose dans cette répétition du tour. Quand on parle… même dans nos concepts, et on en fait la preuve aujourd’hui, quand on parle de l’inconscient ce n’est pas la même chose dans les années 50 et ce qu’on peut en dire aujourd’hui, pourtant on emploie toujours le mot inconscient. Alors, Lacan a essayé de s’en sortir avec l’une bévue pour marquer la différence, mais le temps intervient effectivement.
Angela Jesuino – Juste une petite contribution à ce que tu as dit à voix basse, et qui en même temps est tellement important pour nous, parce que la façon dont cette place de au-moins-un analyste va être occupée dans un lien social avec des analystes est très importante et déterminante. La façon dont cette place-là va être occupée. Parce que selon le mode avec lequel cette place-là va être occupée, la possibilité de la transmission de la psychanalyse va se vérifier ou pas. Voilà c’était une petite remarque que je voulais rajouter à la voix basse.
Marc Darmon – Merci Angela Jesuino.
Michel Jeanvoine – Oui, tout simplement une petite note puisque qu’on parlait du temps logique tout à l’heure. Ces deux temps, très tôt Lacan en parle et, à propos du temps logique, il me semble qu’on les trouve, ces deux temps, dans le processus-même, dans le parcours du temps logique. Deux temps qui vont pouvoir permettre une écriture et une sortie.
Marc Darmon – Toujours heureux d’évoquer le temps logique dans ce séminaire Le moment de conclure.
Françoise Antoine – Juste par rapport à la phrase « ça ne cesse pas de s’écrire », je me demandais si c’est parce que, quand ça vient dans la suite des nombres, quand vous dites ça se compte, ça s’écrit, le compté et l’écrit, j’étais entrain de me dire que c’était quelque chose d’impossible, peut-être que c’est ça que ça marque. Et si on est déjà dans les catégories de l’impossible, ç’est assez logique que ça ne cesse pas de s’écrire, l’impossible. C’est une idée comme ça.
Marc Darmon – Oui, mais c’est un impossible qui s’écrirait alors.
Françoise Antoine – Comme impossible.
Marc Darmon – Je crois qu’il y a un pas quand même là qui est fait chez Lacan entre cet impossible qui ne cessait pas de ne pas s’écrire et cette écriture de l’impossible qui ne cesse pas de s’écrire.
Jean-Luc de Saint-Just – Juste faire remarquer que dans L’insu, l’année précédente, il avait fait ce pas, de passer du Réel comme impossible à un Réel comme un possible, qu’il y avait quelque chose qui venait se modifier du côté du Réel pour le sujet dans la cure.
Marc Darmon – De nous donner le Réel qui s’écrit comme nécessaire.
Eugène Perlat – Justement. Effectivement il y a un pas entre cet impossible qui ne cesse pas de ne pas s’écrire et cet impossible qui s’écrit. Au niveau de la pratique analytique, à la lumière, à l’écoute de ce qu’on a débattu depuis deux jours, quel est ce pas qui pourrait (conditionnel)… ferait que quelque chose du Réel dit par l’analysant fait que je pourrais écrire cet impossible, ce Réel qui ne cesse pas de s’écrire ? Est-ce que c’est la pratique des nœuds, de la mise en jeu de quelque chose dans l’inconscient de l’analyste ?
Marc Darmon – Oui, c’est-à-dire c’est du fait de cette écriture des nœuds qui écrit le Réel. C’est à dire jusqu’à présent nous avions affaire à un Réel comme impossible, en quelque sorte sous cette forme négative, comme quelque chose d’inatteignable et même d’impossible à dire puisqu’il suffit d’en dire quelque chose pour être dans le faux. Là, avec les nœuds, on a affaire à une écriture réelle. Il y a un pas considérable effectivement. Qui répond à cette « face de Réel dont nous sommes empêtrés ». À la formule « par la parole je dois défaire ce qui a été fait par la parole » on peut répondre par la formule « ce qui est écrit je dois le défaire par l’écriture des nœuds ».
Christian Fierens – Est-ce que tu serais d’accord pour dire que ce que tu viens d’exposer avec l’écriture des nœuds peut paraître quelque chose de théorique en fait ? Paraître je dis bien, parce qu’en fait tu posais une autre question avec la réponse que Lacan donne « qu’est-ce que c’est une analyse », avec la réponse que Lacan donne, « on ne peut pas savoir ce que c’est sauf si on me demande à moi une analyse ». Tu évoquais la fonction du au-moins-un que Lacan occupait à ce moment-là. Mais est-ce que ce n’est pas le fait aussi de tout analyste de ne pouvoir répondre de l’analyse qu’à partir de ce qu’il invente dans un cadre singulier ? Et la formule générale que tu donnais dans le nouage des nœuds, est-ce que ça ne pourrait pas s’entendre justement comme cette réponse que Lacan a donnée, mais que chaque analyste pourrait et devrait donner à son propre compte, c’est-à-dire dans le nouage des nœuds en tant que nous sommes nécessairement impliqués et obligés de nous débrouiller avec ça, ce qui donnerait à ta formulation qui peut avoir un air un peu théorique ou savant une toute autre portée pratique.
Marc Darmon – Tout à fait.
Transcription : Érika Croisé Uhl, Dominique Foisnet Latour
Relecture : Jean Brini, Louis Bouvet