L'hystérie : maladie, névrose, discours
08 juillet 2003

-

NUSINOVICI Valentin
Textes
Hystérie



Le médecin d’aujourd’hui ne serait pas déconcerté par les observations d’hystérie faites par ses lointains confrères de l’antiquité égyptienne ou grecque, il y reconnaîtrait des plaintes auxquelles il est accoutumé. Toutefois le mécanisme allégué (qui sonne juste à l’oreille de l’analyste) le ferait, dans le meilleur des cas, sourire : qu’est-ce que cet utérus insuffisamment nourri qui ne tient pas en place et dérange le fonctionnement des autres organes ? La médecine a radicalement rompu avec ce type d’explication mais elle ne peut proposer mieux pour rendre compte de ce x, à connotation sexuelle, qui se manifeste en n’importe quel point du corps, voire, ce qui se révèle encore pire, s’en absente. Elle ne peut que se détourner de l’hystérie. Et ce n’est pas parce qu’elles n’ont pas de "vraie" maladie que la santé des hystériques, parfois gravement endommagée, s’améliore.

Freud dira que le fonctionnement du corps de l’hystérique est perturbé par une représentation refoulée. Il compare celle-ci, de façon évocatrice, à un corps étranger. Le terme de névrose a été utilisé avant lui mais il en précise le mécanisme : l’hystérie est une névrose de défense. Les représentations (nous dirions aujourd’hui les signifiants) qui sont inconciliables avec les idéaux du moi sont refoulées et ce refoulement les rend traumatiques.

Avec la levée du refoulement en jeu dans un symptôme, celui-ci peut être supprimé, mais la capacité de la névrose à en produire de nouveaux n’est pas pour autant entamée. Les cures vont mettre au jour, avec une régularité remarquable, des scènes de séduction, de viol précoce perpétré par un adulte, en particulier par le père, et Freud fera l’hypothèse que c’est là le premier refoulement, la cause même de la névrose, que sa levée pourrait permettre de guérir.

Les constatations ultérieures vont compliquer la question. D’abord il s’avère que les scènes de séduction ressortissent le plus souvent d’un fantasme œdipien. Il s’avère aussi que le refoulement premier, originaire, à partir duquel se constitue l’inconscient, ne peut en aucun cas être levé.

Lacan va préciser les rapports du refoulement originaire et du fantasme. Le refoulement originaire est inviolable (c’est le cas de le dire) il est du registre du réel. Il est mis en place par le langage, autrement dit par le symbolique. Il constitue la part inconsciente du sujet qu’il divise donc ($) et auquel il confère l’existence (structuralement le réel ex-iste au symbolique, cliniquement le sujet éprouve le sentiment d’exister qui peut confiner à celui d’être en exil). Cette existence du sujet qui, répétons-le, est un effet du langage, le fantasme œdipien la lie au Père. Au Père est imputée la violence du sexuel mais le Père est aussi bien Celui qui est tout amour et pour lequel on se sacrifie. Dans tous les cas le transfert au Père est, comme le dit Ch. Melman, consubstantiel à l’hystérie et il est pour cette raison la principale résistance à la fin de la cure.

l’agent   l’autre
la vérité  la production

Lacan va introduire le terme de "discours de l’hystérique" en même temps que ceux de "discours du maître", "discours universitaire" et "discours analytique". Il formalise ainsi l’hystérie à partir des seuls termes de la structure mise en place par le langage. Les discours sont définis à partir de quatre places (celles de l’agent, de la vérité, de l’autre et de la production) et de quatre termes (dans l’ordre : S1, le signifiant maître, S2, le savoir, $ le sujet et a le plus de jouir) qui par rotation occupent les différentes places.