La loi sur l’aide à mourir bientôt une dernière fois devant les députés
09 juillet 2026

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Stéphane Thibierge et le bureau de l’ALI
Actualité de l'Association

À l’approche de la délibération finale de l’Assemblée nationale concernant la loi dite sur l’aide à mourir, l’ALI a pris contact avec les députés et les plus hautes autorités de l’État en leur faisant parvenir la lettre postale suivante de la part de son président. Les préoccupations exprimées dans ce courrier viennent à la suite de celles qui avaient pu être évoquées lors de l’après-midi que nous avions consacrée à cette loi en avril dernier, en invitant Dominique Reynié à venir en parler avec nous.

 

Stéphane Thibierge, pour le Bureau

 

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Lettre au Président de la République,
au Premier ministre, à la Ministre chargée de la Santé, au Ministre chargé des Relations avec le Parlement, aux présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, au Président de la commission des affaires sociales, et à l’ensemble de nos députés.

 

M…,

 

Notre association, reconnue d’utilité publique, rassemble des praticiens issus de disciplines diverses, parmi lesquels de nombreux médecins, psychiatres, psychologues et psychanalystes, quotidiennement confrontés à la souffrance humaine, à la maladie, au grand âge et à la fin de vie.

 

À ce titre, nous croyons de notre devoir d’exprimer notre profonde inquiétude devant le projet d’instaurer dans notre droit une aide active à mourir.

 

Notre démarche ne procède ni d’une conviction confessionnelle, ni d’une position partisane. Elle trouve ses raisons dans une longue expérience clinique et dans une réflexion sur ce qui fonde le lien social et la fonction de la loi.

 

Une société démocratique ne se définit pas seulement par les droits qu’elle reconnaît. Elle se définit aussi par les limites qu’elle choisit de maintenir parce qu’elles constituent les fondements symboliques de la vie commune. L’interdit de donner délibérément la mort appartient à ces fondements symboliques. Le déplacer, même dans des circonstances strictement encadrées, ne saurait être considéré comme une simple évolution technique du droit : il modifierait profondément la représentation que notre société se fait du soin, de la vulnérabilité et de la solidarité.

 

L’expérience de nombreux cliniciens montre que les demandes de mourir sont souvent traversées d’ambivalence et d’incertitude : elles évoluent presque toujours au fil de l’accompagnement, et elles expriment parfois moins un désir de mourir qu’une détresse, une peur de devenir une charge, ou un appel adressé aux proches et aux soignants.

 

Les paroles de ces patients doivent être entendues, accompagnées et soutenues. Elles ne peuvent être comprises comme l’expression d’une volonté simplement univoque et définitivement arrêtée.

 

Cette loi placerait également les soignants dans une position difficile et inédite. Même protégés par une clause de conscience, ils verraient leur mission profondément transformée. La confiance qui unit le malade à celui qui le soigne repose sur une orientation fondamentale : tout est entrepris pour accompagner la vie jusqu’à son terme et soulager les souffrances, sans que la mort devienne elle-même un acte de soin.

 

Les familles seraient, elles aussi, exposées à une délibération morale très difficile. Dans des situations où se mêlent l’angoisse, la fatigue, l’amour, parfois la culpabilité et les difficultés matérielles, une décision de cette nature ne peut être regardée comme purement individuelle : elle engagera inévitablement ceux qui entourent la personne malade, et pourra les placer devant une responsabilité inassumable en conscience.

 

Faut-il créer un tel séisme dans nos usages, nos consciences et les principes de notre civilisation ?

 

Notre droit n’est pourtant pas démuni en l’occurrence. La loi Claeys-Léonetti a établi sur cette question un équilibre prudent et attentif à la complexité des situations qu’elle recouvre. Associée au développement des soins palliatifs, elle permet de soulager les souffrances les plus graves tout en préservant un principe essentiel : soigner n’est jamais donner la mort.

 

Enfin, il nous paraît impossible d’ignorer le contexte économique dans lequel intervient ce débat. Les difficultés durables du financement de notre système de santé ne peuvent qu’alimenter, chez les personnes âgées, handicapées ou gravement malades, la crainte de devenir un poids pour leurs proches ou pour la collectivité. Nous ne prétendons pas que telle soit l’intention du législateur. Mais une loi doit aussi être appréciée à partir des effets symboliques qu’elle produit. Le simple fait que puisse naître le soupçon qu’une mort provoquée coûterait moins à la société qu’un accompagnement digne, attentif et prolongé, suffirait à fragiliser la confiance qui unit les citoyens à leur système de santé.

 

Parce qu’une civilisation se reconnaît à la manière dont elle accompagne les plus vulnérables, nous vous demandons respectueusement et instamment de préserver l’esprit de la loi Claeys-Leonetti, de renforcer effectivement l’accès aux soins palliatifs sur l’ensemble du territoire, et de renoncer à toute disposition qui ferait de l’aide à mourir un nouveau droit inscrit dans notre législation.

 

Nous vous prions d’agréer, M…, l’expression de notre haute considération.

 

Pour l’Association lacanienne internationale (RUP),

le président

Stéphane Thibierge