Les éditions de l'ALI
- Imprimer
- Envoyer
Bilinguisme : incidences subjectives et épistémogènes
Journées des 28 et 29 septembre 2002, CMME, Paris
Auteurs : Collectif, Jean Paul Beaumont, Latifa Ben Mansour, Jean Bergès, Graciela Cabassu-Crespin, Jean- Marie Forget, Anette Gorouben, Lis Haugaard, Dany Joseph-Ducosson, Térèz Léotin, Charles Melman, Susana M
L'évidence du fait que la psychanalyse n'a qu'un médium, la parole du patient, n'excuse pas qu'on le néglige (J. Lacan, Ecrits, p.242) Or il n'est pas rare au cours de la cure que cette parole fasse intervenir plus d'une langue. Comment dès lors ne pas s'interroger sur les incidences d'un tel fait sur le sujet lorsqu'on admet avec Lacan qu'un signifiant représente un sujet pour un autre signifiant ? Quant à l'hypothèse d'un "pousse au savoir" spécifique à la situation de bilinguisme, c'est un point qui, pour des psychanalystes, mérite d'être examiné de près. Nous pouvons constater que la disparition de nombreuses langues au cours des âges, et en particulier à l'ère de la mondialisation, ne semble guère affecte la persistance d'une remarquable faveur pour le bilinguisme et la diglossie, alors même que, comme le souligne Charles Melman, l'inconscient se prête sans aucun chauvinisme au mixage des langues. La métaphore de "langue étrangère" utilisée par Freud pour désigner l'altérité de l'Inconscient peut laisser penser qu'il y aurait une langue de l'inconscient, une Grundsprache qui pourrait advenir dans le travail de la cure. D'où l'importance de l'affirmation de Lacan selon laquelle l'inconscient est structuré comme un langage, et non comme une langue. Si une parole n'est possible qu'à partir d'un manque -manque inhérent à la structure même du langage -, parler c'est aussi pour un sujet tenter de se défendre contre un manque dont l'effet de castration symbolique le divise. Et c'est précisément sur le rapport d'un sujet à la castration, avec la limitation de jouissance qui en est l'effet, que le fait de parler une autre langue pourrait nous éclairer. Se trouve posée ici la question de la langue qui pourra être dite "maternelle". Celle où est organisé le refoulement qu'un sujet aura à faire sien pour exister comme désirant. Celle que Charles Melman définit comme la langue dans laquelle la mère aura été interdite. Si les langues parlées sont structurées par l'impossible qui conditionne le fonctionnement du symbolique, chacune organise son propre refoulement au point où s'articulent la lettre et la voix. Seront évoqués ici le cas de la langue des sourds (dont la dénomination de langue de signes vaut sans doute d'être questionnée), ou encore l'expérience des enfants qui n'arrivent à articuler leur parole qua dans la langue de leur cure. Les langues créoles, qui se sont organisées sans écriture dans un contexte de violence coloniale, nous paraissent illustrer de façon remarquable toutes ces questions. Notre pari pour ces journées est que la fonction de pousse au savoir du bilinguisme nous engage à préciser les questions qui fondent la pratique et la théorie psychanalytiques.
Préface
1. Une langue, deux langues, de la langue? :
Une langue peut en cacher une autre, Cyril Veken
Bilinguisme: Inné, acquis, contraint?, Lis Haugaard
Lingua viva e corruttiblile, Une "livre de chair" y est incluse, Laura Strocchi
"Mamma partir, Anna e (et) babbo big bed", Fabrizio Gambini
2. L'objet, la voix, la parole :
Bilinguisme et refoulement, Jean Bergès
De la langue autistique à la langue maternelle : l'histoire de Bob, Graciela Cabassu-Crespin
Quelle langue maternelle pour l'enfant étranger?, Dominique Villeneuve
Une, deux, trois, parlez, Jean-Marie Forget
La question des enfants sourds… , Annette Godouben
Langue orale, langue gestuelle : 2 langues pour une pulsion, Yvette Thoua
3. La langue de l'(a/A)utre :
Pas pour rien, Jean-Paul Beaumont
Le rire de mon père dans la langue de Voltaire, Latifa Ben Mansour
L'Autre langue : glossophobie, glossophilie, Roland Chemama
Le bilinguisme du traducteur, Angela Jesuino-Ferretto
Où est la division dans la langue japonaise?, Erika Thibierge
Eloge de l'écriture bilingue, Susana Morath
Bilinguisme : entre mère et fille quelle transmission?, Maria Rougeon
4. Comment ne pas être bilingue?
Un sujet bles-é, Jeanne Wiltord
Entre deux langues, un No man's langue, Anne Sophie Warot
Un prénom pour dire… quoi?, Dany Joseph-Ducosson
Parler et déparler : Ce que dit le créole de la parole, Hector Poullet
Réalité sociolinguitique : Bilinguisme, diglossie ou destructuration du créole, Térèz Léotin
Le sujet divisé par le bilinguisme, Charles Melman

