
État létal
Du point de vue de l’évaluation comptable qui prime aujourd’hui, les vieux coûtent cher et de plus en plus. L’État français pourrait en tirer les conséquences, comme d’autres états l’ont fait avant lui, en légalisant l’euthanasie. Le pouvoir – et parfois l’obligation – de donner la mort seront ainsi conférés aux médecins, aux proches, aux familles, comme la mise en œuvre d’un soin de type nouveau et jusqu’alors inédit : l’autorisation, voire l’injonction, de tuer son prochain, parfois son tout proche, au nom invoqué et glaçant de la bienveillance.
Si cette loi passe, elle fera sauter l’interdit jusque-là intangible posé sur la jouissance de tuer, interdit au principe d’un lien social quel qu’il soit.
Freud et la psychanalyse l’ont souligné depuis longtemps : la civilisation se soutient du refoulement de cette puissante tendance de l’humain à l’agressivité et au meurtre. Au-delà même du passage à l’acte haineux – et souvent ravageant de par la culpabilité qu’il entraîne – s’introduirait par là le leurre de nous rendre maître du réel de la mort, ce “maître absolu”. Comment entendre autrement les propos d’un Président annonçant qu’avec ce projet de loi, on regarde la mort en face ?
Cette loi “bienveillante” introduira un nouveau style de ségrégation volontaire nous poussant à nous penser nous-mêmes comme encombrants, quand les assurances nous informeront ne plus pouvoir financer les soins médicaux dont nous aurons besoin. Qui dit encombrant, dit déchet. Et l’évaluation purement financière du soin des vieux fabrique ainsi la frayeur devant la souffrance, sur laquelle le projet de loi s’appuie manifestement aussi.
Accompagner ou provoquer la mort – les enjeux d’une légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté : cet après-midi sera l’occasion d’évoquer le dernier ouvrage dirigé par Dominique Reynié qui rend compte à propos de cette loi du dérèglement des discours qu’elle traduit et aggrave : désinformation des citoyens, absence de véritable débat dans l’état actuel de l’Assemblée nationale, manipulation des sondages moyennant des questions biaisées, etc… Ses témoignages sur ce qui se passe déjà au Canada, en Belgique ou au Pays Bas sont accablants. Il évoque aussi le séisme que représenteraient les conséquences de cette législation pour la médecine, le droit, ou encore la famille.
Entrée libre
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