À la mémoire de Christian Simatos

Christian Simatos


Mon vieux copain Christian vient d’être emporté par le Covid. Copain veut dire que la solide et affectueuse amitié-inimitié qu’il me portait depuis plus de 60 ans n’avait pas besoin d’être entretenue par le partage des jugements ni des prises de position.
Bien évidemment c’est sur Lacan que portait le différend puisque Christian était de cœur et de propos avec ceux, majoritaires dans l’École freudienne, qui pensaient que la haine à l’égard du tyran était la façon régulière de résoudre l’amour de transfert. J’étais pour eux un demeuré aveugle. Chargé durant toutes ces années d’organiser les Congrès de l’École, j’insistais pourtant à chaque fois pour qu’ils viennent à la tribune développer leurs argumentations. On n’en trouvera trace nulle part puisque jamais elles n’eurent cette audace. Pas de trace non plus de Christian, plutôt réfractaire aux adresses qu’elles soient écrites ou parlées.
C’est donc à ce caractère que Lacan confia d’être secrétaire à l’École, ce dont il s’acquitta fort diligemment jusqu’à une tentative de putsch qu’il fit lors d’une réunion de l’A.G. pour faire nommer Safouan directeur à la place de Lacan car « pourquoi serait-ce toujours le même ?» Démissionné peu après, je crois ne pas avoir manqué aux manifestations de fraternité et de soutien qu’on peut avoir pour un ami fort déprimé. L’année dernière encore, je le fis inviter à Dublin pour un Congrès tenu en l’honneur d’un de ses analysants, Cormac Gallagher, introducteur de Lacan en Irlande et traducteur des Séminaires mais, la veille, il se déroba. Ainsi fut manqué le plaisir et aussi l’intérêt (car il pouvait être brillant) où j’aurais pu lui dire que je l’aimais toujours.


Charles Melman 
Le 16 novembre 2020

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