Question provoquante, quel est le minimum à quoi s’identifier pour penser, pour se situer dans ce lieu de l’Autre où ça pense ? La réponse n’est plus évidente, depuis que l’Autre transcendant et garant  – Dieu le Père, la Raison, ou l’Histoire – a pris du plomb dans l’aile.  

Faut-il choisir dans le fatras imaginaire ? Penser en tant que jeune, que femme, qu’homme de gauche, ou qu’amateur de trottinette…  Bien fragiles ces vêtements ou ces « idées » à valider par l’autre.

Le nom, longtemps trace du réel du sujet, est devenu précaire, remplacé par une suite numérique – devenu illisible. S’il est pulvérisé en avatars et en pseudos, il faudra dix fois par jour en vérifier l’existence sur les réseaux sociaux, le compte mail, la banque à distance. Et nous savons que la notion d’un auteur (d’une œuvre, d’une recherche) ne va plus de soi.

Alors quoi ? Penser à partir du corps, du symptôme ? Eux aussi demandent confirmation par des collectifs. Le fantasme ? S’identifier au fantasme, est-ce subjectivité, ou pétrification ? Mais que penser d’une subjectivité, même en alternance, qui se passerait du fantasme ?

Le je n’est-il vraiment qu’une plaisanterie grammaticale, comme quelqu’un l’a hasardé ?

Pourtant nous savons après Freud, et surtout après Lacan que l’identité réelle, c’est celle de l’objet a ; qu’il suffit de l’identification à un simple trait pour que la subjectivité se fonde, qu’il n’y a subjectivité que dans le rapport à l’inconscient. Mais si ce trait ne se réduit pas à celui d’une identification collective, nous devrons en tirer des conséquences logiques dans la conduite de la cure.

Jean-Paul Beaumont

 

Ces deux termes s’opposent dans le titre. C’est un « ou »exclusif : « ou bien ou bien ». C’est d’autant plus surprenant que la subjectivité semble reposer sur une identification. Que ce soit les trois identifications de Freud ou l’une des trois qui se trouve privilégiée, Il n’y a point de subjectivité sans identification. Que celle-ci concerne les trois dimensions du réel, symbolique et de l’imaginaire ou qu’elle privilégie l’une des trois. Ainsi à défaut d’une identification symbolique se référant au Nom-du-Père et au Phallus, au trait unaire, c’est l’identification réelle au père ancêtre Incorporé qui dominera, ou l’identification Imaginaire hystérique au désir de l’autre. Notre actualité nous donne l’occasion de vérifier la justesse des analyses de Freud sur la psychologie des masses. Mais paradoxalement, notre modernité qui met en cause l’identification symbolique valorise une autre forme d’identification qui ne dépend plus que du sujet lui-même, de sa subjectivité . C’est au sujet à dire ce qu’il choisit d’être en fonction de ses goûts de ses préférences. Ainsi Il n’est plus question que l’anatomie détermine le destin, si je me sens appartenir à l’autre sexe ce sera ce sentiment qui prévaudra y compris aux yeux de la loi.

Marc Darmon

 

La clinique nous enseigne qu’il existe des cas de psychoses dites compensées. Dans de tels cas, il suffit d’une identification imaginaire à une figure paternelle puissante ou à celle de multiples semblables, pour que le  locuteur tienne un discours au titre d’un Je, sans pour autant qu’aucune subjectivité ne s’y trouve engagée. Ce discours, désigné par Lacan comme le ronron ou le moulin à paroles, ne passe pas par la chaîne signifiante, perméable aux effets de la métaphore et la métonymie. Pas plus qu’il ne transmet un message qui ouvrirait le sujet à la question du désir de l’Autre. Une des questions qui se pose aujourd’hui est celle de savoir si le discours social n’illustre pas le défaut d’identification symbolique qui permet l’articulation signifiante, support de la subjectivité. Question qui se prolonge par celle de savoir comment, dans ce contexte, un psychanalyste et le discours qu’il soutient seraient susceptibles de se faire entendre ?

Claude Landman

 

 

Identification et subjectivité ?

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