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De la lycanthropie

GENTIZON Jean-Michel
Date publication : 20/04/2016
Dossier : Parutions des membres chez d'autres éditeurs

 

De la lycanthropie, de Jean-Michel GENTIZON

Au loup ! Au loup !

Le lycanthrope, l'homme-loup, le loup-garou, des légendes pour faire peur aux enfants, mais quand même le Petit chaperon rouge en réchappe ! Les Trois petits cochons de notre enfance effrayés par l'arrivée feutrée du loup qui veut se régaler en les croquant tout crus se rempardent dans la maison solide du petit cochon bâtisseur. Et puis on a appris que la Louve romaine avait allaité Romulus et Rémus. Donc il existe des louves maternelles. Peut-être les louves sont-elles moins voraces que les loups. Parti pris de femme ! Mais parlerait-on de "lycagyne" ? Je n'en trouve pas trace dans le livre de Jean-Michel Gentizon.Le fait est que le loup n'est plus l'animal légendaire mais qu'il a été réintroduit actuellement, loup réel qui dévore les agneaux de nos plateaux et affolent leurs bergers.Mais rappelons-nous : l'un des petits cochons célébrait sa victoire – sa maison avait résisté au souffle de la bête – en jouant de la flute. On devrait apprendre le piano à tous nos bergers pour que, à l'instar d'Hélène Grimaud, les loups se calment en l'entendant. En réalité, à l'heure actuelle, ils reviennent et font peur, comme par le passé. Comme toujours.Toujours, comme le montre Jean-Michel Gentizon, revenant à l'antiquité grecque qu'il développe longuement et qui lui donne l'étymologie de la maladie, et aussi bien rappelle l'histoire romaine, et en suivant tout le moyen-âge. À dire vrai, l'auteur s'étend davantage sur les Métamorphoses, à la mode à l'époque, et qu'on retrouvera avec Kafka.Au XVIè, on retrouve, mêlés, le loup, Satan, les sorcières, toutes ces puissances infernales qu'on se permet de brûler parce qu'elles font peur et qu'on les croit incarnations du Malin. Pourtant on ne croit plus au diable, ces fariboles d'un autre temps … Alors pourquoi existe-t-il encore des exorcistes ? Il n'y a pas si longtemps que Jeanne-Favret-Saada écrivait son livre passionnant[2] que notre auteur commente : "nous devons comprendre non pas, ou pas seulement que {…} l'animal est l'autre absolu de l'homme mais que l'homme est autre pour lui-même, que son langage est vain s'il n'est pas habité par le cri ou la mélodie animale". Alors, nous savions que nous descendions du singe mais crions-nous comme les loups ?Mais comment résumer ou commenter un livre aussi foisonnant de savoirs ; on s'y instruira beaucoup en le lisant et si l'on s'imaginait que la croyance au diable est radiée, cet ouvrage y apporte un démenti et en même temps une large ouverture sur ce qu'il en est de ce type de maladie mentale qui existe encore actuellement.J'ai quand même le regret que Lacan y soit si peu présent. Certes Réel, Imaginaire et Symbolique y sont nommés. Est-ce pour "un passé muscade" comme il le disait ou pour ouvrir le lecteur à d'autres courants, Deleuze, Foucault, abondamment cités ?

D. Sainte Fare Garnot


[2] Akira Mizuta Lippit L'animal mythique, in L'animal autobiographique : autour de Jacques Derrida

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