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Patrick Modiano

DUFOUR Alain
Date publication : 24/10/2014

 

16 heures sur la N4 fluide et rectiligne.

Une voix presque frêle de jeune homme répond aux questions de la journaliste de France Culture.

C’est le nouveau Nobel de littérature, Patrick Modiano.

Surprise : cet homme grand au visage plutôt énergique s’exprime sans grâce ni effet. Il n’achève pas ses phrases, ne laisse pas de pause entre elles. Il ne trouve pas ses mots et ne les cherche pas. Aucune emphase, aucune révélation.

Son énonciation ressemble à un monologue intérieur, haché, sans ponctuation ni hésitation ou plutôt une hésitation féconde sans cesse renouvelée. Il ne se répète guère, les phrases filent et s’enchaînent .

Interrogé sur son travail d’écrivain il ne se dérobe pas. Ce n’est pas facile, il n’en éprouve pas de plaisir. Il écrit le matin durant peu de temps. Pourquoi ? A cause de la concentration que l’exercice exige.

Peu à peu au gré de ces petites touches, l’artisan apparaît, soucieux de justesse et de précision dans l’évocation. Modiano dit la vérité. Pas de celles qui éblouissent pour mieux tromper. Il dit une vérité modeste, difficile, saisie dans le chaos dirigé de sa parole.

Comme l’envers du psychanalyste cet autre artisan qui tresse dans le silence, croise énoncés et énonciation, l’écrivain brasse les mots et les choses pour qu’apparaisse un nouveau fruit littéraire.

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