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À propos de La clinique lacanienne n° 22, Psychosomatiques ?

BÉLOT FOURCADE Pascale
Date publication : 15/10/2013

 

Cela suppose un abord autre de la question de la psychosomatique, autre que celui de l’union de l’âme et du corps, ou même de l’impact du psychisme sur l’organisme

Il s’agit en cela de lever « l’inhibition à penser induite par le terme même de psychosomatique », alors même qu’agissent dans notre monde contemporain, les diverses dérégulations suscitées par l’extension infinie du règne de la marchandise et le développement de la science qui concourt, dans la dégradation du signifiant en signe, à une véritable « psychosomatisation » du sujet exposé à la faillite qui l’expulserait inexorablement comme déchet. La crise financière, économique, écologique ne se court-circuite-t-elle pas, comme le relève un article, emblématiquement dans le SDF, relevant l’annonce de Lacan du « casse du siècle » .

Ce numéro touffu ouvre ce champ parfois de façon un peu confuse et aurait mérité un repérage plus rigoureux des différents étagements des modalités d’atteintes du corps allant d’une potentialité psychosomatique au phénomène psychosomatique au sens restreint, se démarquant des symptômes hystériques avec, assurément, entre ces étages la difficulté de saisir de quel côté se situent certaines affections, ce qui aurait permis aussi le repérage structurel et topologique de certaines évolutions ou disparitions du symptôme.

« La ou les » psychosomatiques insistent à nous faire poser ou reposer la question du Réel, certains articles le soulignent précisément afin «que la psychosomatique ne soit pas une illusion préscientifique, un avatar contemporain de la pensée de la pensée magique ».

En effet le réel n’est pas l’organisme car « nous sommes des praticiens du corps en tant qu’affecté par le langage et c’est de là qu’un réel surgit entre langage et corps ». Il importe bien sûr, tout autant de nous donner les moyens d’interroger, comme le suggérait M. Czermak, « le forçage de la zone de l’objet a » comble du sens ou comble des jouissances aux limites du fantasme : acting-out, passage à l’acte, hallucination, phénomène psychosomatique. Notre actualité pressante nous impose également de préciser « cette triste mainmise par la science » du corps qui vient se substituer au corps de l’Autre « qui dicte par les discours de la Cité certains changement dans sa situation », et surtout « son appropriation ». Lacan nous avait averti dans La troisième : « Le réel pourrait bien prendre le mors aux dents surtout depuis qu’il a l’appui du discours scientifique ».

Saluons un texte abouti qui suit les positions lacaniennes sur le phénomène psychosomatique et interroge in fine sur ce que signifient l’holophrase et le mécanisme psychosomatique en termes borroméens. Serait-il une réussite excessive ou un échec du signifiant ?

Saluons des moments rares de lire une clinique soutenue :

‑ en particulier un relevé des grands désordres temporels inclus, enchâssés dans la psychosomatique, dans la lecture soignée de nouvelles de Henry James. Cet écrivain a à faire à l’intervalle abyssal qui vient séparer le nouveau monde de l’ancien et témoigne dans celles-ci autour du signifiant « Europe » de l’impossibilité de faire lien entre ce mot et son inscription subjective. Ne sommes-nous pas tous (et voilà ce que nous enseignent certains artistes qui nous devancent, comme le souligne l’auteur de l’article), aujourd’hui, les émigrés potentiels ou déjà là de la mondialisation prêts à démontrer « des points d’arrêts singuliers de l’imaginaire et du symbolique qui entraînent de grands désordres ».

‑ un article sur les souffrances d’une femme sous le beau titre « L’holophrase blanche de l’épilepsie », où il ressort que l’intervention de l’analyste ne saurait être interprétative mais plutôt guidée par le souci d’offrir la possibilité d’un nouvel espace où la subjectivité aurait place par les modifications et les déplacements topologique que son écoute permet.

‑ et puis, pour les analystes, une pépite, l’article rare d’une pédiatre, l’ordinaire d’une pédiatre éclairée par la phrase de Winnicott qui disait en 1969 : « Le rôle essentiel du pédiatre est de prévenir la maladie mentale, si seulement il le savait ! » La pédiatrie se déploie le plus souvent dans un espace psychosomatique et le pédiatre traitant les maux de l’enfant peut laisser passer quelques mots qui donnent langue à l’enfant et lui rendent son corps.

Voilà, il me semble un recueil d’articles, qui comme le souligne l’éditorial, est le début d’une recherche qu’il convient de soutenir.

Pascale Bélot-Fourcade

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