Séminaire de Charles Melman et Patrick Guyomard (08/03/2022)

MELMAN Charles
Date publication : 13/04/2022

 

Association lacanienne internationale
Séminaire de Charles Melman et Patrick Guyomard
Le symptôme de Lacan
Mardi 8 mars 2022
 

Ch. M. – Je vais souhaiter un rapide rétablissement à notre ami Patrick que la Covid ce soir maintient à distance de notre travail et qui sera donc avec nous, je l’espère, tranquillement le mois prochain.

Il est évident que nous pouvons avoir l’esprit occupé, préoccupé par un certain nombre d’événements qui sembleraient nous mettre à distance de nos préoccupations immédiates ; événements qui mériteraient un certain nombre de commentaires mais dont ce n’est pas le lieu ni le moment pour nous y livrer si ce n’est pour faire remarquer et ce ne sera pas seulement notre alibi – combien la conceptualisation de Lacan vient remarquablement nous éclairer sur la façon dont les membres de notre espèce sont les uns vis-à-vis des autres et alors même comme nous le savons que dans la circonstance présente ils sont bien sûr des frères, voire à l’occasion parlent la même langue.

Ceci peut être une entrée pour à l’occasion de ces circonstances insupportables de nous redemander qu’est-ce qui fait autorité pour nous ? Pour chacun d’entre nous ?

Qu’est-ce qui fait autorité ?

Il est évident que si on s’attarde un peu, qu’on jette un œil sur la façon dont les psychanalystes règlent ce problème, on ne peut qu’être en difficulté sinon être égarés par ce qui nous apparaît c’est que ils sont le plus souvent dans l’exploitation des formes les plus traditionnelles, les plus classiques de l’autorité et que le terrain social dans lequel nous vivons, c’est-à-dire celui de leurs groupes de leurs associations, de leurs écoles etc.  voit s’exercer ce qui dans le fonctionnement social est le plus ordinaire sauf que dans leur cas cela paraît encore excité dans la mesure où ils auraient l’impression de revenir de quelque île où il aurait semblé que justement la question de l’autorité se trouvait résolue et les aurait affranchis.

Qu’est-ce qui pour nous fait autorité ?

Qu’est-ce qui pour chacun d’entre nous fait autorité ?

J’ai déjà posé la question, je l’avais entamée et je serai sûrement amené à poursuivre en faisant remarquer tout de suite qu’il y a cette opération à proprement parler magique mais qui nous est devenue familière, celle à laquelle nous n’accordons plus qu’un intérêt fatigué mais cette opération incroyable, incroyable qui s’appelle le transfert et qui montre qu’à partir d’un dispositif géométrique, rudimentaire, la parole du participant concerné, du participant intéressé va de façon quasiment systématique s’adresser à cet interlocuteur majeur dont il ne savait pas qu’il était présent dans la pièce et qu’il ne saurait évidemment voir et qui devient son interlocuteur principal, celui avec lequel il a tous ses comptes à régler, un contentieux qui n’en finit pas et avec le déroulement de toute son histoire, les conditions de son enfance, etc et cela en général sur le fond d’une passion, cet amour de transfert, l’amour il faudra bien que nous fassions une journée, une nuit en général ne suffit pas. une journée sera une introduction, l’amour dont il va se servir comme d’une défense, comme d’une protection, comme une tentative et avec – je l’avais fait remarquer il y a déjà bien longtemps à l’occasion  d’un colloque organisé sur la question de l’amour avec une poète remarquable qui s’appelait Martine Broda à laquelle était associée notre amie Esther, et l’amour  dont il va se servir comme d’une protection  comme d’une tentative je faisais remarquer à  Badiou qui comme vous le savez ou ne le savez pas a écrit sur la question de l’amour que la psychanalyse est une tentative de guérir de l’amour ce qui est une introduction à l’espace et au monde  susceptible de s’ouvrir à partir de cet instant.

En tout cas, ce que montre cette opération qui mériterait d’être toujours, malgré notre fatigue les tentatives reconnues comme exceptionnelles et qui s’appelle l’opération de la cure. En tout cas je suis surpris de constater combien souvent les collègues ne font pratiquement pas de différences entre les patients reçus en face à face et les patients reçus sur le divan et que pour pouvoir en parler avec eux il faut souvent insister et leur demander comme si, n’est-ce pas, notre mouvement spontané était d’emblée de vouloir éliminer cet interlocuteur tiers qui occupe la scène et alors que ces quelques remarques initiales que je fais nous montrent bien nous rappellent que la situation en psychothérapie en face à face n’a rien à voir, rien avec la situation analytique et que à chaque fois cet aspect est occulté il est évident pour chacun d’entre nous que un souhait se joue qui est tenté de résoudre dans le registre de la dualité ce qui se trouve cassé, qui se trouve rompu, ce qui nous rend étranger à nous-mêmes à cause de la présence de ce tiers qui en dernier ressort organise tout rapport de la cure est là

Alors la question que je reprends et à laquelle il me semble nous n’avons pas encore donné une réponse satisfaisante car sa réponse semble difficile à accepter comme telle qu’est-ce qui fait autorité pour nous ?

Qu’est-ce qui fait autorité pour nous ?   et qu’illustre le transfert en tant qu’il montre que ce qui fait autorité pour nous s’avérera en dernier ressort un lieu vide où il n’y a originellement rien ni personne, c’est-à-dire ce que nous appelons hardiment le manque sans cependant spécifier manque de quoi ?

Mais nous sommes donc sous le régime autoritaire mais avec quelle assurance, quelle fierté, quelle dignité ! sous le régime autoritaire qui se montre fondamentalement rien ni personne, sauf que nous allons interpréter ce rien et ce personne  d’une façon qui nous rende, qui justifie si je puis dire notre servilité.

Manque de quoi ?

Il n’y a qu’à nous regarder et comme j’ai l’avantage de vous voir de quoi manquez-vous ?

Personne  en vous voyant n’aurait le sentiment d’une population en crise ou en difficulté  ou en pénurie, de quoi ?

Il s’agit donc de préciser au moins pour des raisons élémentaires ce qu’on ne sait pas et ce qui ne passe pas comme ça. Ma réponse oblige à méditer, la réponse ne va peut-être pas de soi mais il faut que je m’explique quand même là-dessus

Ce qui est gênant dans c’l’introduction à “la lettre volée” c’est que la constitution de l’inconscient est justifiée par ce qui est l’incompatibilité littérale dans la chaîne sonore. Le seul problème c’est que c’est partir d’une organisation littérale alors que la question première est celle de la genèse de la lettre et que si c’est la lettre qui doit manquer il s’agit bien sûr de tenter d’abord de la mise en place du surgissement de ce graphisme.  C’est d’autant plus justifié qu’il y a toute une pathologie évidemment de l’écriture c’est pas ce que je vais développer ici, c’est pas du tout mon sujet mais je veux dire que  nous sommes contraints si la lettre est en tant que telle de l’organisation inconsciente c’est elle qui à partir de ce rien qui va nous commander et nous obliger à rendre compte de sa genèse. Il y a des organisations psychiques qui ont cette particularité de n’être commandées par rien qui dans leur système soit écrit, où Il n’y a pas eu d’inscription graphique. Je ne vais pas ici faire une critique de notre rapport à la lettre

Je ne ferai aucun commentaire sur le fait que beaucoup d’entre nous  sont là représentés sur un fond de bouquins c’est-à-dire de lettres soigneusement entassées et qui constituent comme ça le témoin en notre faveur, tout à fait sympathique mais comment donc à partir de la parole comment ça se met en place ? une lettre à Lacan s’est beaucoup intéressée et jusqu’à la fin comme nous le savons et à juste titre finissant par faire de l’écriture, du mode d’écriture et en particulier de l’alphabet la condition même de notre existence c’est-à-dire de notre rapport au désir

Cette question que j’évoque à propos que nous appelons si rapidement le manque sans nous y attarder mérite ce moment de réflexion : comment est-ce  que la lettre manque ? si ce n’est que ce que nous savons c’est que la parole est constituée de phonèmes et de phonèmes qui ont cette particularité – là aussi nous allons vite mais nous ne pouvons pas faire autrement, on ne peut pas prétendre couvrir ensemble tout le champ en même temps, eh bien cette parole faite de phonèmes se heurte à la  question de son sens et elle rencontre à ce moment-là le manque c’est-à-dire qu’il lui manque le phonème qui viendrait répondre (je ne peux pas le penser autrement) à la question du sens que peut bien  avoir la parole. Je ne fais là que para phraser le fameux Que vuoï  de Lacan. Voilà qui vous parle.

Ça vous arrive aussi quand vous parlez, qu’est-ce que vous attendez ?

Et moi qui le fais depuis un certain temps j’ai l’air de vouloir insister puisque je continue est-ce que je suis capable d’avoir un embryon  de réponse ?

Mais en tout cas ce qui manque on est là au niveau de la parole de telle sorte que  – attendez il faut que je fasse une petite digression que moi je trouve amusante – c’est  que ce manque dans la parole est la condition de la production de la voix. C’est parce qu’il y a un trou dans la parole, qu’il y a une embouchure pour que le souffle fasse venir de la voix de telle sorte que lorsque vous avez la réponse au Que vuoi  vous êtes sans voix mais tout ça serait à faire et que nous ne faisons pas. Je me désespère souvent  tout ce qui reste devant nous et que nous ne faisons pas parce que ce que je suis en train d’ébaucher c’est évidemment ce qui est la clinique de l’hallucination, de l’hallucination auditive où il y a de la voix. Pour aborder cette clinique qui n’est toujours pas mon sujet de ce soir il faut commencer par dire que c’est à cause du trou dans la parole qu’il y a de la voix.

Substituée à quoi ?

Parce que ma parole, elle s’impose à moi. Évidemment, j’ai la faculté parce que je ne suis pas complètement fou, j’ai la faculté de la mettre au compte du je C’est je qui parle, je m’y reconnaîs, reconnaître la parole comme sienne, c’est pas non plus une opération immédiate, vous pouvez dire des trucs, ça vous arrive comme à tout le monde ; qui a répondu cette connerie autrement dit d’être possédé par une parole que vous serez amené à épuiser, obligé de reconnaître le mot. Allez vous excuser, non, je n’ai pas vouludire une chose pareille mais il y a d’autres circonstances qui évidemment me passionnent depuis déjà longtemps et sans que j’y arrive jusqu’à ce jour mais j’y arrive quand même petit à petit aller plus loin pouvoir entendre de quelle façon le lieu d’où s’exerce ma parole peut être occupé par des instances qui vont commander à ma place et que je ne reconnaîtrai pas comme mienne.

La question me revient donc en pleine figure qui est celle d’aujourd’hui : qu’est-ce qui fait autorité ?

J’ai escamoté avec prudence mais comme je suis imprudent je ne vais pas me priver  d’en dire un mot. La question de l’écriture du graphisme. Parce qu’il y a tout de même cette affaire extrêmement étrange qui est la façon dont le phonème en tant qu’il choit  parce que dans l’introduction à la Lettre volée Lacan, je le rappelle, se sert de la lettre mais par contre la parole – c’est intéressant que la phonologie ne l’ait pas retenu et on aurait intérêt à essayer de comprendre pourquoi il y a donc des phonèmes qui sont incompatibles à tel ou tel moment de la chaîne sonore et qui font donc chute et césure  impliquent leur dépôt dans le réel avec ce qui est là de plus magique qui est évidemment leur transformation en un graphisme, en un graphisme d’autant plus étrange, rassurez-vous, que notre maître ne se prononce pas tel que c’est écrit ; lorsqu’il est écrit la lettre f je le lis à l’intérieur du vocable il a donc essayé de comprendre pourquoi les phonèmes sont incompatibles à tel ou tel moment. Je ne développe pas ce point davantage

Ce graphisme j’y reviens en tant qu’il est mystérieux et qu’il y en a toute une clinique qui n’est même pas esquissée. Sauf qu’il y a des cas d’a-graphisme psychique absolument évidents et passionnants et avec ce sont ces patients, il y en a un certain nombre qui ont le besoin en sortant de la séance d’aller écrire ce qui s’est passé parce que sinon il ne s’est rien passé.

Alors d’où sort le graphisme ? notre dépendance de cette lettre ?

Il y a à cet endroit le secours que obligeamment Lacan vient nous donner et qui est un secours essentiel et que je n’aborde en réalité que pour poser  la question initiale ;

Qu’est-ce qui fait autorité pour nous ?

Il y a ce fait que dans ce trou qui constitue l’Autre il y a dans l’état ordinaire et c’est bien ce que le transfert et c’est pourquoi je reviens sur son importance il y a du UN. Nous répétons cela sans que ça nous fasse problème. D’où sort-il celui-là ? On nous a habitués avec le manque. Moi j’ai dit bravement : y a rien et y a personne et puis l’opération du transfert montre qu’il y a du UN et que dans les bons cas et s’il le faut, si c’est quelqu’un d’un peu fatigué je le fais exister par mon amour. Je l’aime tellement que ça lui donne des couleurs, ça le ranime, ça le rend agréable etc.

Mais c’est une fiction, ça ne se balaie pas comme ça, d’un coup de balai, on va chercher la balayette et hop !

Ça marche pas come ça. On y tient !

Alors d’où vient-il ce UN ? et puis il a une certaine importance parce que justement on sait par la clinique que s’il n’est pas au rendez-vous ou si j’ai trouvé le moyen de m’en débarrasser je vais patauger du côté de la psychose. Alors ce UN dans ce trou ce n’est pas secondaire, c’est quelque chose qui compte mais la chute du  phonème, la lettre c’est pas comptable, la lettre ça fait pas Un ça fait un continuum .En tout cas une lettre n’est pas constitutive. D’où il sort celui-là ? d’où nous arrive-t-il ? D’autant que vous remarquerez  un truc qui est étrange, que c’est pas un UN quelconque c’est un UN qui vous est personnel, il est à vous. Au point où j’en suis dans mon laïus il est singulier, c’est donc le UN de votre identité puisque si c‘est lui qui doit faire autorité pour vous, eh bien il va vous faire dire toujours la même chose, ce qui est la condition générale ce qui est la condition de tout le monde de raconter toujours la même chose, ça s’appelle la répétition. C’est vraiment notre UN à vous et qui a une propriété que pour ma part je trouve époustouflant c’est que il fait l’union entre d’une part ce qui est le signifiant et d’autre part ce qui est le réel pour chacun d’entre nous, le signifiant ou le symbole.

Il est ce qui fait l’union. Et c’est à ce titre, parce qu’on ne peut pas dire, si on va dire pour le moment, on va dire double face, parce que la double face fait l’union entre le signifiant, le vôtre et puis le réel. Le vôtre, ce qui fait que quand vous vous servez du signifiant vous avez la tranquillité de donner voix, c’est toujours la même chose, ce qui fait que vous vous répétez.

Le UN en tant qu’il est coupure, la limite, le bord entre les signifiants et le réel et en tant qu’il aurait, qu’il aurait double face si ce n’est qu’à ce moment-là il vous exposerait à un  risque celui de la discordance entre ce qui est votre parole si le double face est ce qui vous met dans un certain nombre de difficultés à partir de ce moment-là pour arriver à essayer d’apaiser le conflit entre ce qui vient de l’Autre le réel et votre parole ce que vous dites et c’est à cet endroit que votre camarade Lacan a ce génie exceptionnel – on peut lui en vouloir beaucoup mais ça ne peut pas empêcher de reconnaître que ce type était absolument génial même s’il était difficile à  supporter. Il faut reconnaître que ce UN unit le signifiant avec le réel de les accorder par la bande de Mœbius.

Mais oui et c’est ce qui fait que entre l’un et l’autre et bien qu’ils soient différents, je ne développe pas, bien qu’ils soient autres l’un à l’autre  ils sont néanmoins les mêmes.

D’où la question qui surgit : Pourquoi ne font-ils pas un couple accompli ? Pourquoi sont-ils systématiquement en conflit ? Autrement dit pourquoi avec mon inconscient je ne suis pas chez moi ?Autrement dit pourquoi avec celui ou celle qui est mon autre ne sommes-nous pas borroméenement noués ? Autrement dit pourquoi ne serait-ce pas  notre façon de faire couple ?

Oui. Il y a là une question intéressante et qui mérite d’être développée mais ce n’est pas le point que je voudrais développer ce soir. Je voudrais essayer de mettre une petite étincelle dans votre regard qui en a trop vu, en vous faisant remarquer la chose suivante : ce UN dont je suis en train de parler, cette coupure borroméenne et Lacan finira par dire que la bande de Mœbius fait finalement une coupure borroméenne n’a pas la qualité de l’étoffe, ni du ruban que l’on a comme ça retournée et que c’est une coupure borroméenne. Eh bien cette coupure borroméenne elle représente, elle fait l’union de deux représentants d’un sexe qui est lui-même un c’est-à-dire qui est cette coupure elle-même, puisque c’est ce un qui va être le fétiche du désir.

Je ne sais pas si c’est à vous que je l’ai raconté mais il n’y a pas deux sexes, il n’y en a qu’un qui est cette coupure elle-même en tant qu’elle est génératrice du désir qui va être représenté par deux sexes en tant que en quelque sorte il sollicite leur union.

Lacan le fait remarquer à propos du bouquin de Simone de Beauvoir. Le deuxième sexe d’abord pourquoi deuxième ?  En tout cas Lacan le fait tout à fait remarquer Il y a deux sexes nous reprendrons un terme ancien et nous l’appellerons le Phallus et qui a deux représentants un mâle et une femelle. Ils ne sont pas équivalents puisqu’ils sont autres l’un à l’autre, et la preuve qu’ils ne sont pas équivalents chacun y reste représentant du même sexe ; ça a une conséquence sur laquelle je veux attirer votre attention ; une conséquence qui n’est pas petite.

C’est que tout ce qui relève de l’observation de l’évidence, voilà non seulement ce n’est pas évident mais ça peut être faux, mensonger, une erreur et une erreur dont les conséquences ne sont pas petites, ne sont pas minces. Dans ce que vous racontez mais pour ça il faut accepter que l’évidence ne cherche ni à vous fournir la vérité ni à vous tromper, la vérité, elle s’en fout. C’est nous qui du fait de notre rapport à l’imaginaire sommes satisfaits de résoudre ainsi la question du doute qu’ouvre systématiquement le rapport au signifiant. Le signifiant nous dit systématiquement c’est pas ça. Devant :’évidence vous avez à dire c’est bien l’évidence sauf que c’est pas ça.

 C’est pas ça, c’est exactement la loi  du signifiant et autre chose, c’est pas ça non plus. 

Si je vous raconte tout ça c’est évidemment pour vous dire que la clinique qui est fondée sur l’observation que la clinique devrait cesser d’être évidente.

Je ne suis pas arrivé à faire, depuis quarante ans qu’existe notre association que soit ébauché ce qu’il en serait d’une clinique psychanalytique. Ébauché ; alors même que nous ne manquions ni d’ami, ni de talent.

C’est amusant d’ailleurs d’avoir à chaque fois promu, poussé ce qui semble évident c’est-à-dire que nous avions la charge d’en sortir ça m’a été renvoyé à la figure, comme une offense que je faisais au génie, au narcissisme de mes amis. Faut pas y toucher à l’évidence. Il y a un culte de l’évidence. C’est exactement cette dimension que Lacan s’est attaché à distinguer pour souligner combien cette dimension est essentielle puisqu’elle est le support de la beauté et support également de ce qui est susceptible de solliciter le désir. C’est pas rien, l’évidence, et en même temps comme nous le savons c’est un désir qui est désir d’autre chose et qui n’arrive jamais à se consoler avec ce qu’il obtient du fait que c’était pas  ça.

Je suis en train de vous raconter la vie quotidienne, psychopathologie de la vie quotidienne. Là je ne sais pas si on m’entend parce que ça a déconnecté. Ça y est, je reviens parmi les vivants.

Donc je voudrais terminer ce soir par cette remarque. Le symptôme de Freud n’est pas le symptôme de Lacan et il est essentiel que nous en délimitions bien la différence pour une raison simple et qui aboutit à des conclusions non seulement pratiques pour la direction de la cure mais dimension éthique qui sont essentielles et donc enfin s’il avait été prise en compte la mutation éthique de ce qui est le symptôme pour Lacan et nous serons forcément amenés à y revenir, à poursuivre là-dessus avec Patrick Guyomard nous échapperions peut-être à un certain nombre des inconvénients qui aujourd’hui nous assaillent et nous rendent la journée amère et difficile à accepter.

Pour Freud, c’est simple et c’est ce que à l’évidence il a rencontré dans la cure c’est-à-dire que l’attitude puérile de ses patients à l’endroit de l’autorité est que le transfert l’actualise et qu’il prend spontanément du fait de nos attaches religieuses un caractère paternel eh bien l’affranchissement à l’endroit de cette autorité libère l’activité sexuelle et dès lors guérit du symptôme c’est-à-dire – il faut quand même préciser ce que c’est – une soustraction de jouissance, soustraction difficile à supporter de la jouissance et qui explique les attitudes défensives prises à l’endroit de cette instance paternelle, qu’elle hystérique, phobique, obsessionnelle etc. et qui ne font que pérenniser le problème, alors c’est l’affranchissement du transfert c’est-à-dire l’affranchissement à l’endroit de l’instance paternelle la démonstration qu’il suffisait de souffler dessus de s’en montrer libre et d’avoir accès à une jouissance sexuelle, enfin, enfin accomplie.

Or voyez la différence : ce que Lacan a montré que c’est avec la jouissance sexuelle, avec l’activité sexuelle que commence le symptôme c’est-à-dire la castration et que la privation de jouissance est un effet non pas de quelque instance au-moins-une paternelle ou diabolique,  même satanique peu importe et encore mais que cette privation de jouissance est l’effet de notre rapport au signifiant. Ce qui veut donc dire que si l’on souhaite aller vers ce qu’il en serait d’un affranchissement du symptôme, ce qui impliquerait donc une toute autre démarche et une toute autre résolution que celle que Freud pouvait encourager puisque dans celle qu’a démontrée Lacan, l’instance paternelle n’est nullement interdictrice de la jouissance sexuelle mais au contraire, sa gardienne.

Cependant comme j’essaie de l’évoquer pour nous, des problèmes essentiels qu’il y a évidemment à préciser, en tout cas à corriger, à vérifier à tout ce qu’on voudra mais en tout cas relève de la clinique qu’il y a à faire dont je me permets de dire qu’elle n’a rien à voir avec la très belle clinique psychiatrique dont je suis un amateur, un admirateur et dont je n’ai jamais désavoué la démarche psychiatrique mais qui constitue un mode d’abord qui nécessite au préalable cette sorte de purgation épistémologique. Et la démonstration pour essayer de vous mettre, si c’est possible, l’eau à la bouche je vais déjà par exemple vous faire remarquer ceci, si ça pouvait vous donner des envies. Ce un de la coupure borroméenne il est singulier, il est le vôtre. S’il est le vôtre, avec un mystère je dois dire qu’il n’y a aucunement l’approche chez Lacan, qu’elle ne soit pas forcément très loin.

Quel est le support de la mémoire inconsciente ?

Si vous racontez toujours la même chose, si je raconte toujours la même chose quelle est la matérialité, tous ces propos que je tiens je ne suis pas seulement en train d’articuler ce qui a été engrammé une fois pour toutes et que je ne fais que réciter. il y a cet aspect créatif qui fait que j’invente et j’ai beau inventer, je dis toujours la même chose Alors, vous le voyez, il y a là, y compris au point de vue clinique une question qui n’est pas indifférente.

Je vais décrire à ma meilleure amie un tableau que j’ai vu à une exposition et puis je vais m’apercevoir en cours de route pendant que je lui parle que en réalité je suis en train de lui dire le type de perversion que je voudrais bien partager. Mon propos il s’est imposé tout seul  j’en suis même si je puis dire, le véhicule éventuellement gêné et contrarié, ou peut-être content de m’être trahi, je n’en sais rien.

Voyez, il y a là une question qui en redouble une autre et qui est aussi de bonne facture, de bonne qualité. Ce un singulier ne s’autorise lui-même que d’un au-moins-un qui est général et qui appartient au groupe dont je suis membre. Il y a donc un propos, une parole qui à venir de ce un collectif va me faire tenir une argumentation qui tout en venant de ma bouche ne m’appartient pas ou ne m’appartient que par procuration, par délégation et remarquons-le tout de suite, c’est très facile, ce un collectif est évidemment celui de la religion, celui de la nation ou bien de façon encore plus primitive celui de la langue partagée et que d’autre part – je vais enfin m’arrêter là dessus ce soir – le conflit potentiel entre ce un collectif et donc idéal et puis ce un singulier dont le parcours ordinaire consiste à franchir les chicanes réciproques qui se trouvent dressées, élevées entre ce un collectif et puis ce un qui est singulier et donc voyez dans ces remarques qui me semblent vraiment premières, élémentaires que je vous fais justement l’amorce de ce que pourrait  être une clinique lacanienne puisque le lieu, et je termine, le lieu d’où ma parole est commandée, il n’est pas un. C’est ce qu’on s’amuse à appeler la complexité des personnages. Il n’est pas un sauf ce cas qui intéresse notre clinique sauf le cas de paranoïa.

Ceci donc que j’ai plus ou moins improvisé ce soir puisque notre ami Patrick Guyomard n’a pas pu nous apporter sa contribution, ce qu’il fera donc le mois prochain et pour ce soir je vous remercie pour votre attention.

Est-ce qu’il y a une petite question ?

Eh bien donc ma réponse sera de vous souhaiter bonne nuit et à bientôt.

 

 

Transcription par Denise Sainte Fare Garnot

 

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