SÉMINAIRE DE PRÉPARATION AU SÉMINAIRE D'ÉTÉ 2022 : L'ANGOISSE - LEÇON 16

LENORMAND Alexandra
Date publication : 06/04/2022

 

L'Association lacanienne internationale

Préparation au Séminaire d'Été 2022 - Étude du séminaire X de Jacques Lacan, L'Angoisse


Mardi 15 février 2022

Président de séance : Omar Guerrero
Leçon 16 présentée par Alexandra Lenormand


Texte

Je me suis demandée comment entrer dans cette leçon d’une façon qui vous permette d’en retenir, ce qui me semble-t-il, constitue des points d’appuis précieux, autant pour notre pratique que pour se repérer dans ces préoccupations sociétales qui provoquent un certain nombre de turbulences non sans retentissement aussi bien du côté des femmes que des hommes.   

Alors ce qui me semble tout de suite pertinent à relever c’est un point capital de la leçon précédente quand Lacan nous dit qu’« Une femme ne manque de rien » et la façon dont il nous fait entendre dans quelle proximité elle se trouve en lien avec le réel dont il a pu nous dire que « le réel, lui non plus, il ne lui manquait rien, qu’il fourmille de creux, et qu’on peut même y faire le vide ». Ce point je vous le propose d’emblée parce qu’il me semble que c’est un passage vers plusieurs éléments de notre leçon, qu’il va ensuite développer pour nous, en les cernant parfois de façon assez énigmatique mais, en tout cas ici, dans cette leçon d’une manière qui renverse les perspectives. L’objet de ce séminaire déjà dans son intitulé c’est donc l’angoisse. Angoisse qui se trouve entretenir une relation de grande proximité avec le désir. Puisqu’il a pu nous dire que c’était le moyen, la voie d’accès vers le désir. Vous l’avez peut-être en mémoire mais au tout début du séminaire il est allé jusqu’à parler d’une érotologie. C’est un peu le fil que je m’efforce de suivre quand je me trouve parfois plongée au milieu de la forêt obscure dans certaines leçons. Disons que ça permet de s’orienter quand on garde en mémoire cette visée qui est la sienne.

Alors, « une femme ne manque de rien », ce qui devrait en réjouir plus d’une au passage d’apprendre cela, et en face nous avons notre homme, moderne par exemple, qui lui se trouve marqué et quelque peu embarrassé on le suppose aisément, du signe moins. Pourquoi « moins » parce que, Lacan nous le rappelle, il n’a pas d’autres choix que d’en passer par cette négativation du phallus, par le complexe de castration, pour pouvoir ensuite accéder à l’utilisation de son objet. On y reviendra dans un moment à partir de ce que propose Lacan sur la question de la circoncision et de la lecture qu’il en donne à ce stade du séminaire.

 Alors pour le moment arrêtons-nous sur ce court passage p. 316 dans lequel Lacan évoque pour nous ce documentaire anglais ou le baby mâle et le baby femelle sont confrontés à l’expérience du miroir, chacun aux prises avec sa nudité. Lacan en parle comme d’une image saisissante  dans le souvenir qu’il en a, et en particulier du geste de cette petite fille : « cette main qui passe rapidement sur le gamma de la jonction du ventre et des deux cuisses comme en une espèce de moment de vertige devant ce qu’elle voit »  tandis que « le petit garçon, lui, le pauvre couillon il regarde le petit robinet problématique en se doutant qu’il y a  une bizarrerie mais il faudra qu’il apprenne à ses dépens plusieurs choses à commencer par celle-ci, que son objet  pour s’en servir il va devoir passer par un certain nombre de difficultés et une qui n’est pas des moindres,  qu’il va devoir le rayer de la carte de son narcissisme. »

On en a un résumé dans le titre assez évocateur du roman de Moravia que vous connaissez certainement tous : Moi et lui.

Cette incursion à ce stade du texte et devant ce que remarque Lacan chez ces très jeunes enfants devant le miroir me semble nécessaire. Parce qu’à partir de ce que chacun découvre dans l’image de ce qui lui apparaît comme une castration première, il ou elle, le petit garçon, la petite fille, en tant qu’être parlant, va du fait de la structure du langage qui implique une coupure ; d’abord entre les signifiants, ensuite une coupure entre le signifiant et l’objet qu’il manque, et bien à partir de ce trou, il ou elle va venir ensuite mettre en place cette dialectique de l’être et de l’avoir sur son versant imaginaire. Et cela vient avec à la clé un grand nombre des modalités problématiques que l’on connait et qui pourraient être drôles si elles n’étaient pas déjà tristes quant à leur retentissement sur nos existences. 

Alors justement à propos de drôlerie et d’invitation à entendre là quelque chose de la part de Lacan, il y a également ce passage dans la leçon qui me semble important à relever pour vous. C’est celui dans lequel Lacan nous indique que ce patient de Lucie Tower, une fois ce deuil réalisé à l’endroit de l’objet qu’il recherche c’est-à-dire, (– φ), ce qui serait supposé lui manquer à elle, et bien une fois ce parcours de deuil réalisé « Tout va bien marcher » dit Lucie Tower. Et là Lacan nous dit que nous allons pouvoir en conséquence entrer dans la « comédie œdipienne » et plus encore qu’on va même pouvoir « commencer à rigoler ». Jusqu’ici je ne me souviens pas qu’Œdipe soit répertorié dans le registre comique. Et il insiste en poursuivant ce registre un peu plus loin : on va pouvoir jouer la comédie de la loi avec ce bonhomme, le patient de Tower, dont le désir trouve maintenant sa place ce qui jusque-là n’était pas le cas, c’était même la cause de sa névrose d’angoisse et qui s’engage désormais sur « les routes toutes tracées » celles où papa a fait tout ça ! (C’est-à-dire celles qui font marcher ensemble le désir et la loi.) 

Donc là on a un Lacan qui attire notre attention sur le caractère factice de ce rapport à la loi du père. C’est probablement un point sur lequel il faudrait revenir. Parce qu’il y quelque chose qui laisse entendre qu’on peut là aussi aller plus loin. Alors et pour ce qui concerne la petite fille et la femme ensuite ? 

Il a cette formule qui n’a pas manqué de me faire rire, vous aussi j’espère, que pour elle aussi – une femme – il y constitution de l’objet petit a du désir « puisqu’il se trouve que les femmes parlent, qu’on peut le regretter mais c’est un fait… La femme veut elle aussi un objet et un objet en tant qu’elle ne l’a pas. »

Donc l’objet les fait causer, elles aussi, et c’est vrai qu’elles aiment bien parler les femmes, on leur en fait d’ailleurs souvent le reproche. Mais pour une femme et ça c’est important, elle, dans la comédie œdipienne, elle vise à avoir l’objet et la difficulté c’est que pour elle cet objet se constitue dans la dépendance de la demande à sa mère, c’est là qu’il se constitue cet objet a. Lacan nous dit p. 313 que son insatisfaction, elle est précastrative. On voit à peu près le type de difficultés que cela occasionne entre mère et fille, le type de confrontation aussi. 

À ce stade je crois que Lacan a posé certains des points où il souhaite nous amener avec en perspective une volonté qui est celle de ne pas en rester au penisneid pour une femme et au complexe de castration pour un homme. Souvenez-vous dans la leçon précédente, là où fleurissaient ces deux-là, c’était sur la béance de la structure. 

 J’en viens maintenant à la fin de cette leçon et au traitement que Lacan fait de cette question de la circonsision. Alors là c’est très intéressant parce qu’il va amener cela depuis ce qui fait problème, c’est-à-dire cette béance, ce trou, en nous disant que le rituel de la circoncision tenterait « d’apporter un ordre dans ce trou, dans cette défaillance constitutive de la castration primordiale, c’est nous dit-il ce que je crois que la circoncision incarne au sens propre du mot. » 

Et je crois que c’est précieux pour nous parce que ça touche aussi bien l’image spéculaire, du fait de la marque mais dans le même mouvement ça touche aussi à l’ordre symbolique et à ce qui choit dès lors qu’on le met en mouvement cet ordre symbolique. Je dirais que ça incarne quelque chose par le biais de ce que la coupure laisse, c’est-à-dire par l’absence. Et ça rejoint peut-être d’ailleurs ce que j’avais esquissé à propos du rapport à la loi, ce qui m’avait questionnée plus tôt dans la leçon, cette « comédie de la loi », dont il parlait. Parce que le sujet, le circoncis, il l’est « moins à une loi qu’à un certain rapport à l’Autre », dit-il p. 322. Et quand il va se servir, pour expliciter cette fonction de la circoncision de ces inscriptions égyptiennes qui ont été retrouvées dans ce tombeau et qui attestent que c’était une pratique qui avait cours chez les égyptiens, voire antérieurement à l’époque du néolithique, il va insister et mettre l’accent sur les trois lettres et sur l’articulation signifiante « être séparé de : en l’occurrence ici de son prépuce ». En hébreu, le prépuce se dit la Orla je vous laisse apprécier, sans entrer pour autant dans le registre de la signification, comment ce signifiant vient lui aussi résonner de l’hébreu à notre langue comme indicateur à la fois de la présence et de l’absence.   Mais ce qu’il veut nous amener à considérer je crois, c’est ce que vient désigner cette circoncision, c’est-à-dire sa fonction, le fait qu’elle introduise le sujet dans un ordre qui aussi bien témoigne de ce qui l’affecte en tant que sujet parlant, c’est-à-dire d’un manque, mais aussi de cette séparation d’avec l’Autre et cela depuis cette marque inscrite sur son corps.  

Avec l’accord de l’auteur.

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