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La nécessité du Transfert

AMIEL Gérard
Date publication : 25/10/2021

 

La nécessité du Transfert

Je commencerais par remercier tout d’abord très chaleureusement Fátima Fleig pour l’invitation à parler qu’elle m’a adressée sur une question absolument fondamentale de la psychanalyse. 

Sans tergiverser, je dirais donc d’emblée que la psychanalyse est détruite progressivement par sa diffusion dans le discours universitaire qui la considère comme une abstraction philosophique parmi d’autres. Ce qui est une manière très habile de neutraliser ses éventuels effets. Ceci est extrêmement grave, car ce dévoiement a fini par lui enlever son tranchant et sa légitimité initiale, puisqu’elle n’est certainement pas une théorie, mais avant tout une discipline chevillée à une clinique. Pourtant la clinique qui la concerne est éminemment spécifique comparée à toutes les autres, parce qu’elle s’articule à travers la parole et ses fonctions, à ce que Freud très tôt a nommé transfert. 

Mais que devons-nous à la suite de Freud et de Lacan entendre par là ? Ce n’est jamais l’analyste qui fonde quoi que ce soit dans une cure, ni le patient non plus d’ailleurs, mais uniquement le transfert. Ainsi, l’acte analytique qui se révèle par la naissance possible d’un sujet habité d’un désir, ne peut advenir que par le transfert et par rien d’autre, d’où la nécessité urgente d’en préciser la structure. Si j’insiste à ce point sur la dimension structurale du transfert c’est pour vous inviter à ne surtout pas en rester sur ses manifestations évidentes que tout le monde connaît, à savoir l’amour, la haine, l’ambivalence, etc. Ce qui ne présente pas d’intérêt majeur en soi. 

L’autre écueil à éviter à propos du transfert serait de le confondre strictement avec une sorte de foi, fut-elle laïque. Pourquoi ? Parce que la foi comme Freud l’a tellement fait entendre, prend son origine dans une opération inconsciente primitive qui consiste en ce que l’enfant reconnaisse cet étranger qui lui est désigné par la mère comme étant son propre père. Ainsi le mouvement de la foi pousse à la mise en place de la première métaphore dans l’inconscient qui est celle du Nom-du-Père et qui servira de point d’appui pour toute métaphore ultérieure à venir et toute symbolisation. Le transfert s’il était strictement confondu à la foi ne serait que l’héritier direct d’une opération inconsciente première de laquelle il resterait à jamais tributaire. Or précisément, ce ne peut pas être le cas, puisque le transfert n’est pas nécessairement une répétition du lien au père ou à la mère, dans la mesure où il peut aussi être invention qui excède le passé et ses impasses. Le transfert en effet, et c’est la clinique qui nous l’apprend, peut tout à fait se révéler être une métaphore inédite qui s’introduit dans la subjectivité, pour la mener ailleurs que là où elle avait été conduite jusque lors. Le transfert peut en effet s’inscrire en tant que nouveauté, ouverture et non pas un rejeton de la pulsion de mort et de sa logique close du retour au même par la répétition. C’est dire combien le transfert peut se déployer à côté de la métaphore paternelle et du désir de la mère, ce que ne permettrait pas la foi. Mais notons immédiatement que si l’on accepte de réduire le transfert à une métaphore particulière, cela signifie que les signifiants qui se sont substitués pour la constituer nous échappent complètement et donc qu’il est impensable d’imaginer pouvoir l’orienter ou le manipuler chez les patients. Ainsi nous devons l’accepter dans son style, sa forme, ses excès, tel qu’il est et renoncer à le manier à notre guise. Ce à quoi ne se résout jamais la perversion qui l’utilise à des fins radicalement étrangères à celles de la cure. Mais comme le transfert est une métaphore, donc une substitution déterminée, elle constitue en elle-même un facteur de résistance. La résistance à l’analyse n’est donc pas une faute dont il y aurait à imputer la responsabilité de l’analyste ou de l’analysant, ce qui en serait une lecture essentiellement imaginaire, mais elle est déjà la conséquence d’une dialectisation impossible du fait des substitutions qui sont donc fixées dans la métaphore qui fonde le transfert. D’ailleurs paradoxalement cette résistance est la garantie d’une certaine durabilité de celui-ci, il est une résistance tout à fait positive faudrait-il ajouter. 

Quand un sujet est amené à parler, il peut être mis devant le fait de rencontrer pour lui quelque chose d’une béance, de ce que Lacan a appelé un réel. Celui-ci se situe toujours à un carrefour pour le sujet qui parle entre deux chaînes signifiantes qui n’ont pas de lien l’une avec l’autre. Entre les chaînes signifiantes, c’est-à-dire le Symbolique, gisent des intervalles qui lui échappent, c’est cela le Réel. Pour simplifier les choses, nous pouvons dire un peu grossièrement que le sujet est toujours écartelé d’un côté entre une chaîne où se déploie sa demande, laquelle est équivalente strictement à sa pulsion et de l’autre côté, une autre chaîne où se fomente un désir, voire son empêchement à travers une inhibition ou un symptôme. La première concaténation contient le désir de la mère qui a été à la naissance du champ pulsionnel, mais également l’interdit qui le frappe nécessairement, ce que Lacan représente par l’écriture de la métaphore qui vient doublement raturer ce désir maternel. À cette chaîne signifiante des substitutions métaphoriques, s’oppose donc une seconde chaîne du glissement métonymique cette fois. La première a produit l’ancrage de la fonction phallique pendant que la seconde concaténation est donc celle qui va enserrer l’objet cause du désir, dit objet petit a. L’important est de bien noter que c’est entre le déroulement de ces deux chaînes qui n’ont pas de rapport l’une avec l’autre, que le sujet symbolique qui intéresse la psychanalyse peut émerger de ce Réel comme divisé. 

Nous en déduisons plusieurs versions possibles de l’amour. Un amour infantile lié à la chaîne pulsionnelle et qui vise l’au-delà de la demande, donc un manque que rien ne saurait atteindre et qui est source d’une insatisfaction tant insondable qu’impossible à amender si le sujet y reste attaché. Un amour plus digne, métaphorisation d’un manque très précis, à savoir non pas le manque du sujet, ni le manque de l’Autre, mais le manque nécessaire à ce qu’émerge le désir de l’Autre, puisque le désir du sujet n’existe pas et n’est qu’un désir de désir. La cure permettant ainsi le passage d’un Autre absolu primitif à un Autre barré et installe l’objet petit a dans sa véritable fonction de représenter le manque et de déterminer le désir de l’Autre. Dans cette opération, grand A et petit a semblent confondus. La finalité de la cure comme y insiste Lacan dans son séminaire Encore est non pas de liquider le transfert, ou de prétendre le comprendre, mais de permettre de rompre le lien qui unit grand A à petit a. Ce faisant, elle conduit les hommes et les femmes vers la forme la plus poussée de l’athéisme, puisque la cause se trouve ainsi à jamais dégagée de l’Autre et des versions religieuses qu’il est toujours possible d’en donner. 

Maintenant que nous avons explicité la structure psychanalytique du transfert, que pourrions-nous ajouter d’autre ? Dans le monde d’aujourd’hui, il est évident que le transfert soulève les plus vives protestations car il suppose un dispositif asymétrique qui va à l’encontre des idéaux égalitaires. L’autre critique qu’il suscite concerne l’aliénation supplémentaire qu’il induit. Celle-ci pourtant n’est pas définitive mais seulement transitoire et permet de se délivrer de ses liens pathologiques et de ne pas demeurer aliéné pour toujours à ses symptômes. Donc il s’agit d’une aliénation certes, mais en vue de se délivrer de ses aliénations imaginaires et ne reconnaître, pour les accepter comme inhérentes à la condition humaine, que les aliénations nécessaires liées aux signifiants dont nous sommes constitués. C’est dire que le transfert dans l’analyse n’a en général rien à voir avec l’usage qui en est fait dans la vie sociale car ce dernier n’a essentiellement raison d’être que pour satisfaire des fins d’intimidation ou d’exploitation. Ce scandale de la nécessité du transfert pour permettre d’apprendre, a été exposé sur la place publique par Socrate. Si l’intersubjectivité n’existe pas et n’instruit jamais, le transfert malgré l’aveuglement qu’il peut produire peut également conduire à l’articulation d’un savoir enfin formalisé et ordonné. Celui-ci est avant tout un savoir en acte qui ne s’apprend qu’en mettant complètement de côté les connaissances. Il n’est ni une fin, ni un moyen, ni un levier, mais il s’accomplit de façon automatique et est une partie intégrante de l’expérience initiée par un fait de parole. Mais attention, le transfert peut parfois se suffire à lui-même et ne pas conduire à l’acte que l’on en attendrait. Il est assez courant que de nombreuses analyses ne parviennent pas à toucher des secteurs entiers du sujet qui demeurent intacts. Cette imperméabilité est hautement préjudiciable non seulement à la cure mais avant tout au sujet lui-même. Il relève instamment donc de la responsabilité de l’analyste de commencer par faire en sorte que l’entrée en analyse soit un acte véritable. Le contraire hypothéquerait l’ensemble du processus comme l’issue recherchée. Toute la question étant de veiller à ce que soit garantie une position salubre de l’analyste eu égard au désir du patient. Car celui-ci se doit d’être capable de mettre de côté ses idéaux, ses idéologies, ses préjugés, afin que puisse advenir la vérité du désir de celui ou celle qui lui parle, jusqu’à que soit découvert, instant béni, ce qui manque. Sans cela, l’analyse n’est tout simplement pas possible. 

La règle éthique de l’analyse est donc apprendre à bien dire à partir de ce qui pousse à entreprendre cette démarche, à savoir la rencontre par le sujet d’un échec et sa prise en compte. L’agrément qu’il visait dans le principe de plaisir échoue en effet, quelques fois, révélant au-delà, un jouir, dont le symptôme fait partie intégrante et qui agit comme un empêchement indépassable. Ainsi surgit pour le sujet dans cette panne, la question d’un Bien à atteindre, que l’analyse devrait rendre possible. C’est en s’inscrivant dans la recherche de son Bien que le patient entre en transfert par devers lui. Le transfert révèle d’emblée un certain paradoxe. D’un côté le sujet voudrait en recevoir les effets sur un mode agréable. Mais le transfert ne vise pas l’agrément immédiat en soi, mais un Bien souverain situé au-delà et qui risque fort d’inviter à en passer par une suite de désagréments. Un tel cheminement s’inscrit dans la plus haute tradition morale : à quel Bien se référer en effet, afin d’engager une relation au monde qui soit moins déchirante, moins heurtée, même s’il s’agit d’y sacrifier une part de son plaisir ? C’est entre-autre, parce que sur le plan historique, il y a eu effondrement de la morale, que l’analyse a pu surgir dans sa nécessité. Si l’analyste veille à ce que la question du Bien puisse faire son chemin pour celui qui lui parle, sans pour autant lui apporter de réponse, à l’opposé le thérapeute se met au service des petits biens, de la consommation, du confort social, ménager, professionnel, familial, financier. Ne nous y trompons pas, toutes ces formes de réponses reposent sur la haine du prochain car elles referment par des velléités concrètes la question du Bien du sujet, en privilégiant ses petits biens, cela bien entendu faussement au nom de son Bien ! Ce pragmatisme qui écrase le sujet parlant en le rabattant sur une volonté de comblement de ses besoins qui sont supposés le satisfaire est caractéristique de notre époque moderne et du discours marchand qui y règne. 

Mais précisons tout de même un peu plus la question du souverain Bien pour en éclairer en retour les formes majeures possibles du transfert. Ce qui ordonne le Bien peut être d’un côté la raison, cette ligne directrice a été développée historiquement d’abord par Aristote et s’est développée ensuite jusqu’à Saint Thomas d’Aquin, puis a été reprise ultérieurement par Kant. Mais d’un autre côté, le Bien peut aussi s’avérer organisé par l’affect, le senti, le ressenti, mais aussi les notions d’égalité et de fraternité que l’on retrouve de Platon à Saint Augustin, puis chez Nietzsche, Hegel, et Marx. Cette conception est foncièrement mystique. Aujourd’hui nous sommes logés entre ces deux courants de la rationalité et du sentiment qui déterminent deux formes radicalement opposées dans le transfert et aussi l’amour, bien que celui-ci puisse être une composition des deux. 

La conception mystique de l’amour postule un emportement qui peut aller jusqu’à nuire à celui ou celle qui l’éprouve, il met le sujet hors de lui-même, dans un état extatique où il est en quelque sorte dépossédé. C’est donc un sentiment qui mortifie, détruit, anéantit, néantise. Cet amour entend se passer de tout tiers, il est à la recherche d’une relation duelle, il est fondé sur la cupidité, c’est-à-dire la volonté pour l’aimant de s’assimiler l’aimé. Cette modalité  est aussi marquée par la valence de la charité, autrement dit le don y occupe une dimension fondamentale. En général cet amour d’ailleurs ne se veut que don et refoule la part cupide, donc haineuse qui le constitue. Amour extrêmement agressif et violent, il prône bien entendu la gratuité inconditionnelle, la libéralité totale. Il se veut désintéressé, au point qu’il peut conduire jusqu’à la mort, ou au sacrifice sublime de soi-même. Il se veut irrationnel, imprudent, aveugle, afin de conduire à la béatitude, qui serait bonheur de possession du souverain Bien. Une telle appréhension est à l’épicentre de tous les fanatismes, politiques, religieux, sociaux. Son idéalisme est tel qu’il est impossible d’argumenter avec lui car il prétend vouloir bousculer l’ordre même de l’intelligence. Cette folie d’amour n’est que le cœur incandescent de la passion qui pulvérise toutes les structures individuelles et de la tradition. Le but d’un tel amour est inaccessible car le sujet qui s’engage sur ces voies et les pousse à leur terme se trouve finalement conduit à l’inverse du souverain Bien. Alors que cet amour souhaite se donner sous les aspects les plus attrayants, en vérité il ne conduit qu’à l’horreur de La Chose, Das Ding, à savoir la jouissance incestueuse et mortelle. La littérature montre comment la douleur peut y être élevée au rang de la plus absolue magnificence. Les tenants d’un tel transfert ont un aspect forcément sectaire, c’est-à-dire qu’ils sont animés par une rage agitée par le signifiant refoulé de la cupidité, de l’envie, ou de la jalousie. Ce qui s’avère ici dangereusement supprimé dans cette mise en place est la division subjective. Nous savons que les cures qui commencent par ce type de mise en place ne peuvent s’apaiser qu’à partir du moment où un certain renoncement sera possible, réintroduisant une division sous le coup du désir qui tempère et humanise. L’analyse de ces sujets doit pouvoir les mener à concevoir que ce qu’exige d’eux l’Autre, ce n’est jamais un tel amour, mais afin d’entrer dans le champ de la sexualité et de la sexuation à une place juste, il conviendra de dégager la logique précieuse d’un objet humain dont le nombre est fort limité. 

La conception rationnelle de l’amour maintenant. Si Platon a pu suggérer que la connaissance du vrai pouvait conduire à la connaissance du Bien, pérennisant une erreur qui confond vrai et vérité, Aristote le réfute partiellement et confie l’émergence du Bien à la logique et à la rationalité. Mais celle-ci est-elle suffisante pour constituer une éthique pour autant ? Recherche de la vérité par la raison, elle propose un amour où l’amitié entre ego se présente comme un modèle. Saint Thomas d’Aquin toutefois rejette cet aspect qu’il repère comme de nature homosexuelle. Il prône un amour nécessaire, où règne la dissymétrie entre les partenaires mais qui repose sur le devoir d’aimer, ce qui est l’inverse de ce qui se passe dans l’expérience de la cure. Pour le théologien ce n’est pas l’objet de l’aimant qui est recherché dans l’aimé, car il convient d’abord de s’aimer soi-même ce qui devrait produire en retour une forme de plénitude. C’est donc d’abord cette réalisation narcissique du sujet qui est susceptible d’inonder dans un second temps l’aimé. Si je la mentionne, c’est que l’approche thomiste correspond étonnamment à la conception sociale contemporaine. Elle est hautement problématique en ce qu’en effet, rien n’est évoqué du manque du sujet à partir duquel un objet serait cherché activement dans l’Autre. Thomas pose donc l’amour comme fait premier duquel découlerait en conséquence le désir. Sa lecture l’a donc séquestré et mis en impasse. 

Mais dépassons ces diverses modalités. Quel que soit son style, le transfert permet un repérage précis du désir du sujet symbolique, sujet qui lui est barré, c’est-à-dire sous la dépendance du signifiant et qui n’est jamais que désir de l’Autre, cela par opposition à un sujet imaginaire narcissique non barré et non advenu. Le sujet, sous dépendance inconsciente, est parlé par la chaîne signifiante, il s’est déduit de la demande et du désir de l’Autre par rapport auxquels il a dû se situer, tout en cherchant simultanément à se faire non pas connaître, mais reconnaître. Cela se traduit chez le patient en cure par sa volonté de se loger par exemple dans le désir de l’analyste. Comme l’analyse ne s’inscrit pas dans une visée utilitariste, autrement dit de collapse du désir, la conception du transfert qui en découle est sous très haute dépendance du signifiant, là où la conception rationnelle de l’amour le situait comme un Bien désirable. L’analyse et le transfert font révolution notable en ce sens qu’ils proposent une visée qui sorte plus radicalement du Bien en vue d’atteindre l’éros, donc le désir. 

L’aimant cherche ce qu’il n’a pas et que l’aimé est ou qu’il possède, mais qu’il ignore. Entre aimant et aimé, il y a un trou, qui est l’inadéquation radicale. Ainsi l’aimant croit que l’aimé renferme ce trésor désiré, cet agalma comme l’a spécifié Platon dans le Banquet et sur lequel longuement se penche Lacan dans son séminaire, afin de l’expliciter. L’aimant est sujet du désir et l’aimé objet de ce désir inscrivant cette dissymétrie que l’on retrouve dans l’écriture du fantasme. Si l’amour est une métaphore du désir, l’amour de l’aimant pour l’aimé est donc métaphore de son désir. L’objet ainsi énergiquement sollicité n’est lui-même que de nature métaphorique et non concrète, car il dépend de la fonction du langage même. C’est en taisant que l’analyste ne renferme nul objet, à la différence de Socrate qui lui le dévoile, faisant savoir qu’à ce titre il est vide, qu’il peut représenter pour son patient l’Autre barré, qui ouvre le champ des équivocités fécondes de la langue par lesquelles peuvent voir le jour les trouvailles qui sauvent. Dans l’ébauche du mouvement transférentiel, le sujet se situe dans un rapport métaphorique donc de substitution par rapport à ses proliférations métonymiques. Et c’est bien cela qui se rejoue dans la relation entre aimant et aimé. Le sujet ne peut se spécifier qu’en tant qu’il assume cette béance propre entre métaphore et métonymie qui le constitue comme désirant à partir donc de l’Autre inconscient. Dans le parcours d’une cure qui ne débute que par un fait de parole à savoir une demande, laquelle demeure foncièrement demande de reconnaissance, le désir du sujet peut aller jusqu’à s’identifier à cette demande dans l’Autre. Celui qui est adresse d’une telle mise en place est en situation de A barré, pendant que celui qui la formule, en position de S barré, dont la manifestation est une vacillation angoissante. Il n’a plus dans la cure pour le sujet qu’à découvrir alors les règles logiques qui organisent l’inconscient et desquelles il est lui-même pétri. Dans le glissement infini des signifiants qu’il découvre, hors de toute pensée ou réflexion, en continuant à dire “tout ce qui vient comme cela vient”, ainsi que le stipule la règle de la libre association édictée par Freud, il finit par rencontrer un point de butée majeure qui n’est rien d’autre que le fantasme fondamental, S barré poinçon de petit a. Ce cheminement qu’il faut bien dire complexe et long surtout quand il va jusqu’au dépassement du fantasme, se fait en quelque sorte presque tout seul, quasiment automatiquement, sans que l’Autre ait à répondre, ce qui ne veut pas dire qu’il n’ait pas à parler. Car ce qui compte avant tout n’est pas qu’il y ait réponse, mais possibilité ouverte d’une réponse, ce qui n’est pas rigoureusement la même chose. Le graphe du désir montre comment la parole définie en A un lieu d’adresse et en S de A barré un temps, un rythme, une scansion. L’objet causal du désir gisant entre ces deux effets de parole n’est qu’un lieu vide de tout objet. Ce que ne parvient pas à entériner la perversion. La magie du transfert tient à ce qu’il est un acte qui ouvre la porte à la remémoration et à la parole jusqu’à dévoiler les éléments fondamentaux qui la constituent. Plus que cela, l’entrée en analyse est un Nom-du-Père en ceci que la totalité de la structure subjective s’en trouve heureusement mobilisée. 

Si c’est d’abord en tant qu’objet que le sujet s’assume et que cet objet qu’il est d’abord est inscrit dans un discours, voici donc d’abord son acte de naissance premier. Cet acte initial dès lors qu’il s’articule et qu’il est reconnu comme tel, constitue un Nom-du-Père. Ce dernier en passe aussi par la reconnaissance fondamentale d’être avant tout un symptôme qui existe au monde, parmi d’autres. Qu’est-ce à dire ? À savoir que ce symptôme est essentiellement un échec au regard de la jouissance phallique et que cela est dépendant du désir de l’Autre, raison pour laquelle se manifeste l’angoisse dont nous avons parlé. Voici donc succinctement un des points que le sujet peut être amené à découvrir du transfert qui l’habite. 

C’est parce que l’entrée en analyse doit être impérativement un acte inauguré par le transfert, qu’il y aura peut-être une chance qu’il y ait un autre acte à la sortie de cure, tout aussi déterminant que le premier, à savoir l’émergence tant attendue d’un sujet. 

 

Gérard Amiel 
Brésil 
Octobre 2021

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