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Les Formations de l’inconscient à mi-parcours

METZ Bénédicte
Date publication : 20/09/2021
Dossier : Le collège de l'ALI

 

Les Formations de l’inconscient à mi-parcours

Le Séminaire de Jacques Lacan Les Formations de l’inconscient a été mis au programme du Groupe d’Introduction à la Psychanalyse pour l’année 2020-2021. Sa lecture s’en poursuivra en 2021-2022. Que retenons-nous de la riche et difficile première moitié de ce Séminaire ? Que pouvons-nous transmettre de ce que ce début de parcours nous a enseigné à ceux qui voudront nous rejoindre pour la suite ?

Le séminaire Les Formations de l’inconscient a ceci de vertigineux que Lacan y reprend de très nombreux éléments de ses élaborations précédentes pour en faire les instruments du déchiffrage de « la fonction du signifiant dans l’inconscient » telle qu’elle est à l’œuvre sous « la forme la plus éclatante » dans le trait d’esprit, ce trait d’esprit que Lacan ne lâche pas tout au long des dix premières leçons, ce trait d’esprit dont il veut rendre compte du mécanisme de formation dans son détail, pour ce qu’il nous apprend des « rapports de l’inconscient avec le signifiant et ses techniques ».

Parmi ces éléments repris des élaborations précédentes, il y a notamment, essentielle, la formalisation, inspirée par la distinction opérée par le linguiste Roman Jakobson entre axes synchronique et diachronique du langage et développée dans l’article « L’Instance de la lettre dans l’inconscient », de l’incidence du signifiant sur le signifié grâce aux opérations de la métonymie et de la métaphore.

La symbolisation de la métonymie f (S...S')S ~ S(-)s met en valeur la connexion du signifiant au signifiant et le renvoi permanent d’une signification à une autre signification, enchaînement qui est le ressort du désir. La symbolisation de la métaphore f(S’/S)S ~ S(+)s met en évidence la substitution d’un signifiant à un autre dans la chaîne, substitution qui produit « un effet de signification ». La reprise de ces deux symbolisations est au cœur du traitement que fait Lacan des traits d’esprit qu’il reprend à Freud et notamment du célèbre « famillionnaire » de Heinrich Heine.

À cette fin, cette reprise est mise à profit dans une nouvelle élaboration, celle d’un graphe qui, après de nombreuses modifications, deviendra le « graphe du désir » dans l’article des Écrits « Subversion du sujet et dialectique du désir ». Sur ce graphe sont reportées deux chaînes signifiantes : la première « perméable aux effets proprement signifiants de la métaphore et de la métonymie » (niveau des phonèmes), la deuxième correspondant au discours rationnel constitué des emplois fixes du signifiant (niveau des sémantèmes). Il s’agit de se donner les moyens d’appréhender les circuits par lesquels advient la formation d’un signifiant nouveau laissant le signifiant auquel il se substitue continuer son chemin dans l’inconscient. Voilà le double circuit : dans le premier, le discours part de l’Autre auquel le sujet se réfère comme témoin, puis se réfléchit sur le « je » et va délivrer son message ; dans le deuxième, celui de la chaîne signifiante, jouent les effets de substitution, notamment phonématiques ; le trait d’esprit résulte de leur croisement.

Pour Lacan, il s’agit de faire entendre que la structure du trait d’esprit est celle de l’inconscient et qu’elle met en évidence la soumission du sujet au langage, et ce faisant la détermination de son désir par un objet métonymique qui est lui-même le produit d’une articulation langagière. En effet, et c’est le propos des magnifiques leçons IV, V et VI, le besoin humain est structuré par les lois du langage, ces lois le morcellent et de ce morcellement découle un objet qui n’est plus celui du besoin mais d’une demande manifestant la prise de ce dernier dans le langage. Et voilà ce qui explique le plaisir que l’on prend au trait d’esprit : il reproduit le plaisir d’une demande qui « passerait », c’est-à-dire qui arriverait à faire entendre son objet. En effet, le trait d’esprit est cet usage du signifiant qui réussit parce qu’il trouve dans l’Autre le prolongement de l’exercice du signifiant dont il résulte, il est l’exploitation assumée de l’aliénation fondamentale de toute formulation à un Autre du fait qu’elle en part nécessairement (tout usage du signifiant y puisant) et qu’elle s’y adresse (nul message qui ne prend sens sans son rapport à une organisation signifiante dans l’Autre).

L’Autre est encore pour Lacan à ce stade du Séminaire le lieu du code, lieu ambigu, à la fois lieu incarné par un petit autre parlant et lieu symbolique d’où surgit « la direction du sens », « vase vide » que la parole d’un sujet vient remplir et faire résonner (leçon VI). Le graphe, qui rend d’abord compte des circuits de la parole d’un sujet, se double de la structure de l’Autre et de ses propres circuits, Autre que la parole du sujet suppose et qui s’identifiera de plus en plus explicitement au fur et à mesure du Séminaire à l’inconscient. Cette construction à deux étages doit permettre de mesurer l’importance du langage et de la parole dans l’économie du désir et dans l’information du signifié (ce dont on parle) qui est toujours le produit du langage et de la parole et jamais un pur objet, l’accès à la réalité nous étant en effet refusé dès lors que nous y pénétrons par le biais du signifiant.

L’organisation de l’Autre est dès lors primordiale pour la détermination du désir.

C’est ce qui amène Lacan à reprendre sa trouvaille du Séminaire sur les psychoses, l’importance du Nom-du-Père, ce signifiant qui « fonde le fait qu’il y a Loi, c’est-à-dire articulation du signifiant dans un certain ordre ». La rédaction de l’article « D’une question préliminaire à tout traitement possible des psychoses » est contemporaine de l’énonciation des leçons du Séminaire sur les Formations de l’inconscient de décembre 1957 à janvier 1958 où Lacan, situant le Nom-du-Père dans son graphe, formalise « la métaphore paternelle » : c’est ici que le père symbolique devient une métaphore, autrement dit une substitution signifiante qui comme telle produit des effets sur le signifié, modifiant notamment la valeur de l’objet du désir de la mère autrement dit du phallus. Lorsque le Nom-du-Père se substitue, dans l’inconscient qui devient alors le lieu de l’Autre, au signifiant du désir de la mère (ce qu’un sujet peut en entendre), le sujet, qui jusque là dépend du désir de la mère dont il se fait l’objet imaginaire, accède par le fait même de la métaphore du nom du père à l’ordre symbolique auquel ce désir est suspendu. Cet ordre symbolique modifie le statut de l’objet perçu comme objet du désir de la mère, le phallus, en un objet métonymique, universel pour le sujet en tant qu’il est ce qui résulte de l’existence même du signifiant, déterminant de son fondamental désir d’autre chose.

Voilà à quoi nous en sommes arrivés et à partir de quoi nous poursuivrons notre lecture du Séminaire cette année.

Bénédicte Metz
pour le GIP

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