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Hommage à Marcel Czermak

BON Norbert
Date publication : 09/06/2021

 

Hommage à Marcel Czermak

Norbert Bon

J’ai appris avec tristesse,  comme beaucoup sans doute,  la mort de Marcel Czermak. Nous ne le voyions plus guère, ces dernières années, lors de journées de l’Association. Mais chacun se souvient de ses interventions, souvent vives mais pertinentes, du haut de l’amphithéâtre où il aimait à se tenir debout. Pour ma part, je repense avec gratitude à ses enseignements du mercredi à Saint Anne et à l’accueil bienveillant que j’y ai rencontré lors de mes premiers pas à l’Association Freudienne. Et, notamment, à ce qu’il a pu transmettre de sa clinique des psychoses, lors des « présentations de malades » qu’il pratiquait en alternance avec Charles Melman et où il s’attachait à dégager le trait du cas. Pratique que des belles âmes tenaient pour un vestige d’une psychiatrie du passé. Comment peut-on demander ainsi à un patient hospitalisé de s’exposer en public ? Mais il n’y avait pas pour lui, comme pour Lacan, de distinction public/privé et ses présentations n’avaient rien à voir avec des démonstrations théâtrales. Il fallait pour cela que ledit public soit « dans le coup », disait-il, autrement dit celui de son propre travail analytique pour n’être pas là en voyeur mais pour se laisser enseigner par ceux qui acceptaient de se prêter à l’exercice. Non pas prendre, mais « y mettre du sien ». Marcel Czermak le vérifiait de temps à autre en rappelant qu’il demandait aux personnes de l’assistance qu’il ne connaissait pas de venir se présenter avant le prochain mercredi. La semaine suivante, il demandait sans ménagement à ceux qui ne l’avaient pas fait de quitter la salle. Beaucoup ont sans doute appris là, comme moi, que la neutralité bienveillante supposée de l’analyste s’arrête parfois là où la coupure s’impose ! Au risque de l’inconvenance. Et Marcel Czermak tenait le courage pour une vertu de l’analyste. Qu’est-ce à dire, sinon qu’il ne recule pas devant la crainte d’une castration imaginaire ?

A l’époque, les fenêtres de son bureau donnaient sur le cimetière du Montparnasse, ce lieu où la grande faucheuse d’imaginaire ne laisse sur notre réel que quelques signifiants élémentaires. Pour la plupart. Gageons qu’en ce qui le concerne, il en restera plus d’un associé à son patronyme.

Nancy, Le 8 juin 2021.

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