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Hommage de Jean-Louis Chassaing

Date publication : 17/09/2020

 

Jean Garrabé était, est une référence indispensable en psychiatrie. Pas forcément pour tout le monde ; il tenait sa ligne, celle d’un savant, dans la veine de Georges Lanteri-Laura, retraçant l’Histoire, celle des concepts, de leurs naissances et de leur devenir, celle des hommes de l’art psychiatrique, médical, psychanalytique parfois. Mais, un peu différemment de son collègue prestigieux, plutôt  homme des livres, Jean parcourait le monde, en colloques internationaux très officiels, tranquillement. Honolulu en 1966 avait marqué le monde psychiatrique avec ses dimensions de politique internationale, et avec un pas vers des classifications communes. Buenos Aires dernièrement.

J’aimais son apparence tranquille, relativisant les événements mais prompt à l’attaque pour rétablir « une vérité », ajouter le détail qui changeait la donne. Je me souviens de son sourire malicieux, les yeux au loin vers le soleil levant, me dire en riant que là-bas, au Japon, il avait examiné le Rorschach de Mishima : « il était complètement fou » lâchait-il sans aucun mépris bien sûr ; c’était comme ça et ça le faisait rire. Mais il s’inquiétait de ce que, là-bas aussi, les schizophrénies par exemple s’effaçaient sous le poids des troubles de l’humeur. Les classifications internationales des maladies mentales occupaient une grande partie de sa vie. Il était un des derniers français à avoir encore cette officialité, cette renommée internationale. Sa présence, et le texte dont il nous a fait cadeau lors du colloque de 2015 de l’ALI, répondant comme toujours oui à mes invitations, se trouvent dans « Réel de la science, réel de la psychanalyse », avec justement ce titre Taxinomie dans les sciences naturelles et dans celles de l’esprit.

Avec bonheur nous trouvons une Préface (2010) à la sixième édition du célèbre et maintenant classique « Manuel de Psychiatrie » de Henri Ey, Paul Bernard et Charles Brisset.

De même sa Préface à la superbe réédition (2006) en deux volumes des « Etudes psychiatriques » d’Henri Ey croise celle de Patrice Belzeaux au sein de leur Cercle de Recherche et d’édition Henri Ey (CREHEY) à Perpignan. Cette association a édité de nombreux livres sur Ey, homme du Sud.

Jean, Juan, m’entretenait notamment de l’Etude n° 8 sur le rêve dans laquelle Ey se pose en continuateur de Moreau de Tours, auquel il dédie d’ailleurs cette Etude. Ou encore de l’Etude n° 6 sur Freud et l’Ecole psychanalytique.

Jean Garrabé c’est encore sa participation aux éditions/collection des  « Empêcheurs de penser en rond », notamment sa longue préface, et la post face, de L’automatisme mental de De Clérambault (1992).
Jean Garrabé c’est aussi « L’Evolution Psychiatrique », dont il fut Secrétaire général. Entre autres. Et c’est un Psychiatre des hôpitaux, attaché au nom de « La Verrière » dans les suites je crois de P. Sivadon.

Jean Garrabé était un ami, ou plutôt un amigo. Nous partagions l’attirance pour les pays du sud, dont il était, pays de langue hispanique, Amérique du sud. Il s’efforçait de me ramener à la langue espagnole, apprise au lycée et nous échangions quelques rares mots, rares du fait de mes oublis… Il était heureux ces derniers temps que ses voyages en Amérique du sud lui avaient amené les intérêts d’étudiants pour l’Histoire de la psychiatrie. Il me donnait, alors que je partais pour donner des  cours à Quito, de nombreux documents à distribuer aux étudiants, en français et en espagnol, la plupart sur Henri Ey. Il m’offrait alors les premiers numéros de « Frenia, Revista de Historia de la Psiquiatria ».

Un regret : je lui faisais part du fait que le terme de border line, prononcé en premier par un américain du Nord, le Dr. Hughes, au XIXe, venait selon cet auteur d’une conférence de Benjamin Ball. Nous n’avons pas trouvé cette dernière ! Ce qui n’empêchait pas Jean de me parler d’un autre auteur cité, parfaitement inconnu de moi, Lytttelton Stewart Forbes  Winslow,  et de me raconter anecdote sur anecdotes ! C’était Jean Garrabé.

Cher Jean Garrabé de Lara (je me permets),
Con un cordial saludo, con un ultimo fuerte  abrazo
Y siempre Hasta la vista
Jean-Louis Chassaing
 

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