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« Fin de la cure : bord-elle »

LACANAL-CARLIER Mireille
Date publication : 22/04/2020
Dossier : LES CARTELS DE L'ALI
Sous dossier : Retour de cartels

 

« Fin de la cure : bord-elle »
 
Ce texte a été proposé noué au deux autres des cartéliennes  du groupe de l’ALI Aix Salon de Provence.
 
Ce texte commence donc par un oubli celui du titre, titre qui viendrait présenter ce qu’il en serait du contenu de cet écrit. Contenu relatant une expérience de cartel mis en place en début d’année, sans soutien d’un texte et dont le thème nous restait imprononçable ou plutôt refoulé.
 
Dès le départ un trou bordé par un insu à trois voix qui proposa alors ce signifiant « bord-elle » qui nous parut fort à propos.
 
Alors « Fin de la cure : bord-elle » c’est donc ce titre qui prix place. Ce qui tombe dans les dessous « sexualité infantile »…..Et ce que révèle la psychanalyse c’est que la sexualité est quelque chose de fondamentalement opaque.
 
L’infantile est ici entendu comme concept dans son rapport au refoulé et pris en terme de constitution dans l’ordre de son rapport au refoulement. Donc l’infantile comme moment de la constitution psychique d’un sujet de l’inconscient délimité par ses deux bords : infans et enfant, infans jusqu’à l’acquisition du langage, infantile : constitution du complexe d’Œdipe et enfance : période de latence jusqu’à la puberté et enfin l’adolescence qui peut durer...Cette délimitation n’est au demeurant qu’une manière de classer ou plutôt de penser une chronologie fictive d’un harmonique développement.
 
L’infantile ce serait du non encore complètement refoulé et qui ne peut être entendu que pris dans l’histoire du sujet de l’inconscient d’un être parlant. C’est une source jamais tarie et Freud la nomme l’infantile. L’infantile est le sexuel indifférencié où peuvent coexister tendresse et sensualité, masculin et féminin, actif et passif, non subordonné à une fonction, non lié à des organes spécifiques, totalement ignorant du principe de réalité et peut -être insoumis au principe de plaisir qui implique une certaine finalité. Un sexuel sans principes. Cet infantile est sans âge, il ne correspond à aucun lieu, à aucun temps assignable et JB Pontalis l’a nommé la 5ème saison. Une nomination qui si elle révèle un type de fixité cyclique nous amène un dérangement d’une prédiction, d’une pré-inscription qui se révélerait source d’inspiration, source d’une jouissance permise sans mot pour le dire mais carburant d’un désir sans cesse renouvelé.
 
Le corps cette enveloppe qui contient les pulsions est d’une représentation difficile pour l’être parlant ; nous disons avoir un corps et non être un corps ; le corps est perçu non à l’intérieur mais à l’extérieur. Lacan le souligne en disant que le sujet a un rapport non pas intime mais ex-time à son corps.(Lacan 1959-1960 p 167)
 
Et paradoxalement, ce qui tient le corps, ce qui fait sa consistance, c’est le « trouage », c’est le fait qu’il soit troué, nous rappelle Charles Melman. Ce qui vient trouer le corps c’est la subversion introduite par le langage en tant que la langue est constituée de signifiants qui ne renvoient qu’à d’autres signifiants. Ce qui fait trou c’est le symbolique, c’est notre rapport au signifiant. Autrement dit toute demande ne rencontrera qu’un trou puisque elle rencontrera un signifiant qui viendra cerner cette béance, plutôt que l’objet de cette demande et c’est dans cet écart que la prise de l’objet se confrontera au trou creusé par le signifiant.
 
Lacan avec les nœuds recouvre le rond du Symbolique par le rond du Réel et c’est le rond de l’Imaginaire qui va nouer R et S.
 
Le corps garde les traces non symbolisées : le raté de la symbolisation primaire (de la trace sensorielle  à la représentation de chose) c’est le clivage, le raté de la symbolisation secondaire ( de l’inconscientde la représentation de choses à la conscience) c’est le refoulement.
 
Le 13 avril 1975 à la clôture des journées de cartel de l’EFP «  S’il n’y a pas de trou je ne vois pas ce que nous avons affaire comme analyste, et si ce trou n’est pas au moins triple, je ne vois pas comment nous pourrions supporter notre technique qui se réfère essentiellement à quelque chose qui est triple et qui suggère un triple trou. »Lacan
 
Ce que la psychanalyse maintient c’est qu’il y a un irréductible lié à la sexualité et à l’inconscient, un trou dans le symbolique dixit Lacan auquel chaque être humain de par son rapport au langage a à faire. Le trou est lié à la sexualité et face au trou du savoir nous reste la trouvaille.
 
Georges Perec(1936-1982) dans Les lieux d’une ruse recours au récit pour en dire un peu sur le processus de son analyse. C’est un court texte paru post mortem en 1985 et que les éditeurs ont inclus dans un recueil de 13 textes nommés « Penser, Classer ». Entre « Douze regards obliques » et « Je me souviens de Malet et Isaac » énumération en 12 points sur la mode et le recopiage des titres des livres d’histoire de son enfance se trouve ce texte d’une dizaine de pages qui commence ainsi « Pendant quatre ans de mai 1971 à juin 1975 , j’ai fait une analyse. » p 59 puis « La psychanalyse ne ressemble pas vraiment à une publicité pour chauve : il n’y a pas eu un « avant » et un « après ». Il y a eu un présent de l’analyse, un « ici et maintenant » qui a commencé, a duré, s’est achevé. Je pourrais tout aussi bien écrire « qui a mis quatre ans à commencer » ou « qui s’est achevé pendant quatre ans ». Il n’y a eu ni début ni fin ; bien avant la première séance, l’analyse avait déjà commencé, ne serait-ce que par la lente décision d’en faire une, et par le choix de l’analyste ; bien après la dernière séance, l’analyse se poursuit, ne serait-ce que dans cette duplication solitaire qui en mine l’obstination et le piétinement ; le temps de l’analyse, ce fut un engluement dans le temps, un gonflement du temps.. » p 62 Il conclue « De ce lieu souterrain je n’ai rien à dire. Je sais qu’il eut lieu et que, désormais, la trace en est inscrite en moi et dans les textes que j’écris… Ce jour -là l’analyste entendit ce que j’avais à lui dire, ce que, pendant quatre ans, il avait écouté sans l’entendre, pour cette simple raison que je ne lui disais pas, que je ne me le disais pas. »
 
Et c’est dans cet espace où nous mesurons le temps, celui des séances, leur nombre, le jour et leur heure noté sur un calendrier tel un obsessionnel que nous venons chercher chose paradoxale du « hors-temps » comme le dit si bien JB Pontalis dans son livre « Ce temps qui ne passe pas » et ce sont ces limites du temps qui sont la condition de cet avènement. C’est d’un temps autre dont il s’agit.
 
D’une fiction, qui peut bien s’écrire avec un X, qui nous est propre « J’ai trop de trou » à l’acceptation que c’est bien de cela dont il s’agit nous essayerons d’en dire un peu sur ce qui, en reste, anime notre recherche. Recherche d’un temps perdu au consonance proustienne ou retrouvaille d’un commencement qui n’en finit pas.
 
Et pour illustration cet incident survenu pendant le séminaire d’hiver à l’Ali sur la fin de cure : une pause m’autorisait à rejoindre les toilettes et tout à ma médiation sur les propos entendus je ne remarquais nullement que sur la porte desdites toilettes un symbole vous indique si vous êtes au bon endroit ; aucune surprise quand en entrant je vis bien quelques latrines. C’est en sortant et croisant M. le    président actuel de L’ALI « Vous n’êtes pas au bon endroit » avec un grand sourire que je compris ma bévue et ce que je lui répondis fut bien énigmatique : « ça commence mal »….Dans l’après coup car c’est ainsi je fis le tour d’une part de ma névrose……un point de départ…
 
La condition de la pensée c’est le refoulement et les différentes formes de pensées peuvent se décliner en fonction de leurs différentes formes d’opérations : forclusion, déni, dénégation c’est-à-dire autant d’opérations qui inventent des théories sexuelles constituées par des variations opératoires (refoulement, négation, forclusion) -Verdrandung, Verneinung, Verwerfung-
 
Penser c’est dès le départ exclure et l’engluement de la pensée et son cortège « Inhibition, symptôme, angoisse » emprunté à Freud trahit cet accouplement mortifère de la pensée et d’une sexualité « sauvage », sans mesure. Penser dans cette tentative de transformer le Réel par le Symbolique. Dans l’inconscient les mots sont traités comme des choses. « Je suis où je ne pense pas » et « Je ne suis pas là où ça pense », c’est cette division subjective qui nous est propre, cette division entre l’être et la pensée, cette écriture lacanienne comme le soutien Charles Melman dans Les nouvelles études sur l’inconscient Leçon X du 16 avril 1985 qui illustre que pour penser il est besoin de s’absenter. La petite hystérique elle ne parvient pas à s’annuler comme objet.
 
La répétition, c’est ce qui se répète, ce qui insiste, ce qui n’a pas eu lieu, n’a pas trouvé de lieu, n’a pas existé comme événement psychique. On répète, dans le vide, dans l’absence de tout texte. C’est la capacité de représentation elle-même qui est là mise en échec, le répétition c’est le non-parlant.
 
L’Imaginaire se soutient pour un sujet donné de son fantasme, c’est-à-dire qu’il vient supporter le peu de réalité auquel il a affaire et cela dans la mesure où pour lui, ce sujet, le réel est définitivement silencieux. L’extérieur est une dimension du réel, c’est ce qui vient contrarier notre fantasme, sur le réel le refoulement ne marche pas. Freud dès l’Esquisse pose que l’on ne perçoit l’extérieur qu’à partir du moment où il y a discordance dans le monde des perceptions.
 
On pourrait estimer qu’une cure n’est venue à son terme que lorsque la vie du sujet n’est plus dominée par l’automatisme de répétition c’est-à-dire qu’elle a accès à un infini accepté, identifié comme tel et non plus comme simplement contingent, accidentel, traumatique nous propose Charles Melman dans PB posés à la psychanalyse p 130
 
« Non pas accuser le sort, mais s’en prendre à soi-même, uniquement à soi-même d’être l’auteur, le mauvais auteur de ses jours » Louis René Des Forêts Œuvres complètes p 1281
 
« Lorsque que le deuil a renoncé à tout ce qu’il a perdu, il s’est également consumé lui-même et, dans la mesure où nous sommes encore jeunes et plein de force, il remplace ses objets perdus par des objets nouveaux, si possible tout aussi précieux ou plus précieux. » C’est ainsi que Freud, qu’on taxe à la légère de « pessimisme », conclut sa méditation sur l’éphémère. P 41 JB Pontalis
 
Lacan aurait là à conclure pour ce temps « Y croire et consentir »
 
Mireille LACANAL-CARLIER
Février 2020

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