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Chers amis, il est temps de vivre!

Du path-éthique au R-éthique
ROMAGNUOLO Gaetano
Date publication : 06/04/2020

 

Chers amis, il est temps de vivre! 

Du path-éthique au R-éthique

Un discours qui a de l'humain dans ses effets de déshumanisation. 
C'est le résultat de la pulsion de mort, dont les effets, s'ils s'étendent à la société, produisent une certaine conformation, une certaine structure organisationnelle. 
Dans un article récent publié dans la Revue Lacanienne, Dominique Jacques Roth, citant Aby Warburg, utilise l'expression pathoformal, pour désigner cette conformation de la société, qui s'organise à partir du discours sous-jacent.
Le discours qui a jusqu'ici guidé les lignes de force de la conformation susmentionnée a été le discours du Capitaliste. Ce qui semble intéressant dans cette expression pathoformale est son préfixe, c'est-à-dire le pathos qui est une expression au même moment de cette tension humaine appelée passion et de sa propre maladie qui s'exprime dans le symptôme, tous deux représentant le primum movens, de sorte qu'un discours puisse à remplir par la complaisance qu'il rencontre.
Si dans le discours du maître - souligne Roth - le sujet est toujours du côté de la vérité, dans le discours du Capitaliste, la place de la vérité est occupée par les signifiants du maître (S1). En d'autres termes, dans le discours du Capitaliste, il n'y a plus de sujet, il y a l'individu, l'indivi-du sous la bannière d'un régime de production / consommation illimité. Il n'y a pas de place pour la subjectivité telle que nous la comprenons, dans le discours du Capitaliste, car ce discours entraîne avec lui le déni ou la récusation du manque. A travers son discours, le capitaliste propose toujours de nouveaux objets à mettre en place du petit objet a, mais comme un objet ne peut épuiser le désir, cela ne peut que produire, à travers un renversement topologique favorisé par le discours lui-même, un manque voulu uniquement dans le registre imaginaire.
On voit ici qu'à la fois dans une dimension subjective et socialement étendue, le manque engendré par ce discours apparaît inefficace en termes de création, car il est farcide frustration qui est elle-même fonctionnelle au discours dont elle est issue. En fait, la frustration requiert toujours sa satisfaction en ayant ces produits / objets que le système capitaliste offre. Ainsi le cycle sans fin de production / consommation se perpétue.
A côté de cela, le discours capitaliste s'assure que le sujet ne s'adresse plus à un Autre, puisqu'il est soutenu par des signifiants qui prétendent fixer la vérité. le discours du capitaliste devient alors pétrifié par le mythe qui devient histoire. L'autre interdit est déposé au profit de signifiants qui vectorisent la jouissance des choses qui sont offertes et demandées. Le sujet capté par ces signifiants, à travers eux, peut profiter d'un discours qui l'aliène, rendant la production d'un reste très problématique.D'où, selon cet analyste, une récusation du Réel, par laquelle il se demande comment il peut être réinterrogé pour le faire fonctionner au service de la subjectivité, en ce sens qu'il peut nous montrer de manière productive, les effets de sa méconnaissance ou les effets de sa négation systématique.Eh bien, si cette question, jusqu'à hier  représentait une question qui contenait en elle-même un souhait, la réponse qui était implicitement donnée, c'était un retour à un dispositif discursif différent, promu d'une certaine manière par l'enseignement analytique. La réponse, cependant, semblait inefficace là où elle manquait d'auditeurs sourds car ils étaient plongés dans ce discours et risquaient de tomber dans la pédagogie puisqu'elle partait d'un savoir non soutenu par sa pratique.
Aujourd'hui, puisque ce réel est clairement visible, car il n'est pas bordé par le symbolique et l'imaginaire d'un discours path-éthique, cette réponse est peut-être moins inefficace. En effet, il est vrai que le Réel produit ses effets sur le sujet lorsque l'illusion de pouvoir le contrôler tombe. Le Réel produit ses propres effets sur le sujet et les produit s'il n'est pas voilé par la mise en scène qu'un discours symptomatique prépare. Eh bien aujourd'hui, le Réel, clairement visible, est entré en scène et nous ne pouvons certainement pas l'ignorer! Donc quels seront ses effets sur nous?
Il est certain que c'est lui qui command et nous ne pouvons qu'essayer de faire quelque chose. Au-delà de ses effets angoissants, le Réel a toujours un effet interrogatif si nous sommes prédisposés à l'accepter non comme une contingence inappropriée.Face à l'irruption du Réel, nous ne pouvons nous empêcher de nous demander qui nous sommes, ce que nous voulons et ce qu'est notre vie.Lorsque le Réel fait irruption, avec son effet dérangeant, le sujet ne peut plus mentir et doit réagir. Les réponses que on donne en termes d'actions refléteront les réponses que on donne en termes subjectifs.Cette période d'exil où la mort apparaît directement à l'horizon, sans pouvoir être atténuée car renvoyée dans le futur comme un événement connu mais non supposé, nous conduit dans notre suspension aujourd'hui à nous demander, avec sincérité retrouvée, ce que c'est que d'être vivant.Est-il possible de survivre indemne à la maladie?Comme nous le savons tous, notre survie ne suffit pas pour dire que nous ne sommes pas morts.Est-ce alors peut-être un retour à nos habitudes, à la vie comme toujours?Un retour à la vie quotidienne à son demarche « naturelle », que cette contingence a temporairement suspendu?Certes, cette pandémie est venue bouleverser l'ordre et le déroulement de nos vies, mais si nous pensions vraiment que ce n'était qu'une contingence, un accroc gênant à l'ordre "naturel" dans lequel nos vies sont exploitées et que nous sommes là donné selon une passion tout à fait humaine, si nous le pensions, ne serions-nous pas arrogants impénitents, ne serions-nous pas condamnés à une vie menée dans la misère d'un comportement d'autant plus présomptueux que stupide?Notre vie n'est pas simplement celle du quotidien, celle des habitudes, celle du logement dans un ordre que nous tenons pour acquis. Si pour définir notre vie, nous nous sommes limités à un accommodement aux diktats d'un ordre préétabli, à ceux d'un pathoforme qui réalise un discours qui le sous-tend, si nous nous limitons en d'autres termes, à un exercice stérile d'un pouvoir ridicule donné par nos identifications narcissiques, simplement pour nous il n'y aurait pas d'espoir, nous serions morts dans une séparation catégorique beaucoup plus durable que celle physique dans laquelle nous sommes actuellement engagés.Nous aussi, qui sommes voués à une certaine éthique - il faut aussi nous dire chers confrères analystes - devons reconnaître le signe laissé par nos membres sur la chaise de l'accommodement formel! Pour nous aussi, c'était, peut-être trop souvent, appropriation frauduleuse, une imposture utile uniquement à un gonflement égoïque, dont l'air infectait, comblant le vide que nous devions préserver.
Nous devons tous - surtout nous qui nous appelons analystes - considérer ce moment comme un Τγχή, une rupture qui établit la faute nécessaire à notre questionnement. C'est dans cette perspective que le moment doit remettre notre cheminement sur la route du désir, en mobilisant ce dernier au service de notre éthique. Cette éthique qui est le jugement de notre action, une mesure de celle-ci non pas en fonction d'un retour aux instincts, ni à la satisfaction du bien, de l'utilité, mais mesure de l'action par rapport au désir qui l'habite. Une fois que l'alibi d'une norme, que nous servons dans la construction d'une normalisation par rapport à une pathoforme que le discours qui la sous-tend tombe, il suffit d'abandonner cette discours mortifiante et de relancer un discours tout aussi désespérée que celui-là de vivre , que de s’opposer à la mort qui sous-tend toujours notre vie, soutient notre signature de vie: notre désir. C'est le moment de suivre une R-éthique, en pratique non pas de s'asseoir sur un discours préemballé, mais de l'interroger et, si possible, de le renverser à partir de ce Réel que nous avons pris soin de faire taire, relançant notre action comme éthiquement orientée. C'est la tâche que nous avons assumée lorsque nous avons dit que nous étions des analystes et que nous ne pouvons pas nous échapper si nous le sommes vraiment. Peine, si nous ne le servons pas, notre plus grande trahison.Comme nous le savons, ne pas céder à notre désir est précisément cette trahison de nous-mêmes, que nous avons refusé de nous livrer sous les appels insistants des sirènes du bien et de l'utile; c'est la faute que nous ne voulions pas nourrir.Notre éthique est cette foi en notre vie, foi qui est soutenue par son acte; un acte de foi qui contient le désir en soi et qui s'appelle la vie.Nous devons relever le défi de notre R-éthique.C'est le défi que l'homme peut, peut-être, accepter  aujourd'hui plus qu'hier pour renverser ce discours qui le mortifie, le mortifiant dans l'instantané sans avenir d'une vraie donnée pour vrai d'un discours sans dialectique.
                                                                                                    
  30/03/2020 Gaetano Romagnuolo

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