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La pulsion de mort est en nous, la pulsion de mort : c’est nous.

THIAUDE Muriel
Date publication : 01/04/2020

 

La pulsion de mort est en nous, la pulsion de mort : cest nous. 

Le réel nous rattrape toujours.
Il nous renvoie avec la force d
un boomerang trop longtemps contenu, sa frappe imprévisible et inéluctable.
Son exil du champ du visible dans nos sociétés, notre distance trompeuse et vaine vis-vis de ses émissaires : maladie, vieillesse et mort - l
avance même, que nous pensions, grâce à notre science, avoir sur ses effets - nous confondent et la démonstration infaillible dun réel inopiné nous assigne à un nouvel ordre social.
Notre passion de l
ignorance est mise à rude épreuve dans le scénario inédit qui se joue là - les masques tombent, nus et hors scène, chacun reclus dans sa chambre comme un enfant puni,
« battu 
».
Nous voilà mis en abîme, dans un jeu de miroir, à l’échelle individuelle et collective, nationale et internationale - dans une dimension spatio-temporelle d
une inquiétante étrangeté. 

Les rues désertes, les commerces fermés malgré le soleil printanier, la sève et les bourgeons... 

ll est dans ce contexte étrange et inquiétant, surprenant de constater que ce qui était un lieu de repli - un refuge, le lieu de lintime, de la famille - semble aussitôt étriqué et carcéral depuis lannonce de confinement et ce même face à un possible danger.
On tourne en rond chez soi et on rêve d
en sortir quand il ny a pas si longtemps on rêvait de sy retrouver pour faire mille et une choses dont on était privé par manque de temps. 

Quest ce qui peut pousser hors de chez soi, hors de soi ?
La notion d
abri subjectif ne semble pas se cantonner à un habitat en dur, malgré sa dimension
« 
cocooning », elle inclue également un lieu Autre, un lieu symbolique qui légitime le sujet et lamarre à la chaîne des générations familiales passées et à venir.
De cette place subjective sûre et légale, donnée, léguée de générations en générations, c
est précisément son versant symbolique qui est mis à mal dans le démantèlement patriarcal actuel et la tendance à laffranchissement du Nom-du-Père (cf.Thierry Roth « Les affranchis »)
Le « 
Heim », symbolique et nécessaire est jeté avec leau du bain.
Ce manque de lieu Autre, pourtant fondamental, constitutif, ne peut que favoriser l
errance addictive ou dépressive de la nouvelle économie psychique - son absence de désir, de vecteur désirant - et laisser libre cour à la frénésie métonymique. 

Si limpossible du rapport sexuel est plus que jamais mis en exergue dans ce huis clos, nous voyons depuis le décret de confinement, les regroupements familiaux réels ou virtuels prendre, eux, un certain sens - comme cela peut advenir en période de deuil - dans une recherche de rapprochement qui sort de lordinaire. 

Les places dans la famille semblent remises en perspective dans une promiscuité ou une exclusion - salutaires de ce point de vue - qui paraissent profiter à lenseignement dont la dimension sacerdotale est enfin perçue et aux maisons de retraites dont les alertes finissent par faire écho. 

La disparition brutale de cadre social souligne dautant plus la fonction identitaire, contenante quil permet et limparfaite nécessite de ses rapports intersubjectifs .
Cette castration, dans le réel, arbitraire et insensée semble mettre en sourdine certaines névroses en imposant un Au-moins-un de poids, malgré sa menace invisible, qui arase toute contestation hystérique, donne aux rites obsessionnels une valeur ajoutée, aux phobies un objet réel sans toutefois épargner aux uns et aux autres, les affres d
une possible angoisse, massive que les sujets psychotiques connaissent bien et dont ils ont, à un degré bien supérieur encore, à se défendre. 

De ce confinement chacun sen délivre comme il peut, la création artistique, humoristique , les échanges fleurissent sur internet comblant heure après heure le vide de ce temps qui s’étire. Le temps long, celui de lenfance de lennui et du rêve, celui de la construction de l’édifice psychique complexe et infini que lon tente de reprendre dans le temps long de la cure psychanalytique. 

Dans les premiers jours de l’épidémie, ce fût le chaos et le mot dordre était de ne pas tomber dans la psychose. 

Pourtant lincompréhension, la colère, la suspicion, vis à vis dune situation impossible à symboliser - apte à provoquer des réactions insensées, absurdes, provocatrices, irresponsables, voire un repli angoissé, dépressif ou la création de scénarios délirants - avait tout pour nous y faire penser.
Puis le temps du confinement s
est épanoui dans sa nature illimitée, sans repères ni obligations sociales ou scolaires , sans rites ni devoirs, libérés des contraintes auxquelles nous étions accoutumés.
Chaque jour semblable au précédent, dans une routine o
ù le moi, limage se trouvent relégués aux oubliettes, lobscénité narcissique semblant trop criarde pour être, comme de coutume, mise en vitrine virtuelle.
L’étalage imaginaire - scé
narisé, agressif - des réseaux sociaux est ouvertement recouvert par le partage de musique, de lecture, dhumour et de solidarité.
La dictature du virus semble avoir donné, pour un temps, une nouvelle consistance, pudique et authentique aux échanges humains virtuels ou pas, dans un rassemblement éphém
ère face à l’épreuve de fragmentation angoissante que provoque le danger de contamination.
De par leur errance dans un temps infini, de par l
abandon forcé dune scène sociale, les sujets en quarantaine se trouvent, presque malgré eux, recentrés sur lextime, au bord de lintime.
Le vernis phallique, la mascarade, leurs exacts opposés comme toute autre manifestation purement narcissique apparaissent désormais superflus et dé
placés.
Cela se retrouve traité sous forme d
humour, de dérision et de « traits desprit », autre figure dune jouissance Autre, permise et valorisée, dernier rempart au non-sens et à limpossible du réel. Quand la liberté est mise à l’épreuve, celle de voyager et consommer, de jouir sans entrave et sans vergogne dans le bain dinjonctions paradoxales qui faisait, dordinaire, notre folle réalité, il ne semble subsister aux cotés de lamour, valeur suprême, dans un tissu social tétanisé, lart et lhumour comme dernière issue. 

Le temps nest plus à la catastrophe écologique, la disparition de la biodiversité, le sauvetage despèces animales en danger, celles là même exploitées, chassées comme mets exotiques et pharmacopées imaginaires, qui essaiment dans leur déplacements de rares agents infectieux, il en aurait été de la transmission en Chine du virus Covid-19 par le pangolin ou la chauve-souris. 

À linstar de Fritz Zorn dont le cancer révéla la puissance morbide de la névrose familiale, le coronavirus, dont nous faisons les frais aujourdhui, peut être lu comme la somatisation dune aberration psychique individuelle et collective qui nous dirait : la pulsion de mort est en nous, la pulsion de mort : cest nous. 

Muriel Thiaude, le 28/03/2020 

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