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À propos de « Contact » de Matthew B. Crawford

DUFOUR Alain
Date publication : 24/02/2020

 

 

À propos de « Contact » (Pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver) de Matthew B. Crawford 

Titre original : The World Beyond your Head : On Becoming an individual in an Age of Distraction.

 

            Pourquoi « Contact » ? Sans doute comme contrepoint d’ « Ecran » puisqu’il s’agit d’examiner la relation qu’entretient un réputé « sujet » avec autrui et le Monde qui l’entoure. Mais encore pour désigner la  faculté tactile de la préhension ou bien encore l’effet déclencheur du véhicule motorisé.

Nous avons affaire à une enquête minutieuse et exigeante qui  vise à déterminer comment notre ATTENTION au monde est capturée au profit de consortiums de plus en plus puissants.

Cette étude ambitieuse vise aussi- au delà des instruments mis au service de notre aliénation ( WEB, écrans, smartphones, intelligence artificielle etc…)-les  idéaux( et les idéologies qui en sont nées) qui ont préparé sinon déterminé un dévoiement généralisé de nos capacités de contact et de déchiffrement de l’altérité et du Réel.C’est ainsi que sont convoqués Kant, les philosophes des Lumières, le Calvinisme et leur contradicteurs (Kierkegaard notamment).

L’originalité et l’intérêt du propos de Crawford tient aussi aux illustrations démonstratives et exemplaires mises à contribution : le lecteur y pourra déguster les sensations des maîtres verriers, la science du facteur d’orgue, l’expertise du motocycliste. Autant d’acteurs qui modulent leurs rapports au monde en fonction d’une attention à l’objet en rupture totale avec le déterminisme étroit qui commande les logiques du monde virtuel et binaire.

La psychanalyse apparaît peu en son nom, dans l’ensemble de l’ouvrage, mais elle en consolide les principes . Et le praticien trouvera dans ce manuel de nombreuses remarques et de nombreuses pistes pour prolonger sa réflexion et moduler son écoute, nécessairement transformée par la » nouvelle économie psychique. » M.B Crawford nous livre un plaidoyer en faveur d’une « érotique de l’attention » rigoureusement opposée à la scrutation obsédante réclamée par les objets passionnels contemporains.

 

Alain Dufour

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