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Une chose en plus dont je n'ai rien à faire

MASSAT Alice
Date publication : 30/01/2020
Dossier : Le collège de l'ALI

 

Une chose en plus dont je n'ai rien à faire
 
 
Le moment de conclure les sept leçons du Désir et son interprétation consacrées à Hamlet se joue sur l’évocation d’un sonnet de Shakespeare. Il s’agit de préciser de plus près, dit Lacan à propos de ce poème : « ce qui peut apparaître dans cette dialectique du sujet avec l’objet de son désir »[1].
 
Nous avons donc été conduits par le développement précis de la lecture d’Hamlet, et spécialement par ses points de concordance et de discordance avec la tragédie d’Œdipe, au repérage, sur le graphe, de ce qui anime ou paralyse les actions et les passions des deux héros mythiques.
 
L’écriture du fantasme \\\$ a est placée en tant qu’elle permet au désir de s’y repérer. Que le dessein de ce dernier soit objet, visé par le sujet, c’est-à-dire objet du désir, ou qu’il soit objet dans le désir même, en ces deux occurrences l’effet phallique entre en fonction. Cette fonction revient à donner corps à l’imaginaire i(a), situé au premier étage du graphe, en vis-à-vis du moi, et en correspondance avec \\\$ a au second niveau du graphe, lui-même en vis-à-vis du désir.
 
Effet de ce qui « apparaît » alors, phallophanie, dans cette dialectique du sujet et de l’objet : le sujet se défile, il se barre. De cette subversion du sujet (barré donc) à la dialectique du désir, le phallus, signifiant du manque, y est pour quelque chose.
 
Nous pouvons lire alors dans la conclusion même du poème de Shakespeare ce qu’il reste à en faire, c’est-à-dire : rien, by adding one thing to my purpose nothing.
 
Quant à ce que Lacan nous réserve des suites à y donner, c’est ce que nos prochaines lectures et discussions nous permettront d’aborder.
 
 
Alice Massat
 
[1] Le Désir et son interprétation, Leçon XIX, p377, éd. Ali, 2010
 
Sonnet XX
 
A woman's face with nature's own hand painted,
Hast thou, the master mistress of my passion;
A woman's gentle heart, but not acquainted
With shifting change, as is false women's fashion:
An eye more bright than theirs, less false in rolling,
Gilding the object whereupon it gazeth;
A man in hue all hues in his controlling,
Which steals men's eyes and women's souls amazeth.
And for a woman wert thou first created;
Till Nature, as she wrought thee, fell a-doting,
And by addition me of thee defeated,
By adding one thing to my purpose nothing:
 
But since she prick'd thee out for women's pleasure,
Mine be thy love and thy love's use their treasure.
 
 
— William Shakespeare
 
Sonnet XX
 
un visage de femme peint avec naturel
c’est toi maître-maîtresse de ma passion
cœur souple d’une femme mais étranger
aux habitudes versatiles des femmes volages
un œil moins brillant mais moins d’œillades
un regard doré sur tout ce que tu contemples
tu as tout d’un homme et tout du contraire
ravissant les hommes stupéfiant les femmes
pour être une femme tu fus d’abord créé
mais te formant la nature folle de toi
par un ajout t’a privé de moi
une chose en plus dont je n’ai rien à faire
 
si cette chose t’a élu pour le plaisir des femmes
à moi ton amour et à leur trésor d’en jouir
 
— William Shakespeare
 
Traduction faite par Frédéric Boyer, éd. POL, 2010

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