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Débats ?

Thierry ROTH
Date publication : 04/10/2019

 

Débats ?

 

Thierry ROTH

 

 

            L’Assemblée nationale vient, comme prévu, de voter « la PMA pour toutes », après des débats décrits comme passionnés et parsemés de témoignages très personnels, de la part de députés pourtant peu enclins d’habitude aux propos cathartiques. Toutes les pas-toutes peuvent donc maintenant devenir « toutes », toutes mères en tout cas.

            Mais de débats, impliquant arguments et réflexions contradictoires, il n’était bien sûr guère question. Car seule compte aujourd’hui l’idéologie dominante, qui est scientifique et égalitariste ! Tout ce qui peut se faire, pour répondre aux demandes de chacun ou de chaque communauté de jouissance, se fera donc. Au nom de quoi s’opposer à telle ou telle revendication, dès lors que les progrès scientifiques et technologiques permettent d’y répondre ? Au nom de quelle idéologie, de quelle morale, de quel maître ?

            D’ailleurs, bien que nos gouvernants cherchent à rassurer quant à la GPA, dont il ne serait à l’avenir pas question, il est bien évident que, comme pour la PMA, celle-ci sera bientôt légalisée. En 1997, lorsque le gouvernement de Lionel Jospin créait le PACS, il insistait déjà sur le but principal de cette invention : donner les mêmes droits aux homosexuels vivant en couple qu’aux hétérosexuels, mais en évitant la légalisation du mariage homosexuel, dont il n’était absolument pas question, tout comme celle de l’adoption par des couples de même sexe. Il n’aura pas fallu vingt ans pour que cela paraisse normal et devienne légal. Parions qu’il ne faudra pas autant d’années pour la GPA, car au même titre que pour la PMA, comment pourra-t-on la refuser alors que de nombreux hommes vont déjà à l’étranger pour faire porter leur futur enfant avant de revenir le faire reconnaître en France ? Comment pourra-t-on interdire à deux hommes, ou à un seul, la possibilité d’obtenir un enfant alors que cela est autorisé pour tout couple de femmes, ou toute femme seule ? La discrimination sera intolérable, et la science le permettant, la revendication de ces hommes trouvera donc là encore sa reconnaissance officielle, qui sera jugée légitime par le peuple.

            Et pourquoi pas ? Il n’est pas question ici d’argumenter sur les risques éventuels, non négligeables, de telles ou telles évolutions, sur l’avenir de la différence des sexes ou encore sur l’intérêt on non qu’il y ait un couple et une forme d’altérité pour élever un enfant, car non seulement les avis des experts divergent, mais surtout le gouvernement se moque de ces arguments. Ce n’est pas par souci de l’enfant que ces projets voient en général le jour, mais en réponse à l’idéologie égalitariste dominante et aux pressions de groupes d’individus. On n’a jamais entendu un collectif d’enfants réclamer le droit d’être élevés par deux hommes plutôt que par un père et une mère ! On n’a jamais entendu des professionnels du champ de l’adoption prôner, pour un bébé qui a déjà subi l’abandon, qu’il soit plutôt adopté par deux personnes de même sexe, ou par une seule, plutôt que par une femme et un homme ! La question n’est donc pas celle du bien de l’enfant, qui de toute façon pourra porter plainte plus tard s’il estime ne pas avoir été bien traité, mais celle d’offrir à chaque individu les meilleurs objets possibles pour sa jouissance, enfants compris. Nous sommes ainsi à l’époque du droit à l’enfant.

            Le problème, et il y en a au moins un, est le suivant : nous ne sommes plus gouvernés que par la science, les algorithmes et les slogans. Les conséquences politiques et sociétales se font d’ailleurs de plus en plus sentir, y compris sous la forme d’un possible voire probable retour de bâton… Les lois de la parole et du langage, le statut du sujet divisé, sujet de l’inconscient, tendent à être récusés voire forclos. La psychanalyse est peut-être la seule discipline à insister encore sur le sujet du désir, à alerter en argumentant, alors que seul semble pris en compte aujourd’hui le droit de l’individu à la jouissance, prôné partout, droit qui ne rend paradoxalement pas cet individu plus libre, bien au contraire, mais plutôt addict ou déprimé…

Mais peut-on en débattre ?

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