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Le désir et son interprétation - Impressions de lecture par Nora Merniz

Date publication : 12/09/2019
Dossier : Le collège de l'ALI

 

IMPRESSIONS DE LECTURE DU SÉMINAIRE VI

LE DÉSIR ET SON INTERPRÉTATIONDE JACQUES LACAN[1]

« Ne pas savoir ce qui constitue ce rapport du désir et de la mort » est la phrase condensée et incessante qui a accompagné le travail de lecture de cette première moitié du séminaire VI.  

Pourtant avisée de ce précieux conseil de Jacques Lacan : « ce n’est pas tellement comprendre ce que je fais que de le savoir[2] », l’énigmatique dialectique du désir et de la mort a persisté, tantôt me permettant d’en saisir quelque chose, tantôt de m’égarer dans l’écheveau des idées, des références littéraires, philosophiques, et des notions psychanalytiques. L’énumération de certains d’entre eux permet de mesurer le vertige ressenti : le graphe du désir, la continuité et la fragmentation, les deux « je » de l’énoncé de l’énonciation, l’être, l’affect, le signifiant, l’élision, l’instance de demi-mort, le refoulement du non-dit et du non-savoir, le forclusif et le discordantiel, l’aphanisis, la castration, la médiation phallique…

Fort heureusement, Lacan a pris soin, au commencement du séminaire, de présenter le graphe du désir, d’un grand secours pour situer l’ensemble des éléments du rêve, anticipant sans doute l’errance dans la démonstration de sa pensée et de son dessein. Car c’est précisément les rêves de patients et du personnage de Shakespeare qui sont le matériau privilégié de Lacan pour étudier la question du désir, du fantasme et de son interprétation — le rêve d’Anna, le rêve du père mort « selon son vœu », le rêve du patient d’Ella Sharpe, le rêve éveillé d’Hamlet. Adossé à la mort, le désir du rêve les assujettit à être ou ne pas être, à être en perpétuelle présence et non présence, à être demi-mort, à dormir ou mourir, à savoir et ne pas savoir. 

« Ne pas savoir » constitue une limite — un impossible de la mort de dire « je suis mort ». Et ce qui opère dans le circuit du désir est bien cette limite, cette castration, et bien plus, le trou de la tombe dans la pièce « Hamlet », et encore, le signifiant du manque, le phallus.

Et s’il est possible de résumer pourquoi la question du désir est subordonnée à celle de la mort, je l’exprimeraide manière laconique : il est de condition humaine de mourir, nous désirons nerien en savoir, et pourtant il n’y a rien d’é-vident à désirer !

L’expérience de lecture a constitué une épreuve sensible du savoir qui échappe, du manque. Le sens de la formule inaugurale « Le désir est la métonymie de l’être dans le sujet, le phallus est la métonymie du sujet dans l’être[3] » n’est pas épuisée, mais il est du reste plus intelligible pour un sujet supposé savoir en formation. 

 
Nora Merniz
Cadre enseignante en santé, doctorante en sciences de l’éducation. Inscrite au Collège.

 

[1]Lacan, Jacques. Le désir et son interprétation.Séminaires 1958-1959. Editions de l’Association lacanienne internationale, 2005.

[2]Ibid.,Leçon du 19 novembre 1958, p. 36.

[3]Ibid., Leçon du 12 novembre 1958, p. 31.

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