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SÉMINAIRE DE PRÉPARATION AU SÉMINAIRE D'ÉTÉ 2019 – LA RELATION D'OBJET (1956-1957) – LEÇON 17 et 18

LE SAEC ERIC, Marey-semper Mathilde
Date publication : 16/07/2019

 

Séminaire de préparation 2018 –2019 – Mardi 7 mai 2019.

La relation d’objet et les structures freudiennes.

Leçon 17 Éric Le Saëc – Leçon 18 Mathilde Marey-Semper – Discutant Bernard Vandermersch.

Éric Le Saëc –  Je me suis basé essentiellement sur le travail que nous avons fait au collège il y a deux ans.

Dans de cette leçon, Lacan reprend dans le détail  les éléments structuraux de la phobie du petit Hans en soulignant une nouvelle fois la prévalence du symbolique et en critiquant l’interprétation imaginaire des théoriciens de la relation d’objet en prenant à nouveau appui essentiellement sur les travaux de Lévi-Strauss.

Dans cette leçon il va s’attacher plus précisément à souligner la nécessité de distinguer Signifiant et signifié, à propos notamment des éléments signifiants de la phobie du petit Hans.

Chacun de ces signifiants recouvrant plusieurs significations, aucun n’est univoque, n’est l’équivalent d’un signifié unique.

C’est ce qui va constituer le fil de cette leçon et que nous allons vérifier notamment avec le signifiant cheval, mais également le fameux Krawall, la girafe et le Lumpf.

Il faut dit Lacan : « distinguer si nous voulons faire un travail qui soit vraiment analytique, vraiment freudien, vraiment conforme aux exemples majeurs que Freud a développé pour nous, nous devons nous apercevoir de quelque chose qui ne se comprend ne se confirme que de la distinction du signifiant et du signifié. » Ainsi, si cette distinction du signifiant et du signifié est à juste titre attribuée à Ferdinand de Saussure, Lacan nous dit que c’est déjà dans Freud.

Si l’on considère le signifiant cheval dans sa plurivocité, Lacan nous dit qu’on ne peut pas purement et simplement l’appliquer à la fonction du père,  en référence à Totem et Tabou en référence à la carence du père réel et qu’avant de remplir d’une façon terminale cette fonction métaphorique, le cheval a joué bien d’autres rôles selon qu’il est attelé ou non attelé, qu’il s’agisse d’une voiture à un cheval ou deux chevaux, selon que la voiture est chargée ou déchargée… Symbole de la mère, du pénis ou de la grossesse de la mère, dans chaque cas la signification est différente.

Ce cheval phobique qui vient représenter quelque chose, qui vient suppléer au père imaginaire, ne peut pas suffire à parachever ce passage du préœdipien à l’œdipien c’est-à-dire à effectuer la castration symbolique d’une façon complète.

Lacan va se référer à l’article de Robert Fliess qui porte sur un moment de dialogue de la fin du traitement ou Hans dicte à son père le rôle qui devrait être le sien dans le mythe œdipien : « tu devrais être en colère contre moi d’occuper ta place dans le lit de maman » à quoi le père répond dans un dialogue de sourd qu’il n’a jamais été méchant avec lui.

Cet article aborde la question du déclin du complexe d’oedipe selon la voie de la phylogénèse et de l’ontogénèse.

Selon la voie ontogénétique le déclin du complexe d’oedipe serait dû au fait que la petite fille le petit garçon à force de déception de la part du parent de sexe opposé renoncerait à cet amour. Selon la voie phylogénétique la fin du complexe d’oedipe serait plutôt liée à l’hérédité et selon un processus inné devrait nécessairement passer après la phase de latence.

Apparemment Robert Fliess pense de même, version phylogénétique, c’est pour cela qu’il est interpelé par ce caractère d’impérativité c’est-à-dire qu’il pense que le petit Hans ayant lui-même ça dans ses gènes, viendrait à un moment donné faire l’appel du pied à son père par rapport à cette question.

Pierre-Christophe Cathelineau – L’impérativité est liée au fait que le père est carrent, le petit Hans dit cela doit être comme ça, il fait appel…

Bernard Vandermersch – L’idée de Robert Fliess est un peu différente, phylogénétiquement que,

Éric Le Saëc – Il faudrait que, phylogénétiquement, Hans va faire appel à son père pour qu’il prenne sa place, c’est comme ça que j’ai compris. 

Le fameux signifiant Krawall avec ce qu’il comporte dans l’idée de bruit, de tumulte, qui peut être également utilisé pour désigner un esclandre, un scandale, sera soumis au même examen.

Il marque dans la phobie du petit Hans,  le moment de la chute du cheval, Umfallen, moment inaugural accompagné d’inquiétude et d’angoisse.

C’est ce qui donne sa valeur phobique au cheval, mais qui en tant que tel n’aboutira pas à une interprétation convenable malgré les nombreuses suggestions du père mais seulement à des fabulations de l’enfant ou à des solutions humoristiques voir parodiques. Là Lacan nous dit, on a parfois l’impression que l’enfant se moque. « Cela n’est à vrai dire pas douteux ».

Afin de comprendre l’observation du petit Hans, de ne pas avoir l’impression de s’y perdre, Lacan nous introduit à la dialectique du signifiant en posant la règle d’or suivante qu’il module de maintes façons au cours de cette leçon, nul élément que nous pouvons considérer comme signifiant au sens ou nous le promouvons ici soit un objet, soit une relation, soit un acte symptomatique, nul élément signifiant ne peut être considéré comme ayant une portée univoque.

Et en s’appuyant toujours sur la fonction du cheval dans la phobie, il va introduire tour à tour les propriétés du signifiant.

Tout d’abord, la profonde ambiguïté du signifiant dont il nous dit qu’il est un signe propre à tout faire exactement comme l’est un signifiant typique. C’est-à-dire qu’à la limite, un signifiant peut avoir n’importe quelle signification.

Le signifiant se définit d’être une pure différence, c’est ce qui le constitue.

C’est le fait de se distinguer d’un autre et de lui-même.

Donc, c’est ce en quoi il est organisé comme une structure, au sens mathématique du terme, une structure de groupe, ou les relations entre éléments importent plus que les éléments eux-mêmes.

Par exemple, l’image du cheval entrant dans la chambre, condense tout à la fois :

– l’angoisse de séparation d’avec la mère, inaugural de la phobie et

– la réalisation de fantasme lui, Hans, de rentrer dans la chambre maternelle donc une double relation ambiguë et paradoxale.

Par ailleurs, Lacan oppose signifiant et signifié en réservant

– le terme de symbolique au signifiant,

– les signifiés relevant de l’imaginaire.

En fait selon la théorie lacanienne, le signifié est insaisissable en tant que tel il faut pour y accéder, épingler un signifiant à un autre signifiant métaphoriquement ou métonymiquement. C’est-à-dire

– soit en substituant un signifiant à un autre pour la métaphore,

– soit en enchaînant un signifiant à un autre pour ce qui est de la métonymie.

Pour Lacan les signifiants ne sont pas équivalents à leurs signifiés imaginaires, c’est ce qui est à l’œuvre dans les théories de la relation d’objet avec ce qu’elle comporte de génétiquement définie, développemental, la notion de stade par exemple.

Dans la théorie de la relation d’objet, la relation du sujet à son objet, se trouve sous la signification de l’ordre imaginaire par exemple l’oralité, l’analité et le passage d’un stade à l’autre selon cette théorie se ferait de façon naturelle, Lacan dit alors : « Bien entendu, cette notion, qui est du registre imaginaire, n’est pas sans valeur, mais elle présente des contradictions intenables quand on essaye de les articuler. »

« Les éléments signifiants doivent d’abord être définis par leur articulation avec les autres éléments signifiants. C’est ce qui justifie le rapprochement avec la théorie récente du mythe. »

C’est donc la notion de structure qui permet le rapprochement avec la théorie du mythe de Lévi-Strauss dans la mesure où les deux mettent en valeur les relations ou les articulations entre les éléments plutôt que les éléments eux-mêmes. Le signifiant est un pont c’est-à-dire qu’on passe d’un domaine de signification à un autre grâce au signifiant.

[« […] référence au premier numéro de La Psychanalyse, ce n’est pas pour rien que sur la couverture, on trouve le symbole de la fonction de signifiant comme tel. Le signifiant est un pont dans un domaine de signification : par conséquent les significations ne sont pas reproduites, mais transformées, recrées. »

Fig. XVII-I p. 146, Tome II, éd. A.L.I.]

Dès lors, on aurait tort de prendre le jeu complexe du signifiant avec ses lois propres qui s’emparent du sujet pour une approche intellectualiste. C’est ce qui est en jeu dans la référence de Lacan à l’article de [Arthur-Maurice] Hocart, qui ouvre l’étude structurale des mythes par Lévi-Strauss, il est suggéré par cette référence que l’approche structurale ne se confond pas avec les interprétations psychologiques mises soit disant sur le compte d’un intellectualisme.

Il ne s’agit pas de cela, l’approche structurale du symptôme met en valeur le jeu mental qui ne doit pas être confondu avec les interprétations à l’œuvre dans l’intellectualisation d’un délire ou d’un symptôme par exemple.

Bernard Vandermersch –  Qu’est-ce que vous voulez dire ? C’est qui les intellectualistes ?

Éric Le Saëc – C’est Durkheim je crois, les ethnologues, et les sociologues de la revue qui disent

Bernard Vandermersch – Qui disent que ? Je voulais savoir si on critiquait les structuralistes comme étant des intellectualistes ou si c’était le contraire, non.

Virginia Hasenbalg Corabianu – Il y en a qui critique la chose intellectuelle pour revendiquer la chose affective. Lacan va dire la structure, c’est ni l’un ni l’autre,  ce n’est pas quelque chose d’intellectuel.

Bernard Vandermersch – Parce qu’il dit « Au nom de je ne sais quel [anti-]intellectualisme, nous sommes amenés à ramener une pulsion confuse quelque chose qui, chez le patient, […] » c’est une critique de l’intellectualisme, de ceux qui critiquent l’intellectualisme

Valentin Nusinovici – Ou de ceux qui le valorisent contre l’affectif, ceux qui les divisent.

Éric Le Saëc – Et donc Lacan met en évidence ainsi, que loin que le sujet soit maitre de la chaine signifiante, c’est elle qui s’impose et s’empare de lui.

Le décor d’une névrose par ex. C’est quelque chose ou le sujet n’entre pas de face mais bien plutôt à reculons.

« Quant le petit Hans se met à nous sortir peu à peu ses fantasmes, que voyons-nous dans notre perspective, si nous avons les yeux assez dessillés ?  Plus généralement quand nous commençons d’apercevoir l’histoire d’une névrose, son développement chez le sujet, la façon dont il a été pris ou enserré, que voyons-nous ? Le sujet n’y entre pas de face, il y entre en quelque sorte à reculons. Du moment où l’ombre du cheval est surgie au-dessus du petit Hans, celui-ci entre peu à peu dans un décor qui s’ordonne, s’édifie autour de lui, mais qui le saisit bien plus que lui ne le développe. Ce qui frappe, c’est le côté articulé avec lequel ce délire prend son développement. »

Ainsi, contrairement à une approche plus psychologisante, plus imaginaire, on n’est pas maître des signifiants, ce sont eux qui vont s’imposer à nous, ce n’est pas nous qui les conduisons, qui les dirigeons dans leur enchaînement, c’est plutôt eux qui nous déterminent, s’imposent à nous.

Avec le signifiant Lacan amène le mythe pour expliquer les productions du petit Hans comme celle de la girafe et souligne que «  la pointe de raillerie qui apparaît dans le « pas vrai » de Hans à son père à propos de la signification de la grande et de la petite girafe, nous désigne à soi tout seul ce qu’a d’inapproprié l’effort du père pour faire se correspondre deux à deux les termes symboliques et les éléments imaginaires ou réels qu’ils seraient là pour représenter. Le père fait ici fausse route, et à tout instant Hans est près de lui faire la démonstration que ce n’est pas cela, que ce ne sera jamais cela.»

Hans joue avec le signifiant, la dimension symbolique est ce qui se laisse sentir à tout moment dans cette moquerie perpétuelle qui colore toutes ses répliques à son père et annule tout d’un coup la longue série de ce qu’il vient de développer devant lui. « À tout instant Hans comme un petit Humpty Dumpty au pays des merveilles est capable de dire Les choses sont ainsi parce que je le décrète ainsi et parce que je suis le maître. »

Il essaie à l’aide du signifiant et de ses productions mythiques de résoudre la difficulté qui est la sienne sans être dans les significations que tente de lui imposer son père.

Avec le mot famillionnaire fabrication fondée sur le signifiant, par superposition de familier et millionnaire il y a création de sens par le non sens.

« Il est, à tout instant, possible de mettre en cause tout sens, en tant qu’il est fondé sur un usage du signifiant. »

Et c’est ce que semble faire Hans, à l’aide de ses créations mythiques, à l’aide du signifiant, il tente de résoudre le difficulté qui est la sienne en remettant en cause le monde jusqu’à sa racine.

Il tente de savoir comment accéder à ce à quoi il n’a pas pu accéder jusqu’à maintenant en restant dans l’univers du leurre maternel à l’aide du signifiant.

D’une certaine manière, on pourrait se dire qu’il se construit son leurre pour échapper au leurre maternel.

Avec le mythe il va pouvoir envisager l’amovibilité du zizi, ce qui va lui permettre d’accéder à ce qui caractérise ce jeu signifiant c’est-à-dire la capacité de se substituer, c’est ce qui va lui permettre d’intégrer le phallus symbolique.

« Un mythe est toujours une tentative d’articulation d’un problème. »

C’est le mythe comme abordé par Lévi-Strauss en tant que structure, c’est à ce niveau-là que Lacan va prendre appui sur le mythe pas seulement comme une histoire, une façon imaginaire d’entendre le mythe, mais comme  ce qui le constitue comme structure ici par ex par rapport à cette question de l’œdipe.

Ce qui intéresse Lacan, c’est comment Hans va venir élaborer ses propres signifiants pour accéder à celui qui nous importe, le phallus et comment il va se débrouiller avec cette phobie qui va se mettre en place dès lors que le père n’intervient pas et qu’il est pris dans cette relation de leurre imaginaire avec la mère dans laquelle il se noie à un moment donné faute d’une part d’une intervention du père et aussi du fait qu’il se trouve à une place tout à fait particulière, une place métonymique pour la mère et que sa sœur bien bruyante, va prendre toute sa place dans ce qui lui garantissait sa place auprès de la mère.

Ainsi Lacan en faisant intervenir Lévi-Strauss et la rupture dans laquelle lui s’inscrit avec ses pairs, englués dans des interprétations psychologisantes de l’analité, de l’oralité, procède quasiment de la même façon en faisant intervenir non pas des interprétations qui vont engluer le sujet mais qui vont venir jeter des ponts.

C’est ce qui spécifie la psychanalyse dans son attachement au signifiant, au symbolique.

Lacan va faire s’équivaloir signifiant et structure, dès lors qu’on s’intéresse à la structure on ne peut pas faire l’économie du signifiant et quand on s’intéresse au signifiant on est d’emblé dans la structure, structure au sens mathématique et au sens de structure de groupe c’est-à-dire aussi bien la structure qui est utilisée au sens de Lévi-Strauss qui vaut dans le structuralisme que celle à laquelle se réfère Lacan doit quelque chose aux structures de groupe mathématique et ce qui caractérise ce type de relation c’est que les relations entre les éléments d’une structures sont plus importantes que les éléments eux-mêmes. Par exemple, ce qu’il s’agit de comprendre la ce n’est pas l’histoire du cheval avec les voitures mais c’est effectivement, comment c’est articulé, comment les éléments sont articulés entre eux.

Ainsi dit Lacan, il faut «  repérer les signifiants dans leur valeur essentiellement combinatoire. L’ensemble des signifiants mis en jeu restructure le réel en y introduisant de nouvelles relations symboliques ». «  Le signifiant est un pont dans un domaine de signification ».

Lacan reprend l’exemple du Lumpf associé à tort à la défécation. Le mot Lumpf étant une transformation du mot Schtroumpf qui veut d’abord dire bas noir et est associé par Hans à une blouse noire symbole de la fonction cachante essentielle du vêtement qui est aussi l’écran sur quoi se projette l’objet majeur de l’interrogation préœdipienne de Hans, à savoir le phallus manquant. « Que l’excrément soit désigné par un terme allié à la symbolisation du manque d’objet montre que l’analité intéressé dans le mécanisme de la défécation, est peu de chose auprès de la fonction symbolique qui est liée pour Hans à un questionnement essentiel : Qu’est-ce qui se perd ? Qu’est-ce qui peut s’en aller par le trou ? » Lui-même n’a-t-il pas été expulsé auprès de sa mère avec la naissance de sa sœur ? 

Le petit Hans prend ce qui se présente dans sa réalité, pour en faire des signifiants pour ce qui le préoccupe c’est-à-dire que tout cela sert pour ses questionnements sexuels pour ce qui est son problème dont il essaie de se sortir avec ses histoires  (de chevaux).

Le signifiant insiste mais il veut à chaque fois dire autre chose et permet un certain nombre d’associations par pont verbal.

Le petit Hans, est confronté à la difficulté d’intégrer le pénis réel. C’est son sexe réel qu’il s’agit de symboliser parce qu’en absence d’un signifiant qui vienne symboliser cela, se produit l’angoisse. Et cette angoisse vient avec cette croissance du pénis, la tumescence, la détumescence. Il n’arrive pas à se débrouiller avec ça et c’est parce que son pénis réel se réveille et que cela lui procure un certain plaisir, une certaine jouissance dont il ne sait « que » faire surtout au moment dans lequel il se trouve dans cette relation avec la mère.

« Pour tout dire, le problème du développement de Hans est lié à l’absence du pénis du plus grand c’est-à-dire le père. »

Texte relu par l’auteur.

Bernard Vandermersch – C’est bien! Oui. Quoi dire ? Vous avez semblé étonné qu’il parle d’une forme de délire à propos de Hans

Catherine Ferron – Oui, c’est écrit, il dit ça comme ça

Bernard Vandermersch – Oui mais pourquoi il s’emmêle, le terme n’est pas inapproprié, c’est...

Mathilde Marey-Semper – Non, juste si je puis me permettre, parce que moi je reprends un peu ça dans la leçon qui suit, c’est vrai  que Lacan est encore à un moment de son élaboration où finalement il y a quand même pas mal de notions comme ça qu’il est en train de travailler, par exemple à un moment donné, et ça je vais le reprendre aussi, il emploie le terme de fantasme pour Hans, et à la limite j’entends dans le délire quelque chose qui évacue aussi la question du désir pour le moment. Enfin je me suis posée la question sans que ce soit si... Il a tout un tas de mots pour parler des fomentations mythiques, comme il les appelle, du petit Hans.

Virginia Hasenbalg – Foisonnement.

Bernard Vandermersch – À mon avis c’est plutôt une simple idée de sortir comme ça un peu du sillon, je ne crois pas qu’il faille...Alors oui, Lacan reprend la réponse de Hans « pas vrai » qui a été traduite par...

Éric Le Saëc – Non Lacan dit justement que ça a été mal traduit le « pas vrai ».

Martine Bercovici – Non ce n’est pas correct, ça veut dire « n’est-ce pas ? »

Bernard Vandermersch – Dans la dernière traduction des œuvres complètes ils ont traduit par n’est-ce pas.

Pierre-Christophe Cathelineau – C’est ambigu.

Valentin Nusinovici – C’est « pas vrai ? » Un vrai point d’interrogation.

Bernard Vandermersch – C’est un « n’est-ce pas » qui a un petit côté ironique et la réponse, elle continue. Et la petite sœur Anna, à ce moment-là il est en train de déplacer l’énigme... [Brouhahas] Dans le fond c’est jamais ça et ça c’est intéressant pour nous parce qu’on a un petit peu tendance à dire aux enfants : le père c’est ça, le truc c’est ça, le machin c’est ça.

Pierre-Christophe Cathelineau – Dans cette leçon il évoque aussi le fait que les signifiants s’inversent. C’est-à-dire qu’on passe d’une signification à sa signification inversée (a-1, 1/a) et ça c’est une référence directe à la formule canonique de Claude Lévi-Strauss parce que dans la formule canonique de Claude Lévi-Strauss on a une fonction qui est F x (a) et elle devient F (a-1) F b (a-1) [Fx (a) : Fy (b) : : Fx (b) : F a-1 (Y)]. Et c’est une inversion que l’on trouve dans les mythes, qu’est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que dans le mythe de la potière jalouse vous avez la référence à l’engoulevent qui est un oiseau diurne et le fournier devient dans la transformation que fait subir le mythe, l’oiseau nocturne, l’inverse donc, avec des fonctions différentes. Et là ce qui est assez intéressant dans la façon dont il traite les signifiants de Hans, c’est que vous avez des inversions de signification qui sont liées au même signifiant, par exemple la girafe ou par exemple le Krawall. Donc ça renvoie au canevas que donne Claude Lévi-Strauss de l’interprétation du mythe dans sa formule canonique. C’est dans L’Anthropologie structurale.

Bernard Vandermersch – Oui... alors il y a une chose qui m’a surpris, c’est que, à un moment donné il dit que la girafe chiffonnée, c’est la mère et que la petite c’est son membre. Alors en français c’est ambigu, est-ce que c’est le membre de Hans ou celui de la mère ? C’est celui de la mère et pourtant le père dit « grâce à nos éclaircissements... » Il va dire « qu’elle a toujours un membre mais il est chiffonné ». C’est amusant de voir que c’est toujours le [inaudible] Mais alors, il s’assoit dessus.

Valentin Nusinovici – Il est amovible comme dit Lacan

Bernard Vandermersch – Il est amovible C’est vrai qu’il le retire

Pierre-Christophe Cathelineau – Ça veut dire que la on est aussi... l’amovibilité, c’est la substituabilité signifiante à proprement parler. C’est pour introduire cette substituabilité que Hans joue là-dessus, avec tout le reste, les cartes de mémoire. Il est engagé dans la substituabilité, dans le remplacement.

Bernard Vandermersch – Ça suppose que tout ça soit devenu des signifiants sinon ce n'est pas possible. Qu’est-ce qu’on pourrait dire encore ? Oui, alors la phylogenèse, il y a quand même ceci, c’est que Freud il a massivement dit qu’il aimait avoir peur de son père, il n’y a pas simplement une hérédité phylogénétique. La grande intervention de Freud du haut du ciel, c’est quand même elle, du professeur Freud qui dit «  je savais depuis longtemps qu’il y avait un enfant qui viendrait... » Et d’ailleurs toute cette formule va revenir tout le temps dans son discours. Voilà.

Pierre-Christophe Cathelineau – Ça pose vraiment le problème de la carence du père.

Bernard Vandermersch – Faut pas se fixer sur la carence du père, le père n’est pas si carrent que ça.

Virginia Hasenbalg– C’est l’inventivité du petit.

Pierre-Christophe Cathelineau – Il le dit clairement.

Valentin Nusinovici – On ne va pas revenir là-dessus ça n’a pas de sens.

Bernard Vandermersch – Oui il dit ça mais moi je ne le dis pas, je ne dis pas qu’il est carrent il n’est pas si carrent que ça, le Nom du Père va fonctionner complètement et on aura affaire à un gamin qui va avoir...

Pierre-Christophe Cathelineau – Pourquoi dit-il qu’il n’intervient pas suffisamment auprès de la mère?

Bernard Vandermersch – Mais parce qu’il devrait s’occuper de la mère mais la mère ne se laisse pas tellement occuper à ça.

Marc Darmon – Il y a quand même la question sur la phylogénétique, qu’est-ce qui pour nous met en place la phylogenèse?

Valentin Nusinovici – Lacan n’insistera plus autant sur le rôle interdicteur du père, je veux dire, bien sûr qu’il n’est pas interdicteur, est-ce qu’on va l’appeler carrent pour ça ? Bien sûr qu’il le dit mais nous, nous devons bien entendre quand même ça dans la diachronie aussi.

Bernard Vandermersch – Le père de Schreber, il n’était pas carrent pour le coup et ça a fait de la psychose.

Valentin Nusinovici – Il n’était pas assez interdicteur, on est d’accord.

[Brouhahas]

Marc Darmon – Qu’est-ce qui peut pour nous remplacer la phylogenèse ?

Bernard Vandermersch – Il faut dire quand même que c’est Freud qui lui a dit que son père devait lui faire peur, parce que immédiatement son père a dit « mais je n’ai jamais été méchant.»

Valentin Nusinovici – Mais c’est la pointe de ce que Freud appelait l’Œdipe inversé, de se mettre en position de les recevoir les coups du père, c’est la petite pointe de ça, c’est un des mouvements...

Bernard Vandermersch – Qu’est ce qui incite un enfant à se faire reconnaître par le coup paternel puisque c’est un peu de ça. D’abord est-ce que c’est si phylogénétique que ça que ça ne puisse disparaître car après tout, quiconque voyage en chemin de fer a l’occasion de voir quelque fois un gamin ou une gamine qui fait tout ce qu’il peut pour recevoir une baffe du père et ça ne vient jamais, même la moindre remarque. Est-ce qu’il y a quelque chose là qui a besoin d’être transmis par le discours, par l’Autre ? Où tout simplement c’est un effet de ce que la pulsion, si elle n’est pas un tout petit peu bridée, normalement reçoit un appel à être...

Pierre-Christophe Cathelineau – Tranchée...

Bernard Vandermersch – Oui m’enfin ce qui est un peu différent là, c’est qu’il faut que ce soit mythologisé. Ce qui est intéressant dans l’histoire, c’est que Hans a besoin ou a recours à toute une série de productions mythiques, ou alors effectivement on peut jouer avec les objets, enfin les signifiants à l’intérieur de ces mythes qui circulent et qui s’inversent.

Pierre-Christophe Cathelineau – Pour anticiper sur la suite, on voit comment le signifiant maternel va être substitué au signifiant de la fonction sexuelle. Et pour lui c’est ça son problème, c’est-à-dire qu’il y une dévalorisation, comme vous l’avez dit, de son pénis réel par la mère qui le traite comme une cochonnerie et il est exposé précisément à ce titre.

Bernard Vandermersch – Oui c’est ce qu’il va développer dans la leçon suivante. Alors y a l’espèce de noir là sur lequel Valentin [Nusinovici] est très, aime beaucoup... la fonction future de l’objet a.

Valentin Nusinovici – Oui il en parle dès la première leçon de ce deuxième tome et là ce qu’il va dire, je ne sais plus si c’est cette leçon ou la suivante, il dira, il le dit là puisqu’il parle du jugement du schtroumpf, que c’est le noir derrière le voile qui surgit. Ce n’est pas la moustache comme dit Freud, c’est quelque chose qui n’est pas spécularisable. On peut dire ça, qui n’est pas spécularisable et qui normalement est derrière le voile et qui surgit dans l’angoisse.

Bernard Vandermersch – Vous assez insisté sur le fait que franchement il n’était pas très angoissant

Valentin Nusinovici – Non mais j’essaie structuralement, puisque la question c’est structuralement qu’est ce que c’est que ce noir ? C’est pour ça que ce noir depuis longtemps m’a fait suggérer que c’était l’objet a qui était là, qui n’est pas encore théorisé.

Bernard Vandermersch – Est-ce que c’est la fonction objet a, dans laquelle le loup comme objet anal va venir comme un prêt à porter ? Parce quand il dit qu’il a la trouille du fait qu’il fasse un trou, il parle quand même de l’objet anal

Valentin Nusinovici – Non je ne m’avancerai pas jusque là, je dis c’est de ça dont ça se rapproche le plus, ça n’a pas réalisé, cet objet n’est pas perdu, cet objet je ne vais pas dire que c’est le phallus...

Bernard Vandermersch – Cet objet, il est en train de se constituer.

Valentin Nusinovici – Il est en train de se constituer et moi j’ai tendance à le rapprocher de ça

Bernard Vandermersch – Ne serait-ce que par l’opposition des jeux signifiants qui fait que...

Valentin Nusinovici – C’est de l’angoisse, c’est quand même centré là-dessus

 Bernard Vandermersch – On arrive dans une structure mœbienne avec une hétérogénéité qui permet la constitution de l’objet a

Marc Darmon – Je suis tout à fait d’accord avec toi sur cette préfiguration de l’objet a, mais c’est un objet a spéculaire, qui se perçoit dans la réalité.

Valentin Nusinovici – Spéculaire, il est là mais il est là sous une forme qui est quand même insaisissable, on ne peut pas le cerner, c’est ça que je voulais dire. Tu as raison, il est quand même dans le spéculaire mais on sent bien que, il sort du spéculaire, il est là à la limite de quelque chose qu’on voit, c’est ce qui ne devrait pas être là. Ce qui ne devrait pas être là, c’est toujours soit l’objet a, soit le phallus. Là c’est plutôt du côté de l’objet a, il ne devrait pas être là et c’est bien lié au fait que l’angoisse, elle est ceci qu’il devrait être lâché, il devrait en être séparé.

Bernard Vandermersch – Il devrait être lâché pour que ce ne soit pas lui qui soit lâché. La question c’est qu’avec son petit zizi, tout triomphant et la mère qui lui dit tu devrais rendre tout ça, c’est lui qui est expulsé de la scène de séduction donc effectivement l’objet a, c’est ce qui permet de s’en sortir.

Martine Bercovici– Mais c’est vrai que pour le petit Hans, l’objet a est très spéculaire, il en donne des définitions, il dit ce que c’est et même il le reconnaît très clairement à la fin en disant que c’est la muselière en cuir du cheval, donc c’est très spéculaire.

Pierre-Christophe Cathelineau – Et puis ça circule cette structure, le trou circule à travers par exemple le signifiant des culottes, la culotte portée par la mère ou non portée, donc cette question du voile sur le trou est quelque chose qui est un fil conducteur du développement mythologique de Hans, pas seulement avec le loup.

Bernard Vandermersch – Il y a vraiment là des choses dans cette leçon qui sont vraiment très importantes, la nécessité de l’interprétation, de renvoyer de signifiant en signifiant. L’expérience du père est remarquable, en ça qu’à chaque fois il dit c’est ça et finalement ce n’est pas ça !

Valentin Nusinovici – Mais quand même Lacan dit au moins deux fois que c’est tout le travail du père. D’un côté il dit, ils sont un peu bêtas ces deux-là, et en même temps deux fois il dit que c’est le travail du père qui a sans cesse relancé ça. Faut pas oublier ça, c’est-à-dire qu’il lui a fait faire cette analyse, il n’y comprenait peut-être rien, Lacan nous a dit « des fois vous n’avez pas besoin de comprendre non plus, vous n’êtes pas si bons que ça ». Il lui fait faire le travail, il le stimule, c’est-à-dire qu’il entretient le travail.

Bernard Vandermersch – À condition bien sûr que le père n’insiste pas. Il propose une interprétation... Sur certaines, il insiste quand même, quand il dit « je ne suis pas méchant »

Pierre-Christophe Cathelineau – Il a affaire à un petit Hans qui sans cesse vient l’interrompre par sa naïveté. Il y a tout un passage sur la naïveté où il déplace à chaque fois l’interprétation du père avec une fausse naïveté qui est à la limite de l’insolence, il ne cède pas sur ce qu’il a à dire

Virginia Hasenbalg – Sur  son besoin d’articuler, son besoin de construire son mythe.

Bernard Vandermersch – Allez on va passer à l’autre leçon, leçon 18, qui est assez épaisse aussi, peut-être plus encore.

Mathilde Marey-Semper – Je me présente, comme mon camarade j’ai fait les deux années de collège sur le séminaire sur La Relation d’objet. Par ailleurs je suis psychologue en psychiatrie adulte, je travaille en ce moment une thèse. Je le précise parce que je pense que cela a influé sur la lecture que j’ai eue de la leçon, sachant que j’ai pris le parti de la reprendre d’abord sans relire ce qu’on avait vu pendant les deux années de collège, et y revenir ensuite pour ne pas me laisser envahir par les signifiants de l’Autre. Dans la mesure du possible...

Dans la leçon précédente, Lacan laisse son auditoire sur la difficulté de symbolisation, pour le petit Hans, du « réel de sa génitalité », pour reprendre ses termes, qu’aucun ordre imaginaire préétabli ne peut permettre d’assumer, d’où la nécessité pour le garçon de la phobie comme, je cite : « moment de passage », de passage d’une relation imaginaire avec la mère à la symbolisation qu’appelle l’impasse face à laquelle le pénis réel confronte le petit sujet. Nous prendrons le temps un peu plus loin de revenir sur ce point...

Néanmoins, après une interruption de près d’un mois, c’est sur la question du désir que Lacan décide de reprendre son propos, en en relevant son caractère fondamentalement symbolique – au sens où « l’incidence du symbolique » en est au fondement – et en en proposant une formule, à savoir que le désir est « le désir d’autre chose ». Pourquoi, au regard du cheminement qui précède, partir de là ? C’est ce que nous allons essayer d’éclairer un peu en suivant le fil conducteur de cette leçon, ou plutôt, en essayant de le tirer, tout en nous laissant l’opportunité de faire quelques détours, au gré des carrefours qui se présenteront à nous, vers des chemins de traverse...

Relevons tout d’abord que cette thèse lacanienne sur la question du désir est essentielle, puisqu’elle critique radicalement celle de la relation à un objet supposé adéquat, comblant, car préformé. C’est en faisant appel à ce qui relèverait, non pas d’une expérience, mais bien d’une « formule », d’une « formulation » – ce qui situe d’emblée le caractère symbolique de la chose –, « dont l’immédiateté, l’omniprésence ne peut échapper à aucun », « difficile à méconnaître […] par quelque malaise subjectif qui s’appelle […] le désir d’autre chose », que Lacan tente d’accrocher son auditoire.

Quant à savoir si ces propos auraient résonné avec autant d’évidence, « d’immédiateté » pour reprendre son terme, face à un auditoire disons « contemporain », je laisse pour le moment la question ouverte…

Lacan situe donc d’emblée la question du désir sur un plan éminemment symbolique, du côté de quelque chose qui se formule, et que, par essence, on rate nécessairement si l’on cherche à le situer du côté d’une pure expérience : précisément, ce n’est pas dans « la plus commune et quotidienne expérience » que peut être saisie cette affaire de désir, mais dans la difficulté à en dire quelque chose, si ce n’est son caractère essentiel : qu’il est toujours désir d’autre chose, précisément car il n’est qu’affaire de formulation.

Déjà là s’esquisse le lien entre les leçons précédentes et cette leçon XVIII, celui qui met à jour la non-correspondance radicale, structurale, entre un signifiant et un signifié. Dès lors que le désir ne relève que du symbolique, d’une formulation, il ne peut que manquer ce que sa formulation tend à signifier. Au regard même de « l’incidence du symbolique », car en effet, le symbolique n’est pas sans conséquences...

Comment dès lors soutenir cette formulation du désir dans ce que Lacan appelle « le registre de la relation d’objet » ? « D’où peut venir ce désir d’autre chose ? » C’est la problématique critique prévalente de cette leçon, qui nécessite d’en passer par l’observation du petit Hans, permettant de rendre compte de manière exemplaire de cette fonction du signifiant, et de sa discordance fondamentale d’avec le signifié, qui introduit à la question du désir…

Pourquoi alors ce détour par l'observation de Hans ? Parce que, par ce que l'auteur appelle la « fomentation mythique » de Hans, les « théories infantiles de la sexualité » de l'enfant – telles qu'elles nous sont données dans l'observation très riche fournie par Freud – nous pouvons saisir « dans le miracle des origines » nous dit-il, cette fonction du signifiant. Et en effet, l'observation de Hans a le mérite de rendre compte du texte du petit sujet lui-même, des interventions du père, de Freud, avec une fidélité qui seule permet d'entendre la fonction du signifiant, et notamment, de se décaler de la question du signifié pour lire quelque chose de la « constellation signifiante », et du système de transformation par lequel elle opère.

Notons que Lacan continue dans cette leçon de nous donner quelques repères afin que nous ne soyons pas trop désorientés dans notre pratique, trop prompts que nous pourrions être – et que sont les « psy de la relation d'objet » – à nous laisser égarer par notre propre fantasme de savoir, notre imaginaire donc, qui a une inclinaison spontanée à chercher du sens – préjugeant d'une relation directe entre un signifié et un signifiant – là où, nous dit Lacan, il s'agit justement de nous en délester afin de nous laisser la possibilité de saisir quelque chose de la fonction du signifiant pour un sujet ; en l’occurrence, la « fonction dynamique », cette « fomentation mythique », qui a « ses lois et ses nécessités propres », et qui permet, dans le cas de Hans, une « reconstruction après une crise, du signifié », par « l'instrument du signifiant ». Là encore, il s'agit de situer les choses du côté du symbolique, et non de l'imaginaire.

Je me permets aussi de noter au passage cette expression : « fomentation mythique », qui a peut-être le mérite de ne pas susciter de confusion avec ce qui serait, par ailleurs, le fantasme – que Lacan emploie aussi quand il parle du petit Hans (Cf. leçon XVI et suite de la leçon XVIII), ce dernier renvoyant à la question du désir, de la névrose, d'une polarisation par le phallus symbolique qui manque justement à Hans, et l'oblige à en passer par la constitution de sa phobie. (Il dit d’ailleurs au tout début de la leçon XVII « quelque chose qui s’appelle mythe, non par métaphore » – ce qui renverrait plutôt au fantasme justement. Il parle juste après de « création imaginative de Hans », qui me semble plus approprié.)

Et en effet, pour en revenir à notre texte, l'observation de Hans nous permet de saisir que, ce qui a des effets pour un sujet, c'est bien, à un moment donné, la fonction que peut prendre un signifiant, soutenu à l'occasion par le père réel, celui du petit Hans, dont ce dernier ne va cesser de pointer le leurre : que lui, le père, comprend quelque chose à ce qui se passe pour lui, le petit Hans. Et en effet, comment le père le pourrait-il alors même que, de par certaines de ses interventions, il ne fait au mieux que participer à une réorganisation dynamique de la constellation signifiante de son fils, soutenant par là-même, et nous pourrions dire malgré lui, la fonction du signifiant qui est essentiellement d'être équivoque, et donc d’échapper de par sa structure-même à toute compréhension. Ce qui vient d'ailleurs nous rappeler ce que n'est pas une interprétation... En effet, confondre l'objet de la phobie de Hans, le cheval en l’occurrence, avec une « figure héraldique » qui renverrait à tout un imaginaire (comme le souligne le terme-même de « figure ») à partir duquel « un psy de la relation d’objet » proposerait un fantasme – le sien – qui se voudrait du côté de la compréhension, revient – de par ce que l'observation elle-même nous donne à entendre de ce qu'est un signifiant – à passer à côté d'une interprétation psychanalytique, c'est-à-dire qui viendrait peut-être pointer l'équivoque, le mouvement, relancer, dans le cas de Hans, la constellation signifiante donc. Peut-être pourrions-nous dire à cet égard que, dans l’observation du petit Hans, l’interprétation n’est pas celle qu’on croit… Comme le notait Flavia [Goian] lors de la lecture de sa leçon XVIII dans le cadre du Collège : « Hans échappe à la suggestion paternelle ». Pour autant, les interventions du père ont, à un moment donné, des effets… Mais relevons tout de même que ce qui va ainsi faire de l'effet sur la phobie de Hans est probablement moins le sens de ses interventions que la fonction que celles-ci ont auprès de son fils, à partir du moment où, comme le souligne Lacan « après un dialogue » entre père et fils, ils commencent à « faire sortir de la phobie […] ses implications signifiantes. » Et il poursuit « à savoir tout ce que Hans est capable de construire autour ».

Et en effet, comme Freud le remarque, « l'angoisse originellement n'a absolument rien à faire avec le cheval ou les chevaux méchants ». Il s'agit d'un « complexe du cheval » dans lequel le signifiant « cheval » ne renvoie à aucun signifié en particulier mais « va servir de support à toute la série des transferts, c'est-à-dire à ce remaniement dans toutes les permutations possibles du signifié »… Pour reprendre les termes de Lacan « c'est que de par le signifiant, le champ du signifié se soit ou réorganisé, ou étendu d'une façon quelconque ».

Lacan relève donc deux pôles du signifiant cheval. Le premier, d’être un pur signifiant, c’est-à-dire un signifiant qui ne signifie rien, et qui par là-même – deuxième point – permet « toutes les permutations possibles du signifié ». Ces deux pôles rendent compte de la fonction du signifiant qui est d’opérer dans le champ du signifié des déplacements, une réorganisation, voire une étendue… C’est cela la fonction du cheval – en tant qu’il est un signifiant, qui peut aussi s’entendre « insignifiant », souligne Lacan – pour le petit Hans : un signifiant qui va « jouer un rôle absolument polarisant », qui va, je cite « ponctuer le monde extérieur », faire signal, limite à partir de laquelle restructurer le monde. Face à la rencontre d’avec un réel qui – en tant que tel – suscite l’angoisse, le cheval viendrait donc comme coupure, comme limite entre le petit Hans et l’objet réel angoissant. Il entrerait en fonction pour ne pas laisser l’enfant envahi d’un trop de réel selon Lacan. C’est là sa solution, je serais tentée de dire « solution phobique », plus que « symptôme phobique », si par symptôme nous entendons la dimension du désir, ici encore en devenir…

Dans la suite de la leçon, Lacan reprend avec une grande précision l’observation du petit Hans afin d’en relever le moment de décompensation pour mieux saisir encore « la fonction de ce signifiant et de ce cheval ». Il note que c’est en effet au moment où un élément réel vient faire irruption dans le jeu imaginaire d’avec sa mère, quand il lui montre « dans l’état le plus glorieux sa petite verge » et qu’il est rebuté, que ce qui tenait jusque-là pour le petit Hans se voit décompenser, dans un effet d’après-coup. Deux choses donc par rapport à ce pénis réel : non seulement la rebuffade maternelle, mais aussi le fait que Hans « a pu, par des comparaisons entre le grand et le petit, situer à sa juste mesure le caractère réduit, infime, ridiculement insuffisant de l’organe en question », élément réel qui vient « se surajouter et lester cette rebuffade ». C’est donc ce réel qui viendrait donner un poids particulier à ladite rebuffade.

Je me suis exprimée au conditionnel, car en reprenant cette leçon, je me suis demandée à un moment si nous ne pouvions pas non plus supposer que la situation de Hans « décompense », non pas à cause de l’érection du pénis réel de l’enfant, mais des mots de la mère face à cette monstration. Comme si le jeu de leurre d’avec la mère s’était trouvé tout d’un coup pointé, nommé – et déprécié en l’occurrence –, laissant peut-être apparaître quelque chose de son désir, de son manque, désir ici pris dans le dégoût. Je me suis donc demandée : est-ce cet élément réel du pénis qui est venu lester la rebuffade de la mère, comme dit Lacan, ou la rebuffade qui est venu donner une consistance particulière à quelque chose qui jusque-là trouvait malgré tout sa place dans un jeu imaginaire ? Après tout, j’y vais là de mon fantasme, à titre d’hypothèse, peut-être n’était-ce pas la première érection de Hans aux yeux de la mère, mais ce jour-là, ce réel, la mère est venue en dire quelque chose qui a opéré comme une coupure dans leur jeu de leurre. Et s’il en allait de même pour Anna ?… En effet, ce n’est peut-être pas tant l’arrivée d’un enfant qui bouleverse un ordre établi, que la préoccupation que la mère porte à cet enfant. (Je dis cela car, dans ma clinique en psychiatrie adultes, il m’est arrivé de constater qu’un autre réel peut venir au monde sans que cela ne perturbe le moins du monde – a priori en tout cas – la relation folle qui lie une mère à son fils psychotique, cet autre enfant étant totalement désinvesti par la mère, pour ne pas dire dénié...). Anna vient-elle, dans l’après-coup, perturber l’ordre établi en tant qu’élément réel ou en tant qu’objet de désir autre pour la mère qui, dès lors, en tant que se dessine l’énigme du désir de la mère, induit de fait une nouvelle place à trouver pour Hans, qui appelle un Nom-du-Père, une identification symbolique ? Ceci ne nous amène-t-il pas à distinguer les deux temps de la castration et les interroger dans le cas du petit Hans : qu’est-ce qui, pour lui, va venir lester la béance ouverte par l’énigme de la mère ? Comment un enfant peut-il se débrouiller de cette errance ? C’est peut-être là que la phobie, mais aussi tout un tas d’autres solution que nous entendons dans la clinique contemporaine, vient comme réponse, comme manière de lester un trou qui échoue à être repris du côté du manque, comme manière de faire suppléance, à défaut d’un père réel pour venir soutenir un Nom-du-Père qui viendrait faire métaphore…

Pour en revenir à Hans, je me demandais donc si la décompensation ne venait pas, non pas du réel qui viendrait « violer » les règles du jeu, de ce « dialogue autour du présent et de l’absent symboliques » pour le dire avec Lacan, mais d’une énonciation maternelle qui ouvre à la question d’un désir ailleurs, alors que jusque-là tout se passait comme s’il pouvait être son phallus : là il ne lui suffit plus, c’est dit, et peut-être n’est-ce pas pour rien dans l’après-coup qu’Anna a à voir avec cette histoire, en tant qu’objet du désir de la mère…

Ces questions me sont notamment venues au regard de ce que Lacan dit de la fonction du signifiant cheval dans cette leçon, en tant qu’il est « insignifiant », mais aussi, je cite qu’« il joue ce rôle de soc qui va refendre d’une nouvelle façon le réel. » et m’ont amenée à reprendre un article de Renata Miletto « Symbolisation et identification »1 : À la symbolisation primaire qu’appelle le jeu de présence/absence sur un mode binaire, métonymique, un autre type de symbolisation est appelé, un Nom pour signifier le manque, pour venir se substituer au x qui occupe la mère, et ainsi la place dans laquelle un sujet peut se trouver en tant que représenté. Un nom qui fait fonction de signifiant par rapport à un autre signifiant, le premier, maternel, et qui permet, par métaphore, de limiter la loi maternelle en articulant un signifiant S1 à un S2, en proposant une autre loi que celle du caprice maternelle. En effet, sans la médiation du signifiant phallique du manque, la structure du signifiant s’impose sans refoulement, et c’est peut-être ce avec quoi Hans a à se débrouiller…

Pour rappel, Lacan dès le début de la leçon nous dit qu’il s’agit pour Hans, à travers ses fomentations mythiques, d’une « reconstruction après une crise, du signifié », par « l'instrument du signifiant ». La crise concernerait donc ce qui est signifié… Et vers la fin de la leçon il soutient également « Il n’y a donc absolument rien d’abusif à nous apercevoir que c’est précisément au moment où Hans est en proie à quelque chose qui n’est même pas un pourquoi […] que Hans à ce moment-là fait en quelque sorte traîner son parce que, qui ne répond à rien, par quelque chose qui est justement ce x pur et simple qu’est le cheval. » Le cheval en tant que sa fonction est de venir signifier quelque chose donc… Nous pourrions peut-être dire : à la question de savoir pourquoi, x, le signifiant « cheval », vient répondre.

Et pourtant, c’est du côté de la métonymie que Lacan repère cette réponse, et non de la métaphore.

Nous pouvons-nous pas lire alors de la phobie du petit Hans que, la métaphore n’étant pas en place malgré la coupure inhérente au langage et le jeu de cette présence/absence symbolique, elle appelle une solution afin de structurer les éléments symboliques, une solution elle-même du côté du symbolique, d’un signifiant qui va soutenir « des lois qui manifestent cette structuration, non pas du réel, mais du symbolique », « cette opération de remaniement, de restructuration est justement ce quelque chose qui à l’occasion opère ». C’est cette restructuration dont Lacan s’attache à rendre compte par l’illustration du cas de Hans, en rendant compte de la prévalence des circuits en jeu dans la phobie du garçon, dont ceux du cheval ne représentent que l’horizon derrière lequel se « dessine » celui du chemin de fer, et qui rendent compte de ceci : « Qu’en effet quoi qu’on fasse, on ne puisse pas en sortir. » C’est la « phénoménologie même de la phobie » nous dit Lacan, et qui apparaît de manière exemplaire dans les constructions imaginaires du petit Hans qui à la fois semble vouloir aller « au-delà », à la fois ne fait que passer d’une impasse à une autre. Tout l’enjeu est là : l’enfant ne sait plus où se situer… (Je vous renvoie aux trois fantasmes qu’évoque Lacan dans cette leçon).

Et ce que vise dans cette affaire le signifiant cheval, c’est d’être quelque chose qui « lie, qui coordonne », dans le sens de « coordination grammaticale du signifiant » dit Lacan, mais comme métonymie, et non comme métaphore, comme nous pouvons l’entendre avec les signifiants wegen (« à cause de ») et Wägen, pour lesquels Lacan nous dit que « […] Freud ne peut pas s’y tromper, [manquer] d’identifier ce fait qu’une association de mots peut se faire entre wegen et Wägen, le pluriel de Wagen qui veut dire ‘voiture’, et de dire que c’est ainsi que fonctionne l’inconscient. »

Une impasse pour une autre donc, mais une impasse qui a le mérite de lier, laissant l’enfant moins démuni face à que Lacan repère de réel, que je proposais de situer davantage du côté du désir de la mère, mais qui de toute façon n’est pas sans lien avec le réel, l’objet cause du désir relevant de ce registre…

Pour conclure, il m’a semblé que cette leçon rendait peut-être particulièrement compte d’un temps d’élaboration où Lacan cherche encore à cerner, à construire cette notion de Nom-du-Père, de père symbolique, avec, dans une lecture après-coup de son enseignement, toutes les difficultés que cela représente au moment de cet enseignement puisqu’en effet, à chaque fois qu’il évoque la fonction du signifiant cheval dans cette leçon XVIII, il m’a semblé à chaque instant entendre ce qu’il pourra dire par la suite du Nom-du-Père, alors même qu’ici, et jusqu’aux derniers mots de la leçon l’auteur le soutient en parlant de Hans, « il a trouvé la métonymie originelle qui apporte le premier terme, ce cheval autour duquel va se reconstituer tout son système ».

Ici sans doute se nichent l’intérêt et le plaisir de lire et de relire les textes, dans l’après-coup de l’ensemble de l’œuvre de Lacan, mais aussi le nôtre, avec ce que nous permet d’entendre notre propre parcours, nos intérêts du moment, bref, à travers les identifications à un instant T dont nous ne pouvons nous défaire…

Texte relu par l’auteur.

Bernard Vandermersch – Bon, le premier point : le désir ; le désir c’est toujours désir d'autre chose. Alors que penser de ces gens qui sont attachés toujours à la même chose ; par exemple un homme que sa femme trompe, il va la tuer parce que c’est le seul objet qu’il a. Il y a une distinction à faire entre le désir et la passion.

Mathilde Marey-Semper – Oui tout à fait.

Bernard Vandermersch – Est-ce que la passion ce n’est pas quelque chose qui n’est pas de l’ordre du signifiant puisque le signifiant c’est le désir d’autre chose ? Mais ce désir d’autre chose, ça ne facilite peut-être pas l'amour de longue durée. [Rires –brouhaha]

Mathilde Marey-Semper – Comme je ne savais pas le temps que j’aurais j’ai écourté, mais dès le départ j’avais posé la question : je me demandais si un auditoire au fait de la clinique contemporaine, si ça aurait résonné avec autant d’évidence pour lui, je n’en suis pas certaine par rapport à cette question du désir qui est toujours désir d’autre chose.

Pierre-Christophe Cathelineau – Les enfants qui sont reçus en institution aujourd’hui ont un rapport à l’accélération des signifiants qui est tout à fait remarqué par les cliniciens. J’étais à Lyon et il y avait le cas d’un jeune enfant qui s’imaginait avec son analyste, (qui présentait le cas) être un chauffeur fou. Donc il était chauffeur fou d’un bus, d’un bateau et il était accompagné de son analyste et c’était un flux de paroles qui ne permettait pas, c’est ce que vous dites, de ce qui se passe chez Hans : la substituabilité. Vous avez raison, il se passe quelque chose dans la clinique contemporaine des transformations par rapport à cette question de la substituabilité et du mythe de l’origine et du Nom du père.

Mathilde Marey-Semper – C’est ce que j’ai essayé de travailler.

Bernard Vandermersch – Vous avez estimé que peut-être ce n’était pas l’érection… Je n’ai pas très bien compris ce que vous semblez relativiser de cette épreuve du petit gamin qui a son petit machin, qui a sa fierté de petit mâle à la « con », qui montre ça à sa mère et qui s’entend répondre : « C’est une cochonnerie. » C’est-à-dire en quoi vous semblez dénigrer parce qu’en même temps, quand il parle «  du système de transformation quelque chose qui à chaque instant couvre d’une façon différente ce qui est le signifié. Comment pouvons-nous concevoir la fonction dynamique de cette espèce d’opération de sorcière dont l’instrument est le signifiant ? » Le signifiant n’est que l’instrument d’une opération dynamique mais où est la dynamique justement ? Il y a là quelque chose là dans l’ordre d’un biologisme freudien mais quand même l’expérience vient là. Il y a là un certain réel.

Mathilde Marey-Semper – Ce n’est pas que je cherche à relativiser ce réel.

Virginia Hasenbalg – Il y a là aussi la question du mouvement.

Bernard Vandermersch – Du mouvement, tu veux dire, qui se dresse et qui descend.

Virginia Hasenbalg – Il le dit comme cela qu’il y a un moment.

Bernard Vandermersch – Bien sûr qu’il y a un moment mais qu’est ce qui fait bouger, quel est le moteur du mouvement ?

Virginia Hasenbalg – Pourquoi est-ce qu’on arrive, c’est parce que le cheval

Bernard Vandermersch – Ben voilà !

Virginia Hasenbalg – Qu’est-ce qui fait qu’il y a quelque chose qui répond mais d’une façon doublement signifiante wegen dem Pferd.

Bernard Vandermersch – C’est la question de la causalité qui momentanément  se substitue au trou noir dans lequel il est. Mais quand même l’objet a chez Lacan, il l’a présenté, pas comme un signifiant, mais comme quelque chose d’une partie détachable du corps mais qui est lié aux zones érogènes.

Virginia Hasenbalg – Et qui choit de l’articulation signifiante.

Bernard Vandermersch – Oui mais sa fonction est remplie par ce que Freud appelait les pulsions. Il y a quand même une dynamique. Ce n’est pas simplement un graphique, il y a aussi une force motrice même si le mot force Lacan s’en méfie.

Mathilde Marey-Semper – Lacan pose la question de la décompensation. Est-ce qu’un élément réel suffit à venir faire décompenser une situation. Justement dans le cas de Hans je me demandais si ce n’était pas davantage, et ce n’est sans lien avec l’objet a

Bernard Vandermersch – L’objet a n’est pas encore là.

Virginia Hasenbalg – C’est plutôt de l’angoisse.

Mathilde Marey-Semper – Moi je parlais du fait qu’à un moment donné cela soit repris par les signifiants de la mère qui…

Bernard Vandermersch – S’il n’y avait pas eu ce moment de réel, il n’y aurait pas la possibilité d’obliger un système dans lequel il était à l’aise de se remanier. Il faut bien qu’il y ait quelque chose de réel.

Catherine Ferron – D’autant que la tante de Hans l’avait trouvé très joli ce petit Wivimacher.

Valentin Nusinovici – On voit bien qu’ici réel concerne la naissance d’Anna, concerne la présentation de son zizi mais ce n’est pas vraiment réel au sens le plus fort chez Lacan qui n’est pas dégagé là. Par contre la turgescence elle est du côté de la jouissance, ce n’est pas le même réel. C’est plutôt celui-là que nous avons avec le recul ; vous avez très bien fait de prendre ces éléments-là mais on ne peut pas les mettre sur le même plan exactement dans la même rubrique réel, toutes ces différentes choses. Dans la leçon précédente Lacan discute, il dit : voilà le père, il pense que ça se passe par rapport au réel, réel du fait que les petites filles n’en ont pas et le réel de la naissance d’Anna et la turgescence. Tout cela doit être vraiment distingué suivant qu’on est dans la réalité, qu’on est plutôt du côté de la jouissance.

Pierre-Christophe Cathelineau – Mais enfin là où le réel est véritablement la dimension du réel qu’on connait dans l’articulation de Lacan dès le séminaire précédent, c’est la dimension d’angoisse dans laquelle se trouve l’enfant et du fait précisément qu’on ait désigné son petit machin comme une cochonnerie.

Bernard Vandermersch – Ça l’oblige, il ne peut plus être ce dans quoi il était à l’aise.

Eric Le Saëc – Hans à un moment fait une demande à sa mère.

Martine Bercovici – C’est le point de départ, c’est l’impasse et ce qui fait mouvement ensuite et la transformation ce sont les formations mythiques.

Pierre-Christophe Cathelineau – Exactement

Bernard Vandermersch – Pour perturber un ordre établi il faut déjà qu’il y ait un ordre établi ; à propos de vos histoires de psychotiques, de mère oui…

Mathilde Marey-Semper – Il y a une certaine organisation mais elle n’est pas nécessairement organisée par le phallus mais dans un délire par exemple...

Bernard Vandermersch – Oui dans un délire il n’y a pas toujours une organisation bien précisée. Bon qu’est-ce qu’on va dire dans la suite de ce que vous avez dit ? La reconstruction du signifié, il y a un travail de reconstruction, il y a cette question d’abord puis la puberté, il y une série de choses à reprendre, parce que là c’est pour de vrai, on ne peut plus se contenter de répondre à la demande. Il y a une chose que je n’ai pas très bien comprise à la fin, pourquoi Lacan situe le Wägen du côté de la métonymie plutôt que du côté de la métaphore. Le cheval en tant qu’il se substitue à toute une série de choses ; en tant que cause il vient dans une chaîne comme boucler une origine en quelque sorte.

Marc Darmon – La voiture et le cheval

Bernard Vandermersch – L’image est métonymique, il y a le cheval, il y a la voiture et puis tout ce qui traîne derrière.

Virginia Hasenbalg – Je ne sais pas ce que Lacan essaye de nous dire, il pointe l’équivocité du signifiant wegen.

Bernard Vandermersch – Justement si c’est une équivocité wegen-Wägen, on est plutôt dans la métaphore c’est-à-dire la substitution d’un signifiant par un autre

Virginia Hasenbalg – L’équivocité permet de voir ce qui suit.

[Inaudible plusieurs personnes parlent en même temps] : «  c’est Wägen, les moyens de transport »

Martine Bercovici – Ce sont les moyens de transport. Il va tout mettre sous l’étiquette moyens de transport et justement Freud à ce moment-là fait une remarque extrêmement pertinente c’est qu’il dit : le père de Hans veut absolument tout savoir, quel mot se rapporte à quel mot, quel sens etc. Il dit que la métonymie s’opère toute seule et qu’il n’y a pas à chercher directement le sens, c’est après que ça va se retrouver dans une approche structurale.

Bernard Vandermersch – En même temps ça fait limite.

Martine Bercovici – C’est la phobie qui fait limite.

Bernard Vandermersch – C’est la phobie qui fait limite dans la causalité aussi.

Virginia Hasenbalg – C’est ce qui fonde les signifiants ; le cheval pour la phobie, ça inaugure, ça met en place ce qui après va se constituer, ça met en place la phobie à partir d’un signifiant. Et puis à la fin Lacan fait allusion au grand pénis qui n’est pas en faisant allusion au pénis du père.

Pierre-Christophe Cathelineau – Oui, le grand et le petit. S’il avait été là, si le père avait répondu à cette place

Virginia Hasenbalg – À l’angoisse du petit Hans

Bernard Vandermersch – Nous savons très bien que si le père avait répondu par un gros pénis on était à tous les coups dans la folie. [Brouhaha.]

Valentin Nusinovici – Pas dans la folie mais pas dans la guérison non plus. Il y a des choses que vous avez très bien développées, le cheval etc. mais il y a cette phrase, il dit : « le cheval introduit un signifiant obscur. » Vous avez dit effectivement, c’est un signifiant obscur. Avec le recul que nous avons on peut s’y retrouver, un signifiant sans signification : c’est le phallus. Le cheval, il introduit le phallus, il ne dit pas que le cheval c’est une présentification du phallus. Ce n’est pas le Nom du père, ça non. Il introduit la question du phallus qui ne se rapporte à aucun signifié mais qui polarise les chaînes ; ici elle les polarise dans le sens de la métonymie pas dans le sens de la métaphore. Wagen-wegen Il y a un signifiant équivoque mais on ne voit ce qu’il y aurait au-dessous. Sous Wagen-wegen on ne peut pas dire qu’il y ait… ce n’est pas clair. C’est très intéressant parce que vous vous rendez compte, il y a déjà quelque chose qui est une définition, il va s’en resservir ; on ne va pas dire que, nous avec le recul…quand vous dites : Que le cheval signifie-t-il, je ne suis pas sûr que le cheval signifie ; il a cette fonction de polarisation, de limite. Est-ce qu’il a un signifié ? J’aurais tendance à penser qu’il n’en a pas.

Mathilde Marey-Semper – Il signifie la liaison.

Pierre-Christophe Cathelineau – Il fait le pont c’est la fonction du pont.

Valentin Nusinovici – Alors là, le pont, ce serait vraiment intéressant que l’on en discute. Qu’est-ce que c’est le pont verbal ? Est-ce que le pont verbal c’est un parce que, je n’en suis pas persuadé. On a tellement parlé du pont verbal dans la leçon précédente comme si c’était évident que le signifiant est un pont. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Pierre-Christophe Cathelineau – Non, mais le cheval fonctionne bien comme ça il est dans une équivoque constante, il permet.

Valentin Nusinovici – Ce qui compte c’est ce qu’il produit le pont, c’est quoi ? C’est Ferenczi qui a parlé du symbolisme du pont, il a ramené le symbolisme du pont au phallus, sur le plan imaginaire.

Martine Bercovici – L’objet phobique est à la fois objet de désir et de peur

Valentin Nusinovici – Objet de désir je ne suis pas sûr.

Bernard Vandermersch – Il voulait voir le cheval...

Valentin Nusinovici – Il a pointé beaucoup le rapport entre angoisse et désir ça c’est sûr, est-ce que le cheval en est l’objet, ça c’est une autre affaire. [Brouhaha.] Ce qui est désiré et craint ça nous renvoie à autre chose, ça ne nous renvoie pas au cheval qui est partout.

Pierre-Christophe Cathelineau – Crevant l’écran.

Bernard Vandermersch – Le cheval a pu jouer un rôle et être abandonné après avoir été wegen [brouhaha]. Lacan dit « Toute la béance de la situation de Hans à ce moment-là est attachée autour d’un transfert de poids grammatical, de cette même chose après tout où vous ne faites en fin de compte que retrouver les concrètes – et non pas imaginées dans je ne sais quel hyper-espace psychologique – associations dont nous avons deux espèces : 1 – L’association métaphorique qui, à un mot ,répond par un autre qui peut lui être substitué, 2 – l’association métonymique qui, à un mot, donne le mot suivant qui peut venir dans une phrase.  Vous avez là les deux espèces de réponse dans l’expérience psychologique. » Je ne comprends pas, qu’est-ce que ça vient faire à la fin de cette chose-là ?

Pierre-Christophe Cathelineau – Il n’y a pas de métaphore paternelle et donc il va chercher dans la métonymie la solution. C’est une impasse, il est face à une impasse.

Valentin Nusinovici – Et il sort dans une impasse. Il dit au début de la leçon, et c’est aussi bien pour l’analyse, Lacan dit dans une formule « On substitue une impasse à une autre et un impossible à un autre. » Ça pose beaucoup de questions.

Bernard Vandermersch – Il dit ceci « Mais moi je n’en sais rien ; en tout cas, en tant qu’analyste, je ne veux rien en savoir ; je les trouve, ces deux différents types d’associations qui s’appellent la métaphore et la métonymie, là où elles sont dans ce texte de ce bain de langage dans lequel Hans est immergé, et dans lequel il a trouvé la métonymie originelle qui apporte le premier terme, ce cheval autour duquel va se reconstituer tout son système. »

Pierre-Christophe Cathelineau – C’est une solution originale.

Bernard Vandermersch – À part la métonymie, il y a des métaphores. Comme quoi le cheval est impuissant à faire métaphore comme paternelle ?

Virginia Hasenbalg – Ce n’est pas noué cette affaire.

Mathilde Marey-Semper – Oui, c’est ça.

Bernard Vandermersch – Est-ce qu’il va pouvoir  s’en passer après. [Brouhaha]

Marc Darmon – Le cheval a fonctionné comme signifiant à ce moment-là, et après une fois qu’il a fonctionné, on peut le jeter.

Bernard Vandermersch – Parce qu’il y a quelque chose de la métaphore paternelle qui s’inscrit.

Marc Darmon – C’est très intéressant cette leçon pour l’insistance de Lacan sur le réseau de signifiants et le caractère de groupe au sens de la théorie mathématique. C’est issu de ses discussions avec Lévi-Strauss et avec André Weiss mathématicien. Cette théorie des groupes, ça apporte que les signifiants ce ne sont pas des éléments organisés en réseau fixe. Ce sont des fonctions, des relations. Un signifiant c’est plus une relation qu’un élément isolé. C’est en insistant sur cette mise en relation et ce brassage continu de fonctions qui permet de faire bouger la structure.

Bernard Vandermersch – Dans un groupe il y a des éléments et des relations entre les éléments.

Marc Darmon – Mais oui, les éléments sont des relations. Si on fait le groupe de Klein, les sommets du groupe de Klein sont des relations au même titre que les flèches [inaudible]

Pierre-Christophe Cathelineau – Sans vouloir anticiper sur la suite, j’ai déjà insisté là-dessus la fois dernière quand Lacan écrit (I/M + phi + a) M c’est typiquement une fonction, facteur de M, la mère ; ça a la même fonction que dans la formule canonique et ensuite m, pi [phi ?] et ensuite ça se transforme avec (i/M +phi+a) et là ce qui est factorisé ce n’est plus la mère c’est la fonction sexuelle. On est dans la même disposition que la formule canonique, il substitue un signifiant, la mère phallique dans la fonction à la fonction sexuelle. Et c’est qui se passe dans l’opération.

Bernard Vandermersch – Comment il passe justement de cet objet métonymique qu’il était comme une espèce de prolongement de cet organe primordial qui manquera toujours à la mère à cet objet métaphorique où il est l’objet du désir de [inaudible]

Pierre-Christophe Cathelineau – Il y passe en faisant fonctionner l’amovibilité même des substitutions signifiantes, substitutions signifiantes qu’il met en œuvre avec la baignoire, avec l’installateur etc. Il fait une opération de substitution sur le signifiant lui-même. Grâce à ça il arrive à accéder à la fonction sexuelle. C’est ça qui est intéressant.

Bernard Vandermersch – Il y a une phrase où Hans dit à son père, tu savais tout, je ne savais rien. C’est une des rares fois où il dit : tu es quand même formidable. Pourquoi on ne va pas marcher sur la pelouse interdite. Mais là tu savais tout, d’ailleurs le père bizarrement refuse de dire jusqu’à la fin des choses sur la sexualité malgré les conseils de Freud.

Catherine Ferron – C’est pour cela qu’elle divorce, elle en a ras le bol.

Pierre-Christophe Cathelineau – Mais il y a un truc qui cloche.

Transcripteurs : Véronique Bellanger, Danièle Chaissac.

Relecteurs : Érika Croisé Uhl, Dominique Foisnet Latour.

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