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De l’usage du transfert

MELMAN Charles
Date publication : 21/06/2019

 

De l’usage du transfert
 
La réponse que me fit Jean Laplanche quand je lui demandai pourquoi il se séparait de Lacan fut qu’il abusait du transfert pour attacher les analysants à sa cause.
 
À la place de l’Autre invoqué avec amour, ceux-ci découvraient avec notre maître le petit bonhomme intéressé à ses affaires : déception au moins égale à celle provoquée par la Dame lorsqu’elle se révèle être vénale ; tu vivais une passion alors qu’elle comptait ses sous et calculait sa place dans le monde.
 
Empreinte de réalisme, cette interprétation a néanmoins un petit défaut. S’il est vrai que la fin de la cure passe par le deuil à faire de l’Autre, il ne reste effectivement dans le fauteuil que le petit bonhomme ou la gentille bonne femme chargés de la fonction. Avec en prime, l’éthique singulière justificatrice de ce qui fit son assiette.
 
Celles de Freud et de Lacan sont repérables. Freud espérait un homme ou une femme affranchis de leur puérilité et capables d’assumer leurs désirs. Lacan misait  sur l’homme nouveau que les lois déterminantes du langage renvoyaient à sa responsabilité.
 
On pourra se demander s’ils ont réussi alors que le bénéfice thérapeutique aura souvent servi à se mettre au service de la psychose sociale.
 
Nommé prof à la Sorbonne, mon cher Jean aura laissé un vocabulaire déprimant et une traduction des œuvres complètes illisible. Son copain Pontalis, duquel il finira par se séparer, laisse des amusettes littéraires.
 
Où est la victoire ?
 
Charles Melman
20 juin 2019

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