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MELMAN Charles
Date publication : 22/03/2019

 

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Dans le bourg des Yvelines où il m’arrive de passer des week-ends, une épicerie s’était ouverte dont la spécialité était que ses produits provenaient exclusivement d’une zone située à moins de 50 km. On pouvait ainsi bouffer et déféquer entre soi. L’étranger était maintenu hors frontière et un fort sentiment communautaire  devait rassembler ces nouveaux citoyens. Ouh ! Paris, la cosmopolité ! parisiens têtes de chiens, parigots têtes de veaux. La route nationale qui menait à  la capitale était bloquée aux ronds-points et pour entrer il fallait revêtir un gilet jaune témoignant de sa soumission aux nouvelles normes. Tout le monde était égal, hommes femmes chiens et cochons (on est antispéciste) et on saucissonnait joyeusement chacun de la même tronche et de la même tranche végan.

C’est le chef qui nous rappelait que nous étions autonomes et avions le droit de penser comme on voulait. Comment je voulais ? Je ne me souviens plus, ah ! oui, comme les autres bien sûr, maintenant qu’on est indépendant. Ce qui nous manquait était un drapeau quand quelqu’un a suggéré qu’il soit blanc, vierge, sans rien, la liberté quoi ! Mais un autre a rappelé que c’était celui de la reddition et que si d’autres choisissaient le même, on ne serait plus autonome. Le chef alors a trouvé le mot qu’il fallait : on va faire une commission, a-t-il dit, pour étudier la question. Grosse ou petite, il n’a pas dit.

Ch. Melman

Le 20 mars 2019

P.S. L’histoire de l’épicerie est évidemment authentique et le reste seulement réel.

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