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Freud et Lacan: extraits

Date publication : 27/02/2019

 

Extraits

« Outre les problèmes de la restriction pulsionnelle auxquelles nous sommes préparés, il nous faut tenir compte du danger de ce qu’on pourrait appeler « la misère psychologique » de la masse. Ce danger menace au plus haut point quand le lien de la société est surtout établi par identification mutuelle de ses membres, alors que des individualités de chefs ne prennent pas l’importance que la formation de la masse devrait leur conférer. L’état de civilisation actuel de l’Amérique donnerait une bonne occasion d’étudier ces dommages redoutables »

  1. S. Freud, Psychologie de masse et analyse du moi, (« Massenpsychologie» -1921) Paris, Points, 2014, p. 124

"Loin de moi, pour des raisons très diverses, l’idée de donner une appréciation de la civilisation humaine. Je me suis efforcé de ne pas verser dans le préjugé enthousiaste qui veut que la nôtre soit la meilleure qu’on puisse atteindre ou posséder, et que son cours doive forcément nous conduire à des sommets de perfection insoupçonnés. Je peux, au moins sans m’indigner, écouter la critique suivante : si l’on considère les objectifs de la tendance civilisatrice et les moyens dont elle use, on devrait en conclure que tout cet effort n’en vaut pas la peine et qu’il peut seulement créer un état invivable pour l’individu. Mon impartialité m’est d’autant plus facile que j’en sais très peu sur ces choses, sauf que les jugements de valeur des hommes sont toujours influencés par leurs désirs de bonheur, et qu’ils sont donc une tentative d’étayer leurs illusions par des arguments. Je comprendrais très bien que quelqu’un souligne le caractère contraignant de la civilisation humaine en disant, par exemple, que les tendances à restreindre la vie sexuelle, ou à imposer les idéaux de l’humanité au prix de la sélection naturelle, sont des voies d’évolution incontournables, auxquelles il vaut mieux se soumettre comme si c’étaient des  nécessités naturelles. Je connais aussi l’objection à cette assertion : les tendances de ce genre, qu’on juge insurmontables, ont été souvent balayées et remplacées par d’autres dans l’histoire de l’humanité. Je n’ai, par conséquent, pas le courage de m’ériger en prophète devant mes semblables et je reconnais ne pas savoir leur offrir de réconfort ; car au fond, c’est ce que tous réclament, les révolutionnaires les plus acharnés tout aussi ardemment que les croyants les plus dociles.

Finalement, la question du destin de l’humanité me semble être de savoir si, et dans quelle mesure, le développement de sa civilisation pourra enrayer les perturbations de la vie en commun dues à l’agressivité humaine-et à la pulsion d’autodestruction. Notre époque1 est peut-être particulièrement intéressante à cet égard. De nos jours, les hommes sont allés si loin dans la maîtrise de la nature qu’il leur est facile, avec son aide, de s’entretuer jusqu’au dernier. Ils le savent, d’où une bonne part de leur inquiétude actuelle, de leur malheur, de leur angoisse. Il reste à espérer que la deuxième « force céleste », l’Éros éternel, fasse un effort pour s’imposer dans sa lutte contre son adversaire tout aussi immortel. Mais qui peut prévoir l’issue de ce combat ?"

  1. Freud, rappelons-le, publie son livre en 1930 (N.d.É)

S. Freud, Malaise dans la civilisation,Payot&Rivages, Paris, 2010, p.170-171. 

 

Dans Télévision Lacan est interrogé : « D’où vous vient par ailleurs l’assurance de prophétiser la montée du racisme ? Et pourquoi diable le dire ? »

Lacan répond :

« Parce que ce ne me paraît pas drôle et pourtant, c’est vrai.

Dans l’égarement de notre jouissance il n’y a que l’Autre qui La situe, mais c’est en tant que nous en sommes séparés. D’où des fantasmes, inédits quand on ne se mêlait pas.

Laisser cet Autre à son mode de jouissance, c’est ce qui ne se pourrait qu’à ne pas lui imposer le nôtre, à ne pas le tenir pour un sous-développé.

S’y ajoutant la précarité de notre mode, qui désormais ne se situe que du plus de jouir, qui même ne s’énonce plus autrement, comment espérer que se poursuive l’humanitairerie de commande dont s’habillent nos exactions ?

Dieu, à en reprendre de la force, finirait-il par ex-sister, ça ne présage rien de meilleur qu’un retour de son passé funeste »

 

J.Lacan, Télévision, in Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.534

« Notre avenir de marchés communs trouvera sa balance d’une extension de plus en plus dure des procès de ségrégation »

J.Lacan, Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École, in Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.257

 

Capture 1

« ... la crise, non pas du discours du maître, mais du discours capitaliste, qui en est le substitut, est ouverte.

C’est pas du tout que je vous dise que le discours capitaliste ce soit moche, c’est au contraire quelque chose de follement astucieux, hein ?

De follement astucieux, mais voué à la crevaison.

Enfin, c’est après tout ce qu’on a fait de plus astucieux comme discours. Ça n’en est pas moins voué à la crevaison. C’est que c’est intenable. C’est intenable... dans un truc que je pourrais vous expliquer... parce que, le discours capitaliste est là, vous le voyez... une toute petite inversion simplement entre le S1 et le  S ... qui est le sujet... ça suffit à ce que ça marche comme sur des roulettes, ça ne peut pas marcher mieux, mais justement ça marche trop vite, ça se consomme, ça se consomme si bien que ça se consume »

Discours de Jacques Lacan à l’Université de Milan le 12 mai 1972, paru dans l’ouvrage bilingue : Lacan in Italia 1953- 1978. En Italie Lacan, Milan, La Salamandra, 1978, pp. 32-55.

 

 

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