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Conclusions de l’après-midi du 12 janvier 2019 sur La lettre chinoise par Charles Melman

MELMAN Charles
Date publication : 25/02/2019

 

Conclusions de l’après-midi du 12 janvier 2019 sur la lettre chinoise par Charles Melman 

         …avec un grand plaisir que se poursuit le travail commencé par Lacan, et qu’il se poursuit non pas seulement pour le plaisir d’être savant mais pour tenter de répondre à la question spécifique qui est la nôtre, c’est-à-dire, est-ce que ce qui nous maltraite à partir du langage, est-ce que nous sommes susceptibles ou pas d’y remédier ? Lacan je vous le rappelle, a cette formule : ce qui s’est noué par la parole (sous-entendu le symptôme) doit pouvoir se dénouer par la parole. Or, je dirai de façon remarquable et à propos de l’écriture chinoise vous amenez ce qui a été le temps dernier de son interrogation, si en réalité ça a été noué par l’écriture est-ce que c’est possible de se dénouer ou renouer correctement par l’écriture et si oui comment ? De telle sorte que nous sommes évidemment dans de bonnes dispositions pour entendre son nœud borroméen comme étant effectivement le privilège accordé à l’écriture dans la détermination du sujet, et par son interrogation nouvelle si c’est bien le cas, qu’est-ce qui serait ou pas en notre pouvoir et comment ? A propos de l’écriture chinoise, je voudrais rappeler ceci, c’est qu’elle a le privilège de ne pas être constituée par un dépôt venu de la parole, elle n’est pas la production, le reste de ce qui tombe de la parole et vient dans le réel constituer l’inconscient, puisque bien au contraire et d’une façon qui pourrait nous paraître surprenante, c’est l’écriture qui semble fonctionner comme première et la parole abonnée, vouée au déchiffrage phonétique, variable selon les régions selon les dialectes, déchiffrage phonétique de ce qui est écrit. C’est je crois un premier renversement qui mérite de susciter notre perplexité. Deuxième trait que je me permettrais de soumettre à votre critique éventuelle, c’est que l’écriture chinoise n’est évidemment pas constituée de lettres, c’est par un usage métaphorique et pour rappeler sa correspondance avec notre façon de faire et que Lacan lui-même dit la lettre chinoise. Ce ne sont en aucunes façons, évidemment, des lettres puisque ce sont des idéogrammes et qui ont la propriété, c’est ce que je soumets à votre critique, d’être constitué, vous l’avez évoqué, au passage Didier, d’être constitué de traits uns dont l’assemblage diversifié constitue la lettre. Autrement dit rien qui viendrait distinguer en quelque sorte, ce qui serait le un du signifiant de la lettre en tant que chue, mais le fait qu’au départ nous aurions à faire à une disposition de traits unaires et dont la variation dont j’allais dire les divers tableaux, les divers assemblages, constituent donc des idéogrammes. Idéogrammes qui se prêtent donc à cette double lecture phonétique ou bien significative qui je dirais la aussi renverse la table puisqu’on aurait envie de dire que ce qui est perdu comme objet avec la lecture phonétique se trouve aussitôt récupérable par l’objet signifié. C’est comme si je me trouvais dans la position d’être constamment en mesure de récupérer par la désignation objectale, précisément ce qui par la parole est perdu. C’est je dirais en ce sens, que j’entends par exemple ce que Lacan nous dit au retour du Japon, c’est que c’est le pays champion de la jouissance. Si c’est effectivement le cas, la question donc imparable qui est la nôtre est celle de savoir si premièrement la psychopathologie est la même, ce qui à mes yeux n’est pas évident. Je me permettrai de rappeler à ce propos que je ne sais pas comment est écrite la psychiatrie chinoise, mais je sais que la japonaise elle est importée. Les Japonais n’ont pas pu écrire, c’est quand même incroyable de psychopathologie, ils ont importé Kraeplin ils ont traduit Kraeplin. Ils ne sont pas plus… moins observateurs, pas moins capables que d’autres quelle est cette incapacité à voir ce qui fait psychopathologie dans cette langue ?  Il y a une question que j’ai souvent posée et à mon grand désespoir je n’ai jamais eu satisfaction, la question que j’ai posée à nos amis sinisants et travaillant dans cette langue, quel est dans cette langue, l’élément qui supporte le refoulement ? Le refoulement est forcément matériel, nous savons que dans la nôtre c’est la lettre, mais dans cette langue quel est l’élément spécifique du refoulement et dont éventuellement le retour viendrait rendre compte justement du symptôme, de ce qu’il ne faut pas, d’empêchement ou de limites farfelues ? Je n’ai jamais obtenu de réponse, ce que je n’ai nullement mis au compte de ce qui aurait été une indifférence de ceux qui travaillent ces questions mais que j’ai eu tendance de mettre au compte, et je dois dire que l’exposé que vous venez de faire me conforte dans cette idée, c’est que justement cette opération ne relève, l’opération propre productrice de l’inconscient, ne relève pas de ce qui serait une élimination littérale mais d’un déplacement de traits susceptibles de venir écrire un idéogramme soit classique mais évidemment inattendu, soit énigmatique. Autrement dit un problème effectivement d’écriture, et lorsque je voyais ce que Didier a bien voulu nous rappeler comme étant la clé de l’écrit, Wen, permettez-moi de rêver un instant çà imagine très bien je dirais les trois traits du nœud qui nous sont familiers, ce que je dis là juste comme ça pour vous distraire, et donc que nous aurions à faire à une détermination par l’écriture qui ne vaudrait pas moins pour nous. Il m’arrive souvent de faire remarquer que les protagonistes de nos passions ordinaires, emportés par ces passions, sont emportés pas des textes qui ne font en quelque sorte que articuler, que supporter, que dire comme s’ils en étaient les auteurs alors qu’on a l’habitude de les entendre et de savoir que c’est pratiquement des textes déjà écrits, des situations déjà écrites, des dénonciations déjà faites, des accusations déjà produites, des revendications déjà …., mais comme s’ils étaient eux-mêmes à ce moment là les porte-voix d’écriture là présents. Et qui rencontrent l’occasion de venir se manifester le texte… Je me dis souvent, mais où est ce qu’ils ont appris tout ça, et bien sans l’avoir jamais appris ils le récitent le texte, ils le savent. Lorsque vous avez le bénéfice d’écouter une querelle de couple, c’est toujours le même texte, on ne peut pas dire que nos protagonistes réussissent à inventer quelque chose d’un petit peu neuf, c’est toujours le même texte, mais si c’est toujours le même où est-ce qu’ils l’ont….on ne leur a pas enseigné à l’école tout de même, ils ne l’ont pas appris par cœur, c’est pas les fables de Lafontaine. Si Lacan a pu éventuellement, à mon sens, conclure qu’il n’était pas évident que ce qui s’est mis en place par la parole devrait pouvoir se dénouer, il se sert du terme dénouer, c’est à partir de la constatation de l’échec de la psychanalyse, son échec lié à quelque chose d’extrêmement précis et simple et qui si le but de la cure est de parvenir à s’affranchir de l’au-moin-un qui dans le grand Autre justement vous fournit toute cette écriture que vous passez votre vie à réciter, à vivre, comme si évidemment c’était votre texte et là il y a la question de l’auteur évidemment qui surgit. Et bien une fois que vous avez terminé votre cure comme il faudrait, vous replongez dans ce qui est le discours normal, ordinaire et même le discours psychanalytique, tous les discours sont articulés par ce qui n’est pas écrit dans les discours mais qui est l’au-moins-un dans le réel. Et donc le simple fait d’user de signifiants qui sont unaires, qui sont des découpages unaires de la chaîne sonore, vous renvoyez forcément dans le réel dans le grand Autre, l’au-moins-un qui commande tout ça, vous venez de parvenir éventuellement que ce n’est que du vent, ce n’est que du souffle, ça n’a pas de corps mais vous replongez dans ce qui forcément les échanges la découpe une de signifiants et forcément vous renvoyez à l’au-moins-un dans l’Autre, c’est-à-dire au déchaînement des passions. Je me permets de le dire ici car je trouve que ces murs ne sont pas inhospitaliers pour ça, mais j’ai connu diverses sociétés psychanalytiques, je les ai vues identiques, c’est-à-dire ayant le comportement de la courre impériale dans la Cité Interdite. La bataille entre les Lettrés pour savoir qui allait prendre place sur le trône de celui qui était déjà mort mais qui passait pour encore vivant afin que le calme règne pour régler les querelles intestines. J’ai jamais connu autre chose mais avec même un étonnement de constater que on avait la chance de vivre à la courre, c’était toujours comme si ce qui était le sort de la Royauté qui allait se, se …(inaudible). Pour terminer, l’unique expérience, j’ai eu des patients formés par l’écriture idéographique mais il y en a un qui m’est tout spécialement resté en mémoire par ce qu’il m’intrigue toujours. Il était japonais et sa demande à Paris était un peu spéciale déjà, c’est-à-dire qu’il avait un symptôme somatique que la médecine attribuait à une transmission génétique, et il venait s’assurer pour savoir si c’était bien le cas. C’était déjà une demande particulière, il ne venait pas demander qu’on le soulage de ce symptôme, mais de savoir si c’était bien le cas de savoir si ce symptôme relevait d’une transmission génétique, c’est-à-dire du rapport à son père. Bon, il est évident que pour moi ce n’était pas évident du tout que le déchiffrage de ce qu’il pouvait amener, dans une relation transférentielle qui elle-même était remarquable car marquée à la fois par la confiance de sa démarche et la méfiance absolue à l’endroit de la démarche elle-même. Et puis, je ne sais pas trop comment j’arrive à lui faire écrire l’idéogramme en cause, il y là un idéogramme dont un élément je dirais c’est trouvé déplacé et non pas inscrit comme on pourrait s’y attendre et on pourrait attribuer son symptôme à cette affaire. Ah…quelle satisfaction, drôlement content, Hein ! Et bien le problème, non seulement il n’a pas été content mais ça l’a mis en fureur… A mon contentement coexistait le déplaisir, je dirais de sa plus grande fureur, et il est rentré au Japon pour se faire l’apôtre de l’anti-psychanalyse. Qu’est-ce que…On va penser qu’il y a une erreur de ma part quelque part, faut le penser, on ne peut pas seulement le mettre au compte de… il faut se mettre en cause. Il y a là assurément un passage que je n’ai pas su. J’ai dans un tiroir chez moi la feuille sur laquelle est écrite, je dirai, les idéogrammes caractéristiques de cette affaire mais dont je dis bien la conclusion témoigne que j’étais néanmoins, j’étais pas soit pas à ma place soit pas comme il fallait dans ce que je lui ai amené à reconnaître. Et pour terminer, la question très bien évoquée tout à l’heure, comment traduire l’inconscient, qui est déjà le plus mauvais des termes, l’Une-bévue ça n’est pas traductible, vous ne savez pas traduire l’Une-bévue, et cependant c’est essentiel, si l’inconscient est la bévue de l’au-moins-un puisque c’est celle que je vais aimer, que je vais adorer…. Est-ce que vous allez traduire l’Une-bévue, est-ce que vous allez avoir un idéogramme pour rendre compte de … hein ? Voilà…

En tout cas, je ne peux que vous redire, normalement je ne devais pas être à Paris aujourd’hui, je suis resté pour participer à ce que vous initiez et vraiment je dois dire combien je suis content de vous avoir entendu et d’avoir le sentiment, et bien voilà, si Lacan dans toute la dernière partie restait silencieux le dos au mur et à faire des graffitis c’était pas seulement ni à cause de son aphasie. Donc merci beaucoup Didier.

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