Accueil

 

Kétu ?

MELMAN Charles
Date publication : 13/02/2019

 

Kétu ?

 

À l’École freudienne, avec mes amis René Bailly, Claude Conté, Claude Dumézil et Christian Simatos, nous avions sans le savoir inventé le cartel, où sans le savoir davantage je figurais dans la fonction de l’au-moins-un, c’est-à-dire de celui qui rappelle que la spéculation alors partagée – Lacan aurait dit le bla-bla – était celle des concepts dont il était, lui, le fautif occasionnel, valable donc pour l’occasion qui nous intéressait.

Il se trouve qu’un soir, à la surprise particulière et générale, Lacan vint sans prévenir partager notre banquet.

En plus, à l’étonnement de tous – il est vrai qu’à l’École on nous appelait « la bande de Mœbius » sans doute pour souligner que nous avions une seule face – la contribution unique de Lacan ce soir-là fut de rappeler que j’étais juif.

Si j’avais été moins stupéfait par ce qui s’offrait comme une interprétation, je lui aurais dit : « Cher Dr Holmes, il n’y a pas à douter que l’Éternel ex-iste, c’est le zéro. La preuve en est son silence ; ou, si l’on parle, le Un qu’on y délègue pour se sentir moins seul et étayer un signifiant toujours proche de l’effondrement ou qui cherche tout le temps un remplaçant. Seulement voilà ! à se résigner à l’effondrement, c’est le zéro même que l’on condamne, au profit du néant, du chaos, du tohu-bohu… »

J’imagine qu’il aurait répondu : rien. De quoi le remercier, sûrement.

P.S. Rien parce que son concept de “semblant” avait répondu à l’avance. Mais qui donc est supposé avoir les réponses à l’avance ?

On ne s’en sort pas.

Ch.Melman

13 février 2019

Espace personnel