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LE FAIT D'ÊTRE PAREIL À SOI-MÊME

MELMAN Charles
Date publication : 16/01/2019

 

Le fait d’être pareil à soi-même

 

Parmi les membres de l’École Freudienne de Paris, une qui se trouvait rescapée des camps eut un jour la générosité d’interpréter pour moi dans un couloir le caractère pathologique de mon attachement à Lacan, transféré, disait-elle, depuis un problème personnel.
 
Anne-Lise avait bien raison et puis parfaitement tort.
 
La dissimulation de l’identité afin de survivre, c’était donc pendant la guerre, laisse certes à la sortie le sentiment d’être effondré sur un tas de cendres par le poids d’une faute irréparable, à l’égard de sa lignée, trahie, comme vis-à-vis du milieu, trompé.
 
Anne-Lise avait raison : j’en garde une intolérance pour la trahison et la tromperie, elles peuvent me rendre mauvais.
 
Mais l’attachement à Lacan relevait d’un autre ordre, quoiqu’il fut encore exposé à un dilemme : soumission ou collaboration ? Lacan vous renvoyait facilement que, normal, vous agissiez par soumission ou encore, il le crut un temps quand je travaillais avec Miller, par intérêt privé. Il fallut malheureusement sa maladie et la limitation contrainte de ses moyens pour qu’il comprenne que ce n’était pas exactement le cas : ni soumission ni collaboration mais reprise à mon compte et à celui de ceux qui voulaient s’associer de l’importance capitale de ce qu’il avait porté, avec entre autres le nettoyage du 1 de l’identification pour le 0 du signifiant.
 
Aucun assentiment ne fut nécessaire, pas de bénédiction ni de délégation, rien d’autre que l’envie de poursuivre et d’aller voir, elle se suffit et continue de se dispenser d’un acquiescement comme d’un refus. Si on se joint à cette envie, tant mieux, sinon pourquoi changerait-elle ?

Ch. Melman

16 janvier 2019

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