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Globalisation et ségrégation dans l’inconscient et la politique

Première séance du séminaire « Questions cliniques » (Roland Chemama, Christiane Lacôte, Bernard Vandermersch)
VANDERMERSCH Bernard
Date publication : 10/12/2018

 

"Globalisation et ségrégation dans l’inconscient et la politique", par Bernard Vandermersch

Je pars donc de notre titre L’inconscient, c’est la politique et je me demande si le fait que la mondialisation de l’économie s’accompagne d’un accroissement des ségrégations des humains à l’intérieur des sociétés ou même entre états est lié à la logique de l’inconscient, et plus particulièrement du fantasme.
Jeudi dernier Melman évoquait la substitution des réseaux sociaux à l’instance phallique comme régulateur des échanges interhumains. Avec cette conséquence que l’adresse était faite à des semblables tandis que dans le discours régi par le phallus, l’adresse se fait à l’Autre. Freud notait que pour constituer une foule il fallait au préalable réaliser la réduction des autres à des semblables, que les individus s’identifient dans leur moi en mettant un seul et même objet à la place de leur idéal du moi. Pendant ce temps Big Brother engrange la plus-value inaperçue.
Il est de fait que pour faire un ensemble en mathématiques il faut et il suffit préalablement de réduire les éléments en unités purement différentielles. Les réseaux sociaux regroupent les individus selon leurs habitudes et un calcul sur ces ensembles est une source de data aisément commercialisables.
Quant à l’instance phallique, de quoi s’agit-il ? Ce mot peut signifier 1) que tout sujet, par le signifiant qui le représente, a rapport à un signifiant faisant exception, le phallus, (c’est une première acception du terme dans Die Bedeutung des Phallus) : référent de tout discours cela veut dire que tout signifiant a rapport au phallus alors que lui ne renvoie qu’à lui-même. 2) que tout sujet entre dans une fonction dite phallique, qui introduit une frontière ou une limite fictive dans ce qu’on appelle la jouissance (c’est l’acception du terme dans Encore avec les formules de la sexuation avec cette modalité qu’un sujet peut y être pris totalement ou pas totalement). Incidemment ces formules donnent une définition non anatomique des termes Homme et Femme qui explique mais ne justifie pas qu’on substitue aujourd’hui systématiquement genre à sexe. Ces formules vont dans le sens d’un choix de régime de la jouissance qui ne soit pas totalement soumis à l’aphorisme freudien : « Le destin, c’est l’anatomie ». Et de fait, on voit se multiplier le régime transgenre au grand dam des tenants de la loi naturelle. Terme d’une grande ambiguïté aujourd’hui : loi de Dieu pour les uns, loi d’une nature infaillible pour d’autres.
 
Topologie
La question Globalisation et ségrégation est une affaire de frontière et de voisinage, soit de topologie. De même l’inconscient en tant que structuré comme un langage − mais pourquoi ne pas dire par le langage − est un lieu dont il n’y a, en l’absence de toute mesure possible dans son champ, que la topologie pour essayer d’en dire quelque chose. C’est en tout cas le fil avec lequel j’ai commencé d’aborder l’année dernière.
Dans ma troisième intervention, D'une difficulté à théoriser notre pratique. Savoir et jouissance,  je disais que signifiant et concept n’habitaient pas le même espace. En accord avec Marc Darmon, mais contre la plupart des analystes, je soutiens que le signifiant se détache en un instant (εξαιφνής) d’un espace continu, A. Quant au nombre de signifiants, l’essaim d’S1, ainsi extraits de l’Autre dans la vie d’un sujet, il est, lui, fini et dénombrable. Mais, comme signifiant, c’est-à-dire représentant un sujet pour l’Autre, S1 n’a jamais rapport à un autre S1 mais toujours avec S2. L’écart entre les deux étant l’objet a, un différentiel de jouissance. À l’inverse, le concept cohabite avec d’autres concepts dans un espace dense mais discontinu, dénombrable, comparable aux nombres rationnels. Entre plusieurs concepts on peut toujours en produire un autre.
L’espace dans A, c’est du continu, l’espace du concept, c’est un espace discret.
 
Schizophrénies et paranoïas
Depuis, il y a eu le séminaire d’été consacré aux psychoses. Je me demandais pourquoi la forclusion du Nom-du-Père, proposée par Lacan comme mécanisme des psychoses, devait provoquer chez certains, les schizophrènes, une atteinte du moi et de l’image spéculaire, alors que, chez d’autres, les paranoïaques, la fonction du moi serait préservée. Autrement dit le stade du miroir est-il sous la dépendance du Nom-du-Père et dans ce cas pourquoi ne serait-il pas atteint dans les paranoïas ? Plutôt que de me paraphraser je vais reprendre mes conclusions :
 
J’en viens donc à une hypothèse supplémentaire concernant la différence entre paranoïa et schizophrénie, à partir de cette loi supplémentaire du signifiant qu’implique le schéma R. (à savoir identification des points opposés).
 
Peut-on appuyer la différence schizophrénie-paranoïa sur la différence entre « signifiant identique à son « contraire » : a =− a » et « signifiant différent de lui-même : a ≠ a » ?
 
L’échec du signifiant selon sa propriété classique d’être « différent de lui-même »  produit « signifiant identique à lui-même » : a = a.  Rien n’empêche un signifiant devenu identique à lui-même d’être un objet normal, une chose, puisque c’est bien la propriété des choses d’être identiques à elles-mêmes. Le schizophrène prend les mots pour des choses… quand il est devenu schizophrène. Il n’y a plus alors dans ce champ de distinction entre symbolique et réel, c’est-à-dire plus de tiers entre les deux, c’est-à-dire plus d’imaginaire. La schizophrénie serait donc une atteinte partielle ou totale de cette propriété fondamentale du signifiant. [Notons qu’en mathématiques, c’est ainsi que fonctionne la lettre : a = a]
 
L’échec du signifiant selon la deuxième définition  (celle du plan projectif) « signifiant identique à son contraire » serait moins radical : a ≠ a mais pas nécessairement a = − a. Topologiquement, cet « échec »  interdit seulement la constitution d’une structure möbienne qui seule permet la constitution et le retour du refoulé. Il signifie que le signifiant reste une pure et simple différence mais sans réalisation de l’équivalence des contraires. En fait c’est le cas du discours courant qui tourne en rond sans parcourir la structure et sans solliciter la frontière-coupure entre \\\$ et a. Il est compatible avec la paranoïa ou peut-être même l’idéal du discours scientifique d’une totale « littéralisation » du savoir.
 
Il me reste donc à définir la différence entre l’espace non-möbien de la paranoïa et cet espace, lui aussi non möbien de la schizophrénie, mais où la propriété fondamentale du signifiant d’être différent de lui-même serait abolie. A la différence de l’espace de la paranoïa, l’espace de la schizophrénie ne serait plus continu, mais discret, chaque mot ou unité [je ne dis pas signifiant], de n’être plus auto-différent, pourrait être juxtaposé aux autres. Non seulement le sujet ne surgirait pas alors d’une coupure S1-S2 qui n’en serait pas une, puisque passant dans un espace déjà découpé,  mais il se pose alors la question de la nature de ce qui maintient quand même ensemble des fragments d’énoncés  dont on a vu avec Gilles la pertinence. [ajout : Ce ciment est en quelque sorte l’équivalent de l’objet a qui dans le fantasme s’inscrit dans l’écart entre les signifiants, mais ici non découpé : image d’une mer de jouissance avec des ilots signifiants]. […]
 
Cette structure discrète du signifiant chez un schizophrène, si elle est vérifiée, explique-t-elle la perte de son image ? Réponse provisoire : sans doute si l’on admet que le miroir  n’est pas seulement cet objet réfléchissant qui a permis de découvrir le stade du miroir mais cette surface signifiante que tend l’Autre au sujet où il se voit désiré. Si cette surface est faite d’éléments discrets sans qu’un idéal lui donne son liant d’une unité perçue, il est possible que le sujet soit dépendant en permanence d’un autre moi sur lequel s’appuyer. »
 
Aujourd’hui, Je me pose une autre question : Puisqu’un cross-cap se construit en identifiant les points opposés d’une sphère, que signifie le contraire ou l’opposé d’un signifiant ? Un signifiant s’oppose à tous les autres et même à lui-même. Que signifie qu’il soit de plus « identique à son opposé »,  sinon d’avoir deux significations opposées (i.e. pas seulement A la guerre comme à la guerre, ou mon grand-père est mon grand-père, mais par exemple : « C’est intelligent ! ») ? Cette équivalence des sens opposés est-elle bien le régime du signifiant dans les structures marquées par le Nom-du-Père ?
Or en ce qui concerne le sens, pour Saussure la masse amorphe des idées est tout aussi continue que celle des signifiants et on n’y voit guère d’ordre permettant d’affirmer que telle idée soit l’opposée de telle autre[1]. Autrement dit cette propriété ne peut concerner que le signe linguistique s/S, l’union par coupure simultanée dans les deux espaces continus du signifiant et du signifié. Cette identité des sens opposés, Freud l’a pensé exigible dans l’inconscient (Le sens opposé des mots primitifs) mais avec une explication erronée. Que cette opposition ne puisse porter que sur les mots ou signes linguistiques n’est pas incompatible avec la structure du fantasme (plan projectif). Dans le cross-cap en effet, dont Lacan fait la structure du fantasme, les champs S et I sont l’envers et l’endroit d’une même surface et donc faits de signes plutôt que de signifiants purs ou de signifiés purs.
Cette opposition des sens dans la structure möbienne du fantasme équivaut-elle à la négation : a=−a ? Exemple : Ce n’est pas ma mère = c’est ma mère. La difficulté vient de ce qu’il y a une différence de niveau entre affirmation et négation, ce que confirme le fait que cette pseudo-égalité n’est pas réversible (« C’est ma mère » ne veut pas dire « ce n’est pas ma mère ». Quoique… !). Une négation ne s’affirme possiblement que sur l’affirmation première d’un jugement d’attribution mais c’est la négation qui en sera la révélation si elle est reçue comme équivalente à une affirmation. Du coup, si je ne suis pas sûr que cette propriété d’équivalence des sens opposés soit strictement superposable à la Verneinung, en tout cas, c’est elle qui rend possible l’écoute analytique. Il y a une dimension d’acte dans cette affirmation d’une équivalence entre négation et affirmation. Remarquons que dans le schéma I, du président Schreber, cette équivalence des points opposés disparaît et donc aussi cette équivalence de la négation à une affirmation encore refoulée. La parole psychotique est toujours à prendre positivement.
 
Nathalie Charraud : Lacan et les mathématiques
Je dois dire que je me suis rendu compte après coup que ma préoccupation sur la nature de l’espace du signifiant était un vague souvenir de lecture de Lacan et les mathématiques de Nathalie Charraud, livre que j’ai perdu et racheté depuis. Elle arrive à des conclusions sensiblement identiques aux miennes sur paranoïa et schizophrénie quoique en d’autres termes.
En très résumé, elle part de la différence entre le lieu de l’Autre, l’inconscient, et la pensée consciente exprimée par la parole. Dans l’Inconscient, il n’y a que des voisinages sans ordre spatial ou temporel. Pour elle, il n’y a donc pas de chaînes signifiantes inconscientes mais seulement des voisinages, des proximités entre signifiants. La pensée articulée, à l’inverse, est tenue de se plier à la diachronie et de se mettre en ligne.
Elle propose que, selon l’étendue du voisinage d’un signifiant, on puisse situer la structure topologique d’un inconscient entre deux extrêmes : topologie grossière d’une part où il n’y a qu’un voisinage pour chaque point : l’ensemble des signifiants, en admettant qu’un tel ensemble existe : (je traduis : globalisation).Chaque signifiant est alors en relation potentielle avec tous les autres ; topologie discrète d’autre part où le voisinage de chaque signifiant est réduit à ce signifiant (je traduis : ségrégation poussée jusqu’à l’individu). Elle remarque que la première évoque la paranoïa quand tout peut prendre signification (structure de l’allusion) tandis que la seconde évoque la schizophrénie où, chaque point étant isolé, toute signification est gelée (structure de la ritournelle).
Pour rendre compte de structures cliniques intermédiaires entre ces deux extrêmes, elle propose une topologie œdipienne combinant les deux formules de la sexuation : [quel que soit] x.φx et [il existe]x. φx.
Pour elle [quel que soit] x.φx, loi de la castration, signifie la nécessité de la séparation des signifiants, ce qui veut dire donc pour elle qu’ils doivent être pris dans des significations distinctes. Cette disposition, si elle était sans l’exception [Il existe] x. φx) aboutirait à une topologie discrète.
φx se lit : [quel que soit] y, [il existe] Vx et [il existe] Vy tel que Vx [et] Vy = Ø. En français : « Pour tout point y il existe un voisinage de x et un voisinage de y tels que l’intersection de ces deux voisinages soit vide ».
[il existe]x. φx. signifie qu’il y a une exception à la règle précédente : tous les signifiants ont rapport avec un signifiant d’exception, c’est la signification phallique universelle. Ce rapport de chaque signifiant à au moins un signifiant d’exception permet de créer des voisinages plus étendus grâce à ce point commun à tous, ainsi que le jeu de la métaphore[2].
L’intérêt de cette élaboration – ici très résumée − réside dans l’étude de la structure de l’espace signifiant à partir de la notion rigoureuse de voisinage. C’est bien aussi la structure de l’espace qui m’a poussé à cette recherche. Mais je suis parti de la propriété des éléments, les signifiants, d’être différents d’eux-mêmes ou pas, et dans la structure névrotique, d’être identiques à leur opposés.
 
Intermède
Un matin, sur France Inter, j’entends Wajdi Mouawad dire que pour voir le monde dans toute sa splendeur, il faut le chevauchement de deux points de vue saisis simultanément, l’un par l’œil droit, l’autre par l’œil gauche. Il note l’absence quasi universelle dans la nature[3] de la cyclopie, de l’œil unique. L’œil unique de Polyphème, ici modèle du tyran de la pensée unique, lui donne une vision « incapable d’évaluer les multiples plans d’un paysage, ni d’en apprécier les profondeurs ». Je dirai sans la discordance, l’auto-différence conférée aux objets poussée à se fondre dans l’identité d’un point de vue. Point de vue virtuel donc et construction du cerveau.[4] Notons quand même que pour bien viser sa proie il faut fermer un œil. En passant de l’espace du fantasme coloré de profondeur irisée à l’espace aiguisé du concept, on gagne en précision mais on perd quelque chose.
 
Un peu de politique
La globalisation s’accompagne de la montée des ségrégations et sans doute du racisme.
 
– « D’où vous vient l’assurance de prophétiser la montée du racisme ? Et pourquoi diable le dire ?
– Parce que ça ne me paraît pas drôle et que pourtant c’est vrai. Dans l’égarement de notre jouissance, il n’y a que l’Autre qui la situe, mais c’est en tant que nous en sommes séparés. D’où des fantasmes, inédits quand on ne s’en mêlait pas. Laisser cet Autre à son mode de jouissance, c’est ce qui ne se pourrait qu’à ne pas lui imposer le nôtre, à ne pas le tenir pour un sous-développé. S’y ajoutant la précarité de notre mode, qui désormais ne se situe que du plus-de-jouir, qui même ne s’énonce plus autrement, comment espérer que se poursuive l’humanitairerie de commande dont s’habillaient nos exactions ? Dieu, à en reprendre de la force, finirait-il par exister, ça ne présage rien de meilleur qu’un retour de son passé funeste. »[5]
Le racisme est ici à entendre au sens large : processus de ségrégation par le mode de jouissance. On peut comprendre ainsi qu’on mette dans le même cas tout ce qui s’écarte de la norme mâle locale, les femmes, les étrangers, les autres. La politique c’est le discours propre à répartir les jouissances en s’appuyant sur une idée de ce qui serait une juste répartition.
Le curseur est ici contraint entre deux extrêmes : « chacun pour soi » : topologie discrète : le voisinage d’un élément se réduisant à lui-même, il n’y a pas de relations de voisinage entre éléments, et « un pour tous, tous pour un » : topologie « grossière », l’ensemble des éléments étant le seul voisinage de tous. Tout le monde a rapport avec tout le monde.
La plupart des régimes s’inscrivent entre les deux avec des voisinages plus ou moins importants. Le capital, le travail ; les ruraux, les citadins ; les hommes, les femmes. En fonction du critère choisi chaque citoyen-élément se retrouve pris dans un grand nombre de voisinages.
En fait une topologie aussi simple ici n’est que d’un secours limité : Le sujet politique n’est pas un point mais un élément inséparable d’une multitude de discours avec leur structure à 4 coins(Agent-Autre-Vérité-Produit). Dans le discours du maître le signifiant S1 qui représente le sujet tient sans doute le haut du pavé avec son S2 mais ce qui soutient le désir du sujet est dans les dessous (\\\$◊a)[6]. Le voisinage d’un sujet politique – en vérité – ne relève pas seulement du partage d’un même signifiant-maître mais d’une même jouissance. Ce que dit à peu près Freud en d’autres termes dans Psychologie des masses et analyse du moi : « identification (des moi entre eux) et installation d’un seul et même objet à la place de l’idéal du moi. » Ça marchera d’autant mieux, dit Laclau, que le signifiant de l’idéal du moi proposé par cet objet commun sera plus flou.
Les signifiants eux-mêmes peuvent-ils être identifiés à des points ? Leur structure en double boucle s’y oppose. De plus nous avons affaire non pas à des signifiants purs, ou à des signifiés purs mais à des combinaisons des deux : des signes saussuriens.
 
L’acte analytique
« L’Inconscient, c’est la politique ». Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça ne peut pas être une identité, d’autant que Lacan précise que ça ne vaut que dans un sens. Ce n’est pas pour autant une implication logique qui serait sans intérêt. Ce n’est pas non plus une métaphore qui suppose la substitution d’un terme à un autre.
C’est sans doute un acte. Celui de mettre en contact deux voisinages jusque-là séparés faisant de ce fait énigme.
Une interprétation peut produire cet effet de mettre en communications deux voisinages séparés en jouant  de l’équivoque :
Ex. 1. Un patient timide qui attribuait son malheur au rejet brutal de son père alors qu’il était entré par inadvertance dans la chambre des parents de façon inopportune rapporte ce propos de sa mère : « Des chaussures de son père, il préférait voir les talons que les pointes ! » − « L’étalon ? ». Ici apparaît dans l’équivoque l’objet regard comme cause masquée du désir voyeuriste du sujet.
Ex. 2 Diane C. (née après un bébé garçon mort dont la mère n’avait jamais fait le deuil) attrape en cours de cure le symptôme de ne plus pouvoir ouvrir une porte et ainsi sortir de sa chambre : « C’est pas optimal d’habiter chez son grand-père mort. » − « Au p’tit mâle ? ». Ici l’objet a n’apparaît pas avec évidence dans l’écart de l’équivoque. L’intervention consiste à montrer au sujet figé  dans sa paralysie, qu’elle s’est figée dans une identification au petit mâle jamais vraiment accouché par sa mère.
La différence entre ces deux exemples est dans la question du littoral entre signe et jouissance. Dans le premier exemple on peut dire qu’il y a avec l’équivoque d’étalon mise en communication de deux champs signifiants séparés, le signifiant commun étant : « vwaRletalɔ˜ ». Voir est sans doute un signifiant mais peu détachable de son signifié : c’est bien la pulsion scopique qui est en cause et que redresse l’interprétation : ne pas voir son père-voir l’étalon.
Dans le deuxième exemple, la substitution du p’tit mâle au sujet optimal se fait autour d’habiter indûment un lieu de mort. La suite de la cure révèlera que c’était au titre d’objet fécal incarcéré que le p’tit mâle habitait ce lieu incestueux.
C’est encore grâce à l’équivoque que peut se libérer l’objet incarcéré dans la tenaille du signifiant ou plutôt dans la prégnance d’une image que l’équivoque signifiante va pouvoir dissocier grâce à une diplopie momentanée.
Ce qu’une topologie à l’usage de la psychanalyse doit exploiter est cette altérité entre signifiant et jouissance. La formule du fantasme et son équivalent topologique, le cross- cap, manifeste clairement cette dissymétrie entre \\\$ et a mais cette dissymétrie existe aussi entre S1 et S2, entre cette unité S1, séparable un instant et le continuum de S2.
Le savoir est la jouissance de l’Autre. Mais ce savoir, faut-il le concevoir comme déjà articulé ou seulement fait de voisinages plus ou mois séparés, prêts à se rencontrer ? L’enjeu est de savoir s’il faut retrouver un savoir déjà articulé dans l’inconscient ou si c’est de se dire que le savoir se produit dans l’articulation S1→S2.
 
Retour à la politique.
En même temps que tout point du globe a rapport avec tout point de l’ensemble du globe, on assiste à un repli assez généralisé des individus sur eux-mêmes ou sur un étroit voisinage fait de semblables. Un matin Raphaël Glucksman laissait entendre que seuls aujourd’hui certains leaders d’extrême droite avaient le mérite d’opposer un discours politique à la dictature de l’homo economicus. Salvini et Le Pen seraient-ils les seuls modèles. Y a-t-il une opposition au discours du maître perverti qu’est le discours capitaliste qui ne soit ni l’appel au meneur de masses ni la dispersion paranoïdes des réseaux sociaux ? Il me semble que si l’horreur économique fonctionne  sur des écarts de valeurs fictives, ceci dérive d’une séparation entre la fonction représentative du signifiant et sa fonction comptable avec refoulement de la première. La loi économique ne tient pas compte des besoins réels élémentaires et quant aux désirs, elle les dévie au profit d’une accumulation sans limite, bref hors castration. Il faut bien en repasser par le discours du maître pour retrouver un objet petit a qui ne soit pas recyclable car incommensurable au 1, soit foncièrement hétérogène au signifiant. Car en l’absence de régulation phallique, si tout repose sur du semblable il n’y a plus de littoral pour contenir le débordement de jouissance, sauf le principe de plaisir. À mon avis, cela suppose de ne pas considérer S2 comme un savoir déjà articulé mais que le savoir ne se construit que par l’articulation S1-S2 marquée d’une certaine perte de jouissance. Mais cela reste à démontrer.

[1] Depuis, il m’apparaît que « sens opposé » ne peut s’appliquer pleinement qu’à une proposition. Les mots désignant des choses n’ont pas de contraire ou d’opposé. Ce qui rend caduque la suite sur le signe linguistique.

[2] 2 remarques : 1) Pour N. Charraud, le fonction "x.jx de la castration produirait un isolement de tous les signifiants avec absence donc d’effet de sens possible mais l’exception \\\$x.` jx. maintient l’ensemble contre la désintégation. C’est ce schéma qui a été repris comme logo par l’ALI. 2) N. Charraud ne fait pas l’articulation entre ce point d’exception et la structure du cross-cap. Il est  vrai que le théorème du point fixe n’exige pas de structure möbienne. Quand Lacan situe le point F sur le cross-cap, ce point est lié à un artéfact d’immersion et non à la structure möbienne (non orientabilité) du cross-cap.

[3] Toujours la preuve par la nature !

[4] Stanislas Dehaene a montré que la zone du cerveau dédiée à la lecture se développait aux dépends de la zone chargée de la reconnaissance des objets. Or il convient « naturellement » d’identifier un objet vu de gauche et le même vu de droite. Or c’est ce qu’il ne faut pas faire pour certaines lettres et cela expliquerait la fréquence de la confusion bd et pq

[5] Lacan J. Télévision, Seuil, Paris, 1974, p.53-4.

[6] La formule du discours du maître : S1àS2

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