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Association lacanienne internationale

 

Sur le livre de Christiane Lacôte-Destribats, Passage par Nadja

HASENBALG-CORABIANU Virginia Alicia
Date publication : 18/07/2018

 

Écrire sur l’acte d’écrire n’est pas une mince affaire. Christiane Lacôte-Destribats réussit cet exercice avec sa lecture de Nadja, l’œuvre d’André Breton.

Nadja, une jeune femme de province, surgit dans la vie du poète, telle une fulgurance. Elle sera à l’origine d’un nouveau rapport à l’écritureque Breton invente dans une originalité peu commune.

Nadja n’est pas une égérie ni une muse inspiratrice mais une rencontre, qui, prenant la suite des recherches de Breton avec Philippe Soupault dans « Les champs magnétiques », permet au poète de saisir le point de butée dans sa recherche littéraire sans limites. Autrement dit, l’impossible dont il a besoin dans son acte d’écrire novateur.

Sa rencontre avec Nadja allait dans le fil de ses recherches sur l’inconscient dans ses rapports à la poésie. Et en cela, elle concerne hautement les psychanalystes. 

Il s’y engage avant de prendre la mesure de ce qu’il déclenchait.

Le regard, le sourire et la simplicité de cette jeune fille lui donnent un charme étrange qui fascine le poète.  Breton lui suppose au début de leur rencontre un savoir énigmatique. Nadja devient ainsi le support du surréel même définit par Christiane Lacôte-Destribats à partir de la distinction entre réel et réalité dans la théorie psychanalytique : le surréel est quelque chose qui n’est pas un au-delà de la réalité quotidienne, mais qui indique à la subjectivité un point irréductible à la négociation de la pensée.

C’est ainsi que Breton croit qu’elle sait, tout au moins au début.

Mais la rencontre brève et intense s’avérera n’être que l’effet d’un malentendu. La jeune femme lui offre l’espace clos de son symbolisme allégorique, toute entière absorbée par l’identification aux textes du poète cherchant à s’y trouver. Breton pour sa part trouve en elle l’impossible dont il avait besoin pour avancer vers ce point irréductible du réel, avec comme seule ressource la métaphore.

Ainsi, les notions centrales de la psychanalyse lacanienne sur la métaphore serviront de base à l’auteur de Passage par Nadjapour déployer sa proposition. La substitution métaphorique enferme en elle un écart, l’intervalle entre deux mots. Plus ils sont distincts et lointains et leur rapprochement juste, plus fort sera l’impact du résultat. L’écriture de Breton ira jusqu’à la recherche de l’arbitraire et même de la contradiction entre les deux bords de cet intervalle pour indiquer ce point irréductible du réel. Un indicible sans religion ni pathos surgit dans le sens réel, comme la surprise de l’inattendu qui réveille. 

Là où la jeune femme cherche une réponse à ses appels amoureux, elle ne trouve que la béance incommensurable de la métaphore, véritable point de départ dans le travail d’écriture de Breton. Un malentendu insoutenable. 

Breton finit par s’ennuyer de cette relation qui aura comme résultat d’une part la décompensation psychotique pour Nadja et d’autre part la mise en place d’un nouveau rapport à l’écriture par le surréalisme. 

Christiane Lacôte-Destribats l’articule à la modalité logique de la contingence de la métaphore, comme événement imprévisible, fortuit, dont la dimension incalculable peut être rapprochée de l’effet de l’interprétation analytique. 

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