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Une femme psychotique en vaut-elle trois ou trois en valent-elles une ?

OLDENHOVE Etienne
Date publication : 06/06/2018
Dossier : Dossier de retour du Séminaire d'hiver 2018

 

Drôle de titre pour une intervention. Il continue à faire énigme pour moi et j’essaierai de m’en expliquer à la fin de celle-ci.

L’essentiel de ce que je me propose de vous amener aujourd’hui, c’est un parcours de quelques cas de paranoïas dites « féminines » dans l’œuvre de Freud. Vous verrez que cette nomination « paranoïa féminine » n’est pas si évidente que cela. Mais la tradition nous l’a imposée comme elle nous a imposé « hystérie masculine » pour nommer les hystéries qui viennent se loger dans un corps mâle. Il y a là peut-être un problème d’hétérogénéité car l’espace du corps et l’espace du langage ne sont pas homogènes.

Classiquement, l’on dit que Freud a fondé la psychanalyse suite à sa rencontre avec l’hystérie, tandis que Lacan a renouvelé la psychanalyse suite à sa rencontre avec la paranoïa. C’est peut-être aller trop vite en besogne car d’une part, le cas princeps invoqué pour justifier cette affirmation à propos de Freud, est celui d’Anna O. Or à relire ce fameux cas d’Anna O., cure menée par J. Breuer et non par Freud, et à lire ce que certains historiens ont pu écrire sur le destin de Bertha Pappenheim, on peut légitimement douter du diagnostic avancé par Breuer et poser plutôt celui d’une structure psychotique. J’y reviendrai par après.

D’autre part, la question de la paranoïa est toujours restée très présente dans l’œuvre de Freud. Elle est très présente au début de son travail, dans les années 1895 à 1900, puis elle revient en force dans les années 1908 à 1915, époque où il va écrire notamment ses « Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de Paranoïa » ( « Le président Schreber », publié en 1911) et ses écrits métapsychologiques.

Ce qui est également important à relever, c’est que ce qui va causer la séparation de Freud avec la plupart de ses élèves dissidents ( Jung, Adler, Ferenczi,…), ce furent des divergences à propos de la clinique des psychoses. Sa séparation d’avec Fliess est également une prise de position par rapport à la paranoïa.

Jusqu’au bout, Freud continuera à se questionner sur les psychoses et plus particulièrement, les paranoïas, par exemple, dans son questionnement sur la féminité, puis dans son article de 1937 sur les constructions dans l’analyse.

Relevons également avant de nous lancer dans ce parcours de quelques cas de paranoïas chez Freud, que la plupart sont des cas de femmes paranoïaques. En boutade, je dirais que le Président Schreber, « la femme de Dieu », fait donc plutôt exception dans cette galerie de paranoïas freudiennes.

Je vais tout simplement suivre un ordre chronologique dans notre visite de cette galerie.

Première élaboration importante de Freud au sujet de la paranoïa, c’est celle que l’on trouve dans sa correspondance avec Wilhem Fliess, à la date du 24 janvier 1895, sous le titre de « Manuscrit H ». On y trouve déjà quelques lignes directrices de la pensée de Freud au sujet de la paranoïa, lignes directrices qu’il n’abandonnera jamais. A cette époque de son élaboration, Freud retient comme trait distinctif de la paranoïa, celui qu’il nomme une perturbation « intellectuelle ». Il écrit ceci : « En psychiatrie, les idées délirantes doivent être rangées à côté des idées obsessionnelles, toutes deux étant des perturbations purement intellectuelles ; la paranoïa se place à côté du trouble obsessionnel en tant que psychose intellectuelle. »[1]

Deuxième affirmation de Freud : « la paranoïa chronique sous sa forme classique est un mode pathologique de défense, comme l’hystérie, la névrose obsessionnelle et les états de confusion hallucinatoire. Les gens deviennent paranoïaques parce qu’ils ne peuvent tolérer certaines chose – à condition naturellement que leur psychisme y soit particulièrement disposé. »[2]

Ce « ils ne peuvent tolérer certaines choses », Freud n’arrêtera pas de tenter de le préciser. Dans ce manuscrit, il va le faire à partir du travail clinique qu’il avait tenté de faire avec une jeune femme, une « demoiselle déjà mûrissante ( 30 ans environ), écrit Freud, qui présente des épisodes de délire de persécution et d’observation. Je vous résume à l’extrême ce cas clinique. Il s’agit d’une jeune femme qui a subi une tentative entreprenante de séduction de la part d’un homme. Freud décrit la scène de la façon suivante : « Elle faisait le ménage dans la chambre ( de cet homme) alors qu’il était encore couché. Il la fit venir auprès du lit et quand, sans rien soupçonner, elle s’approcha, il lui mit son pénis dans la main. Cette scène n’eut pas de suite et, peu de temps après, l’étranger ( qui était un de ses locataires) quitta la maison. Quelques années plus tard, l’héroïne de cette aventure tomba malade. Elle se plaignait et d’indéniables symptômes de délire d’observation et de persécution apparurent : les voisins la plaignaient parce qu’elle était une laissée pour compte et qu’elle attendait le retour de cet homme. »[3]

Ce qui va retenir l’attention de Freud et l’interpeler, c’est l’échec de l’effet cathartique du souvenir. Cette patiente lui était adressée par Breuer. Freud dit : «  J’essayai sans succès de supprimer la tendance à la paranoïa en restaurant dans ses droits le souvenir de la scène de séduction. J’eus avec elle deux entretiens et l’invitai, alors qu’elle était dans un état de « concentration hypnotique » à me raconter tout ce qui se rapportait à son locataire. L’ayant pressée de questions pour savoir si rien « d’embarrassant » ne lui était arrivé, elle le nia de la façon la plus formelle – et je ne la revis plus. Elle me fit dire que tout cela l’énervait trop. Défense ! Évidemment, elle ne voulait pas qu’on rappelât ses souvenirs et les refoulait intentionnellement. La défense était indéniable, mais aurait tout aussi bien pu aboutir à un symptôme hystérique ou à une obsession. Quel était donc le caractère particulier de cette défense paranoïaque ? »[4]Et Freud poursuit : «  La malade voulait éviter quelque chose, le refoulait. Nous devinons ce que c’était ; il est probable qu’elle avait vraiment été troublée par ce qu’elle avait vu et par le souvenir de ce qu’elle avait vu. Elle tentait d’échapper au reproche d’être une « vilaine femme ». Mais ce reproche lui vint du dehors et ainsi le contenu réel resta intact alors que l’emplacement de toute la chose changea. Le reproche intérieur fut repoussé au dehors : les gens disaient ce qu’elle se serait  sans cela, dit elle-même. Elle aurait été forcée d’accepter le jugement formulé intérieurement, mais pouvait bien rejeter (verwerfen) celui qui venait de l’extérieur. »[5]

« Le but de la paranoïa est donc de se défendre d’une représentation inconciliable avec le moi, en projetant son contenu dans le monde extérieur. »[6]

« Comment un tel déplacement peut-il se produire ? Le déplacement se réalise très simplement. Il s’agit du mésusage ( « Missbrauch ») d’un mécanisme très courant, celui du déplacement ou de la projection. »[7]

Je m’arrête là, mais c’est extraordinaire car l’essentiel de la conception freudienne de la paranoïa est déjà là très clairement :

*pas de déformation du souvenir du trauma sexuel

*projection pathologique de celui-ci au dehors et retour à partir du dehors

C’est dans cette même lettre que Freud écrira déjà aussi : « Ces malades aiment leur délire comme ils s’aiment eux-mêmes. Voilà tout le secret ! »[8]

Notons également que Freud identifie déjà très bien un processus spécifique à la paranoïa : cette abolition et ce rejet d’une représentation au dehors ( ce que Lacan formulera sous le nom de « forclusion ») et que en même temps, il maintient la dénomination de « refoulement » pour ce processus. Cette division , cette contradiction, nous la retrouverons jusqu’à la fin de l’œuvre de Freud, sous différentes formes, par exemple, le maintien de l’expression «  névroses narcissiques » pour parler des psychoses. Et nous la retrouverons très présente dans nombre d’élaborations de post-freudiens à propos de la psychose : Mélanie Klein, Katan, Niederland, I.Macalpine,… Pour beaucoup, il s’agit dans le travail avec les psychotiques de retrouver des éléments primitifs profondément refoulés. Et donc, la psychose y est ramenée , d’une certaine façon , à la névrose et au refoulement.

Deuxième étape, celle d’Anna O . Je ne vais pas beaucoup m’y attarder car à elle seule, elle mériterait un débat qui pourrait être long. J’ai relu cette longue « observation » de Breuer, minutieuse, presque policière, et rapidement ennuyeuse, avec le sentiment que Breuer était largement passé à côté des enjeux de cette cure, en voulant forcer cette femme à être une démonstration de la pertinence de sa théorie sur l’hystérie.

Je me sens proche de certains psychanalystes qui pensent plutôt à une possible structure psychotique face à un tel tableau clinique. Ainsi, du fait des éléments cliniques suivants :

-ce qu’elle appelle son « théâtre privé », ses rêveries , c-a-d cette activité mentale qui se poursuivait presque sans arrêt. 

-les phénomènes de paraphasie

-sa peur d’un écroulement des murs

-alternance de deux états très distincts, l’un où elle reconnaît son entourage et où elle est triste et anxieuse et l’autre où, en proie à des hallucinations, elle devenait « méchante », c-a-d qu’elle vociférait, jetait des coussins à la tête des gens,…

-elle se plaignait de devenir folle

-« elle s’arrêtait au milieu d’une phrase, en répétait les derniers mots pour la poursuivre plus tard. »

-hallucinations angoissantes où cheveux , lacets,…lui semblaient des serpents noirs.

-« dans ses moments de pleine lucidité, elle se plaignait de ténèbres dans son cerveau, disant qu’elle n’arrivait plus à penser, qu’elle devenait aveugle et sourde, qu’elle avait deux « moi », l’un qui était le vrai et l’autre, le mauvais, qui la poussait à mal agir. »

-« Un grave trouble fonctionnel du langage était apparu en même temps que les contractures. On observa d’abord qu’elle ne trouvait plus ses mots, phénomène qui s’accentua peu à peu. Puis grammaire et syntaxe disparurent de son langage, elle finit par faire un usage incorrect des conjugaisons de verbes, n’utilisant plus que certains infinitifs…Plus tard, les mots eux-mêmes vinrent à lui manquer presque totalement, elle les empruntait à 4 ou 5 langues et n’arrivait plus à se faire comprendre. »

-Cure où à partir d’un certain moment, elle ne s’exprime plus qu’en anglais. Ce qui nous vaut ces expressions passées à la postérité à propos de cette première cure psychanalytique : « talking cure », « recognizing work », « chimney sweeping ». Breuer parle , lui , de « narration dépuratoire ».

-Les gens lui apparaissent comme des figures en cire, sans rapport avec elle-même ( début de perte de la vision mentale ?)

-elle se met à écrire de la main gauche

-« hallucination négative » dit Breuer, où elle ne se rend compte de la présence d’un autre médecin que quand celui-ci lui « lance au visage la fumée de sa cigarette ».

-inversion du rythme nycthéméral

-intenses compulsions au suicide

-jargon paraphasique[9], …

Je m’arrête là pour ne pas trop vous assommer.

Breuer termine l’exposé de son travail et des effets grandemnt bénéfiques de celui-ci, en écrivant candidement : « Depuis, elle jouit d’une parfaite santé »[10]

Or, selon les historiens Henri Ellenberger et Albrecht Hirschmûller, la vérité historique est toute autre et bien intéressante pour notre réflexion durant ces journées. Bertha Pappenheim , loin d’être guérie, fut admise au célèbre sanatorium « Bellevue » fondé par Ludwig Binswanger ( grand-père du Ludwig Binswanger que nous connaissons comme psychanalyste et disciple de Freud), clinique luxueuse située au bord du lac de Constance. Elle y séjourna quatre mois, sans guère de progrès ( du 1/7/1882 au 29/10/1882). Breuer refusa de la reprendre en traitement quand elle revint à Vienne. A trois reprises, de 1883 à 1887, Bertha Pappenheim fut réadmise à la clinique du Docteur Breslauer où elle avait déjà été internée , à la demande de Breuer, en 1881. Freud se tenait au courant de l’état de santé de Bertha Pappenheim car sa fiancée, Martha Bernays, entretenait des liens quasi familiaux avec Bertha Pappenheim car le père de Bertha avait été le tuteur légal de Martha après la mort de son père à elle. Dans une lettre à Martha ( sa future épouse), datée du 5 août 1883, il lui écrit ceci : « Bertha est une fois de plus au Sanatorium de Gross-Enzensdorf, je crois ( « Inzersdorf » en fait. Freud fait là un lapsus calami formidable en introduisant ce « Gross », allusion inconsciente à une grossesse hystérique de Bertha à la fin de sa cure avec Breuer). Et Freud poursuit ainsi sa lettre : « Breuer parle d’elle constamment, dit qu’il souhaiterait qu’elle soit morte afin que la pauvre femme soit délivrée de ses souffrances. Il dit qu’elle ne se remettra jamais, qu’elle est complétement détruite».

En fait, Bertha Pappenheim va retrouver équilibre psychique et dynamisme intellectuel à partir de 1888. Son changement est attribuable probablement à trois raisons. Premièrement, elle va vivre à Francfort où résidaient la plupart de ses parents du côté maternel. Déplacement donc du côté maternel. Deuxièmement, elle se met à écrire, d’abord des contes pour enfants puis de nombreux livres. Elle traduit un livre de Mary Wollstonecraft qui s’intitule «  Défense des droits des femmes » ( 1792), publie une pièce de théâtre intitulée «  Droit des femmes » dans laquelle elle critique l’exploitation économique et sexuelle des femmes. Elle se mue en intellectuelle et leader du féminisme juif. En 1900, elle écrit « Le problème juif en Galicie ». Elle va également traduire du yiddish une bible féminine ( « Tsenerene ») et un recueil médiéval de contes et histoires talmudiques à l’intention des femmes. Troisièmement, outre cette activité prolifique d’écrivaine, elle va devenir un pilier des œuvres sociales juives de Francfort. Elle devient directrice d’un orphelinat pour filles en 1895. Elle entendait appliquer aux œuvres sociales juives, les principes et les méthodes du mouvement féministe allemand, dont elle avait pris connaissance à partir de 1893 par le périodique « Die Frau ». En 1904, elle fonda l’Union des Femmes Juives (Jüdischer Frauenbund) dont elle devint présidente. Cette union compta jusqu’à 50.000 membres en 1929. Enfin en 1907, elle créa une maison pour filles mères et enfants illégitimes à Neu-Isenburg, maison qu’elle considérait , semble-t-il, comme l’œuvre de sa vie. Elle décéda en 1936, des suites d’une tumeur décelée en 1935 et « échappa » ainsi ( façon de parler) aux poursuites des nazis. Un timbre à son effigie, fut édité en 1954 par l’Allemagne de l’Ouest dans une série sur les bienfaiteurs de l’humanité.

Ce qui nous importe dans cette histoire, c’est le trépied qui lui a permis de retrouver une place de sujet et de créer à nouveau. Primo, déplacement du côté maternel, secundo, écriture et tertio, la cause des femmes , des femmes juives , des juifs, bref, la cause d’exclus, bien qu’ils ne soient pas que cela, sauf dans une logique paranoïaque.

Troisième étape dans notre parcours : « Analyse d’un cas de paranoïa chronique dans l’article de 1896.[11]

Il s’agit de Madame P., une femme de 32 ans, mariée depuis trois ans et mère d’une enfant de deux ans. Freud introduit ce cas en écrivant ceci : «  Depuis assez longtemps, je nourris le soupçon que la paranoïa( …) est une psychose de défense, c-a-d que, comme l’hystérie et les obsessions, elle provient du refoulement de souvenirs pénibles, et que ses symptômes sont déterminés dans leur forme par le contenu du refoulé. Propre à la paranoïa devrait être une voie ou un mécanisme particulier du refoulement… »[12]

Freud va procéder dans cette cure comme il le fait, à cette époque, avec une hystérie ou une névrose obsessionnelle. Il écrit : «  Je trouvai l’étiologie lorsque je mis en application, tout comme dans une hystérie, la méthode de Breuer, tout d’abord pour étudier et supprimer les hallucinations. Je partais là de la présupposition qu’il devait y avoir dans cette paranoïa, comme dans les autres névrose de défense que je connais, des pensées inconscientes et des souvenirs refoulés qui, de la même façon, peuvent être amenés à la conscience lorsqu’est surmontée une certaine résistance ».

La jeune femme dont va parler Freud développe, six mois après la naissance de son enfant, un délire de persécution. Freud écrit : «  Six mois après la naissance de l’enfant, apparurent les premiers indices de la maladie présente. Elle devint fermée sur elle-même et méfiante, montrant de la répugnance pour les relations avec les frères et sœurs de son mari, et se plaignant de ce que les voisins, dans sa petite ville, se comportaient envers elle autrement qu’avant, de façon mal polie et sans égard. Progressivement, ses plaintes augmentèrent en intensité, sinon en précision : on avait quelque chose contre elle, bien qu’elle ne pût avoir l’idée de ce que ça pouvait être. Mais il n’y avait aucun doute, tout le monde – parents et amis – lui refusaient toute considération pour la blesser … quelque temps après, elle se plaignit de ce qu’on l’observait, on devinait ses pensées, on savait tout ce qui se passait chez elle à la maison. Un après-midi, il lui vint soudainement la pensée qu’on l’observait le soir lorsqu’elle se déshabillait ».[13]

Elle va ensuite éprouver des sensation xénopathiques : « Elle ressentait ses organes génitaux comme on ressent une main lourde ». Et elle présente des hallucinations visuelles. Freud poursuit en écrivant : « Alors elle commença à voir des images qui la remplissaient d’horreur, des hallucinations de nudités féminines, en particulier un bas-ventre féminin nu avec sa pilosité ; parfois aussi, des organes génitaux masculins ».[14]

Enfin, vont venir s’ajouter à cela des hallucinations auditives , des voix qui disaient : « Voilà Madame P. Elle s’en va. Où va-t-elle ? On commentait chacun de ses mouvements et chacune de ses actions, parfois elle entendait des menaces et des reproches ».[15]

Freud va tenter de démonter ces hallucinations en retrouvant avec elle le ou les souvenirs d’enfance qui seraient à l’origine de ces formations symptomatiques. Il va notamment rechercher un souvenir où elle n’aurait pas eu honte de sa nudité et il va évidemment le trouver : « …une scène à l’âge de six ans, dans la chambre des enfants, où elle se dévêtait pour aller se coucher, sans avoir honte devant son frère ». Pour Freud, l’idée qu’on l’observait lorsqu’elle allait se coucher était un fragment intact du vieux souvenir passible de reproche ».[16]

Je vous passe la démonstration et l’argumentation de Freud pour justifier l’importance de cette relation avec son frère. Il écrit : «  Je réussis alors à l’amener à reproduire les différentes scènes où avait culminé la relation sexuelle avec le frère ( à tout le moins de 6 à 10 ans). Pendant ce travail de reproduction, la sensation organique dans le ventre entra dans le dialogue,…Après que nous eûmes parcouru la série de ces scènes, les sensations et les images hallucinatoires étaient disparues pour ne pas revenir ( du moins jusqu’à aujourd’hui). J’avais donc appris que ces hallucinations n’étaient rien d’autre que des fragments du contenu des expériences infantiles refoulées, des symptômes du retour du refoulé ».[17]

A cet endroit du texte, Freud ajouta une note en 1922 où avec honnêteté, il explique que peu après la fin de cette cure, l’état de cette jeune femme empira. « Elle fut transférée dans une institution où elle vécut une période d’hallucinations sévères avec tous les signes de la démence précoce. Puis, elle eut une longue période de rémission ( 12 à 15 ans ) et un second enfant. A l’issue de cette période de rémission, elle retomba malade , dût être  réhospitalisée et mourut d’une pneumonie ».

Je me suis permis de rappeler ce cas car il est sans doute ce qui a ouvert et maintenu une tradition psychanalytique où la paranoïa continue d’être abordée comme un névrose, issue d’un refoulement. Comme dans le manuscrit H., Freud insiste sur le fait que ce qui fait retour dans l’hallucination est « un fragment intact du vieux souvenir passible de reproche », ou il écrit également : «  Dans l’idée délirante en question ( d’être observée pendant le déshabillage), on retrouve presque sans modification, rendu seulement indéterminé par omission, un contenu mnésique ». Il poursuit en expliquant que dans la paranoïa, «  le moi doit s’adapter aux idées délirantes ». Le délire d’interprétation aboutit à « l’altération du moi ».[18]

Étape suivante. Il s’agit d’une femme, Madame Marton, que Ferenczi adresse à Freud pour avoir son avis sur l’intérêt de la prendre en analyse. Ferenczi écrit à Freud : «  Je l’ai examinée il y a plusieurs jours et j’ai constaté une paranoïa assez récente avec prédominance d’un délire de jalousie. Un entretien prolongé m’a convaincu que la patiente est encore capable de transfert. Je crois qu’il s’agit d’un cas où l’analyse pourrait être tentée avec quelque chance de succès. »[19]

Freud reçoit cette Madame Marton et informe Ferenczi aussitôt de son avis : « Il s’agit, écrit-il, d’une paranoïa avancée qui a vraisemblablement dépassé les limites de l’influence thérapeutique : on peut néanmoins la traiter et , de toute façon, son cas peut nous instruire ».

Ferenczi, suivant les instructions de Freud, la prend en analyse et un mois plus tard, il informe Freud des résultats de cette tentative d’analyse, en lui écrivant ceci : « Succès thérapeutique obtenu auprès de Madame Marton : égale zéro ».[20]

Ce à quoi Freud lui répond une semaine plus tard en écrivant ceci : «  Ne vous laissez pas abattre par l’absence de succès dans le cas de la paranoïa de Madame Marton. Il n’y a pas là de résultat à rechercher, nous avons besoin de ces analyses pour parvenir enfin à la compréhension de toutes les névroses ».

J’ai repris brièvement cet échange entre Freud et Ferenczi parce qu’il indique clairement l’évolution de la pensée de Freud au sujet de la paranoïa, dès 1908. Freud est complètement revenu de ses croyances où la paranoïa était assimilée à une névrose parmi d’autres. Il va accentuer de plus en plus la différence entre névroses de transfert ( où une analyse est possible) et névroses narcissiques où une analyse n’est pas possible, faute de transfert, mais paranoïas que l’analyste peut recevoir et dont il peut tirer des enseignements précieux pour la psychanalyse.

Ce qui s’affirme déjà très clairement pour Freud à cette époque, c’est le fait que l’enjeu inconscient de la paranoïa est celui d’une homosexualité in-assumable pour le sujet. Ainsi, il écrit : «  J’ai souvent vu les choses se présenter ainsi : une femme insatisfaite par l’homme se tourne tout naturellement vers la femme et essaie d’investir de libido ses composantes gynécophiles longtemps réfrénées ; une résistance s’élève là contre, elle ne peut plus devenir homosexuelle et c’est pourquoi la libido se détache de la femme ? Dans la paranoïa, cela se passe très souvent de telle manière que les sublimations s’écroulent du fait de cette projection ; c’est donc tout particulièrement la composante homosexuelle qui se trouve au premier plan. »

On voit déjà là se profiler très clairement ce que Freud va développer dans son travail sur Schreber en 1911. D’ailleurs, à peine six jours après que Freud ait reçu cette Madame Marton, le 17 février 1908, Freud, dans une lettre à Jung, révèle que l’idée d’une relation entre la paranoïa et l’homosexualité lui a été suggérée par le comportement de Fliess à son égard au moment de leur rupture. 

Année 1911 : publication des « Remarques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa. Dementia paranoïdes. Le président Schreber ». Cas clinique qui n’arrête pas de nous enseigner, cas d’une paranoïa masculine qui nous annonce que La femme est l’avenir de l’homme. La femme avec un L majuscule, et non pas évidement « une » femme. La femme Schreber est Une, avec un U majuscule, ce que n’est pas « une » femme. Dans cet écrit, Freud va préciser et accentuer certaines thèses avancées précédemment : celle de l’homosexualité comme enjeu constant dans toute paranoïa,    c-a-d celle d’une fixation et d’une régression narcissique.[21]Il y reprend également la question de la projection particulière qui se produit dans la paranoïa suite à une Verwerfung. C’est la fameuse formule que vous connaissez tous : «  Il n’était pas exact de dire que la sensation intérieurement réprimée est projetée vers l’extérieur ; nous nous rendons bien plutôt compte que ce qui a été intérieurement supprimé fait retour de l’extérieur. »[22]

Dans cet écrit, Freud maintient cependant une place centrale à la question du refoulement dans la formation de symptôme dans la paranoïa.[23]

Étape suivante : celui d’un cas d’une femme érotomane que Freud adresse à Binswanger, en 1912, « Madame F. ». Je ne pourrai malheureusement pas développer ce cas qui est signalé dans l’excellent livre de notre collègue Luis Izcovich, « Les paranoïaques et la psychanalyse »( Collection Nouages, Editions Stilus), livre où j’ai puisé de nombreuses indications qui m’ont servi pour mon intervention de ce jour, car contrairement à mon attente, le livre de la correspondance entre Freud et Binswanger que j’avais commandé chez mon libraire au début de ce mois, ne m’est pas encore parvenu. C’est dommage car apparemment, ce cas clinique d’une femme érotomane adressée par Freud à Binswanger pour traitement, pose l’intéressante question de la place de l’amour comme étayage ou suppléance dans la psychose. Beaucoup de paranoïaques trouvent leur équilibre dans un lien amoureux que l’on peut qualifier d’hétérosexuel, lien qui , une fois rompu, peut laisser libre cours à une psychose jusque-là apparemment non déclenchée.

Passons donc à l’année 1915 : une année des plus fertiles dans l’élaboration freudienne, celle notamment de l’écriture et de la publication de ses écrits métapsychologiques et de plusieurs articles très intéressants dont celui qui s’intitule « Passagèreté » et un autre dont le titre est : «  Communication d’un cas de paranoïa en contradiction avec la théorie psychanalytique ».[24]

Commençons, pour respecter la chronologie, par les écrits métapsychologiques. Je m’arrêterai à un écrit qui n’a pas été publié par Freud, mais que l’on a retrouvé dans les papiers de Balint contenant la correspondance entre Freud et Ferenczi. Il s’agit de l’ébauche du douzième exposé métapsychologique que Freud projetait de faire et qui a été traduit en français sous le titre de « Vue d’ensemble des névroses de transfert ».[25]

Je m’y arrête car il nous permettra de poser une question intéressante sur le rapport  entre psychose et sexuation.

Dans cette ébauche, Freud esquisse, de façon audacieuse, quelques hypothèses sur la phylogenèse des névroses. Il va tenter , écrit-il, d’accomplir un programme prophétique de Ferenczi : « Concilier les types de régression névrotique avec les étapes de l’histoire phylogénétiques de l’humanité. »[26]

Il va ainsi ramener la démence précoce à l’étape où le père de la horde primitive castre réellement les fils. «  On peut, écrit-il, probablement se représenter l’effet de la castration en ce temps originaire comme une extinction de la libido, et comme une interruption du développement individuel. La démence précoce semble répéter cet état, elle qui conduit, surtout dans la forme de l’hébéphrénie, à l’abandon de tout objet d’amour, à la récession de toutes les sublimations et au retour à l’autoérotisme. Le jeune individu se comporte comme s’il avait subi la castration ; plus encore, des autocastrations réelles ne sont pas rares dans cette maladie. »[27]  

En ce qui concerne la paranoïa, l’hypothèse de Freud est la suivante : «  les fils menacés esquivèrent la castration en prenant la fuite et apprirent à affronter la lutte pour la vie en étant alliés. Cette vie communautaire dut nécessairement donner naissance aux sentiments sociaux et put s’édifier sur la satisfaction sexuelle homosexuelle. Il est très possible que l’on puisse voir dans la transmission de cette phase d’évolution la disposition héréditaire à l’homosexualité cherchée depuis longtemps. Les sentiments sociaux qui ont pris naissance ici, par sublimation de l’homosexualité, devinrent cependant une propriété durable de l’humanité et servirent de base à toute société ultérieure. La paranoïa ramène toutefois de façon manifeste cette phase d’évolution ; plus précisément, la paranoïa se défend contre le retour de cette même phase, les alliances secrètes n’y manquent pas et le persécuteur y joue le rôle ( du père) redoutable. La paranoïa cherche à se défendre de l’homosexualité qui fut la base de l’organisation des frères… »[28]

Je ramène ceci car Freud , un peu lus loin dans cet écrit , se rend bien compte d’une objection qui pourrait lui être faite. Il l’énonce ainsi : « …chacun aura remarqué que la deuxième série de dispositions, celle de la deuxième génération, ne put être acquise que par les hommes (en tant que fils) alors que la démence précoce, la paranoïa et la mélancolie peuvent aussi bien s’observer chez les femmes. »[29]

Il va y répondre en affirmant, d’une certaine façon, que les psychoses sont toujours d’essence masculine. Il ne l’écrit pas comme cela, mais c’est ce que nous devons déduire, me semble-t-il, de ce qu’il écrit pour répondre à l’objection qu’on pourrait lui adresser. Il écrit ceci : « Mais la remarque qu’il ne faut pas oublier la bisexualité de l’être humain nous épargne la plus grave difficulté. Ainsi la femme peut-elle prendre à son compte les dispositions acquises par l’homme et les faire elle-même apparaître en elle. »

Second article de cette année 1915, où il est débattu de la paranoïa, celui qui s’intitule « Un cas de paranoïa en contradiction avec la théorie psychanalytique ». Je vais essayer de vous le résumer à l’extrême.  Il s’agit du cas d’une jeune femme « d’une trentaine d’années, d’une grâce et d’une beauté peu commune »[30], nous précise Freud. Cette femme, Freud la rencontre à la demande de l’avocat auquel elle a fait appel pour la défendre des persécutions d’un homme. Freud est mis en position d’expert par cet avocat qui pense que sa cliente n’a pas « toutes ses frites dans le même cornet » - comme on dit en Belgique, mais qui prend la précaution de s’assurer de l’avis éclairant d’un psychiatre éminent. Freud rencontre cette femme, fille unique par ailleurs, célibataire vivant avec sa vieille mère, à deux reprises. Ce qui s’est passé, c’est qu’un homme de l’entreprise où elle travaille, est parvenu à faire venir cette jeune femme dans sa garçonnière à deux reprises pour entamer une relation plus intime avec elle. Suite à cette deuxième rencontre avec cet homme, elle acquiert la conviction que cet homme a fait photographier leurs ébats amoureux afin, écrit Freud, qu’il soit «  en son pouvoir ( à cet homme ) de la couvrir de honte en montrant ces images et de la contraindre à ne plus lui résister ». Cet homme a eu beau tenter de la rassurer verbalement et par écrit, et de démentir avec véhémence la construction délirante de l’aimée, rien n’y a fait. Je vous passe quantité de détails intéressants que Freud développe avec beaucoup de finesse, pour aller à l’essentiel. Ce qui interpelle Freud dans ce cas clinique, c’est que le persécuteur ne soit pas du même sexe que la persécutée. Freud écrit : «  Devant cette situation, la moindre des choses était de remettre en question notre prise de position en faveur d’une dépendance universellement valable du délire de persécution par rapport à l’homosexualité ».[31]Freud, grâce au second entretien qu’il a obtenu d’avoir avec cette jeune femme, va découvrir l’importance qu’a joué dans le développement de ce délire, la dame âgée qui dirigeait le service dans lequel travaillaient cette jeune femme de même que l’homme qui était parvenu à la séduire en tout bien, tout honneur. Pour Freud, s’appuyant sur plusieurs indices dont je vous passe l’énumération, c’est évident : cette « supérieure aux cheveux blancs dont la jeune femme se considérait comme la fille préférée »[32]est un substitut maternel et c’est bien elle qui est le persécuteur princeps, avant l’homme qui va se substituer à elle. Car , notamment, entre les deux rencontres avec l’homme et suite à un échange «  à voix basse » entre cette supérieure et l’homme, la jeune femme va interpréter les faits et gestes de la vieille dame comme venant renforcer ses soupçons et comme si cette dame âgée savait ce qui s’était passé.[33]Voilà donc un cas de paranoïa qui loin de contredire l’hypothèse de Freud et la théorie psychanalytique, vient, au contraire, la confirmer . C.Q.F.D.

Enfin pour terminer ce marathon, je rappellerai quelques remarques importantes de Freud à propos de la paranoïa féminine, dans ses articles «  Sur la sexualité féminine » de 1931 et sur « La féminité » de 1933. Parlant de la phase pré-oedipienne de la femme, il écrit ceci : «  Je soupçonne aussi, de plus, que l’on trouve dans cette dépendance vis-à-vis de la mère, le germe de la paranoïa ultérieure de la femme. Ce germe semble bien, en effet, être l’angoisse d’être assassinée (dévorée ?) par la mère, angoisse surprenante mais que l’on trouve régulièrement ».[34]L’accent est donc déplacé ici de la femme vers la mère et le lien extrêmement « refoulé » de tout sujet avec cette dernière.[35]«  Tout ce qui touche au domaine de ce premier lien à la mère, m’ a paru si difficile à saisir analytiquement, si blanchi par les ans, vague, à peine capable de revivre, comme soumis à un refoulement particulièrement inexorable ». Une Mélanie Klein a pris le relais de Freud dans ce domaine.

Dans l’article sur la féminité des « Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse », on retrouve cette même insistance sur le lien préo-edipien à la mère. Freud écrit : «  C’est ainsi , par exemple, qu’on découvre que l’angoisse d’être tué ou empoisonné – qui peut former plus tard le noyau d’une angoisse paranoïaque – est mise en relation avec la mère dès cette époque pré-oedipienne ».[36]

Il me reste à tenter d’éclairer un peu par mes associations l’énigme du titre de mon intervention. Quand je l’ai proposé à Thatyana Pitavy, je lui ai dit qu’il n’avait pas plus de sens que la ritournelle « Pirouette, cacahouète ! »

La formulation n’est évidemment pas sans rapport avec celle de la trinité chrétienne, ni avec celle du « trois » borroméen qui fonde le « un ». Mais cela, ce sont des associations un peu prétentieuses.

En fait, cette formulation «  Une femme paranoïaque en vaut-elle trois ? » est issue de l’expression courante « Un homme averti en vaut deux ! » . Et, je vais aller du côté de la pirouette pour revenir à la cacahouète. Comme tout paranoïaque, qu’il soit homme ou femme, est toujours averti, tout paranoïaque en vaut toujours deux ! Du côté de l’homme, cela s’arrête à ce « deux ». Mais du côté d’une femme, cela n’irait-il pas plus loin ? Car de son côté, il y aura toujours un reste. Du fait de sa nomination comme femme, elle a été exilée du « tout », du « tout phallique ». Une femme est plus prise d’emblée dans la bisexualité. Et donc, une femme paranoïaque en vaut trois !

Freud n’avait pas tort de faire de la paranoïa une psychose masculine. La paranoïa, c’est peut-être le « tout phallique », c’est le mâle-mâle !

Ce qui y est forclos, en effet, c’est la féminité, c’est le « pas tout ».

Ce qui y est promu, c’est le « tout » ou l’exception absolue : La femme avec un grand L et non barrée.

Dernière pirouette : la cacahouète est-elle l’avenir de l’homme ? Elle est l’avenir de beaucoup de singes. Elle est peut-être, sous forme du gadget, l’avenir d’une humanité sans sujet.

 

[1]S.Freud, “La naissance de la psychanalyse”, P.U.F., page 98.

[2]Ibidem, page 98

[3]Ibidem, page 99

[4]Ibidem, page 99

[5]Ibidem, pages 99 à 100

[6]Ibidem, page 100

[7]Ibidem, page 100

[8]Ibidem, page 101 et Leçon du 2 mai 1956 du Séminaire 3 de Lacan, page 205 (version A.L.I.)

[9]Freud et Breuer, “Etudes sur l’hystérie”, P.U.F., pages 15 à 22.

[10]Ibidem, page 30.

[11]S.Freud, “Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense”, in “Névrose, psychose et perversion”, P.U.F., pages 72 à 81.

[12]Ibidem, page 72.

[13]Ibidem, page 73.

[14]Ibidem, page 74

[15]Ibidem, page 74

[16]Ibidem, page 75

[17]Ibidem, page 77 et 78

[18]Ibidem, page 81

[19]Lettre de Ferenczi à Freud du 10 février 1908, in Correspondance Freud-Sandor Ferenczi, Tome I, 1908-1914, Editios Calman-Lévy, page 6

[20]Lettre de Ferenczi du 18 mars 1908, in Correspondance, page 8

[21]Freud, “Le président Schreber”, P.U.F. , Collection Quadrige, page 71

[22]Freud, Ibidem, page 70.

[23]Freud, Ibidem, pages 65 à 67.

[24]S. Freud, “ Névrose, psychose et perversion”, P.U.F. , pages 209 à 218.

[25]S. Freud , “Vue d’ensemble des névrose de transfert”, Editions Gallimard, 1986.

[26]S.Freud, Ibidem, page 38 et 39.

[27]S.Freud, Ibidem, pages 39 et 40

[28]S.Freud, Ibidem, pages 40 et 41

[29]S.Freud, Ibidem, page 43

[30]S.Freud , “Névrose, psychose et perversion”, P.U.F. , page 209-210

[31]S.Freud, Ibidem, page 212

[32]S.Freud , Ibidem, page 213

[33]S.Freud, Ibidem, page 213

[34]S.Freud , “ La vie sexuelle”, P.U.F. , page 141

[35]S.Freud, Ibidem, page 140

[36]S.Freud, “Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse”,  Editions Gallimard, page 161

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