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« Heureux exil » - Extraits d'une intervention de Ch. Melman aux journées ALI-AFB, "Exil , langage et inconscient", mars 2009

Parus dans Le Bulletin Freudien n° 55, Janvier 2010
MELMAN Charles
Date publication : 22/02/2018
Dossier : Dossier de préparation des journées sur l'exil mars 2018

 

[…] Il y a un exil que l’on peut qualifier d’intime, ce qui veut dire – et c’est ce que Lacan appelle la division subjective – exil subjectif. Je veux dire si j’ai rapport à ce qui est mon espace, si je suis dans mon espace, nous savons que se produisent les phénomènes de division subjective, c’est-à-dire que par rapport au signifiant maître – en tant qu’il est constitutif et qu’il vient légitimer mon espace –, eh bien, subjectivement, je suis par rapport à lui, divisé. Par ma subjectivité, je suis en exil dans mon propre espace. Ce qu’apporte la psychanalyse – à moins bien entendu d’être paranoïaque, intégriste ou fou, ce sont les conditions, je dirais, qui évitent cette division subjective – et c’est ce dont Lacan rend compte avec l’image du huit intérieur, cette position d’inclusion, d’exclusion interne.

Et puis il y a l’exil que l’on peut qualifier non plus de subjectif mais d’objectif. C’est aussi bien celui qui nous était ce matin évoqué par notre collègue, c’est-à-dire ce qui se passe quand les circonstances de l’histoire font que c’est en tant qu’appartenant à une autre communauté que je viens vivre dans celle qui m’accueille et où dès lors je dirais mon type de division, n’est-ce pas, est forcément différent puisque ce qui soutient ma subjectivité n’est plus – pour utiliser l’écriture lacanienne, le S barré (\\\$), mais ce qui soutient dans ce cas- là ma subjectivité c’est un Un et un Un en tant que simplement étranger. Et donc on voit bien comment dans cette situation, le problème de l’altérité effectivement se trouve, de manière tout à fait originale et particulière et d’une manière qui répond finalement à un certain consensus culturel, occulter la dimension de l’altérité par celle de l’étrangeté. […]

[…] Donc la situation d’être des exilés, au moins subjectifs, eh bien est la situation ordinaire, elle est la situation normale, au point que certains supportent si mal l’exil subjectif qu’ils vont le transformer en exil objectif, c’est-à-dire s’organiser pour relever d’une autre communauté de préférence ennemie de celle d’origine ; tout ça c’est une dimension qu’en psychanalyse et en histoire on connaît parfaitement n’est-ce pas, pour retrouver, affirmer une identité pleine et entière en transformant cet exil subjectif dans le Un, le S barré (\\\$) dans le Un de l’appartenance à une autre communauté et une communauté étrangère, voire hostile, à la première. […]

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Lire Le Bulletin Freudien n° 55 de l'Association Freudienne de Belgique, "Exil, langage et inconscient", janvier 2010

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