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Extraits du livre de  Atiq Rahimi "La ballade du calame"

L'Iconoclaste, Paris, 2015
Atiq RAHIMI
Date publication : 22/02/2018
Dossier : Dossier de préparation des journées sur l'exil mars 2018

 

 
Atiq Rahimi est un romancier et réalisateur afghan. Il a reçu le prix Goncourt 2008 pour son premier roman écrit en français : Syngué sabour. Pierre de patience.  
Il a également écrit  Terre et Cendres, Paris, P.O.L., 2000 et Maudit soit Dostoïevski, Paris, P.O.L., 2011.
 
"Jeune, j'étais déjà ailleurs.
Sans patrie, sans terre.
En exil, dans l'écriture" p. 45
 
"A quelle civilisation appartiens-je?
A toutes, mais surtout à celle qui me prête ses lettres. Car quoi que je fasse, où que j'aille, quoi que je devienne, je suis ce que j'écris, ce que je lis, ce que je vois!
Et je ne vois que des lettres.
Roland Barthes disait qu'il avait une  maladie voir partout du langage. Comme le sage dans le Veda des Hindous qui "voit la parole".
Moi, n'ayant, hélas, ni l'intelligence de l'un, ni la sagesse de l'autre, je ne vois que de lettres" p.96
 
"Je suis né dans le verbe. Religieusement. Socialement.
J'ai beau m'enfuir, mais je ne peux m'en défaire.
Je retourne au verbe, comme pour retourner à mon pays de naissance" p.97
 
"Il y a trente ans, arrivé comme réfugié en France, j'ai demandé l'asile culturel et non pas politique.
Culturel, parce que je ne me reconnaissais plus ni dans l'idéologie communiste de mon frère, ni dans la fois musulmane de la résistance.
 
J'étais toujours ailleurs.
Las de la guerre.
Hors du verbe.
 
Je me suis donc laissé dompter par l'image, parce que j'étais incapable d'écrire en français.
Ecrire en persan, à quoi bon? D'ailleurs, pour qui? me demandais-je. Mauvaise question! me rétorqua la vie, quelques années plus tard. 
(…)
Toujours est-il que dans la création désastreuse avec  l'image, c'est le verbe qui me rattrape et me sauve" p.103/104
 
"Ainsi, dans l'imaginaire abrahamique, à savoir judéo-chrétien-musulman, l'humanité se créa-t-elle en exil sur terre.
Et cela grâce à Eve.
Sans elle, nous serions demeurés ignorants.
Sans elle, nous aurions vécu sans aimance.
Sans elle, nous aurions péri au paradis.
Sans elle, nous serions sans ailleurs…
Quelle détresse! " p.87

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