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Ouverture de la matinée du 2 septembre 2017. Le Moi

Séminaire d’été 2017 – Samedi 2 septembre.
CESBRON LAVAU Henri
Date publication : 03/01/2018
Dossier : Dossier de retour du Séminaire d'été 2017

 

Nous allons, ce matin, terminer par les leçons de ce long séminaire sur Le Moi. Ce ne sont pas les plus faciles. L’intérêt, c’est, au travers de ces quatre leçons, de voir la richesse de la palette de Lacan. Vous avez pu le remarquer, ces leçons ont chacune un style particulier.

La première leçon est le commentaire d’un texte qui met en avant la difficulté de ce qu’est le dialogue. Et ce qui va être plutôt mis en avant, c’est l’aparté.

Dans la leçon suivante qui se présente sous la forme d’échanges avec les participants. Plutôt qu’un dialogue on a là justement une très belle illustration de ce qu’est un aparté. Ce que Lacan tente de faire passer. L’on entend comment chacun est pris dans la conception – je dirais presque dans sa religion du Moi – telle que la lui dicte son inconscient.

Dans la troisième leçon, c’est un changement complet de style  qui passe au mode de conférence. Même dans ce style on peut sentir la finesse d’adresse de Lacan, ne serait-ce que dans les premières phrases. Comment l’auditoire y est présent – et c’est bien à cet auditoire-là qu’il s’adresse – auditoire si varié que je pense qu’autant les uns que les autres ont dû restés un peu décontenancés. C’était peut-être le but de l’opération des propos que Lacan a développés et articulés.

Enfin la dernière leçon qui se présente de façon plus proche de ce que serait un dialogue mais sous la forme claire et évidente de la disputatio.

Vous avez là quatre modes qui sont très intéressants et qui contribuent à la richesse et à la difficulté du contenu de cette matinée. D’autant que le tout est agrémenté d’aporismes dont on peut dire que s’ils sollicitent notre logique, ils nous demandent un effort, pas seulement pour les comprendre, mais pour établir les liens avec ce dont il est question : langage, parole, Moi, inconscient.

Avant d’aborder ces leçons, je voudrais dire un mot de cette parallèle que nous avons suivie jusqu’à hier avec le séminaire sur La Topologie et le Temps, qui est d’un autre style encore. À cette époque, Lacan donnait son séminaire avec un phrasé très particulier, avec parfois une ou deux minutes de silence entre chaque mot. Quand on lit un paragraphe d’une quinzaine de lignes, cela pouvait représenter une demi-heure de séminaire. D’autant que par moments il était au tableau.

Ce phrasé très particulier, on l’a dit de Lacan âgé et fatigué par sa maladie.

Mais était-ce seulement cela ? Jean-Michel Vappereau nous a dit sa passion pour la musique. Et il m’est revenu cette phrase d’Isaac Stern, le grand violoniste, qui disait : « La musique c’est ce qu’il y a entre les notes. C’est la manière dont on se rend de l’une à l’autre. C’est une pulsation, une continuité. » Il y a dans le séminaire sur La Topologie et le Temps un autre style, sur lequel j’aurais aimé l’avis de Jean-Michel Vappereau. Et en particulier l’interroger à propos de Lacan, dans la deuxième leçon, quand celui-ci aborde les multiples manières de couper un nœud borroméen généralisé. Lacan en énonce 35. Jean-Michel Vappereau lui fait alors remarquer qu’il fait erreur : ce n’est pas 35, mais 20. (Lacan s’est trompé de ligne dans le triangle de Pascal sous jacent, mais non cité ici). Lacan interroge cette erreur, la reconnaît, s’en excuse et lance « Bien, au revoir ! »

J’aimerais que Jean-Michel Vappereau puisse, s’il le souhaite, nous dire ce qu’il a pensé du fait que Lacan arrête là son séminaire. Autrement dit sur le fait de laisser une place vide.

Dans une des leçons que nous allons voir ce matin il y a justement une phrase où Lacan évoque la place vide, et juste après, le triangle de Pascal. Ce rapprochement anticipé est bien étonnant. Sur cette dimension, cette question, toujours faisant référence à Isaac Stern : les machines – on va parler aussi des machines ce matin –, les machines, lui demandait-on, vont être en mesure de faire une musique parfaite et exacte, que restera-t-il à l’homme ? La réponse d’Isaac Stern a été «  la capacité de l’erreur »

Pour aborder cette variété des styles de Lacan, nous allons commencer par le texte autour duquel se déploie la première de nos leçons de ce matin, le texte de L’Amphitryon que Marie Jejcic, psychanalyste membre de l’A.L.I. va nous présenter.

Transcription : Dominique Foisnet Latour.

Relecture : Érika Croisé Uhl.

Relu par l’auteur.

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