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Le Moi, Leçons 24 et 25.

Séminaire d’été 2017 – Samedi 2 septembre.
NUSINOVICI Valentin
Date publication : 03/01/2018
Dossier : Dossier de retour du Séminaire d'été 2017

 

Henri Cesbron-Lavau l’a dit, il n’y a pas plus dissemblables dans le ton et dans le style que ces deux dernières séances, dont Lacan dit qu’elles sont la pointe dialectique du séminaire. Il y a la conférence, solennelle, très architecturée pour un public différent de celui habituel du séminaire. Le Professeur Delay est là, un personnage important de la psychiatrie et du monde intellectuel, au courant de ce qui se passe. Il s’agit de lui montrer qu’on n’est pas en retard, voire même en avance. Et il y a la dernière leçon avec d’abord une véritable disputatio philologico-théologique, là c’est enflammé, et enfin ça se termine avec le schéma L. Mais si l’ambiance est différente dans ces deux séances, les mêmes questions sont en jeu.

La conférence est intitulée Psychanalyse et cybernétique, ce sont là « deux ordres de pensée et de science » dit Lacan, mais on voit tout de suite la différence car qui contesterait que la cybernétique est scientifique ? Du coup la question de la scientificité de la psychanalyse est d’emblée posée, et le désir de Lacan est clair.

Dans une leçon précédente il disait que la psychanalyse était la science humaine par excellence. Sauf que le qualificatif ne convient pas, la psychanalyse concerne vraiment l’homme et elle se distingue radicalement des sciences dites humaines. D’ailleurs qu’est-ce que l’homme si ce qui le spécifie parmi les animaux est justement ce qui n’est pas humain ? On verra de quoi il s’agit. Quant à l’« humanisme », Lacan lui trouve des relents d’ésotérisme.

Il cherche dans la cybernétique éclairage, inspiration, modèle, pour œuvrer afin que la psychanalyse soit scientifique. D’abord il tient à situer la cybernétique dans « l’arbre de la science » qui a, selon lui, deux branches : celle des sciences dites exactes et celle des sciences conjecturales.

On n’a pas le temps d’évoquer le développement très intéressant qu’il fait sur la naissance de la science exacte en se référant à Koyré. Le paradigme de la science exacte est la physique newtonienne qui a établi les lois de la marche des astres, c’est-à-dire de leur retour à la même place (d’où la première définition lacanienne du réel). Lacan dit qu’elle est une épopée, mais une épopée un peu courte car elle a réduit le réel à quelques formules. Elle a unifié le champ et elle présente un réel qui peut sembler compréhensible, de ce fait l’enjeu subjectif tend à disparaître. Si la psychanalyse a vocation à être scientifique, ce n’est pas de ce côté. Lors de la récente éclipse solaire, on a parlé d’une « fièvre de l’éclipse ». Qu’est-ce qui a enfiévré des populations ? Elles ne pouvaient douter que la rencontre du soleil et de la lune aurait bien lieu à l’instant prévu par la science. Mais elles tenaient à jouir de l’éclipse, sans doute parce que l’éclipse est la manifestation la plus caractéristique du sujet.

Dès « Fonction et champ de la parole et du langage [en psychanalyse] » Lacan a avancé le terme de « science conjecturale » et il continuera à l’employer. Pour Ernest Renan l’histoire était une « petite science conjecturale », il n’était pas bien loin du sens courant du mot qui veut que les conjectures soient vaines. Mais il y a des sciences conjecturales parce qu’il y a un déterminisme du hasard. Le hasard a ses lois, des lois statistiques qu’on met en œuvre avec des méthodes probabilistes qui permettent de calculer le hasard.

La naissance des sciences conjecturales, Lacan la situe dans les travaux de Pascal (triangle arithmétique, règle des partis) leur ancienneté n’est donc pas moindre que celle de la physique. Mais la branche des sciences exactes a occulté l’autre, au moins jusqu’à la poussée de ce dernier rameau, florissant, qu’est la cybernétique qui a déjà à l’époque un champ d’application étendu et dont l’importance depuis n’a fait que croître.

La psychanalyse pourrait-elle alors s’inscrire de ce côté, puisqu’au fondement de sa technique il y a le déterminisme du hasard ? Un exemple frappant de ce déterminisme a été observé par Freud : en partant d’un nombre pris « au hasard » et en suivant les associations déterminées par des combinaisons des chiffres contenus dans ce nombre, on peut arriver à des évènements ou à des pensées signifiantes.

Calculer la conjecture c’est calculer les chances d’une « rencontre. » Pour la cybernétique à ses débuts c’était, par exemple, dans le domaine de la défense anti-aérienne, prévoir la position future d’une cible à partir d’une information partielle sur sa trajectoire passée. Dans le domaine des jeux et dans celui de la psychanalyse, il s’agit d’une « rencontre scandée » puisqu’il y a une série de coups : le lancer des dés d’où sortira ou non le nombre gagnant, la série d’associations où surviendra ou pas un élément signifiant refoulé.

C’est le « calcul des chances que quelque chose vienne ou pas à une place vide. » Stéphane Deluermoz citait Kierkegaard qui parlait de « la place vide du présent. » À cette place vide est attendu un quelque chose porteur d’une signification concernant l’être du sujet, son destin. Lancer les dés se disait : tirer les sorts.

Lacan parlera souvent de la « rencontre », en reprenant les termes aristotéliciens tuchê et automaton. Dans ce séminaire, où il s’appuie sur la cybernétique, il parle de la rencontre d’éléments signifiants, plus tard il parlera aussi de la rencontre du réel.

En définitive il a du conclure que la psychanalyse n’était pas une science. Il est déjà clair ici que son champ n’est pas celui des calculs probabilistes et qu’elle ne peut se situer dans la ligne de la cybernétique dont le nom signifie science du gouvernement, science de la maîtrise.

En fait ce qui intéresse le plus Lacan dans les calculs de la cybernétique c’est son langage fait d’une suite de uns et de zéros. Ce sont des symboles (au sens courant du terme, on peut dire aussi des signes, en tout cas ce ne sont pas des signifiants) qui ne proviennent pas de l’imaginaire. Ils constituent une chaîne qui fonctionne de façon autonome dans le réel et qui produit des messages qui vont tourner dans la machine.

Ce langage a une syntaxe, c’est l’ensemble de règles relatives à l’ouverture et à la fermeture des portes par où passent les impulsions (ces portes symboliques qui nous valent un morceau lacanien de grand style) ces règles sont celles de la logique propositionnelle.

Dans cette suite de uns et de zéros Lacan voit un équivalent de la succession de la présence et de l’absence que Freud a observée dans le jeu du Fort ! Da!

C’est un modèle possible de « l’inconscient structuré comme un langage », de l’inconscient relevant du logique pur. Quand on arrête la machine, la combinaison programmée prend son sens, comme le discours de l’analysant quand il est scandé, coupé au bon endroit, au bon moment.

Le rapprochement avec l’inconscient Lacan le pousse loin, jusqu’à faire du zéro l’équivalent du refoulé, de l’inconscient non réalisé, et du un celui du retour du refoulé, de la réalisation de l’inconscient. Jusqu’à parler de non-être à propos du zéro et de réalisation de l’être pour le un.

Mais il y a une grande différence entre ce langage, qualifié de « langage primordial d’avant le déterminisme » (car dans cet ordre symbolique il n’y a pas de perte) et la langue effectivement parlée. Dans ce langage il y a une simple succession de la présence et de l’absence, dans la langue il peut y avoir simultanéité de la présence et de l’absence car le signifiant a la propriété de rendre présent ce qu’il absente (il faut dire qu’aujourd’hui avec les ordinateurs quantiques la simultanéité du zéro et du un est réalisée, cela aurait peut-être ravi Lacan).

Dans la langue il y a aussi des « symboles naturels » (je ne crois pas qu’il ait repris cette expression par la suite) qui eux ont leur racine dans l’imaginaire, en particulier dans l’image du corps, et  qui donnent au langage humain sa « vibration émotionnelle », celle d’une expérience partagée. Mais Lacan souligne qu’il y a là un obstacle à la reconnaissance de l’ordre symbolique et au désir qui s’y constitue. C’est une position théorique qui a des conséquences éthiques, elle va contre les réactions naturelles de sympathie et elle peut heurter. Octave Mannoni avait fait part de sa réticence.

Si l’inconscient est déterminé par un ordre symbolique, quelles en sont les conséquences pour la pratique ?

Il n’y a pas lieu alors de se référer à un développement qui serait « normal », « naturel ». Il n’est pas logique de laisser l’analysant développer le sens qu’il a déjà donné à son discours pour chercher ensuite, par l’analyse des résistances, à le ramener à la normalité. Il y a bien un déterminisme biologique, mais le domaine de la psychanalyse est celui de la signification du destin ainsi déterminé.

La pratique analytique vise à la création d’un sens qui va au-delà de l’imaginaire, c’est-à-dire à être poétique. La poésie est violence à l’usage ordinaire des mots, elle va contre le sens figé, elle stimule les inventions de l’inconscient et l’inventivité de l’inconscient stimule celle de l’analyste. Quant à la machine certes elle n’est pas poète, mais on ne peut pas dire qu’elle n’invente rien. Edgar Morin disait qu’elle n’est pas que machinale, qu’elle aussi machinique.

Est-ce que l’inventivité de l’inconscient modifie son déterminisme ? On constate, heureusement, que des répétitions symptomatiques collantes peuvent se relâcher, mais est-on alors moins déterminé, moins commandé ? La conclusion de Lacan, dans Le Moment de conclure, ne va pas dans ce sens : la fin, dit-il, c’est de retrouver ce dont on est prisonnier.

Néanmoins, pour retrouver ce dont on est prisonnier on en passe par la répétition, celle-ci peut produire du nouveau et par là une certaine libération. J.-M. Vappereau parlait d’émancipation. On pourrait dire : affranchir, plutôt au sens moderne  de mettre au courant.

La dernière leçon commence par une joute passionnée, et passionnante, dont il faut préciser l’enjeu. Lacan avait cité dans la leçon XXIII le in principio erat verbum du prologue de l’Evangile de Saint Jean et il avait affirmé que verbum ce n’est pas le langage. L’auditoire n’avait pas manqué de rappeler ce qui est bien connu à savoir que verbum c’est la parole.

Lacan y revient dans cette dernière séance et demande à un spécialiste (M. X dans la transcription) quel pouvait être le mot employé par Saint Jean dans sa langue, l’araméen, ou dans l’hébreu biblique, mot traduit par logos (dont Lacan ne veut pas discuter car son histoire philosophique brouille les pistes) et puis par verbum.

Il faut préciser qu’il ne questionne pas le « commencement » qu’il tient pour un mirage. 

Il a l’idée d’un « langage primordial » structuré par la succession de la présence et de l’absence, c’est, selon lui, ce que verbum désigne. Il voit dans ce langage primordial la condition pour qu’il y ait une parole créatrice et cherche un argument à l’appui de cette hypothèse. Mais pourquoi dans la Bible ? Disons que si l’hypothèse se confirme pour le fiat lux divin, elle vaudra pour les paroles modestement créatrices des créatures !

Alors est-ce que ce verbum originel c’était pour Saint Jean dabar (en hébreu) ou memmra (en araméen) ? Le spécialiste répond : dabar, Lacan n’est pas d’accord, il se réfère à l’autorité de Burnett, pour lui c’est memmra, ce ne peut être dabar qui est « l’impératif incarné. »

Probablement pense-t-il aux Dix Commandements traduction de eseret hadivrot. Il faut quand même préciser que dabar est polysémique ; rien que dans un petit dictionnaire d’hébreu biblique on trouve : chose, parole, affaire, différend, rapport, nouvelle, ordre, occasion, besogne. Eseret hadivrot est aussi bien traduit par les Dix Paroles. Quoiqu’il en soit, on comprend qu’en récusant dabar avec cet argument il réfute que le signifiant-maître soit au commencement. C’est là le point essentiel.

De dabar il dit aussi, en se référant au dictionnaire Genesius, que c’est « la parole dans son caractère le plus caduque », ce qui pouvait sembler en contradiction avec l’idée d’un impératif incarné. Mais peut-être pointe-t-il déjà ce qu’il explicitera plus tard à savoir que le signifiant est un semblant.

Memmra est un mot que l’on trouve dans les Targoum, les traductions araméennes de la Bible, traductions rabbiniques. Il vient du verbe hébreu amor (dans le petit dictionnaire : dire, parler, penser). Au troisième verset du premier chapitre de la Genèse : Dieu dit (vaiomer elohim)… et la lumière fût.

Dans ce que j’ai pu lire, memmra est une parole et une parole créatrice. Dans le Talmud quand il s’agit des Dix Paroles qui ont créé le monde, c’est memmra. M. X dit que « c’est la parole chargée de vitalité. »

La réponse de Lacan est qu’il n’y a pas « le moindre compromis avec la vie dans cette parole, nous sommes là au niveau de l’instinct de mort. » Memmra désigne, selon lui, l’ordre symbolique et non la parole créatrice, c’est pourquoi il le situe « au commencement. »

Pour la tradition rabbinique, dont M. X fait état, memmra est une hypostase de Dieu, entre le Créateur et le créé. M. X ne dit pas que cela a été jugé hérétique. Lacan le savait-il ? Il est piquant qu’il attaque la suite de la leçon en annonçant : « Aujourd’hui, je vais être relapse »

A quoi aboutit cette discussion ? Lacan soutient que « la contradiction originelle du 0 et du 1 » fournit à la parole une « sorte de condition radicale », M. X lui répond : « je trouve que dans cette condition vous pouvez aussi bien dire parole que langage, c’est tellement au-delà de cette opposition » (n’est-ce pas plutôt en-deçà ?) Cette fois Lacan acquiesce : « C’est exact ! » et il conclura : « […] que ce soit plus spécialement d’un ordre archétypique et platonicien, auquel vous savez je fais toutes les réserves, ou que ce soit simplement cette parole, langage ambigu, tout à fait primordial, qui est là pour nous donner l’émergence du symbolique, il est bien certain que le rapport où nous sommes vis-à-vis de cette parole, c’est très exactement de la concevoir en donnant à ça son sens plein .»

Autrement dit, « à l’origine », « à l’émergence du symbolique », peut-on vraiment distinguer entre langage et parole ?

La question clinique sous jacente est d’importance, c’est celle des conditions d’émergence d’une parole « créatrice » chez l’enfant. La succession absence-présence d’où sort-elle ? « Les 0 et les 1 sont déjà là, » dit Lacan qui dit aussi que la béance imaginaire entre le moi primitif et l’Autre fait qu’il y a possibilité de l’utilisation du jeu de la présence et de l’absence. Mais comment l’enfant est-il introduit à ce jeu ?

Plus tard Lacan insistera sur la présence-absence de la mère liée à ses réponses corporelles, à ses allées et venues, on pourrait ajouter à sa voix, à sa prosodie. Dans ce séminaire il mentionne qu’il y a une opposition dans les vagissements du nouveau-né ce qui suggère que des facteurs neurophysiologiques peuvent aussi intervenir.

Pour terminer : le schéma L.

Lacan le qualifie de « petit schéma résumatif » des premiers paragraphes du chapitre III de « L’Au-delà du principe de plaisir ».

Au début de ce chapitre Freud rappelle les changements survenus dans la conduite de la cure au fil du temps. En quelques mots : il y eut d’abord la seule interprétation, puis la recherche d’une confirmation par le souvenir de ce qui a été interprété ou construit, la butée alors sur les résistances et l’analyse de ces  résistances.

L’analysé, dit Freud, « est obligé de répéter (Freud dit aussi reproduire) le refoulé comme expérience vécue dans le présent au lieu de se le remémorer comme un fragment du passé.»  De cette reproduction qui a lieu dans le transfert, Lacan dit que c’est un « résidu.»

Le schéma L ne résume pas ce que dit Freud, il sépare ce qui chez lui est mêlé. Il distingue la répétition proprement dite qui a lieu sur l’axe symbolique qui va de A à S, de la reproduction dans le présent qui se fait sur l’axe imaginaire de m à a. Le transfert symbolique va de m à A, il est distinct de la répétition. Sur ces points Lacan ne variera pas, il conclura que seule la répétition est interprétable et non le transfert. Le schéma L met ainsi en place les conditions structurales d’une nouvelle conduite de la cure.

Lacan est d’accord avec Freud sur le fait que l’inconscient ne résiste pas, qu’il manifeste au contraire une insistance répétitive que ce soit « en acte, en parole ou en wiederholen ». Il ne s’occupe pas ici de leurs différences, ce qui lui importe c’est de dégager le concept de répétition. Au passage on comprend qu’il ne s’intéresse pas à la variante de Goethe, reprise par Freud : « au commencement était l’acte, » il n’y a pas pour lui de différence fondamentale entre parole ou acte.

Il s’accorde avec Freud sur le fait que la résistance est celle du Moi, mais il considère qu’elle ne lui est pas intrinsèque mais qu’elle déterminée par son rapport au petit autre. « Le Moi, dit-il, (et on est bien étonné d’entendre ça de lui), est susceptible de se mettre en accord avec le discours inconscient », il parle même de « vibration harmonique avec le grand Autre. »

La cure freudienne vise fondamentalement la remémoration, elle bute sur la résistance du Moi (sans doute accentuée par la technique d’analyse des résistances) cette résistance favorise la reproduction du vécu infantile dans l’actuel, par le transfert imaginaire.

Lacan centre la cure sur la répétition symbolique que l’analyste doit faciliter en annulant sa résistance. Il ne néglige pas la remémoration, le remémoré, dit-il, sera intégré au Moi. Mais la visée fondamentale est que soit « retransporté, refait, recréé dans une symbolisation » « le message » qui est contenu dans l’Autre et qui déborde largement le refoulé individuel. C’est une symbolisation du réel puisque l’Autre est si radicalement Autre qu’il est réel, elle doit aboutir à la réalisation symbolique du sujet.

Au bout de la flèche qui va du réel au symbolique est écrit S, le sujet. Par homophonie c’est aussi le Es freudien, ce qui indique, par référence au wo Es war soll Ich werden, que ce sujet doit advenir. S c’est aussi le symbole, le moyen de cette advenue. Il ne s’agit pas de créer un symbole du sujet, c’est le Moi qui est ce symbole et qui en tant que tel fascine.

Le sujet ne peut être saisi au point S, pas plus qu’en un autre point. Lacan, évoquant la physique quantique, science conjecturale, le comparera à l’électron qu’on essaie de saisir, mais qui est toujours ailleurs.

Il est dans la « tension entre le symbolique et le réel », la réalisation symbolique c’est celle de sa division entre symbolique et réel. Elle sera formalisée comme division entre S1 et S2. On trouve dans la leçon le terme hypokeimenon qui qualifiera le sujet.

Lacan dit que le sujet est « la source fondamentale de la symbolisation », il dira plus tard qu’il est supposé savoir lire.

La conduite de la cure mise en place dans le schéma L rencontrera aussi une butée. Elle est inscrite dans le schéma : dans la permanence du transfert du Moi à l’Autre. Le résidu, le reste, Lacan le nommera objet a et il aura la même démarche, partir de ce reste pour repenser la cure. Il dira à la fin du séminaire L’Angoisse que l’analyse du transfert doit tourner autour de l’objet a pour ne pas être obligée de tourner dans un cercle. Il développe alors une topologie des surfaces où l’objet a est détaché. Le noeud borroméen peut aussi être vu comme un nouveau départ, l’objet a étant cette fois coincé au centre du noeud.

Que veut dire Lacan en annonçant qu’il va être relapse, c’est-à-dire qu’il va retomber dans l’hérésie ? À mon sens qu’il ne va pas suivre Freud, ce qu’il ne dit pas, mais qui se lit dans le schéma L. La première hérésie, où était-elle ? Dans ce qu’il a dit du Moi ?

Etre hérétique, dira-t-il plus tard en se proclamant tel, c’est choisir la voie par où prendre la vérité.

Encore une remarque. Le dualisme exposé dans ce séminaire n’est pas celui de la deuxième topique. L’ordre symbolique n’a rien à voir avec l’aspiration à l’anorganique et à la mort. Il est hors nature, il n’y a là aucun instinct, l’expression « instinct de mort » n’est que « le masque de l’ordre symbolique ».

Lacan ne parle pas ici de la pulsion de mort. Toutes les pulsions, comme le Moi, relèvent de l’ordre libidinal, par opposition à lordre symbolique. Plus tard, quand de nouvelles questions appelleront une autre conceptualisation, le moi et les pulsions seront opposés.

Relecture Érika Croisé Uhl, Louis Bouvet, Dominique Foisnet Latour.

Texte relu par l’auteur.

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