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Voilà pourquoi...

Date publication : 11/07/2017

 

Je lis la presse en ligne.

Mais hier (jeudi 6 juillet 2017) quand j’ai vu la première page de Libération, j’ai acheter le journal en papier : je voulais que ces mots se gravent dans mes pensées. C’est ce que je fais depuis quelques temps : quand le journal parle de ça, asile, réfugiés, déplacés… je dois toucher les mots.

Nous ne pouvons plus faire semblant de ne pas voir et ne pas savoir.

Prendre le métro, tout comme prendre la voiture, pour se rendre au travail dans le nord de Paris n’est plus un simple trajet, un simple geste mécanique du quotidien. Certains jours, c’est la traversée dans les limbes, où des âmes attendent, quémendent…des hommes, des femmes, mais ce qui est nouveau depuis désormais deux ans, des enfants, enfants avec leurs mères, des bébés dans des poussettes de fortune… Il fait froid, il fait chaud…Ils sont là pendant des heures, des journées, à côté de leurs parents. Nous passons à côté. C’est notre trajet quotidien.

Une pièce ? Un regard ? Un fruit ? Un cahier et des crayons ?

Alors, voilà, nous ne pouvons plus faire comme d’habitude. Des êtres humains, dénudés par la vie, debout face à nous, dérangent nos habitudes. Ces images, à côté de celles plus tragiques de guerre, de traversées dans la mer, que la presse ne cesse de nous jeter dans les yeux, nous rentrent dans les yeux. Nous ne pouvons pas nous y habituer.

Prendre le métro, s’arrêter à un feu à l’entrée du périphérique dans le nord de Paris, n’est plus un geste du quotidien, mais un rappel de devoir d’humanité.

Devoir.

Alors voilà pourquoi une unité de soin ne peut se borner à regarder.

Pour qu’un acte politique soit possible, il faut qu’au moins un décide de commencer une action. C’est la définition qu’Arendt donne au concept de liberté.

Il y en a au moins un qui commence, et les autres suivront. Ça deviendra alors une décision collective, une action à plusieurs. Les enfants des exils, des migrations, ce sont des enfants.Des enfants privés de tout droit, y compris le droit de jouer tel qu’énoncé dans la convention internationale pour les droits de l’enfant.

Nous proposons de créer un lieu où ces enfants pendant un petit temps de leurs journées hors du commun, puissent être tout simplement des enfants, et non pas les enfants des migrants.

Un lieu où se poser, dessiner, jouer, en présence d’un thérapeute, éducateur, formé à cette capacité d’être là, être dans le jeu avec l’enfant, comme Winnicott avec d’autres nous l’ont appris.

C’est une question de présence permettant à l’enfant de se poser et pourquoi pas d’exister, de rêver, tracer et jouer, avoir une position active face à tout ce qu’il doit subir.

C’est donc un lieu simple que nous imaginons, un lieu qui pourrait très bien être associé avec un lieu pour les adultes qui accompagnent ces mêmes enfants.

Ilaria Pirone,

Paris, 7 juillet 2017

 

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