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Safouan revizor

MELMAN Charles
Date publication : 23/06/2017

 

À l'étal de notre ami Tschann le dernier livre de Safouan. Il a pour titre sobre mais précis : La psychanalyse et pour sous-titre : science, thérapie, cause. Impressionnant, voire enthousiasmant.

Évidemment, si on commence à le feuilleter, on s'aperçoit qu'il s'agit moins de la psychanalyse que du regard porté sur elle, et de quel point de vue, c'est comme toujours la question. Une réponse amicale dira que c'est ici le point de vue du bon sens, forcément celui du large lectorat auquel on s'adresse et qu'on est forcé de partager pour se faire reconnaître. On le scandalisera par exemple en insistant sur les méfaits du transfert, aliénant, fou, tel que l'entretenaient Lacan ou ses élèves quand ils étaient mauvais. Lui Safouan a toujours privilégié la tempérance, vertu de toujours, en faisant son analyse à la SPP, arrêtant sa fréquentation du Séminaire après quelques années, et n'approchant Lacan que pour discuter métier, à l'occasion des contrôles.

Le constat est d'autant plus frappant. Lacan était un génie ! en tant que praticien bien sûr. Le reste, soit ce qu'il a raconté sur le langage, relève de la philosophie de toujours, bien, intéressante évidemment.

Le jeune émigré envoyé en 1946 en Occident pour se former à la philosophie (Cambridge était initialement visé) afin de revenir enseigner au Caire a eu la chance à le suivre, de fréquenter les meilleurs. Et aussi de conserver la sagesse – tel Ulysse – qu'il avait embarquée au départ.

Laquelle ? Au cours d'un entretien que nous eûmes avec un journaliste de la revue Méditerraneen il se déclara nationaliste arabe.

Le problème du nationaliste, comme on sait, est celui de son rapport avec la vérité : est vrai ce qu'il déclare comme tel et devient indiscutable. Outre le fait que ce transfert-là résiste à toutes les cures, voire est antipathique avec sa mise en cause psychanalytique.

On comprend mieux ainsi les sous-titres du livre, dûment assertés pourtant.

Science, en effet, la psychanalyse ne l'est sûrement pas. Si l'inconscient est l'effet d'une éthique, son interprétation ne l'est pas moins, de sorte que la subjectivité de l'opérateur est toujours engagée dans la cure.

Thérapie ? On sait qu'elle ne l'est pas et s'il le fallait ce livre en serait la démonstration.

Qu'a-t-elle changé à ce que l'auteur savait déjà ?

Cause enfin ? bien oui, elle fait causer et même écrire, publier à l'occasion.

Parmi les bonnes et mauvaises notes que distribue donc Safouan, son livre est un palmarès, je me retrouve à la fin avec la plus mauvaise.

S'il a pour chacun la courtoisie british d'un jugement nuancé, avec un sens prononcé de l'understatement, je suis moi-même définitivement et totalement mauvais.

S'il avait suivi un peu plus le Séminaire il aurait su pourtant qu'il valait mieux ne pas me mettre à cette place-là qui est aussi la plus précieuse.

Sure, Safouan, il is to much.

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Ch. Melman

22 juin 2017

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