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06/12/2016 - (LM) Leçons V et VI, Patricia Le Coat - (TT) Leçon VI, Virginia Hasenbalg-Corabianu

LE COAT-KREISSIG Patricia
Date publication : 29/06/2017
Dossier : Séminaire d'été 2017
Sous dossier : Dossier de préparation

 

Préparation au Séminaire d’été – séance 4 du 6 décembre 2016
Le Moi dans la théorie freudienne et dans la technique de la psychanalyse – Leçons V et VI, Patricia Le Coat

Patricia Le Coat – Alors je démarre avec Le Moi dans la théorie freudienne et dans la technique de la psychanalyse, leçons V et VI. Je vais essayer d’être plus courte que prévu, je vais voir comment je peux couper ce que j’ai préparé pour vous.

« Ce que j’essaie de faire ici c’est de vous en arracher une bonne fois pour toutes », c’est ainsi que Lacan démarre cette leçon, annonçant sa détermination face à l’éblouissement de l’enseignement philosophique, scientifique et aussi, et surtout psychologique en appui sur une dimension imagée sur, dit-il, les formulations imagées, « les échafaudages dont il faudra se débarrasser ».

Alors bien que nous sommes confrontés avec le besoin d’imager, ceci nous épargne guère cette difficulté quand on parle de la subjectivité qui consiste dans le fait, dit-il, de ne pas amplifier le sujet. Autrement dit de ne pas lui conférer une image Une qui serait parfaite, sans faille et unie. La référence à de tels modèles, approches ou démonstrations risque de nous retenir, nous enseigne-t-il, dans « une idolâtrie » – et vous entendez bien comment idolâtrie, il en faut peu pour entendre idiotie bien évidemment – dans laquelle notre champ d’approche se trouve réduit sur le champ unique de l’image et donc de la représentation. Et pourtant la question qui s’impose à nous dans ce séminaire est la suivante : qu’est-ce que c’est le sujet ? Ce qui est exclu du Moi, nous propose-t-il, il existe alors non pas une identité Une, entre le sujet et le Moi, mais une articulation qui se base sur l’exclusion, la perte, sur quelque chose qui « n’y est pas », sur un « il n’y a pas » d’exclusion.

Alors que l’approche scientifique et /ou philosophique vise le Moi sous sa forme isolée, Lacan nous propose une approche du sujet à l’aide de ses travaux sur le Stade du miroir, vous connaissez. Il s’agit là, dit-il, des premiers pas d’une relation polaire non symétrique mais foncièrement sociale, déjà, donc l’introduction d’un rapport social comme formateur du sujet, si je puis m’autoriser de le lire ainsi. Donc imager une machine. Lacan introduit la machine, l’i-machine. Donc vous entendez i-machine, imaginer la machine, le modèle. Et il fait entrer la voix, la grande voix en tant que régulateur, « législateur » qui règle le ballet et il introduit la régulation symbolique. Le Symbolique domine l’une-machine, l’i-machine mais d’où nous vient cette voix ? C’est la voix (de) personne, nous répond-il, c’est-à-dire la voix qui émerge d’un « entre », interhumain dit-il, d’un lieu Autre. Et donc petit à petit, nous approchons à la question de l’Inconscient freudien tel qu’il se dévoile dans la Psychopathologie de la vie quotidienne, un lieu où ça s’est compté. « Se » compter. Rappelez-vous : « J’ai trois frères Paul, Ernest et moi ».

Dans l’inconscient, en fonction subjective, l’individu se compte lui-même alors que la philosophie, elle, s’intéresse à la conscience. Et le thème philosophique, Kant, Hegel et aussi le thème cartésien se trouve dans la réflexion de la conscience sur elle-même, et se pose cette question : « mais elle est où la conscience ? » et « dans quel sens devons-nous la trouver, la chercher ? » Donc fidèle à son modèle de la Métapsychologie, Freud, nous dit Lacan, aborde ces questions. Comment le système de la conscience et selon quel mécanisme est-il investi et désinvesti en termes de tension psychique, c’est-à-dire avec cette référence énergétique de Freud ? Il fait du système conscience une place qu’on peut considérer comme exclue de la dynamique des trois systèmes psychiques. Le système conscience a un comportement et une localisation à part. Alors ayons recours à un système à trois, trois brins, un triangle. Donc il nous faut un tiers pôle. Et là, Lacan nous propose le triangle en disant : c’est aussi bien un système de relation. Il introduit le trois, avec trois droites, trois bords du triangle dont il nous dit que « aucun des bords n’a un privilège ». Donc là on entend déjà les prémisses d’un nœud à venir. Nous voilà dans la recherche de ce sujet en tant qu’il se compte lui-même. Allez savoir où il est, manifestement dans l’inconscient. Mais quel est le lien de ce système de la conscience avec le Moi auquel nous nous intéressons dans le séminaire ? Car la question du Moi est donc en étroit lien avec une approche philosophique de la conscience. C’est, dit Lacan, une évidence que la notion du Moi tire un certain prestige donné à la conscience. Ce Moi garde un pouvoir d’attraction et de mirage captivant, cette intuition du Moi centrée dans une expérience et centrée dans une expérience de la conscience. Et là Lacan parle d’une autre conception du sujet.

Alors il nous demande : mais où, pour Freud, est donc la réalité du sujet ? Il nous envoie sur la piste du vice du sujet. Le vice du sujet est donc la question de l’inconscient dans le phénomène de la conscience en référence au tiers pôle, c’est que cet inconscient c’est ça, en tant que cet inconscient est exclu justement du système du Moi. Et c’est dans cet inconscient que le sujet parle. Alors est-ce qu’il y a entre le système organisation du Moi et le système de l’Inconscient même équivalence ? En tout cas – et là j’essaie de couper un tout petit peu – c’est dans cette même équivalence qu’il situe le travail du Moi des quelques disciples de Freud, surtout les disciples qui sont allés vers l’ego psychology mais c’est aussi bien sûr Anna Freud avec son travail ce qui, souligne-t-il, s’oppose au travail analytique et ne suit pas tout à fait les liens de complexité de la notion d’inconscient dans la conception du Moi. Car c’est dans l’analyse du Moi, du matériel, que nous effectuons l’analyse des résistances. Il y a équivalence dans la limite où l’un, le Moi, donne forme à l’autre, la résistance. C’est là qu’il y a équivalence. Il lui constitue un moule, il le cerne, ce qui contrarie la manifestation, la révélation des contenus de l’inconscient. Le Moi se prête à la résistance. Et c’est dans ce travail-là autour du Moi et avec la résistance qu’on trouve l’avènement d’une égologie, dit-il, qui dès lors va régner sur la technique dite analytique.

Alors supposons que le Moi et l’inconscient, les deux registres du sujet, soient équivalents, Donc nous sommes dans cette égologie et, dit-il, le Rid Principle, c’est-à-dire l’essentiel, est évité. Autrement dit, dans une lecture réductionniste, erronée de la seconde topique freudienne qui induit une compréhension cause-effet, stimulus-réponse au fonctionnement entre le Moi et le sujet.

Lacan sans cesse insiste sur la nécessité de lire, de relire les textes de Freud, de les lire autrement, de les lire de près. Dans cette nouvelle topique nous trouvons une différence radicale entre le sujet de l’inconscient et l’organisation du Moi, il s’agit de la lire. Dans l’Au-delà du Principe de plaisir, Freud introduit le principe de plaisir et le principe de réalité, réalité psychique, la réalité psychique de Freud. L’un ne va pas sans l’autre et vice-versa. Il y a une organisation des forces et des décharges énergétiques, un équilibre interne face aux quantités d’énergie qui font irruption à partir de l’extérieur. Il appelle ça une fonction restitutive de l’organisation psychique et, à ce niveau-là, souligne-t-il, c’est l’automatisme de répétition qui s’y applique. Freud travaille sur cette duplicité, deux systèmes qui travaillent sur un même plan dynamique. Qu’est-ce qui règle la relation de ces deux structures différentes, les deux ?

Freud, nous dit Lacan, explique en accord avec Fechner, donc un physicien de son époque, que le principe de plaisir découle du principe d’homéostasie, le Konstanzprincip, le principe d’inertie. Freud pose la question comme cela : est-ce que le rapport des deux est simplement ceci que ce qui est plaisir dans l’un est déplaisir dans l’autre et inversement et que finalement nous aboutissons à quelque chose qui est articulé et soumis à une tendance générale d’équilibre, donc là Konstanzprincip ?

En fin de compte c’est le même principe qui gouverne les deux. Et ce principe il a une particularité qui est qu’il insiste, c’est son insistance, une insistance qui sort du système de l’inconscient. Cette insistance, Freud l’a nommée der Wiederholungszwang et c’est traduit par automatisme de répétition mais Lacan le reprend très bien, der Zwang c’est la compulsion.

C’est donc la compulsion à la répétition et là, Lacan va insister sur la dissymétrie du système qui est décrit par Freud à l’aide d’une pensée qui est guidée par ce registre de l’énergie, de l’énergétique conforme à son temps ce qu’il soulignera dans le prochain chapitre. Il ne pouvait pas faire autrement Freud, il était dedans, c’est son temps la technologie.

Mais qu’est-ce qui ne va donc pas ? Qu’est-ce qui ne échappe, qui colle pas, qui pose question ? Et Lacan lit dans Freud cette question-là. Freud cherche. Serait-ce dans l’effort de Freud de chercher dans la métaphysique, dans la relation énergétique dans les différents systèmes, la bonne équation, celle qui réglerait une fois pour toutes, le flux entre entrée et sortie du système ? Freud, dit Lacan, il s’aperçoit que ce principe d’homéostasie qui est inscrit dans ce registre d’équilibre de la machine-homme, là-dedans quelque chose ne va pas. Et, nous dit Lacan, il va passer tout son temps à chercher, à jouer au furet car ce qui lui paraît essentiel c’est bien le phénomène-même sur lequel est fondée l’analyse à savoir que si nous avons visé à la remémoration, ce que nous trouvons à la fin ou pas, c’est quelque chose qui est la reproduction sous la forme du transfert, de quelque chose qui manifestement appartient à l’autre système. Donc il souligne comment la répétition se joue sur le plan inconscient. Et qu’est-ce qui est reproduit ainsi avec tant d’insistance, le sujet qui vient là ? Qu’est-ce que c’est la nature de cette reproduction ? Quelle est la nature du principe qui règle ce qui est le sujet ? Est-ce assimilable, réductible, symbolisable ? Ou bien est-ce quelque chose qui ne peut ni être nommé, ni saisi et pourtant qui peut être structuré ? Là, siège la question principale autour du principe de répétition, autour du Wiederholungszwang, la lecture de Lacan quant à ce Wiederholungszwang et sa structure de ce qui l’emmène à la structure du sujet.

Leçon suivante…J’y vais ?

Hubert Ricard – On va discuter un peu non ?

[Inaudible]

P. Le Coat – Elle coule, je dirais, de source pour parler avec l’énergie freudienne là. La leçon suivante est de plus en plus près du texte de Au-delà du principe de plaisir qui en effet est un texte extraordinaire.

L’accent est tout de suite mis sur ce Wiederholungszwang, il reprend ça, il ne lâche pas cette lecture-là, Wiederholungszwang, il répète, c’est la compulsion de répétition. J’ai repris dans le vocabulaire allemand, indéniablement c’est très clair, Zwang c’est …

Pierre-Christophe Cathelineau – C’est la contrainte…

P. Le CoatZwingen c’est forcer, il y a aussi quelque chose de tout le vocabulaire freudien autour des forces, de l’énergie. Der Zwang c’est vraiment quelque chose qui vient pousser.

[Inaudible]

P. Le Coat – Ça vient coincer…

P.- Ch. Cathelineau – C’est une des composantes de la pulsion…

Marie-Christine Laznik – Je pense qu’on est en-deçà de la pulsion là, on est dans quelque chose qui peut ne pas s’organiser pulsionnellement.

P.-Ch. Cathelineau – Oui, c’est avant…

P. Le Coat – C’est ce que dit Lacan…

[Inaudible]

P. Le Coat – Je ne sais pas si c’est pire mais chez Lacan effectivement c’est là quelque chose qui est angulaire pour toutes les autres instances qu’il nomme.

Marc Darmon – C’est la pulsion de mort…

M.-Ch. Laznik – C’est là qu’il la sort en tout cas Lacan…

Bernard VandermerschZwang, c’est le mot qu’emploie Freud pour la poussée de la pulsion.

Virginia Hasenbalg Corabianu – C’est ça qu’on disait…

B. Vandermersch – Mais apparemment ce n’est pas tout à fait la même chose…

M. Darmon – Il sort le mot compulsion pour faire sortir le côté poussée, force…

Intervenante – Forçage.

P.-Ch. Cathelineau – C’est un mot qui a une connotation morale dans le vocabulaire philosophique, Zwang.

P. Le CoatZwang est un mot aussi qui tout de suite introduit, je dirais, S1 S2, il y en a un qui force l’autre à quelque chose. Il y a immédiatement un rapport de force avec une verticalisation,

Danielle Eleb – C’est là où l’on voit que le vocabulaire est très important parce qu’il remet en cause l’automatisme de répétition.

P. Le Coat – Mais il a raison de,

D. Eleb – Ça n’a rien à voir avec un automatisme.

P. Le Coat - Le mot automatisme existe dans la langue allemande, il aurait pu la trouver cette notion-là mais il ne l’a pas fait. Oui, je pense que ce n’est pas un hasard qu’il ait dit Wiederholungszwang. Et d’ailleurs aussi c’est le vocabulaire qui habite Freud et dans tout ce chapitre-là, à la fin, il va prendre beaucoup de temps pour élaborer, pour travailler cette question du vocabulaire freudien qui est un vocabulaire qui tourne autour de ce que le temps impose à Freud, c’est-à-dire que c’est le temps des trouvailles, de la recherche. Il parlera de l’horloge, etc. C’est-à-dire qu’il est dans l’air de son temps quand il cherche autour des forces avec un vocabulaire technologique. Les machines viennent juste de paraître. Il est là-dedans…

H. Ricard – Il a raison en même temps d’être là-dedans, par rapport au discours philosophique antérieur qui méprise ou néglige la machine.

P. Le Coat – Lacan a pris beaucoup de temps là pour situer ça aussi dans la temporalité. La machine vient juste d’apparaître…

[Inaudible]

M. Darmon – Je vous signale que sur le site on a mis les vidéos sur les tortues de Grey Walter si vous voulez voir comment ça marche, c’est amusant comme films.

P. Le Coat – Il y a des petites machines qui ne sont pas là-dedans... Le Wiederholungszwang. Là, de nouveau Lacan souligne ô combien ce qui lui est propre, c’est l’insistance. Il insiste. Il me semble qu’il situe là un point tout à fait central qui émerge au fur et à mesure dans les travaux de Freud, même s’il n’a pas été nommé comme ça jusque-là. Qu’est ce qui s’y joue dans ce processus-là ? Il s’y joue un espace qui est induit par le jeu du fort-da, bien sûr, du petit-fils de Freud, qui est un espace forgé dans la présence/absence d’un objet. Lacan va articuler ultérieurement – et ça on le sait – autour de ce qu’il va nommer jouissance bien évidemment, dans cet espace du fort-da, un lieu qui va donner une certaine orientation à toutes les autres jouissances. Et ce jeu métaphorique, déroulement de nos histoires, du fort-da, du petit garçon, nous permet donc de parler de l’effet, l’effet qui est dans le Wiederholungzwang, de le situer dans sa complexité, ses liens avec les autres espaces, qu’il s’agisse, soit des jouissances si on veut le dire déjà comme ça, ou bien principe du plaisir, principe de constance, principe de nirvâna comme c’est nommé ici. C’est donc à ce niveau-là que Lacan va jeter un regard très critique de nouveau sur Heinz Hartmann et les autres défendeurs de l’ego psychology qui prônent une psychologie du Moi avec l’égalité de tous ces principes. Est-ce que c’est toujours de la même chose dont parle Freud ?

Il s’agit bien :

- du Lebenstrieb, Sexualtrieb, la même chose, Lustprinzip, pulsion de vie,

- il s’agit du Konstanzprinzip, pulsion de constance,

et nirvâna, Todestrieb ou Ich Trieb, la pulsion de mort.

Alors on se demande ce que Freud situe. Donc il replace la question au niveau du nirvâna. L’au-delà du principe de plaisir, où est-ce qu’il se trouve ? Bien que Freud décrive deux systèmes du Moi, c’est ce qui est plaisir dans l’un – il recommence – se traduit par peine dans l’autre et inversement. Bien qu’il y ait toujours cette dualité, ce n’est pas si simple que ça.

Sinon l’équilibre serait parfaitement atteint. Donc il suffirait d’opérer sur l’un, le Moi et la résistance qui va au Moi, afin de toucher au fond du problème, donc du côté de l’inconscient.

Mais Freud centre la question autrement et il va la creuser autrement. Il induit, nous rappelle Lacan là, un tournant dans la technique de la psychanalyse. Et ça, avec le centrage de la technique sur ce qu’il appelle la résistance, le Moi : « C’est pas ça !» quelque chose résiste et insiste. Et là, il va nommer la confusion théorique de Freud – il l’appelle comme ça – le fait qu’il considère qu’en fin de compte, c’est en opérant sur le Moi qu’on opère sur une des deux moitiés de l’appareil. Vous entendez ici l’histoire des deux machines, tributaires d’une technique qui détermine leur fonctionnement. La machine qui ne désire pas voit son désir réglé par rapport à l’autre par l’énergie nécessaire à leur fonctionnement.

S’y pointe, pour Lacan, la question du désir en lien avec le registre symbolique et la relation tierce. Donc Freud, dit Lacan sans le dire, apporte tout le matériel en découvrant l’inconscient. Il pointe…

M.-Ch. Laznik – Je m’excuse, vous avez été un peu vite : « la machine réglée par l’autre… » Vous savez à quelle page elle correspond ?

P. Le Coat – C’est les deux machines qu’il a… j’ai fait un retour sur les tortues.

M.-Ch. Laznik – Parce que ça, c’est de la cybernétique pure.

P. Le Coat – Oui absolument.

Marc Darmon – Je vous renvoie au film qui est sur le site actuellement jusqu’à demain. Demain il ne sera plus en première page, ce sera un peu plus difficile à trouver. Elles se déplacent les tortues !

Intervenante – Il s’appelle comment ?

M. Darmon – C’est Grey Walter, l’inventeur des tortues, devenues premier robot intelligent, et on le voit à l’action avec ses tortues, on voit sa femme, il y a une tortue Adam et une tortue Ève…

P. Le Coat – Lacan nous fait entendre, ô combien Freud apporte. Il apporte tout le matériel en découvrant l’inconscient, et il pointe une chose qu’il peut lui-même, Freud, ni atteindre ni faire entendre autrement que d’une façon paradoxale et douloureuse, quelque chose d’irréductible – il se répète, il reprend ça, il insiste – un quelque chose d’irréductible de façon à ne pas satisfaire au principe de plaisir. Évidemment il le situe dans ce fameux Wiederholungzwang. Autrement dit, tout y est, chez Freud. Mais voilà, difficile de le sortir, de l’attraper, de le tracer, on le cherche, Freud le cherche comme ce furet. Il s’appuie sur la machine pour s’orienter, l’imaginaire de la machine, l’i-machine, un rapport à deux, tout en soulignant sans l’entendre, le tiers, l’articulation tierce. Alors ce tiers, la question qui se pose à nous « est-ce que c’est le nirvâna ? Est-ce que c’est le réel qui lui échappe, qui le perturbe sous la forme d’un retour à la matière ? » Et alors Freud a écrit dans son texte la différence entre la peur (Angst), et nous on sait que ça se rapporte à l’objet, l’anxiété (die Furcht), et on sait que ça consiste en l’appréhension d’un objet menaçant imaginé, et la frayeur (der Schreck) qui est sans objet. Donc on a déjà chez Freud les différentes dimensions.

Hubert Ricard – C’est l’angoisse qui est sans objet.

P. Le CoatDer Schreck c’est l’angoisse, c’est un autre mot pour l’angoisse. Angst c’est autre chose, c’est la peur. Schreck c’est l’effroi mais aussi l’angoisse…

Valentin Nusinovici – Oui mais s’il faut les distinguer…

P. Le Coat – Dans la traduction, mais dans l’effet du mot, là Schreck, c’est aussi l’angoisse. Alors dans la discussion, je veux bien qu’on discute, mais pas là…

L’instinct de mort, la traduction de Todestrieb, l’instinct, le Trieb = l’instinct c’est très étonnant, mais peu importe…

Au centre de tous ces instincts, il y a donc cette double tendance du Wiederholungzwang qui a une tendance restitutive et répétitive. Si la tendance restitutive – et ça c’est important – produit un reste, c’est donc quelque chose qui est tout simplement répétitif, dit Lacan. Donc on produit, dans cette Wiederholungzwang tout le temps un reste. C’est à ce niveau-là, de la répétition, qu’il situe l’énigme. Il y a quelque chose qui, de quelque bout qu’on le prenne, ne rentre pas dans ce mouvement du principe de plaisir. Freud essaie de rattraper l’assurance qu’il s’agit d’un phénomène qui rentre dans le cadre du terme de restitution mais il produit sans cesse un reste, ça ne rentre pas… L’ensemble doit revenir à l’état où il était au départ. C’est un impossible, celui du reste qui, inlassablement, insiste.

Ainsi est donc orientée dans la salle une discussion qui va vers l’instinct de mort. Lacan, en réponse, va souligner le travail de tisseur de Freud. Il dit « un travail de la pensée qui, certes tourne en rond, une pensée qui fait des cercles, mais en trouvant un passage, franchit les limites de l’épure ». L’épure… l’imaginaire hein. Un travail avec un fil qui tisse, qui le tisse, le travail de Freud. Ce fil, il induit la distinction entre la marionnette et son acteur et cette distinction permet la question : à quoi on s’intéresse en lisant Freud ? Mais est-ce que c’est de l’humanisme tel qu’il est proposé à nous, l’homme étant la mesure de toute chose, celui des philosophes, Hegel, où il fait le clin d’œil à la Phénoménologie de l’esprit et dont le premier chapitre se nomme « système de science » et par la suite « système de…

H. Ricard – Non, la formule n’est pas de Hegel, elle est de Protagoras, mais enfin…

P. Le Coat – « Système de la science » ?

H. Ricard – « L’homme est la mesure de toute chose ».

P. Le Coat – Oui, ça ! Mais quand on ouvre la Phénoménologie de l’esprit, il y a un premier titre qui est « système de la science » et la première partie, c’est « système de l’expérience de la conscience », voilà.

H. Ricard– Mais après, la conscience – juste une remarque – est un peu mise de côté. Et tout à l’heure vous parliez des philosophes qui posaient le primat de la conscience. Chez Hegel, il y a un logos qui se sépare de la conscience et qui est au-dessus d’elle, et qui peut ainsi, dans le savoir absolu, reprendre les expériences de la conscience et leur donner un sens que la conscience était incapable de leur donner. De sorte qu’on ne peut pas dire quand même que lui est tout à fait dans le registre de la conscience. Je fais juste cette petite remarque.

D. Eleb – D’ailleurs Lacan pose la question de savoir s’il y a un non-savoir chez Hegel. Ce qui est quand même intéressant.

H. Ricard – On pourrait même dire « est-ce qu’il y a un réel chez Hegel ? » Et je crois qu’il n’y en a pas, c’est le pur symbolique. Mais c’est une logique du sujet quand même. Ça, c’est déjà du Lacan avant la lettre. Mais je m’arrête là, je ne veux pas continuer mes pirouettes.

P. Le Coat – Mais voilà, on va venir là-dessus. Il accuse quand même les philosophes en général d’un discours particulier qui est le discours du maître avec effectivement ce savoir absolu chez Hegel. Donc il se pose cette question de qu’est-ce que doit viser l’analyste après tout ? Donc Freud est-il humaniste, est-il philosophe, comment ça se situe, qu’est-ce qu’on doit viser, nous, en tant qu’analystes, comment ça s’ordonne pour nous ? Donc, questionnant cette thérapie de l’ego autonome, l’instinct de mort, Freud souligne ce n’est pas un aveu d’impuissance, ce n’est pas l’arrêt devant un irréductible, un dernier effaçable chez Freud. Chez Freud, c’est un concept. Et alors Hyppolite avait probablement juste apporté la Phénoménologie de l’esprit, je suppose le soir d’avant, c’est comme ça qu’on entend. Je n’y étais pas mais je suppose que c’est ça. Il revient là-dessus pour interroger cette question de la conscience, non seulement chez Hegel mais aussi dans cette fameuse conférence de Freud quand il parle de « que faut-il attendre de la reconquête du Zuiderzee, c'est-à-dire dans la 31ème des nouvelles conférences Einführung in die Psychoanalyse où il a dit « Wo Es war, soll Ich werden ». Autrement dit : « là où le Ça était », moi je suis pour la traduction « le Moi doit advenir ». Ça c’est la traduction qui me convient le plus dans l’ensemble des traductions possibles.

H. Ricard – Vous ne traduiriez pas… « Ich », vous le traduiriez toujours par « Moi » ?

P. Le Coat – Ça c’est une discussion vraiment très complexe. Freud était ignorant de cette différence. Et ça c’est quand même quelque chose. Le « Moi » n’existe pas en Allemand.

M. Darmon – Le « Je » n’existe pas…

Bernard Vandermersch – Non, mais il ne dit pas « das Ich », il (ne) dit (pas) « das Es ». Il dit « Wo Es war ».

P. Le Coat – Il dit « Wo Es war », il ne dit pas « le Es », il ne dit pas « das Es »

B. Vandermersch – C’est pourquoi je m’étonne que vous disiez « là où le Ça était, le Moi doit advenir ».

P. Le Coat – Ou « …le Je doit advenir ».

B. Vandermersch – Pas « le Je », il n’y a pas « das Ich ».

P. Le Coat – « Wo Es war, soll Ich werden ».

B. Vandermersch« soll Ich werden » : « Je dois », pas « le Moi doit ».

H. Ricard – C’est une interprétation.

P. Le Coat – C’est difficile.

B. Vandermersch – On arrête, ce n’est pas là le problème.

P.-Ch. Cathelineau – Je voudrais juste intervenir sur ce point précis. Je pense que la discussion que soulève Lacan par rapport à l’ego psychology, à l’école américaine, c’est un problème de traduction qui a une portée clinique. C'est-à-dire, le Ich en allemand n’est pas spécifié comme Moi ou comme sujet. Et toute l’opération que fait Lacan c’est de proposer une traduction totalement neuve en disant que le Ich, c’est le sujet, et donc il fait un écart par rapport aux traductions américaines qui traduisent ça en « ego » et donc il introduit dans le vocabulaire de Freud la trace du sujet. Et c’est pour ça que je ne suis pas d’accord avec votre traduction sur le Moi qui subjectifie le Ça. C’est le problème de la traduction et ça je crois que c’est…

P. Le Coat – Ça va au-delà de la traduction, c’est un problème de culture, ça va au-delà de la traduction.

H. Ricard – Moi je dirais c’est la lecture de Lacan que vous avez là,

P. Le Coat – Et de Freud,

H. Ricard – Lacan lit Freud,

P. Le Coat – Lacan lit Freud mais à un moment donné où, justement, il interroge à ce moment-là la question du Moi et du Je. Et il introduit cette différence et dans ce moment où il s’appuie lui-même, il ne nomme pas que la reconquête du Zuiderzee c’est ce moment où il sort cette fameuse phrase. Mais il évite de la nommer.

C’est moi qui voulais l’apporter. Elle n’y est pas. Mais elle y est quand même parce que c’est là qu’il le dit, donc c’est justement en ça que cette conférence est connue. Et effectivement, ça pose cette question de Freud : il n’en avait aucune notion du Moi parce que c’est du Ich qu’il parle. La question du Moi et du Je n’est pas la question de Freud, elle ne peut pas l’être. D’ailleurs elle n’est pas une question pour un Allemand. L’Allemand, très gentiment, il a son Je et il fait avec son Je avec les cultures qui l’environnent…

V. Hasenbalg Corabianu – Et chaque fois qu’on traduit, on se trouve avec…

H. Ricard – Et comment dit-on le Moi en allemand alors ?

P. Le CoatIch !

M. Darmon – Il y a peut-être une différence entre « Moi » et « le Moi » ?

P. Le CoatDas Ich und Ich sind zwei?

V. Hasenbalg Corabianu – Et quand on traduit, il y a des options de traduction qui apparaissent dans la langue d’arrivée qui n’existent pas dans la langue de départ. Et ça fait des versions qui sont nécessairement différentes.

P. Le Coat – Mais intéressantes !

D. Eleb – Mais est-ce que c’est une question de traduction ou est ce que ce n’est pas plutôt pour Lacan de poser un acte, c'est-à-dire que…

V. Hasenbalg Corabianu– Mais l’acte est permis par la traduction,

D. Eleb – D’une certaine façon Lacan a donné une interprétation,

H. Ricard, P.-Ch. Cathelineau, B. Vandermersch – Une lecture,

D. Eleb – Une lecture qui prend une existence par rapport à l’énoncé freudien.

B.Vandermersch – C’est quand même Freud qui fait la première transgression par ce qu’il ne dit pas « là où le Ça était, le Moi doit advenir.»

P.-Ch. Cathelineau – Non il ne dit pas ça,

B. Vandermersch – On sait bien que c’est sur ce fond-là mais il dit autrement, il dit « Wo Es war, soll Ich werden

P. Le Coat – Non il dit « Wo Es war, soll Ich werden ». Si on le dit « soll Ich werden », ça veut dire, ce n’est même pas traduisible comme ça, ça veut dire « où c’était, je serai », voilà. Mais si on dit « wo Es war, là l’accent est sur le Ça, et là « soll Ich werden », c'est-à-dire quand on soulève dans la voix, tout est dans l’intonation.

V. Hasenbalg Corabianu– Patricia [Le Coat], comment disait Freud ?

P. Le Coat – Sûrement « Wo Ich war, soll Es…» [Rires] Non, « Wo Es war, soll Ich werden »!

B. Vandermersch – C’est le soll qui change de sens alors !

M.-Ch. Laznik – Tout ça c’est bien joli si on ne traduit pas Ich par Moi. Parce que si on traduit Ich par Moi, on est en ego psychology.

H. Ricard – Est ce qu’il faisait la distinction Moi/sujet ? Et il y a des moments où Ich veut dire sujet et, dans le texte freudien, il y a des moments où ça veut dire « Moi » ?

P.-Ch. Cathelineau – Il y a un texte très ambigu là-dessus, que [Christian] Fierens a travaillé en mettant en évidence les ambiguïtés du texte freudien, c’est Pour introduire le Narcissisme. On ne sait pas s’il s’agit du Moi ou s’il s’agit du sujet. Et lui évidemment, la lecture de [Christian] Fierens, c’est de tirer du côté du sujet. Parce que effectivement, dans le narcissisme, il y a une ambiguïté de ce côté-là.

M.-Ch.Laznik – Alors moi j’ai passé un temps fou à me battre avec ce problème qu’on est en train d’aborder puisque j’ai traduit officiellement ce séminaire pour le Brésil. Quand moi j’allais traduire la question du Moi, si je traduisais Eu, c’était le Je. On avait eu toute une discussion parce qu’en allemand, pour Moi on ne dit pas ich, c’est mich ou mir.

P. Le Coat – Non, non, on est dans le datif, là, on est dans la grammaire. Ich gebe mir [je me donne], wem gebe ich ? [Je donne à qui ? à moi=mir] Datif ! Wen [qui] c’est mich : accusatif. On est dans la grammaire allemande pure et dure, ce n’est plus le sujet, on est ailleurs avec mich [accusatif] et mir [datif]. On est datif et accusatif, on n’est plus dans le sujet.

B. Vandermersch – Qui est ce qui vient de parler ? Ich.

P. Le CoatIch.

M.-Ch. Laznik – Oui, mais c’est le seul cas parce que d’autres fois quand on lit « il est à moi », « donne-le moi », « pour moi »…

P. Le Coat – On est dans l’attribut, je pense qu’on dit comme ça en français, on n’est plus dans le sujet. Wem, on est dans le datif en allemand. On est côté grammaire : on est datif, accusatif, avec le mir et le mich.

M.-Ch. Laznik – En tout cas le « moi », en français, ne peut jamais être sujet, c’est pourquoi on est obligé d’utiliser « je » quand on veut prendre une place de sujet. À moins qu’on ait deux ans ! Alors on dit « moi regarde », « moi pas ».

B. Vandermersch – Mais moi je te dis que tu as tort.

M.-Ch. Laznik – Mais moi je passe mon temps avec mes bébés à attendre le moment où ils sortent du moi pour dire Ich, pour dire je. Tandis que le moment où un bébé arrête de dire « moi parle », « moi veut » et dit « je veux », on est tous très satisfaits.

V. Hasenbalg Corabianu – Ou les prénoms quand ils parlent d’eux-mêmes avec leurs prénoms.

M.-Ch. Laznik – Les prénoms c’est beaucoup moins bien. Non, l’apparition du « je » devant le verbe, pour nous qui nous occupons des petits bouts de chou de deux ans, est un grand moment. Ça n’a rien à voir avec se nommer à la troisième personne ni de dire « moi ».

B. Vandermersch – En tout cas c’est sympa parce que ça évite de parler de la fin du séminaire tout ça !

P. Le Coat – Alors, je voulais vous dire, justement, quel est le sens de l’originalité de ce qu’apporte Freud par rapport à Hegel, mais comme vous l’avez entendu, elle est dans cette question d’ouverture entre le Moi et le sujet.

Je passe sur le maître absolu, vous avez entendu et compris combien c’est du côté du discours que ça va introduire ce qui est cher à Lacan, dans cette question qui va amener par la suite quelle est la nature de ce troisième terme articulatoire. Il nous emmène sur la piste du symbolique et il nous emmène à partir d’un discours, de la structure du discours. Toute la seconde partie vient justement, via cette nécessité de Freud d’être conforme à son temps et aussi d’être pris et peut-être que la psychanalyse est née dans ce temps-là de la machine. D’être non seulement du côté de l’i-machine mais aussi de la machine et d’être obligé de travailler avec la technologie. Déjà il est médecin, mais il n’est pas médecin comme les autres, et néanmoins il le sait et il le sent…

Néanmoins, il sait et il le sent et il le pressent et c’est dans son texte, on peut l’extraire et aussi dans le Wiederholungzwang parce que c'est là qu'il y a quelque chose qui choit. Le reste que Lacan a isolé dans sa lecture, donc ce troisième terme articulatoire, il nous en dit très peu : il dit ce qu'on appelle l'élaboration de la dialectique de la communication.

P.-Ch. Cathelineau – Bravo, c'est magnifique.

H. Ricard – Juste un tout petit mot sur la différence entre Hegel et Freud : moi ce qui m'a frappé, c'est une idée très originale de Lacan, c'est que Freud appartient au temps de la machine, il reprend les machines pour théoriser, pour se servir d'un modèle disons, tandis que justement Hegel c'est quelqu'un qui ignore la machine. Et ça vient du fait qu'il dédaignait un peu le discours de la science tout en le reconnaissant. Ce qui l'intéressait lui, c'était la logique subjective.

Donc à partir de là, Descartes est plus près de nous que Hegel, effectivement, il a commencé à utiliser ce modèle, c'est, comment dire ? C'est positif que Freud utilise la machine, et ça lui permet justement de faire des articulations qui laissent de côté le discours philosophique classique.

Donc, en ce sens, je crois que c'est une différence importante qui est bien marquée. Cela étant dit, Hegel est aussi quelqu'un qui a beaucoup préfiguré Lacan. Le 3, il nous l'introduit là chez Hegel, sauf que c'est un 3 qui est uniquement dans le symbolique, il n’y a pas de réel. Donc si vous voulez une formule sur laquelle je termine c'est tout, c'est que S1 S2, d'une certaine façon, ça y est chez Hegel. Mais imaginez un S1 qui parviendrait ensuite à rejoindre le S2, de telle sorte qu'ils arrivent à faire une unité tous les deux et du coup, pas la béance du réel. Voilà en gros comment on peut présenter les choses. Tandis que la machine a quelque chose de plus intéressant : c'est le produit du symbolique et ça affecte le réel d'une certaine façon, voilà.

M.-Ch. Laznik – Pour aller dans votre sens tout en allant plus loin, j'ai l'impression que dans ce séminaire qui est cybernétique, chaque fois que Lacan se réfère au fait que Freud est du temps des machines, c'est que lui, il est dans un autre temps qui est le temps cybernétique, c'est en même temps pour montrer la limite du modèle.

H. Ricard – Mais il vous dit dans la même leçon « moi, je ne vous fais pas de la cybernétique » en même temps, il le dit dans la leçon, je sais pas.

M. - Ch. Laznik – Il n’arrête pas d'en faire tout le temps, il est que là dedans,

H. Ricard Est-ce que le modèle du signifiant, l'articulation signifiante (M-Ch. Laznik Ça c'est cybernétique), oui, c'est ce que vous avez dit.

M.-Ch. Laznik – C'est de la cybernétique pure et dure : l'inconscient est structuré comme un langage, ça vient de Marcel Mauss, c'est de la cybernétique.

H. Ricard – Je ne suis pas du tout un cybernéticien.

[Brouhaha]

P.-Ch. Cathelineau – Marcel Mauss ce n’est pas de la cybernétique.

M.- Ch. Laznik – Je vous l'ai montré l'autre jour dans mon cours j'ai donné les références avec des pages, c'est des choses que Lacan…

H. Ricard Tout bêtement ça vient de Saussure S1 S2,

M.-Ch. Laznik – Oui mais l'inconscient, avec le mot inconscient et l'histoire des signifiants, c'est dans Mauss, l'introduction que Lévi-Strauss fait à l'introduction à l'œuvre de Marcel Mauss.

V. Nusinovici Lévi-Strauss.

M.-Ch. Laznik – Qui est un texte cybernétique lui aussi,

H. Ricard Si vous voulez, mais en tout cas, S1 S2 c'est une articulation originale et, excusez moi, on l'a lit constamment dans le texte. Qu’est-ce que c'est effectivement que Freud n'arrive pas à dire en pensant cette répétition comme quelque chose de difficile et d'opaque ? C'est précisément le schéma que Lacan nous donnera du signifiant et de la jouissance. Enfin, je suis lourd en disant ça, mais ça me paraît à peu près clair.

P. Le Coat – Et de ce qui se passe entre les deux,

D. Eleb – Hegel d’une certaine façon n'a pas élaboré aussi cette question de la mort, puisque Lacan reprend quand même un certain nombre de concepts hégéliens : l'aliénation, la séparation, et la mort. D'ailleurs dans le séminaire L'angoisse, on voit bien dans la dialectique du désir chez Hegel, que Lacan reprend d'ailleurs, ce qu'il introduit, finalement Lacan, c'est une mort imaginée, imaginaire, qui a lieu d'ailleurs dans le transfert, nous dit Lacan ; et au fond la rencontre entre l'analyste et l'analysant serait la rencontre entre deux morts.

On voit bien que au savoir absolu, Lacan va complètement reformuler ça à partir de l'expérience analytique, à partir de l'expérience de la cure. Et moi je trouve ça très intéressant, mais ça ne veut pas dire qu'il ait complètement occulté les concepts hégéliens. Moi, je dirais au contraire qu'il y a beaucoup travaillé à partir de la clinique.

D'ailleurs vous l'avez bien montré dans votre propre exposé à partir de Freud et de la langue allemande, mais on peut reprendre aussi les concepts hégéliens chez Lacan qui sont très importants et qui lui ont permis d'élaborer une orientation clinique et analytique à partir de bases qui étaient tout de même philosophiques.

H. Ricard – Ça lui a servi à démolir le système idiot des psychanalystes du temps et du Moi. La lecture de Hegel a été bien utile pour aérer ça. Mais cela dit, Hegel dit qu'on a un savoir de la mort et Lacan dit : « non, nous n'en n'avons pas de savoir ».

P. Le Coat – Mais il dit que le seul vrai maître que nous avons c'est bien la mort, donc ils se rejoignent et c'est là que ça fait lien entre eux, c'est-à-dire que S1 S2, la mort y contribue voilà.

P.-Ch. Cathelineau – Juste un mot, il me semble que si Freud insiste de façon si importante sur la répétition et sur l'instinct de mort c'est pour introduire un point dans le système de l'Ego psychology. C'est-à-dire, c'est une façon de rappeler aux ego-psychologues, c'est une façon de rappeler aux ego-psychologistes, si je puis dire, qu'il y a du réel et que ce réel chez Freud est un réel qui fait difficulté. Il vient souligner en quelque sorte comment dans la pensée de Freud, y a un réel, y a un reste qui insiste par rapport à la question du Ich, du Moi, et qui le déborde littéralement, c'est une façon de remettre les pendules à l'heure et que Freud le perçoit.

P. Le Coat – Freud, on est dupe sans l'être, c'est-à-dire c'est son point aveugle à Freud, c'est là que croche son propre symptôme.

B. Vandermersch – Je voudrais, est-ce que vous pouvez m'aider à comprendre pour l'équivalence entre le Todestrieb et le Wiederholungzwang ? (P. Le Coat – Qu'est-ce que c'est ?) Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qui fait lien dans cette histoire entre la compulsion de répétition et la pulsion de mort, qu'est-ce que ça a à voir ?

P. Le Coat – Ça c'est la question,

B. Vandermersch – Parce que la répétition, la répétition d'accord…

M. Darmon – Il nous dit que cliniquement la répétition il l'a rencontrée dans les traumatismes de ceux qui avaient échappé essentiellement à ces rêves traumatiques, qui échappent au principe de plaisir/déplaisir.

P. Le Coat – Voilà.

P.-Ch. Cathelineau – Et qui ont échappé à la mort.

B. Vandermersch – Ça on entend bien que ça échappe au principe de plaisir.

M.-Ch. Laznik – On est d'accord,

M. Darmon – Plaisir/déplaisir,

B. Vandermersch – Mais en quoi ça a à voir avec une pulsion de mort ?

M.-Ch. Laznik – C'est ce qu'il appelle pulsion de mort, il donne à cette chose étrange qui nous pousse vers autre chose que le plaisir le nom de pulsion de mort.

B.Vandermersch – Oui mais, Dieu sait si ça n'a rien à voir. Y a des tas de gens qui s'em....... à répéter justement pour jamais mourir.

[Inaudible]

M. Darmon – Ils répètent parce qu’ils ne sont pas arrivés à mourir, [inaudible] ils ont échappé à la mort pour que ça se termine une bonne fois pour toutes, (B. Vandermersch – C’est ton idée ?), oui !

V. Hasenbalg Corabianu – Mais il me semble que c'est une symbolisation ?

P.-Ch. Cathelineau Pourquoi dit-on que les gens qui répètent précisément (B. Vandermersch Alors que c'est plutôt le principe de plaisir) toujours la même chose « ils sont mortels » ? La langue est assez, (B. Vandermersch – Quoi ?) Je dis « pourquoi dit-on des gens qui répètent toujours la même chose, ils sont mortels » ?

B. Vandermersch – Ah oui ! Il y a ceux qui répètent toujours la même chose et ceux qui (P-Ch. Cathelineau Il y a ceux qui justement pointent vers l'inerte de l'ennui, l'ennui est mortel. [Brouhaha]

P. Le Coat Il y a un truc très important qui fait le lien avec le travail de Virginia [Hasenbalg Corabianu], c'est-à-dire que là, Lacan a quand même pointé quelque chose du côté du temps dans ce chapitre-là, que je n'ai pas… avec l'horloge à pendule. C'est quand même quelque chose de très étonnant parce que c'est un mouvement oscillatoire qui vient comme ça, régulièrement, à répétition, grâce à des poids comme ça, auxquels le mouvement prélève son énergie. Ça c'est pas rien et Lacan le dit en 1955, c'est la date où on part, on quitte la pendule et on invente l'horloge au césium en 1955, c'est-à-dire fini la pendule ! (M. Darmon – Ah bon ?) Oui et donc c'est cette année-là, l'année du séminaire. Là il y a quelque chose d'important dans...

P.-Ch. Cathelineau – Merci beaucoup.

V. Hasenbalg Corabianu – J'avais des remarques à faire là-dessus, merci Patricia, mais je crois que Lacan va continuer à travailler sur la compulsion, Wiederholungszwang.


La Topologie et le Temps, Leçon VI, Virginia Hasenbalg Corabianu

V. Hasenbalg Corabianu – Je vais essayer de vous raconter la leçon VI qui est courte, et je vais faire une petite ballade.

J'ai préparé cette leçon avec Jean Brini, alors nous allons avec lui partager les questionnements, les remarques et ce que cette leçon VI nous a inspiré.

Lacan commence la leçon VI avec une question sur le nœud borroméen généralisé et l'on s'est dit avec Jean [Brini] qu'il y a pour le moment deux sens différents à cette notion de nœud généralisé et peut être donc ces deux sens vont se conjoindre plus loin dans le séminaire.

D'une part, généraliser un nœud borroméen à plusieurs ronds qui supporterait que l'on y coupe 1, 2, 3, ou plus, tout en restant borroméen, et si j'ai bien compris, si on coupe un rond de plus, on défait le nœud ?

Nous étions habitués au nœud à 3, où l'on coupe un rond et le nœud se défait.

Maintenant Lacan explore des nœuds complexes à plusieurs ronds et il compte le nombre de ronds que l'on peut couper tout en conservant la borroméenité, (B. Vandermersch Non,

P.-Ch. Cathelineau – C'est ça) et/ou le nombre de ronds à couper pour qu'il la perde, la borroméenité.

Alors je vous propose de récapituler vite fait avec les nœuds de la leçon I, que vous voyez là s'afficher, à 5 ronds, sur lesquels l'on doit couper. Vous me corrigez si je me trompe. On doit couper 2 pour les défaire dans la leçon I. Oui, 2 quelconques.

Jean [Brini] me fait part d'un nœud de Soury dans son livre où il y en a 4 qui se défont en coupant 2 ronds, celui que vous voyez dans l'image. Il propose aussi, Soury, un nœud à 6 ronds qui nécessite la coupure de 4 pour se défaire et Lacan proposera ensuite le joli nœud de 6, il est là colorié par un Irlandais, c’est une page sur le web, qui se défait en coupant 3 ronds.

Donc si mes calculs sont bons, il y a 5 ronds, on coupe 2 ; 4 ronds, on coupe 2 ; 6 ronds, on coupe 4 ; 6 ronds, on coupe 3. Je constate ceci des nœuds précédents parce que la leçon VI va commencer avec la question de Lacan, où il va être, si l'on peut dire, contrarié, parce qu’il va commencer par énoncer des rapports de ronds et des coupures de ronds où la différence est toujours 2 : quatre 2, cinq 3, six 4.

Ce sont les ronds dont Lacan parle au début de la leçon, où la différence donc entre le nombre de ronds et le nombre de coupures pour les défaire, serait toujours 2, et il dit : « j'ai le sentiment qu’il faudrait que la généralisation du nœud borroméen s'étende à 4 et même pourquoi pas à 5. »

Alors est-ce que ceci voudrait dire qu'il veut démontrer qu'il devrait y avoir 2 nœuds qui sont défaits alors qu'il en reste 4 ou 5 brins défaits ? Ma question, c'est clair ma question ? (À Plusieurs – Non !)

B. Vandermersch – Il faut en couper 4 pour que les autres se libèrent. C'est ça que tu dis ?

V. Hasenbalg Corabianu – Non, non. « J'ai le sentiment qu'il faudrait… », parce que la syntaxe des phrases, les termes ne sont pas faciles, en tout cas pour moi. « J'ai le sentiment qu'il faudrait que la généralisation du borroméen s'étende à 4 et même pourquoi pas à 5 », alors qu'il vient de parler de la différence de 2.

Alors les nœuds précédents montrent que cette différence de 2 n'est pas obligée, puisqu'il nous a parlé du 6-3, où la différence est 3 ; il nous a parlé de 5-2, il nous a présenté le 5-2, la différence est 3, ce n'est plus exclusivement 2, et il dit, je répète : « j'ai le sentiment qu'il faudrait que la généralisation du nœud borroméen s'étende à 4, et même pourquoi pas à 5. » En laissant entendre que 4 ou 5, serait le nombre de brins qui resteraient déliés après qu'on ait coupé un certain nombre de ronds.

Julien Maucade – Il parle de généralisation.

M. Darmon – 4 ou 5 c'est le nombre de brins qui resteraient déliés après qu'on ait coupé un certain nombre de ronds.

V. Hasenbalg Corabianu – Déliés. Non, ça c'est ma lecture, c'est-à-dire qu'est ce qu'il dit ? Vraisemblablement 4 et 2, 5 et 3, 6 et 4, c'est le nombre des brins qui restent déliés après la coupure qui défait le nœud borroméen.

M. Darmon – Le 1er nombre c'est le ?

V. Hasenbalg Corabianu – Le 1er c'est le nombre de ronds : 6 et 4, 5 et 6 c'est le nombre de ronds des nœuds que je viens de vous montrer et puis 2,3 et 4, c'est le nombre de ronds qu'il faut couper pour délier, pour les libérer.

P. Le Coat – Pour les libérer tous ?

V. Hasenbalg Corabianu Pour les libérer pour qu'il n'y ait plus de borroméenité, pour qu'il n'y ait plus de borroméen. Alors Lacan est contrarié, il dit : « pourquoi c'est toujours 2 ? » Alors qu'il vient de démontrer auparavant qu'il y avait d'autres possibilités. C'est ces contradictions que je trouve dans le texte.

Et quand il dit : « 4 ou pourquoi pas 5 ? » Ce sont des questions que Lacan se pose sérieusement. Je m'avance à la fin du séminaire et il dit que ce sont des problèmes mathématiques et qu'il veut les régler mathématiquement.

C'est-à-dire qu'il est dans une pensée très mathématique dans cette affaire mais pour moi cette généralisation du nœud borroméen qui s'étend à 4 et pourquoi pas à 5, reste une question. Je continue ou je reprends ? Ça va ?

Alors d'autre part, ça c'est une question, ce terme de nœud borroméen généralisé dessine quelque chose d'apparemment autre, c'est ce que Pierre-Christophe [Cathelineau] a déjà introduit, la fois dernière.

Il dit « le nœud borroméen généralisé » et qui sera repris dans la suite du séminaire.

Ce nœud, voyez, il emploie le terme de nœud borroméen généralisé pour désigner les deux choses, peut-être après ça va se rejoindre, pour moi, en tout cas, avec Jean [Brini] on voyait 2 sens dont on ne voyait pas tout de suite le rapport ?

M. Darmon – C'est difficile de trouver un rapport entre les deux.

V. Hasenbalg Corabianu – Nommés de même façon mais ça désigne deux choses. Pierre-Christophe [Cathelineau] avait déjà avancé l’importance de ce nœud borroméen généralisé parce que c’est un nœud qui introduit comme il le rappelle, il l’a rappelé déjà plusieurs fois, la notion très importante de chirurgie des nœuds pour l’appliquer à la clinique bien sûr. Qu’est-ce qu’on fait? Est-ce qu’on peut faire une chirurgie des nœuds ? Ce nœud borroméen généralisé, c’est ce qui permettrait, c’est ce qui introduit une opération qui permet une réelle transformation du nœud. Là, on est plus dans l’acception précédente et pour éclairer ça, pour donner une petite idée, excusez moi, par rapport aux transformations, je rappelle les Reidemeister qui sont les opérations… des modifications qu’on peut faire avec les nœuds mais qui ne sont pas des vraies modifications. Si vous avez un nœud borroméen à trois brins avec des brins très longs, vous faites une boule, vous la laissez tomber sur la table, ça va produire une assiette de spaghetti mais dont les vrais croisements vont être ceux du nœud borroméen. Mais il va y avoir des tas de croisements qui ne sont pas nécessaires, qui sont un peu aléatoires, superfétatoires j’avais dit à Jean [Brini], mais qui peuvent se nettoyer à l’aide… on peut s’en débarrasser à l’aide de ces manœuvres de Reidemeister. Avec le nœud borroméen généralisé je ne veux pas dire plus que ça. Ça va s’introduire cet autre mouvement du nœud par homotopie comme le disait Pierre-Christophe [Cathelineau].

M. Darmon – C’est Vappereau qui introduit ce mouvement de nœud.

V. Hasenbalg Corabianu – C’est le nœud trois, ça c’est Vappereau. Mais ce n’est pas bon que je fasse ?

P. - Ch. Cathelineau – Ce n’est pas une homotopie. On peut la dessiner l’homotopie si vous voulez.

V. Hasenbalg Corabianu - On le fait après si on a le temps.

M. Darmon - On peut le voir sur le nœud généralisé que tu as passé tout à l’heure.

V. Hasenbalg Corabianu - Alors l’homotopie, c’est de travailler dans les croisements du même nœud.

M. Darmon - Du même rond !

V. Hasenbalg Corabianu - Pardon, du même rond. Ça permet une auto-traversée qui permet d’inverser les dessus-dessous à condition que ce soit dans le même rond. Comme ici, vous le voyez là, là ou là. Ça, c’est le même rond et l’homotopie permet d’inverser les dessus-dessous du même rond.

Lacan revient ensuite à la bande de Slade, je vous ai apporté, vous avez vu, quelques exemplaires. Vraiment, il change, il passe à la bande de Slade dont il était question dans le dernier séminaire à la dernière leçon, cette jolie bande qui...

P.-Ch. Cathelineau - Est ce que je peux faire une remarque ?

V. Hasenbalg Corabianu - Vas y !

P.-Ch. Cathelineau -J’ai discuté récemment avec Dugowson et je lui ai posé la question de la façon dont il entendait le nœud borroméen généralisé. Il m’a répondu que ça ne peut avoir de sens que par rapport à particulier. Donc nœud généralisé, ça veut dire le nœud dans sa généralité et donc on n’a peut-être pas à rechercher tel ou tel type de nœud dans sa configuration spécifique, mais plutôt une pensée du nœud dans sa généralité par opposition au particulier, à la particularité. Donc ça a un sens qu’on pourrait appeler, on n’a pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures, pour Dugowson ça a un sens trivial, c’est-à-dire, ça signifie le nœud dans sa généralité. Donc aussi bien les nœuds que tu as présentés au début que celui-là relèvent du nœud borroméen généralisé. C’est la réponse qu'il donnait.

V. Hasenbalg Corabianu — D’accord, c’est bien de le savoir.

H. Ricard - Cela veut dire qu’il refuse que l'expression ait un sens à ce moment-là...

M. Darmon - Ça veut dire que c'est un sens général par rapport à la borroméenité, voilà, dans toutes ses variations.

H. Ricard - Ce n’est pas du tout ce que vise Lacan à ce moment-là.

P.-Ch. Cathelineau - Si, ça pourrait être ce que vise Lacan.

M. Darmon – Il le vise en deux points différents [inaudible]

En coupant plusieurs ronds, on arrive à un nœud borroméen. Dans le nœud généralisé proprement dit et présenté par Vappereau, c'est une forme de nœud qui se défait par homotopie.

V. Hasenbalg Corabianu - C'est l'opération qui est intéressante, c’est-à-dire introduire une opération nouvelle que l'on ne connaissait pas jusqu'à maintenant.

M. Darmon - Il se défait par coupure directe d'un des trois ronds, mais il se défait sans coupure par auto-traversée d'un des ronds qui est spécifique.

V. Hasenbalg Corabianu - Alors pour revenir à la bande de Slade, ce n’est pas compliqué de la faire, Lacan en a parlé l’année précédente et cette fois, il va introduire un petit changement. Vous savez la bande de Slade, l’intérêt à mon avis de la bande de Slade, c’est que ça permet de bien voir que, au départ et à la fin, l’ordre est conservé, c’est-à-dire que l’ordre des brins est conservé. Celui-ci à droite va nécessairement rejoindre celui qui est à droite à (gauche), à l’origine. Le principe c’est qu’il faut six croisements dans un croisement régulier d’une tresse pour arriver au nœud borroméen ou multiple de six ; il y en avait une là, je ne sais pas, elle doit être quelque part avec douze. Ça c’est douze croisements, ça peut être six, douze, dix-huit etc.… Ça veut dire qu’on peut faire un bracelet comme on peut faire aussi bien une ceinture, à condition de respecter des multiples de six.

M. Darmon – Je voulais souligner que la bande de Slade n’est pas nouée.

V. Hasenbalg Corabianu – Elle est tressée.

M. Darmon – Même la tresse peut se défaire sans coupure, c’est une bande qui se…qui est en apparence, tressée ou nouée mais qui... [Inaudible]. À l’intérieur… À 380°…On retourne…

V. Hasenbalg Corabianu – Pour continuer avec la leçon, Lacan va introduire autre chose, petite différence, c’est que la bande de Slade il va la construire en suivant ce schéma. Voilà, il va dire, je l’ai coloriée ici, où on va trouver huit croisements au lieu de six. On remarque que les deux brins rouge et vert sont plus ou moins parallèles et que l’autre vient coudre, il vient plus ou moins le relier. Je n’ai pas pu vérifier mais il m’a semblé voir une femme indienne au nord de l’Argentine qui fabriquait des tresses, qui faisait des tressages dans le cuir en utilisant cette méthode. Dans deux brins fixes, il y avait une aiguille qui fabriquait la tresse.

M. Darmon – Il y a un brin qui circule entre les deux et les deux, aux extrémités, ne sont pas tressés entre eux.

V. Hasenbalg Corabianu – Tu répètes, je n’ai pas compris !

M. Darmon – Si tu veux, c’est une tresse faite de deux segments droits et c’est le troisième qui circule entre les deux.

V. Hasenbalg Corabianu – Tout à fait, c’est ce qu’on voit ici.

Alors Lacan va parler donc d’un rabattement, une opération de déplacement que l’on voit ici et on trouve la tresse à six du nœud borroméen.

Je vous le remets. On voit les photos des rabattements.

Là on voit les deux parallèles rouge et verte et la bleue qui les relie. Elles sont fixes, en haut et en bas, et on va faire les rabattements dont parle Lacan, d’abord le vert, après le bleu, après on accommode le tout. Avec cette opération on est parti des huit croisements mais en fait ça peut se réduire à six croisements.

M. Darmon – C’est l’équivalent des mouvements de Reidemeister.

V. Hasenbalg Corabianu – En photo on retrouve la tresse borroméenne classique.

Alors, ce qui m’a intéressée ici, je le retrouve, Lacan va dire : « Chose curieuse, c’est la même bande que celle-ci », il fait allusion à ce dessin, « c’est la même, ce qui se voit en rabattant d’abord ceci, qui du même coup permet de rabattre ceci… De le rabattre de façon telle que c’est égal à ceci, c’est-à-dire aux six croisements de cette figure, alors que celle-ci en a huit. Peut-être cela m’aidera-t-il à résoudre la question du nœud borroméen généralisé. » Voilà la façon dont Lacan l’amène, mais ici c’est Reidemeister, il n’y a pas d’homotopie.

Alors je me suis amusée un tout petit peu et je vais aller vite parce que voilà, c’est un amusement, une fois faits ces croisements à huit, les faire à seize. Et ces croisements à seize, voyez c’est la même chose, mais répétée deux fois comme on avait fait avec la bande de Slade. Ça donne un joli nœud à douze croisements puisque c’est un nœud borroméen à douze, dessus-dessous que si on l’ouvre un petit peu, ça donne ça. C’est joli. Alors, une fois qu’on a été entraîné à ces croisements doubles, quand je dis croisements doubles, vous voyez que ici ce brin passe par dessus deux brins, il revient et passe en-dessous de deux brins, il nous a semblé avec Jean [Brini] que c’était la procédure que Lacan avait essayé d’indiquer dans la leçon V et qu’il avait laissée en plan en disant « je me suis embrouillé ». Alors on s’était dit que forts de cette expérience on allait essayer de faire la tresse de la leçon V et je vais vous montrer ce que ça a donné. La tresse de la leçon V c’est celle-ci, où Lacan fait une erreur là. C’est au-dessus, au-dessous ; au-dessus, au-dessous ; au-dessus, au-dessous ; et là au-dessus, là il y a un ratage ; au-dessous, là il y a un autre ratage. Alors on l’a corrigé, ces deux points-là et bon ce que Jean [Brini] a retenu n’est pas la même chose que moi, mais toutes les deux sont intéressantes. Là il a montré toutes les possibilités, systématisé l’affaire en enlevant à chaque fois deux ronds et il arrive tantôt à des empilements, c’est-à-dire un truc délié tantôt à un nœud borroméen, l’un ou l’autre, l’un ou l’autre. Alors il dit : « ce n’est pas un nœud borroméen généralisé », c'était la question qu’on s’était posée.

Pour ma part, je me suis amusée à faire ça, voilà en retrouvant donc au bout de vingt croisements, je crois, à retrouver le même ordre en-haut qu’en-bas, n’est-ce pas, comme a fait Jean [Brini], mais Jean [Brini] fonctionne par la mise à plat, moi j’ai fait la tresse et vous voyez que c’est toujours la même procédure, le rouge passe au-dessus de deux brins et en-dessous les suivants. Les bicolores passent au-dessus, au-dessous ; le bleu au-dessus, au-dessous ; le vert au-dessus au-dessous ; le noir au-dessus au-dessous du petit qui était le dernier et quand on la relie ça donne ça. Alors ce nœud qui est là, vous dites : qu’est-ce que c’est que cette affaire ? Et moi j’ai trouvé quelque chose de rigolo, c’est que quand on l’étire, on tombe sur deux ronds qui sont reliés deux fois ; dans ce cas le noir et le vert sont reliés borroméennement par le bicolore avec une oreillette. C’est comme ça qu’on dit Marc [Darmon] ? C’est-à-dire que le noir, le vert et le bicolore sont reliés par une oreillette, mais ils sont aussi reliés par un faux trou. Alors je me suis dit : intéressant ! Mais est-ce que ça s’applique partout ?

Dans la salle – Il est où le faux trou ?

V. Hasenbalg Corabianu – Les faux trous ? Les faux trous, c’est le rouge et le bleu. Et quand on fait…là c’est le vert et le bicolore, et l’oreillette et le bleu, voilà. Alors je me suis dit ces deux ronds reliés par un faux trou mais qu’est-ce que c’est? Alors ça me donne ça et ça en fait, il y a deux nœuds borroméens mais avec des ronds… c’est-à-dire le bleu et le noir sont comme séparés, je sais pas comment vous le montrer, on va mettre la lumière, on voit que c’est un nœud borroméen double, je sais pas comment l'appeler…c’est des questions.

Alors je finis de commenter la leçon après m’être amusée un tout petit peu.

Madame Mouchonnat va poser une longue question où elle va… « Flûte alors, on s’était habitué au nœud borroméen; maintenant vous dites que le nœud borroméen (…) la métaphore que vous constituez est injustifiable ». Si vous me permettez, injustifiable, qu’est-ce que ça veut dire ? Comment il faut l’entendre ? Est-ce que c’est injustifié, indéfendable, insoutenable, est-ce que c'est inexcusable, est-ce que c'est indu, est-ce que c'est illégal et illégitime, fautif, ou est-ce que c'est invérifiable ?

Moi j’ouvre des questions.

Et puis il faut dire que Lacan... Alors Madame Mouchonnat va dire à Lacan : « Est-ce qu'il y a, est-ce que ce sont ces difficultés mathématiques qui ont des incidences pour la psychanalyse ? Devons-nous réinterroger nos catégories psychanalytiques ? » Je la trouve très pertinente cette question. Est-ce qu'il y a quelque chose à réajuster au niveau du nom du père, demande Madame Mouchonnat ? Et Lacan va répondre : « ce qui me tracasse dans le nœud borroméen, c'est une question mathématique et c'est mathématiquement que j'entends la traiter ». Point barre. C'est une affaire mathématique pour lui.

On lui fait remarquer à la fin de la leçon une erreur dans le dessin de la tresse et il emploie de nouveau le mot « embrouillé », il dit « je suis embrouillé ». On dirait que ce sont les ficelles qui parlent. Et quand je regardais ce terme aussi dans le dictionnaire, c'est une petite habitude, on voit que le mot embrouiller a un premier sens, mêler des choses les unes avec les autres dans un grand désordre, replier, un fil, une corde elle-même en désordre en faisant des nœuds, embrouiller un écheveau de fils, comme si les mots dans le sens propre du mot embrouiller avaient à voir avec les nœuds. Et puis on passe, l'article dans le dictionnaire est très long, perdre les fils... ça passe à son sens métaphorique. Ce qui m'a semblé une bonne façon de boucler ce que j'avais à vous dire. Merci.

M. Darmon – Quel travail ! Bravo !

J. Maucade – Mais le nœud que vous avez montré, ce n'est pas le nœud que Marc Darmon a mis sur le site, il y a deux semaines, là, le dernier nœud qu'on tire ?

M. Darmon – Par rapport à notre site, c'est le nœud tout simple. Effectivement quand on tire...

V. Hasenbalg Corabianu – Quand on tire il y a une oreillette.

J. Maucade – Ce n'est pas le même nœud là avec deux faux trous ?

M. Darmon – Non, il y a une composante de plus dans le nœud que montrait Virginia [Hasenbalg Corabianu].

V. Nusinovici – Il y a une sécurité dans ce nœud.

V. Hasenbalg Corabianu – Vous le prenez comme ça au hasard. Je l'ai cousu, j'ai dû les coudre et si tu tires, avec les pressions, ça s'est défait.

V. Nusinovici – Si on enlève l'un des deux... entre le faux trou et l'autre truc là ?

V. Hasenbalg Corabianu – On met du temps, tu prends deux ronds, tu les sépares et là après il faut chercher parce qu'ils sont embrouillés. On les tire. Vas-y Patricia !

J. Maucade – Avec quatre mains alors.

V. Hasenbalg Corabianu – Le faux trou, on le voit tout de suite, c'est le rouge, pardon le faux trou, l'oreillette. Le nœud borroméen, c'est bleu, rouge et noir. Pour trouver le faux trou, c'est plus compliqué, mais on le trouve. Ce n'est pas évident.

V. Nusinovici – Si on coupe le faux trou, l'oreillette, ça tient toujours ou pas, si on coupe l'un des deux ?

V. Hasenbalg Corabianu – Bien sûr, si on enlève les faux trous...

V. Nusinovici – C'est un nœud borroméen de sécurité ça ?

M. Darmon – Le nœud entier, il est borroméen ?

V. Hasenbalg Corabianu – Je ne sais pas...

M.-Ch. Laznik – C'est important, ce jeu de sécurité, mais c'est très important. Dans la première façon dont Lacan avait repris, je ne sais plus quand, la tresse, la première fois, la tresse donnait lieu au nœud borroméen, on ne tressait que réel, imaginaire et symbolique, et ça donnait un nœud borroméen ou ça ratait. Je me suis occupée de ça pour les bébés. Je trouve que, évidemment, de pourvoir penser à tresser plus de brins et donc d'avoir des nœuds de sécurité, ça ressemble plus à ce que effectivement on constate dans la clinique, c'est qu'il y a quand même de la résilience, si tu veux. Ce n'est pas tout le temps que cela fout le camp comme ça, il y a des trucs de résilience. Et ce que l'on pourrait se demander, mais ça me fait rêver, Jean Brini m'a déjà embêtée là-dessus, c'était, comment appellerions-nous, à quoi correspondrait, dans un cas on tressait RSI, quels seraient les fils à tresser avec RSI ? Juste pour faire un lien entre les deux, mais c'est de la rêverie, il faudrait travailler des années pour oser sortir quoi que ce soit, mais aujourd'hui on a travaillé sur la discussion sur pulsion, pulsion de mort, on était dans ces histoires-là. Je me demande si effectivement, dans RSI, il ne manquait pas, particulièrement la dimension pulsionnelle, ou des dimensions pulsionnelles. On pourrait imaginer une tresse qui figurerait peut-être de façon plus riche ce qui se joue dans la constitution du sujet si on donnait d'autres noms à certains fils. Mais il faudrait penser beaucoup quels noms RSI pourraient porter parce que évidemment, ce n'est pas n'importe quoi. Moi, il me vient pulsion, comme ça, mais il faudrait penser plus.

P.-Ch. Cathelineau – Mais c'est une façon d'expliquer pourquoi il utilise le mot injustifiable, pourquoi c'est une métaphore injustifiable. Parce que probablement que ça renvoie, premièrement dans les mathématiques, à des dimensions qui n'ont pas été prises en compte avec le nœud à trois. Et ensuite, ce que tu dis, peut-être que dans le champ de la clinique, du fait que effectivement, dans le champ du réel, de la manipulation des nœuds, c'est possible, quelque chose est possible. Il part des mathématiques pour penser la clinique là en l’occurrence.

M.-Ch. Laznik – C'est ça. Pour enrichir notre lecture de la clinique. Mais c'est tout.

B. Vandermersch – Toi, ce que tu dis, c'est comment nommer ces ronds supplémentaires ?

M.-Ch. Laznik – Non. C'est les fils, c'est le fil quand on tresse. Parce qu'on repart d’une tresse. Si on repart d'une tresse...

B. Vandermersch – Elle est accrochée où ta tresse ?

M.-Ch. Laznik – Elle est accrochée où ta tresse! Pourquoi veux-tu te l'accrocher? Elle sort du ventre de la maman...

[Rires et brouhaha.]

V. Hasenbalg Corabianu – Marie-Christine Laznik, ça m'intéresse tout ce que tu fais avec les bébés. Mais comment situer ce qui est de la synchronie et ce qui est de la diachronie ? Et quand tu parles de cette tresse qui se constitue, moi je pense qu'il y a une tresse, là, dans la langue que tu nommes bien mamanais, est-ce qu'il y a du mamanais ? La tresse du mamanais, fais-moi la tresse du mamanais. Tu vois une synchronie. Tu rentres dans la synchronie, mais il faut qu'il y ait...

M.-Ch. Laznik – Il faut qu'il y ait du Moi. Le Moi c'est l'ego, quand même. C’est de ça qu'il parle. Cet ego, ça se construit comme structure aliénante, dans le miroir, dans quelque chose où l'autre nous donne une forme, qui n'est pas le sujet de l'inconscient, mais qui est un truc aliéné duquel on parle après je ne sais pas combien de temps sur le divan pour le séparer du sujet de l'inconscient. C'est ça le sujet de notre séminaire. Donc il y a une diachronie, c'est avant la construction de l'ego et après, il y a pas clap, clap, clap et après, et ça, ça fait les trois et les trois. Donc on a une temporalité, oui. Elle est le moment où se construit ce p… d'ego. Et puis ensuite quelle est la temporalité du six ? Alors là quand on passe à neuf, il faudrait y réfléchir aussi. Mais dans le trois et le trois, on avait une idée quand même parce que tout n'est pas d'une pure synchronie, il y a quand même ce temps, bizarre, de constitution du stade du miroir, le bébé n'est pas né avec un ego, il n'est pas né avec un Moi. Ça se construit. Nous, après, on est très content, ici, de séparer le sujet de l'inconscient qui est le but de l'analyse, on ne va pas se coucher sur le divan pour arrêter d'être simplement le Moi que maman voulait. On est d'accord. Mais moi qui travaille avec des créatures qui n'ont pas de Moi, je vous assure que ce n'est pas facile. On est bien content quand il y a le Moi, parce que le Moi, on peut le défaire après, on peut le faire et le défaire après.

V. Hasenbalg Corabianu – C'est comme l'œuf et la poule. Je me permets de te faire ces quelques remarques. C'est la place que la mère peut faire à son bébé qui va lui aménager cette place ou pas.

M.-Ch. Laznik – Ah non, non, non, cela ne suffit pas de ça.

Ah gna, gna, gna!

V. Hasenbalg Corabianu – Et le papa.

M. -Ch. Laznik – Ah gna, gna, gna! Là ! Il ne faut pas rêver. On n'est pas si puissant.

V. Hasenbalg Corabianu – Ce n'est pas la toute puissance !

M.-Ch. Laznik – C'est nécessaire. C'est sûrement des éléments de la tresse. Mais ce n'est pas suffisant. Il y a d'autres éléments qui rentrent en compte. Pas que. Mais bon ! C'est juste pour rappeler que le séminaire du Moi...

V. Hasenbalg Corabianu – À reprendre.

Transcription : I. Nicoud. A.H Di Ruzza, R. Kalfon, F. Salvan.

Relecture : Martine Roques Lalande ? D. Latour, É. Croisé-Uhl

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