Accueil

 

15/11/2016 - (LM) Leçons 3,4 V. Nusinovici / (TT) Leçons 3, 4, 5 par Pierre-Christophe Cathelineau (J. Brini absent).

CATHELINEAU Pierre-Christophe, NUSINOVICI Valentin
Date publication : 29/06/2017

 

Préparation du Séminaire d'été, séance du 15 novembre 2016


Le Moi dans la théorie freudienne et dans la technique de la psychanalyse Leçons 3,4, Valentin Nusinovici.
Valentin Nusinovici – Il y a un distique en tête de cette leçon IV:

Indem er alles schaft der Höchste

Sich was schaft er aber eh alles schaftet.

que Lacan avait dû inscrire au tableau, qui a été recopié à la va-comme-je-te-pousse. On va le laisser de côté pour le moment, Lacan annonce qu’il en parlera à la fin, Lacan dit on verra bien jusqu’où on va, moi je propose qu’on le fasse à la fin. Et de toute façon, on en dira toujours plus que Lacan qui n’en a rien dit du tout.

Lacan commence par conseiller, à insister même sur la nécessité de lire Freud, en tenant compte du mouvement de sa pensée et en s’arrêtant sur ses contradictions. Il y a des contradictions dit-il, pas des antinomies. C’est évidemment pas la même chose, s’il y a une antinomie on touche à l’impossible, c’est-à-dire un point de Réel, tandis que les contradictions on a évidemment à essayer de les résoudre. C’est ce que Lacan a toujours fait. Ici, il n’en cite pas de contradiction, mais, on verra qu’il y en a qui sont là, implicites. Il commence par dire une chose, il dit Freud a apporté la notion d’une subjectivité qui dépasse l’organisation individuelle. C’est la lecture que Lacan fait, en particulier de Au-delà du principe de plaisir.

Et dans le même fil, il annonce « nous essaierons de réaliser ici […] un système de symboles, prétendant à couvrir la totalité d’une expérience, […] à lui donner son sens », autrement dit, on peut traduire ainsi et puis le terme est dans la leçon, à dégager la structure. Et c’est bien le programme que Lacan, qui est toujours resté le sien, qui a pensé à toutes les écritures, les mathèmes, les graphes, la topologie. Réaliser « un système (organisé) de symboles prétendant à couvrir la totalité d’une expérience », là il n’a pas peur du terme totalité, « à lui donner son sens ».

Un mot qui revient dans la leçon, et qui est très important, c’est celui de décentrement. Et c’est aussi ce que Lacan n’a cessé de pratiquer dans son enseignement – c’est-à-dire dans la formation des analystes, et si vous vous souvenez des premières leçons qu’on a du Séminaire I, ça commence par le maître Zen, alors comme décentrement par rapport à ce qu’on disait de l’analyse c’est difficile de faire mieux – dans sa pratique évidemment, et dans son comportement à proprement parler, qualifié d’excentrique.

Décentrement par rapport à quoi ? Alors, je le cite, « par rapport à nos préjugés, par rapport à notre expérience qui est bien difficile à séparer de nos préjugés, notre expérience sur laquelle nous nous appuyons ». Par rapport à notre savoir, il ne dit pas notre savoir conscient mais c’est clairement notre savoir conscient, qui n’est qu’un « croire savoir », ça aussi c’est assez important. En somme tout ce qui se maintient dans le registre du Moi.

D’où, il le pointe tout de suite, les résistances de ses élèves à ce qui surgit de nouveau dans son discours et dans ceux auxquels il se réfère. Les résistances ne sont pas différentes de celles de la cure bien sûr. Et tout de suite il en donne un exemple de cette résistance, mais bon, dans ce qu’il dira il va aller au-delà de ce qu’il vise d’abord. Alors François Perrier, ce qu’on comprend, lors d’une conférence récente de Lévi-Strauss qui portait forcément sur le Symbolique, François Perrier a, dit-il, « ramené, on a envie de dire maintenant recentré, le débat sur la pratique quotidienne, l’expérience de la réalité familiale, ce qu’est cette réalité pour l’enfant ».

En réponse à quoi, Lacan va évoquer un cas qui vient d’être discuté au cours d’un contrôle collectif, comme ça se pratiquait à l’époque. Il s’agit d’un homme dont il nous dit finalement peu de choses, hormis son anxiété qu’il dit sub-délirante, et qui a fait deux rêves. C’est ça qui intéresse Lacan. Je schématise un peu le propos de Lacan. Un premier rêve où figure un bébé couché sur le dos, et c’est Lacan je pense qui le dit, une petite tortue renversée, autrement dit l’image de l’impuissance primitive, et il s’agit du rêveur lui-même, et, on comprend pas très bien si on le lui a dit ou pas, enfin on lui a fait entendre, et Lacan considère que la suite, en tout cas, prenons le comme ça, on lui a fait entendre que ce bébé c’est lui, le rêveur, c’est-à-dire vraiment le b.a.-ba de l’interprétation des rêves. Et suit un second rêve, dont Lacan dit « qu’il est réponse au premier, où le sujet se baigne dans une mer qui est aussi le divan de l’analyste, association, et qui porte les chiffres de la date de naissance du sujet ».

Alors là, Lacan au fond, met en place les deux façons, et il faut se reporter, on est en 1954, pour nous évidemment les choses sont un peu différentes, de prendre ce rêve. Soit, s’arrêter à la figuration de la dépendance, la petite tortue sur le dos, et la considérer, c’est ça qui est important, la considérer comme une dépendance affective concrète. C’est ce que Lacan a toujours critiqué, c’est-à-dire l’idée dans l’analyse de dépendance réelle, par opposition à la dépendance due au fait que ça passe par le signifiant. La considérer comme une dépendance affective concrète, de la mère d’abord bien sûr, et déplacée sur l’analyste. Ce qui évidemment est figuré clairement dans le rêve. Et chercher à faire prendre conscience. Ah ! La prise de conscience, je crois que dans cette leçon on voit, c’est un terme que Lacan n’utilise pas, n’est-ce pas, que nous n’utilisons guère mais qui a toujours beaucoup de place. Et dans cette leçon, on voit peut-être aussi pourquoi c’est un terme qui est inapproprié. « Prise de conscience », entre guillemets, de ce qu’il ne voit pas, le rêveur, du fait de ses préjugés. Alors là, on voit comment, à entrer dans l’analyse des résistances, il commence à manifester ses propres résistances puisque Lacan a commencé justement à parler des « préjugés », de ses « attachements », de « l’équilibre de son Moi ». Et, de chercher, en se soutenant de l’idée de développement normal, Lacan dit plutôt normatif, en se soutenant de cette idée-là, de chercher à renforcer le Moi en faisant alliance, comme on disait à l’époque, avec la partie saine du Moi. Ça, même si on caricature un peu là, c’est schématiquement la voie imaginaire. Nous qui ne sommes plus de cette époque-là, on se dit quand même si Lacan combat ça si vivement, c’est que c’est alors la voie la plus commune, mais il n’est pas du tout sûr qu’elle ait disparu. Peut-être qu’elle est même très prégnante.

Il s’agit d’entendre, il ne s’agit plus de voir n’est-ce pas, il s’agit d’entendre chez ce sujet sa préoccupation par rapport à la paternité, par rapport à une naissance à venir, on ne comprend pas très bien si elle est imaginaire, si elle est réelle, c’est sans importance. Cette préoccupation-là, c’est-à-dire sa question inconsciente, qui est si on veut la formuler, quelque chose qui serait de l’ordre de, je cite Lacan, « Où est ma vraie famille ? Suis-je un enfant reconnu ou pas ? Ai-je le droit de porter ce nom ? » Voyez, on ne peut pas faire plus symbolique comme question. Ce sujet, dit Lacan, exprime malgré lui, à travers toute sa conduite, son histoire en tant qu’il la méconnaît. Et, il dit aussi que la problématique qui oriente sa vie, n’est pas tellement celle de son vécu, que celle de ce que son histoire signifie. Voyez, le vécu d’un côté, l’histoire de l’autre.

Soit, si vous voulez, comme ça pour schématiser de nouveau, soit on s’appuie, je cite là, sur « une reconstitution plus ou moins forgée d’avance », évidemment à partir d’idées de ce que serait le développement normal, et corrélativement de ce que serait la régression, soit on privilégie l’histoire.

Qu’est-ce que ça veut dire l’histoire pour Lacan ? Ça il y a beaucoup insisté, si vous vous souvenez du séminaire qu’on a étudié l’année dernière, l’histoire, c’est avant tout celle des paroles échangées avec les autres et je crois qu’on peut ajouter parce que lui-même l’a souvent dit, et des paroles des autres avant la naissance du sujet. Et l’histoire là aussi je vous rappelle le début du Séminaire 12 I"> , l’histoire c’est ce qui est à réécrire dans l’analyse, la réécrire par la reconnaissance du passé dans le présent, c’est-à-dire la réécrire dans le transfert.

Alors dit Lacan, il faut savoir à quel niveau apporter la réponse, étant entendu que le niveau proprement analytique, le niveau freudien, c’est le niveau symbolique. Parce que c’est celui du désir inconscient. Désir inconscient qui correspond à ce que Freud, et là Lacan prend dans le texte de la Traumdeutung une expression, Freud n’avait pas l’habitude de parler de l’être et il ne s’est pas servi de ça une autre fois, mais Lacan l’a privilégiée, cette expression de Kern unseres Wesen : le noyau de notre être. Freud a pu dire ailleurs le noyau de l’inconscient, et, donc que Lacan rapporte au désir inconscient. Cette expression vous la trouvez dans le chapitre de la Traumdeutung qui s’appelle « Psychologie du rêve », dans la vielle traduction que j’ai, c’était traduit le fond de notre être, c’est moins bien que noyau.

Privilégier le niveau symbolique parce que ce désir inconscient, il est décentré par rapport au Moi, il n’est pas dans le même axe. Cette notion-là est évidemment très importante et reste parfaitement actuelle. Le décentrement il peut se faire de toutes les façons, ici Lacan n’en parle pas, mais il est évident que l’équivoque est déjà un décentrement et puis, toutes sortes d’actes analytiques sont des décentrements.

Mais, dit-il, parfois on est amené à intervenir au niveau du Moi. Mais, ce qu’il souligne, je crois qu’il faut lier, je ne sais pas s’il le lie comme ça dans le texte mais j’ai rapproché les deux choses, c’est que, il ne s’agit pas de rectifier ce qui serait une erreur du Moi. Lacan dit que dans la théorie classique l’erreur c’est une vérité partielle, il ne s’agit pas de ça. Il ne s’agit pas, si on intervient au niveau du Moi, de le faire pour rectifier une erreur, ou, pour compléter ce qui serait une vérité partielle, dans l’idée qu’on obtiendrait une totalité entre conscient et inconscient. C’est là-dessus qu’il attire fortement notre attention. J’ai envie de dire, ça ne nous décoiffe pas tellement parce qu’on connaît la musique, mais ça ne veut pas dire que nous ayons forcément des résistances moindres qu’en 1954. Peut-être que dans la pratique de la cure type la question ne se pose pas, mais dans des tas d’autres situations, il faut sûrement se souvenir de ce qui est dit là parce que la tendance à corriger l’erreur ou à compléter la vérité partielle est certainement quelque chose je pense qu’on peut connaître.

Julien Maucade – C’est l’Ego psychology.

V. Nusinovici – Je crois que ça dépasse largement l’Ego psychology. Ce que je voulais dire surtout c’est que, on ne va pas faire un tranchement en disant, y a les vilains l’Ego psychology, et alors nous, c’est clair pour nous, on travaille dans le Symbolique, on est lacanien jusqu’au bout. Je ne pense pas qu’on puisse dire ça. Je pense que le type de difficultés qui est posé là, chacun d’entre nous peut le rencontrer, surtout avec des patients qui ne sont pas des patients, je veux dire le patient allongé qui fait sa cure, voilà, comme il était prescrit. Donc cette question de l’intervention au niveau du Moi, c’est une question permanente dans la pratique. Il me semble.

Le cœur de la leçon, c’est la critique de l’illusion de conscience. Je cite Lacan, c’est- à-dire « la critique d’une conscience qui serait transparente à elle-même. D’un champ de conscience dans lequel on peut s’éprouver et se concevoir. » Vous voyez, autrement dit ce serait, ça renvoie à : on se voit se voir, ou je me voyais me voir, de la poésie. C’est ça qui est spécifiquement visé ici, cette illusion. Là on n’est plus dans la question de l’erreur, on a ici la question de l’illusion. Une croyance dit-il, de cette conscience transparente à elle-même, de ce champ de conscience dans lequel on peut s’éprouver et se concevoir, c’est une croyance qui est une affaire de culture. Et, ce à quoi au fond il se livre, c’est à un démontage, bon ça, le terme est de moi, mais je le cite après, un démontage de « ce postulat qui veut en 1954, que le phénomène de conscience soit quelque chose de hautement élaboré. » En 1954, mais alors en 2016 à l’heure où la méditation en pleine conscience est l’auto thérapie recommandée, je ne sais pas ce qu’il aurait pu dire ? Le phénomène de conscience est quelque chose de hautement élaboré. Alors, Lacan dit, je ne vais pas faire d’hypothèse, donc allusion à Newton dont il sera question dans le séminaire, je vais trancher le nœud gordien. Donc, le nœud gordien des problèmes qui sont agités autour de la question de la conscience depuis belle lurette.

Hubert Ricard – Descartes.

V. Nusinovici – Descartes voilà, tu as tiré la bonne carte, Descartes.

Et son couteau c’est quoi, c’est un apologue. Alors cet apologue vous l’avez peut-être lu, je crois qu’il faut peut-être déjà souligner ceci, c’est qu’il est fondé sur l’affirmation que l’image dans le miroir est un phénomène de conscience. Ça ne va pas de soi ! Il faut poser ça. Je cite Lacan : « Les rayons qui reviennent dans le miroir, font situer dans un espace imaginaire l’objet qui est quelque part, mais ce n’est pas l’objet qu’on voit ».

Alors ça s’exemplifie je trouve très bien avec le montage du schéma optique, où vous avez le vase qui est caché mais dont l’image va sortir. Il se base là-dessus, c’est un phénomène de conscience, il ne faut pas qu’on voie directement l’objet.

Tous les hommes ont disparu de la surface de la Terre, plus tard il appellera ça une fable, et puis la question : une image peut-elle persister si tous les hommes ont disparu de la surface de la Terre ? Ben oui dit Lacan : nous avons fabriqué des appareils qui peuvent sans intervention humaine non seulement enregistrer, mais développer et conserver les images, alors vous pensez en 2016, qu’est-ce qu’il pourrait dire ? Mais là, il le dit déjà très bien, on peut faire tout ça.

Les images, il prend comme exemple le reflet de la montagne dans le lac. Cette image qui est ainsi enregistrée, développée c’est plus la peine on a sauté cette étape, conservée, ce n’est pas une illusion. Ça c’est le point essentiel, sinon il ne pourrait pas développer son propos. Ce n’est pas une illusion, c’est un phénomène de conscience indiscutable, objectif, objectivable. Et c’est un phénomène de conscience non élaboré, puisque c’est ça qu’il faut démonter, il est non élaboré, puisqu’il n’est perçu par aucun Moi. Le tranchement annoncé, vous voyez bien, c’est la séparation radicale de la conscience et du Moi. C’est ça la démonstration, après on peut… évidemment comme il dit, les philosophes viendront objecter, ça c’est sûr. Bon, c’est ça qu’il veut, il ne s’agit pas de convaincre les gens, il s’agit de nous aider dans la pratique dans ce que nous devons penser, n’est-ce pas ? C’est pour ça qu’il tranche, il ne fait pas d’hypothèse, il dit je tranche, c’est comme ça.

Le tranchement c’est la séparation radicale de la conscience et du Moi, et du coup, le démontage de la fausse unité du champ de conscience. Et Lacan dit ceci : « Ce que vous percevez soi-disant à l’intérieur du champ de conscience, comme étant son unité », vous le percevez ? Je vais peut-être dire un mot tout à l’heure entre sensation et perception, mais en tout cas la sensation elle a à voir avec l’image première. « Ce que vous percevez soi-disant à l’intérieur du champ de conscience, comme étant son unité, c’est ce qui résulte d’un rapport tensionnel entre l’immédiat de la sensation et quelque chose qui n’est pas homogène avec ce qui se passe à la surface de ce champ neutre ». Si vous voulez d’un côté vous avez dans cette conscience telle qu’elle est décrite là, c’est-à-dire ce phénomène de conscience, un phénomène d’inertie, et on peut la conserver d’ailleurs cette image, et de l’autre, du côté du Moi, on a un phénomène vital, le terme de vital revient plusieurs fois dans la leçon, et d’où ce rapport tensionnel. Qui dit, alors que nous avons l’impression que tout ça c’est un champ harmonieux dans lequel nous pouvons nous concevoir. Alors ça, et là, je suis sous le regard direct de mon maître Hubert [Ricard], et c’est en tremblant que je m’avance, c’est le rejet explicite d’une tradition philosophique qu’il résume ainsi, je vous cite sa phrase : « Quelque chose nous dit-on », avant, il a cité Descartes, mais je laisse Descartes et je vais me mettre directement à ce qui me paraît contemporain, « quelque chose, nous dit-on, ne peut être expérimenté sans qu’à l’intérieur de cette expérience le sujet ne soit mis dans une sorte de réflexion immédiate ».

Alors, j’ai pensé que ce « on » suggère plutôt un contemporain que le vieux Descartes et je fais l’hypothèse qu’il s’agit de Sartre. Et du Sartre de l’Imaginaire, c’est-à-dire, d’avant l’Être et le Néant, qui dit au début, là je vous mets la phrase en plus simplifié, je vous donne l’idée : il dit que la conscience qui vise un objet hétérogène, c’est-à-dire pas elle-même, et donc on peut dire conscience irréfléchie, et bien elle enferme quand même une certaine conscience d’elle-même. C’est quand même je dois dire un tour de passe-passe assez fantastique, il le dit comme ça, je ne truque pas sa phrase. Je l’ai mise à plat pour qu’on puisse la transmettre plus aisément, mais c’est ça qu’il dit.

C’est bien ça que Lacan reprend je crois, mais ce n’est pas une position originale de Sartre, il est dans le fil de Husserl, et par là dans le fil de Brentano. Et c’est intéressant pour nous, parce que Brentano ça a été aussi une des références évidemment de Freud, alors que de l’autre côté, Brentano c’est devenu la référence de l’intentionnalité, de la science de l’esprit. Vous voyez, des divergences formidables, en tout cas, c’est l’idée que l’activité psychique est intrinsèquement consciente d’elle-même. Et c’est amusant parce que dans le petit livre de Dupuis dont Marie-Christine [Laznik] nous parlait très bien l’autre fois, Dupuis cite ça, puisqu’il s’agit de la question de la conscience justement, ils ont essayé de la régler ces cybernéticiens à leur façon.

Il est clair que la définition que Lacan donne de la conscience est faite pour éliminer ceci, et je répète : que l’activité psychique est intrinsèquement consciente d’elle-même. Parce que la définition de la conscience que donne Lacan c’est celle-ci : « ce qui se produit chaque fois qu’est donné une surface sur laquelle peut se produire une image. » Et, ça, ça me paraît quasiment explicite même si le nom de Sartre n’y est pas, il y a peut-être d’autres auteurs qui l’ont dit mais ça, ça n’a pas d’importance…

H. Ricard – Descartes ! Bon, je ne veux pas revenir là-dessus.

V. Nusinovici – Bon, je pense qu’il ferraille un peu avec le contemporain,

H. Ricard – Oui parce qu’il parle de conscience thétique de soi,

V. Nusinovici – Oui, je sais bien, j’ai laissé tomber thétique et non-thétique, ce qui veut dire que, Sartre aussi il dit ça, il dit dans cette conscience non-thétique, irréfléchie, qui ne porte pas de jugement, il y a quand même un peu de conscience thétique dedans.

Lacan, lui, encore une fois tranche, ce sera discutable, mais il tranche. Ce n’est pas comme ça. Ce qui me paraît plus intéressant, et implicite, c’est la prise de position par rapport à Freud, dans cette leçon et dans cet apologue. Freud dit Lacan et je le cite : « il est embarrassé par la conscience comme un poisson d’une pomme… ». C’est une expression que Lacan adore. Comme illustration de cet embarras, le mieux c’est de prendre L’Abrégé de psychanalyse, c’est-à-dire ce qu’il y a de conclusif où la conscience est dite « un fait sans équivalent, qui ne peut ni s’expliquer ni se décrire, mais dont chacun sait par expérience de quoi il s’agit. » Voyez, si Freud a une telle difficulté c’est que ce n’est pas un problème facile. Il dit aussi que Freud se contredit. Par exemple une des contradictions qui peut nous intéresser ici, c’est que dans le mouvement de sa pensée, dans l’Esquisse en 1895, la conscience est sans rapport avec le Moi, et sur ce point il est d’accord avec Freud, et en 1920 dans la deuxième topique, elle est le noyau du Moi. Mais le point le plus important, je crois que c’est celui-ci. Il dit aussi : « Freud s’embrouille », Lacan cite l’Entwurf, l’Esquisse, il dit « Freud s’embrouille » et là, je pense, est le point important. Dans L’Interprétation des rêves, dans la vieille édition, c’est à la page 488, « la conscience est définie comme un organe sensoriel, qui a deux surfaces, l’une dirigée vers la perception, l’autre vers les processus psychiques inconscients, lesquels processus peuvent devenir conscients par l’intermédiaire des mots, qui sont inscrits dans le préconscient. » Et ça, c’est la reprise de la célèbre lettre à Fliess, qui avant était la lettre 52 puis maintenant 112, à laquelle Lacan a toujours fait référence, sauf sur ce point-là. Sur ce point-là, il n’est pas d’accord. Pour Lacan, vous le voyez ici, il n’y a ici qu’une seule surface. Pourquoi ? Parce qu’il ne suit pas Freud concernant l’existence d’inscription dans l’appareil psychique, ici il ne le dit pas explicitement mais il aura plusieurs fois l’occasion de le dire, et la dernière fois, je pense que c’est la dernière, nous en avons parlé quand nous avons étudié l’Insu, à la fin de l’Insu, il dit : « on s’imagine que la mémoire c’est quelque chose qui s’imprime ». Alors il n’y a pas de mot inscrit dans le préconscient par lesquels l’inconscient pourrait devenir conscient et je pense que ça devrait contribuer aussi à débarrasser de la tarte à la crème de la prise de conscience. Ça n’empêche pas qu’il soit question des mots dans cette leçon, ô combien ! Il en est question, parce que c’est avec les mots en tant qu’ils sont parlés que se font les symboles. Ça c’est une chose extrêmement importante à repérer, avec les symboles, dit Lacan, se font les machines, la machine qui sert comme ça de modèle exemplaire, et ce qui va être développé pendant toute cette année.

La mémoire symbolique dont il commence à nous parler, il n’a pas formalisé encore, mais il commence à nous en parler puisqu’il dit qu’on va enregistrer toutes ces images, cette mémoire symbolique, de ce développement, de cet apologue, de cette leçon, elle n’est pas dans l’appareil psychique d’un individu.

La conscience, elle est évidemment intersubjective, puisque c’est le terme qui se dit à ce moment-là, elle est dans le discours, elle est intersubjective, elle n’est pas imprimée dans l’appareil psychique d’un individu, c’est évidemment une très grande différence. La conscience telle qu’il la présente, Lacan, là, elle peut fournir la sensation mais c’est cette mémoire symbolique qui soutient la perception, et ça c’est tout à fait en accord avec Freud, n’est-ce-pas qui avait insisté sur le fait, combien notre perception est sélective. Lacan le reprendra largement. Lacan l’a déjà dit, il le répète ici, le Moi est un objet qui a une fonction imaginaire, mais il faut retenir aussi ce qu’il dit aussi à la fin qui sera repris plus loin dans le séminaire, il a aussi une fonction symbolique, il peut servir de symbole, en tant qu’image, il le dira plus loin, en tant qu’image il peut être pris dans la chaîne des symboles, c’est très important pour l’insertion du sujet dans la réalité.

Il y a une phrase je crois qu’elle peut surprendre, quand Lacan dit : « toutes les images sont bonnes ». C‘est vraiment intéressant avec la tendance que l’on peut avoir à penser que l’imaginaire, surtout au début, parce qu’après Lacan l’a réhabilité, l’a mis dans le nœud à l’équivalent des autres. « Toutes les images sont bonnes », alors cela dépend… Bonnes à quoi ? Elles peuvent être mauvaises et bonnes, c’est comme dans la langue, il y a tout un tas de dévalorisations, là, de l’imaginaire. Elles sont bonnes, je dirais comme ça, elles lui sont bonnes, pour faire passer ce qu’il veut dire. Il y a trois petits exemples d’images, enfin il y en a deux qui sont plus intéressants, il y a l’image du paralytique chevauchant l’aveugle, celle-là, elle est vraiment excellente, le paralytique, vous vous souvenez ? Le paralytique, c’est la figuration des instincts primitifs avant l’unification du Moi, quand il y a encore un corps morcelé. Il chevauche cet aveugle qu’est le Moi, pourquoi il est aveugle, il est aveugle parce qu’il est encore fasciné par l’image du corps, je crois qu’on ne peut pas mieux contrer une conception idéalisée du développement qu’avec cette image qui reprend un peu une parabole médiévale, mais à sa façon, du paralytique, et puis bien sûr, qui évoque aussi ce qu’a dit Platon et ce qu’a dit Freud aussi, du cavalier et du cheval.

Il y a aussi l’image du serpent et de l’oiseau mais celle-ci n’est pas tellement intéressante mais ce qui est formidable, c’est qu’il y a l’image de la machine cybernétique, fascinée par une autre machine et du coup bloquée, c’est quand même extraordinaire. Autrement dit la machine, qui est le fonctionnement symbolique entifié, dont il va nous parler tout le séminaire, il la fait ici se comporter comme un Moi, bloqué devant l’autre machine. Pourquoi ? Il le dit bien, c’est qu’il y a une limite à ce qu’elle peut faire en matière de comptage, son fonctionnement est un pur fonctionnement de comptage, on est vraiment habitués à ça maintenant, mais il y a une limitation à ce fonctionnement, c’est qu’elle ne peut pas se compter elle-même. Je ne sais pas si aujourd’hui c’est toujours vrai, je n’en sais rien, ça n’a pas d’importance mais parce que c’est crucial cette question que le sujet se compte. Dans ce séminaire et dans d’autres, on verra comment le sujet, le sujet au sens courant, c’est-à-dire tout individu se compte. Lacan en donne des exemples fréquemment, mais surtout l’auto-comptage du sujet c’est l’opération fondamentale du sujet inconscient, c’est vraiment tout à fait central.

J’ignore bien sûr complètement ce qu’ont dit ou ce que diraient les cybernéticiens et tout ça mais je dirais qu’on repère déjà dans cette leçon du début, avant même qu’il développe ce qui rapproche psychanalyse et cybernétique, qui est le titre de sa conférence de fin d’année, on repère déjà où est la limite à ce rapprochement, dans cette question du sujet. La cybernétique vise à mettre en place un esprit sans sujet, c’est son programme déclaré, c’est sa visée, et Dupuis dit ici que c’est son apport le plus significatif à la philosophie. Marie-Christine [Laznik] avait très bien expliqué comment Lacan était au courant assez tôt des travaux en particulier de Lawrence Kubie qui avait été neurophysiologiste puis psychanalyste et qui avait donné une théorie des circuits réverbérants qui pour lui était le substratum de l’automatisme de répétition freudien, et il semble que Lacan le connaissait, que ça a soutenu son travail. Et Dupuis lui en fait hommage, mais il faut quand même dire et c’est intéressant que Dupuis manifeste aussi une incompréhension tout à fait compréhensible, si j’ose dire, de Lacan. Je vais vous lire un passage, c’est dans un chapitre qui s’appelle « Une philosophie de l’esprit sans sujet », alors il écrit ceci :

« Lorsque à partir du début des années 1950, les sciences de l’homme "à la française", structuralistes puis poststructuralistes, dont la filiation avec la pensée de Heidegger est indiscutable, ont eu à dire le mystère de l’être et son dévoilement, c’est dans la cybernétique qu’elles sont allées puiser leurs métaphores. S’agissait-il de montrer que l’homme n’était pas maître chez lui, que loin de maîtriser son langage c’est celui-ci qui le maîtrise ? Et que l’ordre "symbolique" est irréductible à l’expérience humaine, bref, que "ça parle", lorsque l’homme croit parler. C’est aux automates cybernétiques et à la théorie de l’information que l’on a fait systématiquement référence. Le cas le plus typique est celui de Jacques Lacan qui plaça son séminaire entier de l’année 1954-55 sous le signe de la cybernétique. L’apothéose étant la lecture de The Purloined letter d’Edgar Poe, dans les termes de la théorie des automates. Lacan devait plus tard ouvrir ses Écrits par une réélaboration de ce séminaire sur La lettre volée, texte obscur dont il fournissait, prétendait-il la clé dans une introduction paradoxalement rejetée à la fin, prenait la forme de jeu cybernétique sous la forme de jeu de pair et d’impair, destiné à illustrer "comment un langage formel détermine le sujet ».

Alors voyez, c’est explicite et ensuite, c’est Lacan qui est visé dès le début lorsqu’il dit que les sciences de l’esprit, « de l’homme à la française ont eu à dire le mystère de l’être », vous pensez si pour Lacan il n’y avait strictement aucun mystère de l’être. C’était un trou.

H. Ricard Il parle d’être, quand même,

V. Nusinovici – Je n’ai dit pas de mystère de l’être,

H. Ricard Le trou n’est pas encore peut-être tout à fait là,

V. Nusinovici – Est-ce qu’il y a un mystère de l’être là ? Très tôt l’être est dans l’intervalle signifiant, dès les premiers séminaires. [H. R – On ne va pas discuter.]

On reprendra ensemble cette discussion pour savoir s’il y a un mystère de l’être. Il y a des types qui ont écrit des pavés sur la question de l’être chez Lacan.

Je voulais vous dire ceci, c’est que j’ai sauté une proposition, je vous ai lu tout ça et j’ai sauté une proposition, c’est celle-ci : « Quand ils ont eu à dire le mystère de l’être et son dévoilement, le langage poétique n’étant pas nécessairement leur fort, c’est dans la cybernétique qu’ils sont allés puiser leurs métaphores ».

Alors ça c’est évidemment un peu d’aveuglement, peut-être un peu tendancieux, tout ce qu’on veut, après tout c’est de bonne guerre, Lacan aussi, était assez polémique.

H. Ricard Non, mais il est vexé, il n’a pas compris,

V. Nusinovici – A-t-il vraiment lu La Lettre volée ? Si vous voulez je crois qu’on voit bien la ligne de séparation parce que, avec des termes très simples je dis ça, Lacan dit dans sa conférence, le message cybernétique est une suite de signes, tandis que ce dont il parle là, Dupuis, pour dire qu’il est méconnu des structuralistes, de Lacan, tandis que la poétique c’est-à-dire pour nous l’invention signifiante, c’est ça qui ouvre le champ du sujet de l’inconscient.

On dit quelques mots, mais peut-être tu vas dire aussi, tu vas aborder tout ça… Pour le distique, ce distique qui a été salopé. Lacan avait dit c’est un distique d’Angelus Silesius. C’était une erreur qu’il a corrigée plus loin. C’est bien compréhensible. Deux mystiques du XVIIe siècle pas tellement séparés dans le temps, avec des distiques qui souvent se ressemblent, sauf si on est spécialiste, il est un peu salopé… mais je vais vous donner plus loin, il est à peu près correctement transcrit.

H. Ricard Tu as le bon texte ?

V. Nusinovici – Non, mais même Lacan donne le bon texte après. Alors j’envoie un mail à Martine [Lerude] qui est germanophone, pour être sûr. Je crois qu’il y a un truc caché là-dedans, pourtant ça n’a pas l’air tellement compliqué comme ça.

Qu’est-ce qu’il en est de ce distique ? Il est à la page, il est repris à la page 431 où Lacan dit qu’il l’a déjà écrit deux fois au tableau et personne ne lui en a demandé l’explication. Et il avait dit si j’arrive où je veux en arriver, on en parlera.

Alors le distique il dit, il est complètement salopé bien entendu, même dans la version du Seuil, il est mal orthographié. Je pense qu’il est juste à la fin car ce n’est pas tellement facile de trouver le texte exact…

H. Ricard C’est la traduction ?

V. Nusinovici – Il y a les deux. Tu veux que je te le lise en allemand ?

H. Ricard Mais je l’ai, dans Miller il n’y a que le texte allemand.

V. Nusinovici Oui, mais je ne sais même pas si dans Miller, il est juste !

H. Ricard Lis d’abord le texte allemand, ce n’est pas long.

V. Nusinovici Je te le lis tel que Lacan le reprend :

« Indem er alles schaft, was schaftet der Höchste ? – Sich.

Was schaft er aber vor er alles schaftet ? – Mich. »

H. Ricard C’est ce qu’il y a dans le Miller, c’est exactement ça. Ce n’est pas schlaffet, c’est schafet.

V. Nusinovici – Schafft ou schafftet. Avec deux ff, plutôt qu’avec un seul f, ça dépend.

Martine Bercovici Mais c’est du vieil allemand sans doute.

V. Nusinovici C’est du vieil allemand, c’est pourquoi Martine [Lerude] même dit que ce n’est pas sûr qu’il n’y ait pas là-dedans un truc qu’on ne voit pas tout de suite. Il ne semble pas d’après Klaus Rath qu’il y ait vraiment de piège dans cette traduction. Alors tandis qu’il créait, que faisait le Très Haut ?Sich, soi-même. Que créait-il avant de créer tout ? Moi-même. Lacan balance plus vite sa traduction, mais en gros c’est ça.

Bernard Vandermersch Il manque encore un tiret.

V. Nusinovici Oui, il manque un tiret, le distique n’est pas coupé où il faudrait, puisque évidemment il y a un parallélisme, enfin, ça réclame une autre édition qu’on ne va pas tarder à faire dès qu’on aura épuisé celle-là. On doit l’exporter il paraît, dans le cadre de la mondialisation on doit l’exporter.

Lacan il dit là, c’est une affirmation hasardée mais qui vise probablement quelque chose. Après, je vais vous dire ce qu’il en dira après. Il ne s’explique pas dessus. Je n’y connais rien du tout à tout ça. Tous ces distiques, Chepko, j’en avais jamais lu, mais ce qu’on trouve chez Angelus Silesius, il y en a souvent ce lui ou toi et moi, ce qui est probable si on suit Lacan, c’est encore plus sûr, c’est que Moi au XVIIe siècle, chez un mystique en plus, n’a certainement pas la note que ça a chez nous. Ce n’est pas qu’il prétendait qu’il était la fleur de la création qui était là avant. C’est difficile. Ce que Lacan en tout cas dit, il a déjà développé les uns et les zéros. Il dit à la fin « simplement dans la perspective que nous avons abordée aujourd’hui et qui est celle que je viens d’illustrer intentionnellement par le distique de Daniel Von Chepko, [en fait il a parlé du Tabach], vous voyez qu’il y a une sorte de mirage, par où le langage, à savoir tous vos petits zéros et uns est là de toute éternité.

Ça, il avait déjà insisté là-dessus, c’est-à-dire qu’à partir du langage, on a l’impression que tout existait déjà avant, que le Moi était déjà comme ça, c’est dans les leçons précédentes, je ne sais pas il doit y avoir des tas de glose là-dessus.

C’est-à-dire de peser ce que veut dire, mais ce n’est pas sûr que Lacan le prenne dans le même sens que Chepko. Ce qu’il veut nous dire là.

Julien Maucade La jouissance des mystiques ?

V. Nusinovici Je ne sais pas, on peut facilement dire des tas de choses. Ce qui me paraît important, il n’y a pas intérêt à coller là-dessus le Moi tel que nous le connaissons, il a assez dit lui-même que le Moi tel que nous le connaissons est une affaire culturelle, que l’homme ne s’est pas toujours regardé comme ça.

H. Ricard C’était très bien ! J’ai presque plus rien à dire. Une remarque un peu idiote que je voudrais faire quand même mais pas du tout critique à l’égard de ce que tu as dit, mais la conscience à la limite ça peut se trouver chez l’animal ?

V. Nusinovici Il dit peut-être, mais ne nous avançons pas trop.

H. Ricard Qu’est-ce qui fait précisément la différence, c’est qu’il y a cette fameuse conscience de soi qu’on peut prendre d’abord au niveau du Moi. Ce que fait Descartes, car Descartes n’emploie pas le même sujet mais désignant son opération dans le cogito, il dit ce Moi, ou du moins le duc de Lyuines qui le traduit mais c’est la même chose en fait.

Ce point d’existence que je suis, mettons en restant Moi, ce que Lacan fait c’est le déporter vers l’image du lac, c’est-à-dire que essentiellement le Moi n’est pas ponctuel et immédiat, il est au contraire repéré à partir de la relation spéculaire et du petit autre et c’est ce qu’il dit pendant toute la leçon. Voilà je me permets, je crois que c’est cette tension vers un autre et là, à ce moment-là, il y a le Moi qui intervient. Autrement dit la philosophie se trompe, en faisant cette conscience, Une. Et il y a un dernier point que tu n’as pas développé mais qui est assez banal, c’est que si je veux passer au sujet, non plus au Moi, il me faut l’instance tierce et le symbolique et bravo Lévi-Strauss, qui a effectivement montré, même s’il y a des gens qui n’ont pas apprécié que le symbolique et le système de parenté qui organisait en quelque sorte ces relations intersubjectives.

V. Nusinovici Bien sûr, je suis absolument d’accord avec ça.

H. Ricard Je n’ajoute rien à ce que tu dis.

V. Nusinovici Merci beaucoup pour cette appréciation positive.

J. Maucade Je peux juste faire une remarque c’est qu’il me semble qu’en 1954, Lacan s’adresse à des praticiens, qui sont dans cette question du Moi, [V. Nusinovici tu as raison !] et de renforcer les éléments bien dans le Moi et il essaie de glisser doucement avec des doses homéopathiques,

V. Nusinovici Pas de décentrement homéopathique.

J. Maucade Non, il essaie un petit peu, petit à petit. À un moment, il me semble que dans cette leçon ou celle d’après il a dit, comme tu dis, il rétablit l’imaginaire puisqu’il dit : Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, je ne vous ai pas dit que l’imaginaire c’est « caca » et que le symbolique, c’est… Ils sont encore dans l’époque de l’I. P. A.

V. Nusinovici Je ne sais pas il faudrait les étudier chacun, ils sont encore dans l’époque de l’I. P. A.

J. Maucade Il n’a pas encore fait son séminaire sur Les non-dupes errent. Il n’a pas été excommunié et il s’adresse à ces pratiques-là.

H. Ricard Mais je veux quand même ajouter que c’est un créateur génial déjà dans cette leçon. Il a des arrière-pensées théoriques extrêmement riches qu’il ne fait que lancer par x pseudopodes. Il est déjà Lacan.

V. Nusinovici C’est déjà développer la suite, il sait déjà vers où il veut aller ce n’est pas le cas de tous les séminaires. Mais là manifestement il sait déjà ce qu’il va faire, je ne sais pas s’il a déjà La lettre volée ou autre chose, mais en tout cas, avec la cybernétique, avec cette succession, avec cette mémoire symbolique, il le sait déjà, et si j’ai raison, il pointe déjà la limite, n’est-ce pas, c’est-à-dire que la cybernétique évidemment, elle ne peut pas nous parler du sujet et encore moins du sujet de l’inconscient, cela va sans dire, ça n’empêche pas son utilité de modèle.

J. Maucade Je voudrais insister sur la relecture par Lacan de Freud. Il s’adresse à des gens qui lisent Freud d’une certaine manière, et quand il dit que Freud « s’embarrasse comme un poisson d’une pomme », il s’adresse à ces praticiens qui ont lu Freud de cette manière aussi, et comme il est très fin, je lis Freud comme ça, mais je pense que l’adresse, à qui il s’adresse, c’est important.

V. Nusinovici Tu as raison.

H. Ricard Mais Pontalis et Leclaire sont des théoriciens les meilleurs en dehors de Lacan. Ils ont du mal à lire Freud, on le voit dans la leçon précédente. Ils se sont foutus dans Au-delà du principe de plaisir, ce n’est pas de la tarte comme texte, quand même, je me permets de faire la remarque. Ce n’est pas seulement des praticiens ce sont des gens qui essaient de se repérer mais ils ne pigent pas encore ce que Lacan veut dire.

V. Nusinovici – Ce n’est pas des types lambda, c’est ça qui est intéressant. Ce sont tous des types assez remarquables. Ça vole quand même assez haut. [H. R Les meilleurs de ce groupe ;] Et chacun fera son chemin, et c’est ça qui est intéressant. Ils pigent vite, ils travaillent vite aussi tous, ça ne rigole pas à l’époque. D’ailleurs il leur dit, il faut y aller. On peut prendre de la graine de cela, la façon dont ils carburent. On ne va pas nous 60 ans après dire qu’ils n’ont pas compris, ce serait ridicule.

Pierre-Christophe Cathelineau Pour aller dans le sens de ce que vous dites, Hubert [Ricard], la façon dont il amène le Moi en parlant de la projection de l’image sur la surface, c’est une façon je dirais implicite mais déterminée de mettre en place ce dont il parle dans le précédent séminaire mais de l’asseoir de façon plus nette de la fonction de l’imaginaire. C’est l’imaginaire qui est en jeu là-dedans. Et donc l’imaginaire en tant que précisément il englobe la question du Moi et constitue un registre spécifique par rapport au symbolique. Et ce qui est intéressant dans cette leçon c’est qu’on a d’un côté le développement de la question de l’imaginaire et de l’autre côté le développement de la question du symbolique. Et on a ces deux dimensions qui sont développées l’une à travers la question de l’image dans le miroir… dans le lac, et l’autre à travers la question de la cybernétique, mais il a cette architecture théorique qui est là,

H. Ricard Qui est déjà là,

P.-Ch. Cathelineau Et qui est là tout au long du séminaire et qui est là jusqu’à la fin d’ailleurs.

H. Ricard Donc le Moi n’est pas un point. C’est la réflexion, c’est manifeste.

P.-Ch. Cathelineau Mais ce qui est intéressant, c’est que justement il déplace la question du moi, de façon tout à fait novatrice vers la question du registre de l’imaginaire et il le fait dans la leçon là.

Marc Darmon Oui, il combine les deux dans cet apologue du lac parce qu’il fait dépendre, enfin c’est la conscience qu’il décrit comme la réflexion dans le lac mais il déplace la conscience immédiate en interposant une machine, c’est-à-dire l’enregistrement et la restitution de l’image quand les hommes se réveilleront,

H. Ricard Il dit même qu’il y a le sujet dans la machine, y a le Moi, mais le sujet il y est,

M. Darmon Oui, y a le sujet, y a la discussion que Valentin [Nusinovici] reprend sur la limite de la cybernétique, c’est le sujet. Mais je crois que dans cette leçon, Lacan ne recule pas par rapport à des cris humanistes qui pourraient jaillir. Valentin [Nusinovici] a raison, il a en tête la cybernétique et plus précisément on pourra le montrer la machine de Shannon qui joue au pair et impair et qui a été construite dans les années cinquante. C’est une machine qui détecte des régularités inconscientes que peut produire le joueur. C’est-à-dire c’est une machine qui tient compte de l’inconscient du joueur et c’est ce qui va donner la suite des plus et des moins et des alpha bêta de La Lettre volée. Il faut souligner l’importance de cette référence. Non seulement, cette machine des plus et des moins et des alpha bêta contient le sujet mais il décrit la chaîne qui est produite par cette machine comme mettant en place les quatre termes du sujet, de l’autre, de l’objet et du Moi.

V. Nusinovici – Elle se traite comme un sujet ?

H. Ricard Non, non !

M. Darmon Il y a la question : est-ce que la machine se compte comme sujet ? Lacan, le suppose [Brouhahas]. Je crois qu’il n’y a aucun inconvénient à ce que la machine se compte comme sujet, comme un, simplement il fait peut-être allusion à la machine de Turing. La machine de Turing avec laquelle Turing a redémontré le théorème de Gödel. C’est-à-dire, Turing fait intervenir une machine qui se bloque, qui s’arrête ou qui continue. Voilà, Il s’agit de savoir si la machine va s’arrêter ou si elle va poursuivre son calcul indéfiniment et il suppose l’existence d’une autre machine qui en analysant le programme de n’importe quelle machine, va être capable de prédire si la machine s’arrête ou si elle continue indéfiniment. Le tour de passe-passe consiste à faire examiner par cette machine qui est capable de lire les programmes des autres, on lui fait examiner son propre programme. Alors c’est une machine qui, lorsqu’elle examine un programme d’une autre machine, va s’arrêter si la machine examinée va continuer indéfiniment et elle va continuer indéfiniment si la machine examinée va s’arrêter. Alors si on lui file son propre programme, elle se bloque ! Parce qu’elle est en pleine contradiction.

B. Vandermersch Enfin c’est une expérience mentale ça ! Ce n’est pas une vraie machine ; c’est une expérience mentale,

M. Darmon C’est une expérience mentale. Mathématique !

B. Vandermersch Mathématique, oui !

H. Ricard – Non, ce n’est pas dans le texte hein !

V. Nusinovici – C’est ça qu’il dit, dans le blocage, y a de ça. Ah oui, c’est très importantça.

H. Ricard – Non mais c’est de l’image, c’est de l’imaginaire, la machine. Ça ne correspond pas au traitement très précis et très conceptuel que nous dit [Marc] Darmon. Là, les deux machines,

V. Nusinovici Oui, bien sûr parce qu’il le dit vite mais il a peut-être été influencé par ça quand même.

M. Darmon Oui, alors effectivement, la machine a une limite, elle ne peut pas considérer son propre programme sans devenir folle.

H. Ricard Oui, tandis que là c’est une illustration du spéculaire, c’est-à-dire de l’impossibilité pour le premier moment ou la première machine, d’avoir un désir à elle et à ce moment-là c’est le désir de l’autre mais du coup il y a la rivalité. Donc c’est beaucoup plus simple,

M. Darmon Oui, il y a la rivalité et puis il faut une autre…

H. Ricard Il faut l’instance tierce symbolique. Même si par ailleurs les machines ont été construites par l’intelligence et ressortissent au symbolique effectivement, mais ce n’est pas ce qui est en cause dans l’image qu’il nous propose. C’est une petite renarde ou je ne sais pas une bestiole.

V. Nusinovici Ce n’est peut-être pas une façon de dire que c’est nous qui puissions être de telles machines puisque nous nous avons ce programme symbolique et pourtant nous pouvons nous coincer comme ça. C’est peut-être ça la lecture.


La Topologie et le Temps, Leçon III, Pierre-Christophe Cathelineau

P.-Ch. Cathelineau Je vais tout de suite enchaîner sur la leçon III de La Topologie et le Temps du 19 décembre 1978. Alors il faut savoir que c’était [Jean] Brini qui devait faire ce commentaire. Jean Brini est malheureusement souffrant, il n’a pas pu venir. Il nous a transmis un certain nombre de documents qui seront mis en ligne après cette séance de travail et sur lesquels nous nous sommes appuyés, en partie, pour faire l’explication du commentaire, mais j’improvise un peu au débotté une explication des leçons III, IV et V. Mais c’est au débotté donc je vous prierais de m’excuser pour mes approximations et les difficultés que j’ai pu rencontrer.

Alors ce qui est important c’est que, il parle de Gloria au début. Il dit :

« Elle m’aide, elle m’aide à couper les ficelles quand j’ai à faire des ronds de ficelles. Les ronds de ficelle, c’est théorique, ça a affaire avec des cercles, des cercles souples et même élastiques, ça s’imagine. Mais l’imagination ne va pas loin.

La topologie est imaginaire. Elle n’a pris son développement qu’avec l’imagination. Il y a une distinction qui est à faire avec l’Imaginaire et ce que j’appelle le Symbolique. Le Symbolique c’est la parole. L’Imaginaire en est distinct. »

Alors je dis ça parce que c’est quand même fantastique de voir, c’est remarquable que par rapport à la leçon qui vient d’être expliquée on a effectivement, je dirais, du début à la fin, la thématique est résumée de façon extrêmement concentrée au début de La Topologie et le Temps. Au fond là, on saisit très bien comme le disait Hubert [Ricard], la continuité d’une pensée et d’une pensée qui arrive à son terme avec une distinction entre l’Imaginaire et le Symbolique, et le Réel bien sûr, qui est une distinction qui est déjà là, à l’œuvre dans le séminaire II. Avec ceci de particulier, c’est que, d’une part il dit que « l’imagination ne va pas loin », ce qui est léger bémol par rapport à notre enthousiasme, mais il dit aussi que la topologie est imaginaire. Donc il ne la situe pas du tout du côté du Symbolique, il la situe du côté d’une manipulation imaginaire. Et ça, c’est quand même un point aussi, qui mérite d’être souligné de façon très nette. Nous sommes en faisant ce travail non pas dans le Symbolique mais dans l’Imaginaire, et c’est cet Imaginaire qui nous permet peu ou prou d’avancer.

Alors il y a un deuxième paragraphe – Tout ça tient en une page :

« Il y a des surfaces qui sont à l’occasion sans bord. Un tore, par exemple est une surface sans bord. Néanmoins un tore peut être aplati et si on l’aplatit, ça fait une surface avec bords. C’est même pour ça qu’un tore peut servir à faire une bande de Mœbius. »

Vous voyez que ce que nous a reproduit ici Jean Brini, ce n’est pas le dessin qui est ultra schématique dans le texte de [Patrick] Valas, mais c’est ce dessin où on voit comment, effectivement, on passe d’un tore à une bande de Mœbius.

B. Vandermersch Enfin, c’est un peu artificiel,

P.-Ch. Cathelineau C’est un aplatissement très net, il faut coller les deux bords.

J. Maucade – Ce n’est pas une bande de Mœbius.

B. Vandermersch Ben, si tu colles vraiment, oui.

Martine Bercovici Il y a une coupe,

B. Vandermersch Si tu identifies les deux faces,

P.-Ch. Cathelineau Il faut que les deux faces…

M. Bercovici Il n’y a pas la torsion.

H. Ricard Il n’y a pas la torsion, c’est vrai.

[Brouhaha]

M. Bercovici C’est impossible de faire la torsion.

M. Darmon Si on aplatit une chambre à air et on pousse l’index, on tourne.

B. Vandermersch On tourne. Il faut tourner et à ce moment-là on produit la bande de Moebius.

M. Bercovici Y a pas de coupe ?

B. Vandermersch Pas si on l’aplatit simplement.

Y. À ce moment-là tu introduis la torsion.

M. Bercovici Ya pas de bord,

B. Vandermersch Si, on peut le faire.

V. Hasenbalg-Corabianu Et si il dit nous pouvons couper le long du pli.

J. Maucade – À ce moment c’est de la chirurgie,

P.-Ch. Cathelineau Dans l’Étourdit c’est de la chirurgie.

M. Darmon Oui dans l’Étourdit c’est comme ça. C’est-à-dire le pseudo bord, en fait, le pli.

B. Vandermersch Le pli qui fait bord. Le pli qui fait bord on le coupe,

M. Darmon On coupe selon le pli et on obtient une bande de Mœbius biface.

B. Vandermersch Double

M. Darmon Double. Là il s’agit d’une bande de Mœbius avec trois demi-torsions, enfin pas sur le dessin, sur la suite du…

P.-Ch. Cathelineau Pourquoi cette question du tore juste après la topologie est imaginaire. Je pense que c’est une façon de nous rappeler que, ce qu’il a dit dans le séminaire précédent, que la question du tore et la question de la bande de Mœbius, et ce rapprochement du tore avec la bande de Mœbius, pour rappeler l’Étourdit c’est la problématique du sujet. Tout simplement. C’est le sujet dans sa division.

J. Maucade – La question de l’âme dans le tore, dont on a beaucoup discuté dans le séminaire avant. On se demandait ce que c’était.

P.-Ch. Cathelineau Oui exactement.

B. Vandermersch Non, je ne sais pas… L’âme c’est quoi ? C’est l’intérieur ou c’est le trou ?

P.-Ch. Cathelineau Oui c’est l’intérieur.

B. Vandermersch Là il est complètement aplati, de toute façon y en n’a plus.

H. Ricard Il n’y a plus d’âme. Comme Jésus…

P.-Ch. Cathelineau Non, non, on n’est pas animiste. On n’est pas dans une logique…

B. Vandermersch Ce n’est pas rigoureux là…

J. Maucade – Ce n’est pas l’âme qui quitte le corps !

P.-Ch. Cathelineau C’est le mot qui est le même, mais…

B. Vandermersch C’est l’âme qui est aplatie.

P.-Ch. Cathelineau L’aplatissement de l’âme…

B. Vandermersch C’est ce que l’on appelle une dépression ! Il faut regonfler.

P.-Ch. Cathelineau Bon on va passer au texte suivant, leçon IV. Alors là ça se corse. Sévèrement, Ça se corse parce qu’il commence par dire :

« Il n’y a pas de rapport sexuel, c’est ce que j’ai énoncé. Qu’est-ce qui y supplée, parce qu’il est clair que les gens, ceux qu’on appelle tel, soit les êtres humains, les gens font l’amour. Il y a à ça une explication : La possibilité – notons que le possible c’est ce que nous avons défini de ce qui cesse de s’écrire – la possibilité d’un troisième sexe. Pourquoi est-ce qu’il y en a deux d’ailleurs, ça s’explique mal. C’est ce qui est évoqué dans la doublure d’Ève à savoir Lilith. L’évocation n’est pourtant pas une chose précise. C’est justement de précision, c’est-à-dire de Réel, que j’ai fait état en rêvant en somme à ce qu’il en est du nœud borroméen. »

Alors il y a deux points qui sont très importants dans ce premier paragraphe. Il y a trois points. La question du non rapport sexuel, premier point. Deuxième point la possibilité d’un troisième sexe, le troisième sexe étant représenté par Lilith et je vais y revenir, et troisième point la problématique d’une précision qui rendrait possible l’écriture du non rapport sexuel. Et cette précision qui est supposée rendre possible l’écriture du non rapport sexuel c’est le nœud borroméen. Il y a trois points. Alors venons-en à Lilith.

Le mythe de Lilith est un mythe très ancien dans le Midrash, on le trouve développé dans de nombreux Midrash, il trouve en quelque sorte son acmé dans un texte qui nous est rappelé d’ailleurs dans le document que va vous transmettre Jean Brini qui est l’alphabet de Ben Sira, qui est un commentaire de l’Ecclésiaste. Et ce commentaire de l’Ecclésiaste se confronte à la difficulté en quoi consistent les deux récits de la Création. Vous savez qu’il n’y a pas qu’un seul récit de la Création mais il y en a deux. Et dans le premier récit, on l’avait travaillé avec Madame Vana, à l’époque, on l’avait travaillé en hébreu.

P.-Ch. Cathelineau « Et Dieu créa l’homme à son image. À l’image de Dieu il le créa. Il le crée, homme et femme il le créa. »

[Manque la romanisation de l’hébreu.]

B. VandermerschZakhar et Néquéva. Mais justement ce n’est pas homme et femme. C’est « mâle » et « femelle ».

P.-Ch. Cathelineau La traduction est mauvaise.

B. Vandermersch – Parce qu’après il y a Ish et Isha

P.-Ch. Cathelineau Je vois les objections,

B. Vandermersch – On a appris hein!

P.-Ch. Cathelineau On a appris ! Moi aussi j’étais là donc je m’en souviens ! Zakhar et Néquéva, « mâle » et « femelle » dans le second récit, Dieu crée d’abord Adam, ensuite Yahvé fait tomber l’homme dans un profond sommeil, vous vous en souvenez, il prend une de ses côtes, referme la chair à sa place. Et de la côte il façonne une femme et la ramène à l’homme. Alors ce qui est important là–dedans c’est que, Lilith dans le commentaire de l’alphabet de Ben Sira, Lilith c’est en quelque sorte la femelle de la première création, et cette femelle de la première création se dispute avec le mâle qui est surnommé Adam-Kadmon et qui a ceci de particulier, c’est qu’il est uni dos à dos avec elle. Ils se disputent sur leur position respective pour faire l’amour, chacun voulant être au-dessus, symbole de la suprématie. Lilith voyant qu’elle ne peut pas faire céder Adam-Kadmon invoque le nom de l’Ineffable et reçoit miraculeusement des ailes et elle s’envole hors du jardin d’Eden. Comme elle se refuse, sa punition ça va être que tous ses enfants vont mourir à la naissance. Et désespérée par cette mort, et ça c’est dans la tradition juive parfaitement attestée, désespérée par cette mort elle a le pouvoir en compensation de tuer tous les enfants des autres. Vous vous souvenez, enfin ceux qui connaissent le mythe. Alors, vous me direz qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Pourquoi est-ce que Lacan amène ce mythe sur la table ?

J. Maucade – Tu as la réponse ?

P.-Ch. Cathelineau Non je n’ai pas la réponse, mais je sais que quelqu’un ici à la réponse et je vais lui proposer de donner la réponse.

M. Darmon Pourquoi Lacan amène ce mythe ? On peut supposer que Lilith et Adam représentent le rapport sexuel avant l’intervention de la fonction phallique et puisqu’elle disparaît. Alors, dans la leçon suivante Lacan souligne que Lilith ne peut pas coexister avec Adam et Ève, elle ne peut pas être là en même temps, c’est pour ça qu’il met un bémol au troisième sexe. Donc, on peut supposer comme ça, que Lilith et Adam représentent le rapport sexuel en tant qu’il serait écrit et ce serait un temps antérieur à la fonction phallique qui se substitue à l’absence du rapport sexuel.

H. Ricard Mais est-ce que le troisième sexe ce n’est pas le phallus tout simplement ?

P.-Ch. Cathelineau Mais il y a une autre hypothèse, dis-là, qui est beaucoup plus prémonitoire d’une modernité,

M. Darmon Alors on en a discuté avec Pierre Christophe [Cathelineau] de l’avenir de l’humanité…

[Brouhaha]

P.-Ch. Cathelineau Attendez, je vous renvoie à un livre qu’il faut lire parce que c’est un excellent livre et qui contient des hypothèses intéressantes c’est La vraie vie de Badiou. Et dans La vraie vie de Badiou, que dit-il ?

M. Darmon Alors Badiou, bon c’est Badiou quoi ! Mais il a cette idée intéressante que l’avenir de l’homme c’est la femme. Et que les femmes peuvent se passer des hommes. C’est-à-dire qu’elles pourraient remplacer la reproduction sexuée par l’insémination artificielle et remplacer les relations hétérosexuelles par des relations homosexuelles.

J. Maucade –Lacan dit c’est une connerie.

P.-Ch. Cathelineau C’est pour ça que les deux sexes ne subsistent pas avec le troisième. Aucun de ces trois termes ne subsiste l’un par rapport à l’autre. Donc je pense qu’il y a une vision anticipative dans ce texte. Ce qui me fait dire qu’il y a une vision anticipative, c’est que par ailleurs, ce qui conclue les propos de Lacan dans ce séminaire, à savoir le nœud généralisé, est clairement une vision anticipative, mais je le montrerai plus loin et pas tout de suite. Mais c’est carrément une vision anticipative sur la question du non rapport sexuel et du rapport sexuel.

J. Maucade – Par rapport à ce que disait Marc, il y a un texte de Freud qui est un peu difficile je n’ai pas les références en tête, mais quand il parle de l’identification de l’enfant aux parents et un moment il dit l’enfant s’identifie aux parents qui sont non différenciés.

M. Darmon C’est le texte sur L’Identification. La première identification.

J. Maucade – Et je me demande si Lacan n’avait pas en tête ce texte-ci en parlant de Lilith, de la femme dos à dos.

P.-Ch. Cathelineau Je finis, je finis parce que si je n’avance pas [Brouhaha]

H. Ricard Une remarque un peu idiote, dans le tableau de la sexuation il n’y a que le troisième sexe alors ? Il y a le phallus qui a pris la place de l’homme et de la femme qui n’est pas toute phallique mais qui est quand même liée au phallus. Donc moi, j’avoue que j’ai tendance à rabattre un peu l’expression de Lacan vers quelque chose de banal.

M. Darmon Parce que vous entendez le troisième sexe comme le phallus ?

H. Ricard Oui.

M. Darmon Je pense qu’on peut l’interpréter différemment, c’est-à-dire le troisième sexe c’est le mythe qui explique l’étape antérieure au serpent…

[Inaudible]

H. Ricard C’est mieux votre explication, je l’admets.

[Question inaudible]

M. Darmon C’est la reprise par le mythe de la logique.

H. Ricard En tous cas l’homme et la femme, c’est le phallus,

V. Hasenbalg Corabianu Dans ce que tu dis, Marc [Darmon], le trois n’existe pas ?

P.-Ch. Cathelineau Non, on a deux et un…

M. Darmon C’est pour ça que je suppose le premier rapport sexuel entre le premier Adam et Lilith

B. Vandermersch – Ya pas de rapport sexuel puisqu’ils ne baisent pas !

M. Darmon Oui parce qu’ils sont dos à dos.

B. Vandermersch – C’est un rapport sexuel spécial !

M. Bercovici Ça me fait penser au mythe platonicien…ce troisième sexe c’est la recherche d’un féminin mythique.

H. Ricard Chez Platon, ils sont deux…

M. Bercovici – Oui y a deux et après cette recherche éperdue de l’un et l’autre et là où ils sont trois, donc il y a deux féminins.

H. Ricard Mais non, chez Platon ils sont deux mais Socrate dit c’est pas ça. Ils sont deux chez Platon mais après Socrate dit : non ils sont pas deux et il faut le trois sinon le Bien… sinon vous pouvez pas parler d’amour.

P.-Ch. Cathelineau Mais il dit leçon V :

« Je suis plutôt embêté de ce que je vous ai argumenté la dernière fois, à savoir qu’il faut un troisième sexe. Ce troisième sexe ne peut pas subsister en présence des deux autres. »

Il le dit clairement, donc ça irait plutôt dans le sens de ce qu’on avance comme hypothèse, c’est-à-dire si effectivement pour une raison symbolique hypothétique, il s’avérait que ce soit le troisième sexe qui, je dirais, existe, les deux autres s’annuleraient et c’est assez conséquent et consistant avec ce qu’on a dit sur l’avenir de l’humanité, en tout cas comme potentialité. Et alors, je voudrais quand même continuer l’explication, leçon IV :

« Le nœud borroméen a comme consistance de s’imaginer. Quelle est la différence entre l’Imaginaire et ce qu’on appelle le Symbolisme (sic) autrement dit le langage ? Le langage a ses lois dont l’universalité est le modèle, la particularité ne l’est pas moins. Ce que l’Imaginaire fait, il imagine le Réel : c’est une réflexion. Une réflexion qui tient au miroir, » c’est donc dans le miroir que s’exerce une fonction. » On est tout à fait dans la première leçon. On est tout à fait là-dedans, ça s’éclaire très bien par rapport à ce qu’on a dit tout à l’heure.

« Le miroir est le plus simple appareil. C’est une fonction en quelque sorte toute naturelle. C’est curieux que j’aie choisi le nœud borroméen pour en faire quelque chose. Mais le nœud borroméen a pour propriété qu’on peut commencer par n’importe lequel. »

Alors là, il parle du nœud borroméen tel qu’on se le représente dans sa forme, je vais dire triviale, dans la forme telle que l’on puisse commencer par l’un ou par l’autre. Or étrangement et c’est ce qu’il va amener dans la suite :

« Tout au contraire, celui-ci :

(1),

on ne peut pas commencer par n’importe lequel. Si on commence par celui-là (le vert) il y a obstacle. Ça fait tresse comme le démontre le dessin qui est à gauche (3), mais si on tire celui-ci vers la droite, ce sont les deux autres qui sont entraînés et on ne sait pas ce qu’il en est de ce qui peut résulter de cet entraînement. En tout cas ce sont les deux autres. C’est le même cas pour celui-ci et c’est bien pourquoi ce qui est là ne peut pas servir à symboliser l’Imaginaire, le Symbolique et le Réel. Car ce qu’on symbolise dans l’Imaginaire, le Symbolique et le Réel c’est l’intérieur du cercle

(5),

c’est le champ intérieur du cercle, le champ c-h-a-m-p. De sorte que ce dont il s’agit, c’est d’une métaphore. Il serait beaucoup plus difficile d’installer une métaphore dans ce dessin là (1),

que dans celui-ci

(5),

à plus forte raison dans le troisième dessin

(2) »

Je vais essayer d’expliquer pourquoi dans le dessin 2 qui est une déformation de celui-là. De 1 à 2 on peut passer en déformant, vous déformez le rouge et vous passez à celui-là. Alors vous allez me dire mais quel rapport ? Quel rapport ? Pourquoi dit-il ça ? Alors je vais vous faire mon hypothèse, vous allez me contredire, très bien on va pouvoir discuter.

Ce qui permet de situer la métaphore, c’est l’intérieur du champ, c’est l’intérieur et qu’il situe sur la figure 5, ici.

J. Maucade – L’intérieur du cercle ?

P.-Ch. Cathelineau L’intérieur du cercle. Est-ce que c’est possible sur cette figure ? Et est-ce que c’est encore plus possible sur celle-là ? Ce que l’on observe notamment sur celle-là, c’est que l’intérieur du cercle se trouve, je dirais déporté. Déporté, ça veut dire que cette idée selon laquelle il n’y a de métaphore que de superposition de l’intérieur du cercle mais Symbolique, Réel ou Imaginaire, n’est pas possible dans les autres métaphores qu’il utilise à travers ces nœuds borroméens, c’est-à-dire que cet intérieur du cercle est inexistant ou en tout cas fait problème. Alors vous allez me dire, mais est-ce que c’est une hypothèse qui mène quelque part ? Il dit :

« La métaphore du nœud borroméen à l’état le plus simple est impropre. C’est un abus de métaphore, parce qu’en réalité il n’y a pas de chose qui supporte l’Imaginaire, le Symbolique et le Réel. Qu’il n’y ait pas de rapport sexuel, c’est ce qui est essentiel de ce que j’énonce. Qu’il n’y ait pas de rapport sexuel parce qu’il y a un Imaginaire, un Symbolique et un Réel, c’est ce que je n’ai pas osé dire. Je l’ai quand même dit.

Il est bien évident que j’ai eu tort, mais je m’y suis laissé glisser… Je m’y suis laissé glisser tout simplement. C’est embêtant, c’est même plus qu’ennuyeux. C’est d’autant plus ennuyeux que c’est injustifié. C’est ce qui m’apparaît aujourd’hui, c’est du même coup ce que je vous avoue. »

Ça veut dire que, alors là je fais peut-être une hypothèse qui va être… pour laquelle vous allez faire des objections… je me lance : l’hypothèse initiale de Lacan c’est de dire que parce qu’il y a un nœud borroméen trivial il y a du non-rapport et ce non-rapport repose sur une métaphore qui est le nœud borroméen. Vous êtes d’accord avec cette première hypothèse ? En tout cas, c’est comme ça qu’il amène le raisonnement et donc à partir du moment où effectivement il découvre comme une exception, sur laquelle va travailler d’ailleurs Soury, un nœud borroméen qui n’implique pas cette superposition des champs, la validité de la métaphore est en cause, c’est-à-dire : est-ce qu’on a bien affaire à la métaphore qui convient ? Si effectivement il y a un Réel borroméen qui se démontre autrement…vous voyez l’hypothèse ? Et donc la métaphore du nœud borroméen à l’état le plus simple est impropre. Et donc ce qui lui avait permis d’affirmer à partir de cette métaphore impropre le non rapport sexuel va faire problème puisqu’on découvre un type de construction borroméenne qui n’est pas une construction telle que il y a un champ à l’intérieur. Vous voyez l’idée ?

Voilà comment je penserais l’ensemble et donc il est amené à l’idée que c’est injustifié. Ça annonce évidemment quelque chose qui va se trouver à la fin, dans les leçons 7 et 8 qui est précisément ce sur quoi il commence à travailler et qui est le nœud borroméen généralisé et qui n’est précisément pas un nœud qui repose sur le coinçage. Donc si la question du coinçage et du champ intérieur est une question fondamentale pour penser le non-rapport sexuel, quid d’un nœud borroméen généralisé où effectivement ce champ ne se présente pas comme une donnée, je dirais imaginaire, perceptible. Voilà l’hypothèse. Maintenant si vous avez d’autres hypothèses et je suppose que tu en as d’autres.

M. Darmon Non, je suis tout à fait d’accord avec ton hypothèse, c’est-à-dire que le nœud borroméen habituel, classique, était chez Lacan une écriture du non-rapport sexuel dans la mesure où aucun des ronds ne fait chaîne avec l’autre. Il y a une histoire qui court sous les leçons du séminaire de Lacan, c’est la correspondance entre Soury et Lacan. Alors entre cette leçon où Lacan dit qu’il est bien ennuyé parce que le nœud borroméen est une métaphore impropre et qu’il s’est trompé en quelque sorte et qu’il faut penser les choses autrement etc.

Il y avait une proposition de Soury, qui l’avait amené, selon Soury, à faire cet énoncé, c’est que Soury pensait dans la classification des nœuds de Milnor que la figure de base n’était pas le nœud simple que l’on connaît mais à côté de ce nœud simple un nœud homotopiquement neutre.

Alors ce n’est pas le nœud généralisé, c’est un nœud dont vous verrez, je vous amènerai le dessin la prochaine fois. Donc il amène ce nœud à Lacan qui semble effectivement contredire l’unicité du nœud borroméen de base.

J. Maucade – Avec une erreur ?

M. Darmon Non pas d’erreur, c’est un nœud homotopiquement neutre et,

V. Hasenbalg Corabianu Ça veut dire quoi homotopiquement neutre ?

M. Darmon C’est-à-dire qu’il se défait par homotopie, l’homotopie étant l’autorisation pour une consistance de s’auto-traverser,

B. Vandermersch – Mais pas de traverser les autres,

M. Darmon Mais pas de traverser les autres. Alors donc Soury entre ce séminaire, cette leçon et la suivante, écrit à Lacan disant : je suis désolé, je vous ai induit en erreur… Donc il faut suivre ce raisonnement de Soury et il y a des textes tout à fait intéressants dans ce qu’a fait paraître Thomé sur les écrits de Soury, Chaînes et Nœuds, où il faut suivre ce raisonnement. C’est-à-dire que Soury est plein de remord et va dire à Lacan que le nœud borroméen classique est bien le nœud de base dans la classification des nœuds. C’est-à-dire la classification des nœuds, c’est à partir du nœud borroméen, Milnor montrait qu’avec des croisements supplémentaires et des connexions on pouvait faire tous les nœuds.

V. Hasenbalg Corabianu C’est la question du nœud générateur et dégénéré de l’année dernière…

P.-Ch. Cathelineau Si, c’est une reprise, c’est l’article qui s’appelle Link Groups.

V. Hasenbalg Corabianu Parce que j’avais présenté ça au séminaire d’été et on voit ces oscillations où Soury insiste sur le nœud borroméen comme étant le un à deux enchaînant olympiquement dégénéré ou zéro et que la chose ne peut pas démarrer qu’à partir du nœud à trois, et là apparemment les nœuds de l’année précédente c’était du nœud dégénéré au nœud pas générateur en ce sens qui était l’enlacement olympique, maintenant il y a la proposition… Combien il y a de ronds (dans) le nœud généralisé ?

P.-Ch. Cathelineau Trois, il y en a trois, c’est le nœud borroméen à trois mais le type de croisement proposé dans le nœud généralisé n’est pas le même que celui du nœud borroméen trivial, et donc je le montrerai, j’ai fait une animation…

M. Bercovici– Néanmoins il est coincé, néanmoins il y a le coinçage,

P.-Ch. Cathelineau Y a le coinçage.

P.-Ch. Cathelineau Mais y a pas le coinçage de l’objet. Y a pas le coinçage de l’objet et c’est ça qui est nouveau et qui engendre des conséquences, vous verrez, assez…

J. Maucade – Ça introduit l’idée d’un trou…

P.-Ch. Cathelineau Entre autres, mais ça introduit surtout une autre idée que j’aurai l’occasion de développer devant vous, pas aujourd’hui, qui est l’idée d’une homotopie qui n’est plus constituée comme dans la définition de Milnor par une auto-traversée mais par la réduction d’un nombre x de points à un nombre y plus réduit qui permet, je vais très vite là, qui permet une fusion des consistances. Alors là on arrive dans un domaine qui est un domaine qui relève de la chirurgie et qui ouvre des perspectives tout à fait intéressantes…

J. Maucade Donc on est dans le tore…

V. Nusinovici Est-ce qu’il y a plus de S de A barré et une autorisation de l’inceste généralisé à ce niveau-là ?

P.-Ch. Cathelineau Non…

V. Nusinovici Non mais c’est une question parce que… l’objet a on ne sait plus où il est… S de A barré est ce qu’on l’a toujours ? Puisqu’après tout il y a continuité…

P.-Ch. Cathelineau J’en parlerai,

V. Nusinovici Non mais je dis ça à la fois un peu pour plaisanter mais pas tout à fait parce que c’est vrai ça pose des questions comme ça…

P.-Ch. Cathelineau Non mais ça engendre, pour vous dire un peu ce vers quoi nous nous dirigeons, on a affaire à la possibilité en tout cas grâce au nœud borroméen généralisé d’un passage du nœud à quatre au nœud à trois, et ce passage du nœud à quatre au nœud à trois est un passage qui, je dirais, rend compte d’un certain nombre de phénomènes contemporains que Lacan avait anticipé d’une façon stupéfiante dans la dernière leçon de ce séminaire.

H. Ricard Dans ce que vous avez lu, il n’y a pas de rapport sexuel n’est pas mis en cause, C’est dans un second temps qu’il dit il y a pas de rapport sexuel à cause du Symbolique, de l’Imaginaire et du Réel. Donc le premier énoncé il ne bouge pas : il n’y a pas de rapport sexuel.

P.-Ch. Cathelineau Absolument.

M. Darmon Ce qui bouge c’est l’écriture de cet énoncé avec le nœud.

P.-Ch. Cathelineau Voilà c’est ce que j’ai dit.

V. Hasenbalg Corabianu C’est la métaphore qui n’est pas bonne…

P.-Ch. Cathelineau C’est la métaphore qui est fausse.

H. Ricard Voilà… mais c’est toujours : il y a pas de rapport sexuel.

P.-Ch. Cathelineau Et donc dans la mesure où la métaphore est fausse, il en propose une à la fin.

V. Hasenbalg Corabianu Mais sans coinçage de l’objet.

P.-Ch. Cathelineau Alors je vais en parler…

J. Maucade – Non mais il y a encore autre chose Pierre-Christophe, avec la fusion des consistances, on revient au tore à partir du nœud borroméen.

P.-Ch. Cathelineau On peut dire ça comme ça… mais là on anticipe sur la suite… Mais je voulais vous donner une…

B. Vandermersch – Je n’ai pas compris en quoi la métaphore n’est pas bonne dans le nœud borroméen à trois, il y a…

M. Darmon Parce que Soury lui a présenté un autre nœud de base où on ne peut plus retrouver nos champs habituels et…

P.-Ch. Cathelineau C’est une objection par le nœud.

[Fin de séance- superposition de voix- inaudible]

M. Darmon C’est ce que Soury a appris à Lacan en disant qu’il s’était trompé…

J. Maucade – C’est vrai qu’il s’est trompé ou c’était pour faire plaisir à Lacan ?

M. Darmon Soit on prend au sérieux ce que dit Soury et on revient sur ce qu’a dit Lacan, soit on tient compte de cet autre nœud…

J. Maucade – Mais Soury ne voulait pas contredire le maître c’est ça ?

Transcription : I. Masquerel, M. Lacanal-Carlier, A. Gebelin-Delannoy, I. Nicoud

Relecture : D. Latour, É. Croisé-Uhl

Espace personnel