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Les effets du polylinguisme chez l'enfant

FORGET Jean-Marie
Date publication : 18/06/2014
Dossier : Dossier de préparation des journées : Inconscient et plurilinguisme chez l'enfant et l'adolescent

 

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Pour éclairer certains versants des journées des 7 et 8 décembre 2013 à venir, Inconscient et plurilinguisme chez l'enfant et l'adolescent, nous pouvons proposer quelques documents dans un dossier qui reprend quelques travaux préparatoires que nous allons traiter de manière plus synthétique dans ces deux journées.

Nous pouvons d'emblée rappeler aux participants que S. Freud avait mis en avant le polyglottisme de l'inconscient, dont il avait déplié les articulations dans de nombreux exemples, notamment dans l'oubli du nom de Signorelli[1], que J. Lacan a soigneusement développé ultérieurement[2].

L'axe de ces journées sur l'enfant est de saisir comment à travers un polylinguisme, un enfant arrive, ou non, à structurer une création qui permette au polyglottisme de l'inconscient de se structurer et de se faire entendre, du fait du type d'assise de ses parents - comme homme et comme femme dans une langue qui peut être étrangère à l'un ou à l'autre, ou aux deux - du fait des exigences de son inscription dans le symbolique, de son accès à la lecture et à l'écriture et des émergences du sexuel à l'adolescence.

Le samedi 7 novembre après-midi, consacré au colonialisme vise à étudier les différentes créations qui ont été possibles dans des contextes de colonisations, d'envahissements et de juxtapositions ou de brassages de cultures. Ce dossier préparatoire présente des documents pour préparer cette rencontre.

text--> Pour éclairer certains versants des journées des 7 et 8 décembre 2013 à venir, Inconscient et plurilinguisme chez l’enfant et l’adolescent, nous pouvons proposer quelques documents dans un dossier qui reprend quelques travaux préparatoires que nous allons traiter de manière plus synthétique dans ces deux journées.Nous pouvons d’emblée rappeler aux participants que S. Freud avait mis en avant le polyglottisme de l’inconscient, dont il avait déplié les articulations dans de nombreux exemples, notamment dans l’oubli du nom de Signorelli[1], que J. Lacan a soigneusement développé ultérieurement[2]. L'axe de ces journées sur l'enfant est de saisir comment à travers un polylinguisme, un enfant arrive, ou non, à structurer une création qui permette au polyglottisme de l'inconscient de se structurer et de se faire entendre, du fait du type d'assise de ses parents - comme homme et comme femme dans une langue qui peut être étrangère à l'un ou à l'autre, ou aux deux - du fait des exigences de son inscription dans le symbolique, de son accès à la lecture et à l'écriture et des émergences du sexuel à l'adolescence.Le samedi 7 novembre après-midi, consacré au colonialisme vise à étudier les différentes créations qui ont été possibles dans des contextes de colonisations, d'envahissements et de juxtapositions ou de brassages de cultures. Ce dossier préparatoire présente des documents pour préparer cette rencontre.1 - L’incidence, pour l’enfant et l’adolescent, de ce polyglottisme ressort dans l’extrait du travail que Marika Bergès-Bounes :Marika Bergès-Bounes :« ………… Qu’est-ce que lalangue ?Je reprends une comptine guerrière qui vient du fond des âges :« A cheval, gendarmes !A pied, bourguignons !Allons à la guerre !Tous les autres y vont !Au pas ! Au pas ! Au pas !Au trot ! Au trot ! Au trot !Au galop ! Au galop ! Au galop ! »Tout le monde connaît cette comptine et le plaisir qu’elle procure au bébé assis sur les genoux de sa mère qui la lui chante et qui y prend plaisir aussi. Le bébé de 5, 6, 7 mois regarde alors intensément la mère, écoute sa voix et est très sensible au rythme des sauts sur les genoux, rythme qui va croissant. Les mouvements, la voix de la mère, ces mots qui se répètent - que l’enfant ne comprend évidemment pas, qu’il ne peut parler mais qu’il entend, qu’il attend - le captivent, l’étonnent, l’intéressent, et très vite le bébé les anticipe : dans sa posture, dans son regard, dans son babil, dans son sourire qui devient un rire, tout indique qu’il attend le plaisir que va lui procurer cette répétition accélérée de comptine et de gestes. La satisfaction, la jouissance, sont visibles dans ce jeu érotisé où tous les orifices sont sollicités. Sommes-nous devant une manifestation de « lalangue », « du langage enraciné dans le maternel » ?, comme le nomme Lacan. L’enfant se loge comme objet dans ce jeu posturo-moteur et verbal, ces lallations, ces interjections, ces commentaires, mais aussi comme sujet capable de demander, de demander que « ça recommence », que « ça continue » et que « ça ne finisse pas ». Il ne dit pas « encore », comme il le fera quelques mois plus tard, dans d’autres jeux ou dans les histoires du soir - toujours les mêmes, sans qu’un mot ne soit changé - mais il montre à sa mère qu’il a le désir que ça dure, que ça se répète en boucle, sans coupure, sans limite. Tout son corps, son regard, son babil, ses vocalisations sont tendus vers sa mère dans une quête qui est déjà une demande, à travers cette mélopée dont il ne comprend pas les mots mais où il repère des sons et surtout le rythme soutenu par la voix de la mère : c’est évidemment une adresse qu’il repère comme telle et qui lui assure déjà une place de sujet, qu’il s’approprie. D’autant que ce jeu de balancement se termine souvent par un discours « mamanais » et une phallicisation de la part de la mère, qui le nomme, le prend contre elle, l’élève au-dessus d’elle, dans des vocalises et des modulations renouvelées. Nomination au milieu de ces allers et retours posturaux moteurs et langagiers où, le plaisir est manifestement des deux côtés : « lalangue », voix, mots de la mère, porteurs de désir, motricité proche et en même temps déjà porteuse de la coupure et d’individuation de ce qui sera ensuite la langue maternelle. Lalangue organise ce qui va constituer le sujet : le langage prenant sa source dans le maternel avec son lot d’équivoques et de jouissance. Comment cette comptine de la mère qui se transmet de génération en génération, va-t-elle amener l’enfant à s’inscrire dans la tradition, l’histoire familiale ? Quelles traces en retrouvera-t-on plus tard, dans certaines structures syntaxiques, certaines sonorités privilégiées, certaines tournures incontournables comme obligatoires, certains symptômes, certaines associations qui reviennent en boucle comme des réflexes conditionnés, s’invitant toujours à la fin des mêmes détours, dans des retrouvailles avec des rythmes, des sons, des mots, des odeurs (« la petite Madeleine » de Proust, par exemple) : « lalangue, ça fait rivière, rivière de retour par ce à quoi on tient à sa famille, c'est-à-dire par l’enfance », dit Lacan. L’enfant reçoit lalangue, « la première entendue parallèlement aux premiers soins du corps » (C. Soler), il l’entend, la comprend plus qu’il ne l’exprime puisque « le savoir de lalangue a des effets d’affects » (Lacan) : « lalangue savoir imprenable qui affecte la jouissance » dit C. Soler dans « Lacan, l’inconscient réinventé », « savoir joui de lalangue, savoir qui dépasse tout ce que l’on en sait ».Cette lalangue que l’enfant reçoit, qu’il s’approprie sans la parler, mais qui va laisser un « savoir », et des « effets d’affects » comme le dit Lacan : « L’inconscient est un savoir faire avec lalangue », dit Lacan.Comme dans « la petite bête qui monte, qui monte, qui monte ! Guiliguili! », le corps du bébé se prépare, dans sa posture, ses rires, à recevoir, à participer à lalangue, gonflé du désir de la mère et du sien qui y répond, l’anticipe, le réclame : c’est le temps du « se faire », se faire l’objet de l’autre, le 3ème temps de la pulsion, celui du nouveau sujet déjà là : le symbolique est premier, en effet, comme le répétait J. Bergès : il a beaucoup parlé de ces échanges précocissimes de langage, de parole, de posturo-motricité, entre la mère et l’enfant qui se répondent, l’un anticipant sur l’autre à tour de rôle, chacun se nourrissant, et jouissant de l’élan de l’autre, l’appelant, le provocant pour mieux le relancer dans une joute qui ne finit jamais, soutenue par un désir réciproque qu’on pourrait mettre du côté du réel - en tout cas de la vie -. Joute où l’anticipation - c’est-à-dire l’hypothèse, le symbolique - va, tout de suite, des deux côtés, être le moteur de ce qui deviendra, (ou est déjà), pour l’enfant, une place de sujet. Je reprends quelques citations de J. Bergès, qui me paraissent approcher ce qu’il en est de lalangue : « L’axe du corps de l’enfant, par sa motricité relative, est le réceptacle des manœuvres de la mère, de ses soins, de ses fantaisies érotiques, de ses interventions opportunes ou à contre temps ; non seulement l’axe du corps est le champ où se produisent les accords ou les désaccords dans la tension ou dans la détente, mais il est là comme instrument anticipateur premier, venant surprendre la mère par le changement de plan, par exemple, entre l’auditif et le visuel, changement du tonique au moteur, du sommeil à l’éveil, des cris au calme (…) l’enfant accède au symbolique par l’anticipation que fait la mère - ce qu’elle en envoie sous forme interrogative, elle suppose qu’il est capable de l’entendre. Le crédit, qui va déborder la mère, c’est le projet de liberté de l’enfant ». Il faut noter ici l’importance de cette forme interrogative de la parole de la mère, pas affirmative ou impérative parce qu’elles fermeraient précisément ce « projet de liberté » de l’enfant.Et encore : « C’est au milieu de ces bruits que la parole vient introduire la loi dans le bruit. Cette introduction de la loi dans le bruit est un forçage (…) au même titre que le signifiant tient à une différence phonématique, cette irruption des phonèmes dans les bruits, et en particulier dans les bruits qui existent entre la mère et l’enfant, vient en somme décontenancer, décomposer la langue privée entre la mère et l’enfant (…) il y a d’ailleurs, je pense, dans les onomatopées si abondantes dans le discours des enfants, en particulier dans le jeu, une tentative de retrouver quelque chose de cet ordre là, du moment où la loi du langage n’est pas venue forcer l’univers auditif des bruits » ; en somme, l’enfant, dans ses jeux, continue à utiliser lalangue, le langage pris dans la motricité, la posture, les modulations de la voix, en parallèle ou à la place de la langue maternelle et de ses lois implacables.De cette lalangue, de cette « eau » du langage, vont rester « quelques détritus », « débris », « dépôts » : « l’inconscient est un savoir faire avec lalangue », dit Lacan ; et encore : « l’inconscient, c’est la façon qu’à eue le sujet d’être imprégné par le langage, d’en porter l’empreinte ».« Lalangue, dit Lacan, dans le séminaire « Encore », articule des choses qui vont beaucoup plus loin que ce que l’être parlant supporte de savoir énoncé ». Elle est « le dépôt, l’alluvion, la pétrification qui s’en marque du maniement par un groupe de son expérience inconsciente »., dit-il dans la Troisième, où il donne quelques jeux d’équivoques : vœu veut ; non nom ; d’eux deux qui ne sont pas « pur hasard ».Lacan met lalangue clairement du côté du réel, : « l’inconscient est un savoir qui s’articule de lalangue, le corps qui le parle n’y étant noué que par le réel dont il se jouit ». Ailleurs, il dit que c’est « la langue des femmes » ; lalangue est donc produite par une communauté linguistique, une histoire ; c’est « la somme des équivoques dans une langue donnée ». C. Soler le développe précisément dans son livre : « En mettant l’accent sur lalangue, Lacan ne récuse pas l’incidence de l’Autre, sous la forme notamment des parents, mais il déplace le point d’impact : du poids du discours de l’Autre (articulé en langage), il passe au poids de lalangue de l’Autre, la langue entendue de l’Autre. Eh bien ! C’est un passage du symbolique au réel. Lalangue, ce n’est pas du symbolique, c’est du réel. Du réel parce qu’elle est faite des uns, hors chaine et donc hors sens (le signifiant devient réel quand il est hors chaine) mais de uns qui, en outre, sont en coalescence énigmatique avec de la jouissance ».Pourquoi Lacan invente-t-il « lalangue » ? La thèse structuraliste de Lacan (« l’inconscient est structuré comme un langage ») trouve ses limites dans la clinique de la cure (des psychoses notamment, de son travail sur Joyce où il tente d’approcher en 75, le « sujet réel »), il se réfère alors, après son recours au nœud borroméen, à l’inconscient « élucubration de savoir » : il passe de la structure de langage, de la logique, aux effets de lalangue et de son absence de structuration, de la présence de phonèmes au plus près des expériences du corps, des inscriptions érotiques - qui deviendront érogènes sur le corps de l’enfant. « Dans lalangue, pas de signifiant maître », dit C. Melman. C’est le réel qui commande le sujet, les signifiants de l’inconscient ne font pas chaine avec ceux du sujet, l’inconscient est « un savoir sans sujet », lalangue, « d’où les signifiants différentiels peuvent passer au langage (…). A la différence du symbolique, lalangue n’est donc pas un corps, mais une multiplicité de différences qui n’a pas corps. Pas de (-1) de lalangue qui en ferait un ensemble. Pas d’ordre dans lalangue. Elle n’est pas une structure, ni de langage, ni de discours (…). Elle est le niveau astructural de l’appareil verbal. Pourrait-on dire que lalangue est une prolifération pulvérulente ? Non (…), lalangue c’est plutôt « l’intégrale des équivoques » possibles, qui cependant ne fait pas un tout ». C. Soler dans « Lacan, l’inconscient réinventé ».Milner parle d’une fonction d’excès de la langue qui s’inscrit dans les lieux corporels de jouissance, les orifices du corps de l’enfant. Lalangue, « foule d’arborescences foisonnantes où le sujet accroche son désir », est faite de toutes les associations de chaînes possibles d’où la langue va « s’arracher » ; certaines associations sont retenues, d’autres sont refoulées : dans cette lalangue en lien avec le réel et le corps, « quelque chose toujours se dit en plus qui n’était pas demandé. Nul être parlant ne peut se targuer d’avoir la maîtrise des échos multipliés de son dire », dit Milner. Et en même temps, on ne dit jamais tout.Dans ses derniers séminaires, Lacan semble dire que inconscient et lalangue sont équivalents, synonymes ; l’inconscient mettant en jeu le potentiel associatif de lalangue. Et lui-même, dans son travail sur Joyce à la fin de sa vie, parlait comme lui, en lalangue. »2 - Pour ce qui concerne les créations langagières qui sont les conséquences du colonialisme, nous pouvons reprendre ici succinctement des repères qui nous ont été proposés par des psychanalystes déjà engagés dans ce champ.Nous pouvons tout d’abord nous référer aux remarques éclairantes de Ch. Melman sur les effets du colonialisme[3]. Il souligne alors que la violence du colonisateur pour imposer sa langue (septembre 2011) a comme effet de priver les autochtones du rapport au réel que leur assure jusqu’alors leur propre structure langagière :« …des circonstances où le réel n’est plus noué par l’origine avec le symbolique et ce qui arrive dans ces circonstances historiques là, qui sont des circonstances fréquentes c’est que de la part de ceux supposés représenter le symbolique, s’exerce une action violente pour assurer la prise, le lien avec le réel, c'est-à-dire pour permettre la jouissance. La difficulté est que cette action violente vient elle-même détruire la propriété qui est celle du symbolique de faire lien naturel avec le réel puisqu’elle dénude du symbolique ce qui est son caractère de maîtrise réelle, non plus symbolique ».Ch. Melman tire alors trois conséquences de cette modification, que nous pouvons simplement évoquer ici. Pour chacun le rapport à son objet, via le fantasme, est non plus le rapport à un objet qui aurait été perdu, mais qui aurait été volé. Il est- « toujours inquiet quant au maintien de son existence »[4] ;- « le lieu de la jouissance est inévitablement habité par l’imaginaire phallique », c’est dire la féminisation possible de tous ses membres, le maître compris, puisqu’il échappe ainsi à la castration ; et entre la colonisateur et le colonisé s’entretient une forme de complicité,- « parce qu’ils ont besoin l’un de l’autre »[5], le petit autre n’est pas forcément reconnu comme un semblable, ce qui entraîne que le lien social ne peut être maintenu que par la violence.3 - Nous pouvons reprendre ici quelques grands traits que développe Jeanne Wiltord dans son travail sur la structure de la société aux Antilles et le travail sur la langue qui s’y effectue[6], puis les apports d’Angela Jesuino-Ferreto sur la situation au Brésil, enfin les remarques de Souad Hamdani sur le Maroc. Les remarques d’Anne Joos sur un plurilinguisme Belge nous ont permis aussi de cerner les conditions du symptôme qui peut, ou non, se jouer dans l’écart entre des langues.Jeanne Wiltord : « Il y a un «embarras », à penser un type de malaise dans la culture lié au mode de colonisation inédit, colonisation esclavagiste et racialisée, nécessaire à l'expansion du capitalisme marchand européen qui a organisé au XVIe siècle les sociétés des "vieilles colonies" de la France. En effet, ces sociétés coloniales ségrégatives se sont structurées à partir d'une violence réelle et d'une dégradation de la dimension symbolique du langage marquée par le privilège donné dans les relations sociales à un trait de différence visible du réel du corps, la couleur de la peau. Un tel privilège s'est établi au détriment du trait de différence symbolique du langage qui fonde dans l'inconscient, la différence des sexes et la dimension du désir. Mis à l'écart et incarnés dans l'ailleurs colonial, ce malaise et ses conséquences subjectives sont ainsi restés largement impensés dans la société de la Métropole coloniale. Mais ses conséquences subjectives et sociales ne cessent pas d'être repérables pour les psychanalystes dont la pratique s'inscrit dans ces sociétés. J'ai précédemment souligné ([7]) à quelle inflation de l'imaginaire conduit une telle dégradation du symbolique tant dans les stratégies sociales et dans les choix amoureux que pour certaines paternités dont le support a à être ainsi "sensorialisé" (nécessité pour certains hommes de "voir" leur enfant pour lui transmettre leur nom). Ainsi, ce qui fonde la rencontre entre un homme et une femme ne relèverait plus du désir et de la structure symbolique du langage, mais serait réduit à l'obscénité d'un signe visible à travers des différences de couleur de peau.En rupture avec ce discours coloriste colonial, le débat qui a occupé ces poètes et écrivains francophones de la Caraïbe dans les années 1955, situe la question à laquelle ils ont été confrontés dans le champ du langage, au niveau de la structure même du langage. Le sous-titre donné en 1955 par Aimé Césaire à sa "Réponse à Depestre, poète haïtien" est explicite. Il s'agit pour lui de rappeler les "éléments d'un art poétique". "Le poète quoi qu'il en sache etmême s'il ne le sait pas, réintroduit que ce qu'il sait et manipule c'est la structure du langageet non pas simplement de la parole" nous rappelle J. Lacan ([8]).Que ce débat sur le rapport des colonisés à la langue française ait été initié par AiméCésaire, peut étonner. Arrivé au faîte du parcours le plus prestigieux d'études littéraires françaises en 1939, Aimé Césaire a déjà en 1955, publié « Cahier d'un retour au pays natal »,fondé avec les poètes Senghor et L-G Damas le mouvement de la Négritude et rapporté en 1946 à l'Assemblée Nationale française la loi dite "loi d'assimilation" qui instituait les "vieilles colonies" de la France en départements d'Outre-Mer. Il me paraît nécessaire de saisir ces différents éléments dans la complexité où ils se tissent, pour prendre la mesure de l'extrême complexité des conséquences subjectives de certaines modalités d'intégration qui sont actuellement proposées en France.Le recours métaphorique que fait A. Césaire dans ce poème à l'expérience du nègre-marron, précise l'enjeu de sa "Réponse à René Depestre, poète haïtien". Parce qu’"ils arrondissentcette saison des sonnets", il y a à dés-apprendre. Dés-apprendre une certaine manière de compter dans la mesure, « dés-apprendre les formes qui s'attardent" pour "laisser se lever labourrasque". Nécessité de dés-apprendre un certain rapport à la langue française et de "marronner" Des formes traditionnelles de la poésie qu'ils ont apprises: « et pour les grognements des maîtres d’école assez marronnonsLesDepestremarronnonsLescommejadis nousmarronnions nosmaîtres àfouet".Le mot "marronner" venu de l'espagnol "cimarron" fait résonner une expérience inouïe de liberté que des esclaves, refusant l'asservissement, arrachaient au pouvoir des maîtres coloniaux pour devenir des esclaves marrons et allaient vivre en marge de l'espace de la Plantation coloniale.Le projet de tout poète, libérer la langue de son usage habituel, comporte me semble-t-il un enjeu subjectif singulier quand un poète écrit dans un champ culturel structuré par une dégradation de la dimension symbolique du langage. Un peu plus d'un siècle après l'abolition de l'esclavage, pour ces poètes de l'espace caribéen, comme pour la grande majorité des descendants d'affranchis, la langue française n'est pas parlée dans les familles ; c'est une langue apprise à l'école. Libérer la langue française de son usage scolaire, impose à ces poètes une exigence éthique « dés-apprendre » pour aller, dans cette langue, à la rencontre du silence de la parole des ancêtres. « Dés-apprendre » un certain rapport à la langue française implique de "marronner" Des formes traditionnelles de la poésie qu'ils ont apprises :"...Marronnons les Depestre, marronnons-lesComme jadis nous marronnions nos maîtres à fouets."Un jeune Français dont les parents Algériens avaient immigré en France, parlait de cedépart dont ses parents ne pouvaient rien dire. "Les raisons économiques qu'on avance laissent de côté leur histoire de départ... Les enfants de la deuxième génération ont à faire un retour qui vient en écho à la dette des parents qui sont partis. Chacun va le faire à sa façon. Pour certains c'est par le retour à la tradition, pour d'autres c'est le retour au pays pour construire une maison, faire des cadeaux à ceux qui sont restés, pour d'autres c'est par la culture, par la religion, pour d'autres c'est par la langue".Pour ces écrivains francophones de la Caraïbe, partis du pays natal de la langue parlée avec leurs parents, dans quelle langue aura pu s'inscrire leur dette symbolique ?Dans la langue créole ? Parlée dans leurs familles pour la plupart, cette langue a connu depuis l'abolition de l'esclavage et avec le développement de la scolarisation une infériorisation progressive par rapport à la langue française. Dans les années cinquante elle n'a pas d'écriture formalisée, est totalement exclue du champ des apprentissages scolaires et de la connaissance ainsi que des lieux de représentation du pouvoir politique. Progressivement délégitimée dans le champ social et culturel où elle a pris statut de langue des nègres, de l'ignorance et de la pauvreté, son usage s'est trouvé progressivement limité aux relations avec les domestiques dans les milieux économiquement aisés, aux milieux populaires et à toutes les relations de travail manuel. Dans les échanges sociaux ou dans les psychanalyses (son usage y est rare et pose dans le maniement du transfert des difficultés complexes), elle fait actuellement entendre une équivocité sexuelle indiquant un rapport métonymique à la jouissance mal limité par le refoulement.Césaire n'a pas choisi d'écrire en créole. Non pas que cette langue soit pour lui "frappée d'une tare originelle", mais parce que le niveau de cette langue qui est à cette époque "resté au stade de l'immédiateté, incapable d'exprimer des idées abstraites, indique l'un desaspects du retard culturel martiniquais ([9])". Il paraît difficilement concevable que la radicalité du projet poétique d'Aimé Césaire ait pu être tenu dans une langue née dans l'expérience de survie, de violence réelle et de dégradation de la dimension symbolique, dans cet "extrême de la colonisation" qui a forgé les sociétés antillaises.Dans la langue française ? Nous savons que tout apprentissage scolaire impose à chaque enfant quelle que soit la langue qu'il parle dans sa famille, de renoncer à la langue ducommerce privé avec sa mère et de négocier son propre désir de savoir par rapport aux demandes différentes, celles de ses parents, Autre parental, celles de l'Autre social relayée par l'exigence d'apprendre transmise par l'institution scolaire. Pour les enfants créolophones, la langue transmise par leurs parents située dans un rapport de diglossie sociale par rapport à la langue française enseignée à l'école, est disqualifiée en langue "malélevée" (charriant du sexuel) et marquée par la honte. Apprendre à "parler français" c'est apprendre à être "civilisé", c'est aussi soumettre le savoir inconscient structuré dans les premiers échanges langagiers en langue créole, à une opération de déni "culturellement institué" ([10]) dans ces sociétés coloniales et tenter de faire fonctionner un refoulement d'emprunt. "Tu iras à l'école", dit Man Tine à José, le petit-fils qu'elle élève ([11]), "pour apprendre un brin d'éducation et à signer tonnom".La tâche des poètes francophones de la Caraïbe, rappelle Aimé Césaire à son ami René Depestre, est de "marronner" de la langue française que le maître colonial "historiquement, àtravers le viol d'une usurpation culturelle" a prétendu s'approprier pour "faire croire qu'ilavait avec elle des rapports de propriété ou d'identité naturels, nationaux, congénitaux, ontologiques ([12])". Trouver un "chez soi", une "habitation", dans cette langue, c'est pour Césaire, "infléchir" la langue apprise pour "la porter à ce maximum d'écart avec elle-mêmequi lui ferait parler une autre langue [13])". "Nous n'avions pas le choix : nous sommes leproduit d'une civilisation, d'une culture, nous étions formés à l'école française et nous nepouvions que l'accepter ([14])". L'accepter mais pas sans "savoir quel usage nous allions faireDe cette langue... nous servir du français en le pliant à nos exigences intérieures ([15])". Il s’agit de se risquer à faire fonctionner une langue étrangère dans la position paradoxale décrite par J. Altounian : que dans cette langue étrangère, "puisse opérer la transmission d'unhéritage inintégrable symboliquement par les parents ([16])".Si la langue française n'est pas pour Césaire une langue "étrangère", je fais ici l'hypothèse de l'impossibilité à laquelle il a été confronté d'y trouver un "chez soi", une "habitation", tant que cette langue est restée pour lui la langue de l'école coloniale dans laquelle ses ancêtres étaient désignés "nègres-esclaves". Il lui aura fallu rendre subjectivement "habitable" la langue que le maître colonial a prétendu s'approprier. C'est dire qu'il lui aura fallu en faire le lieu d'une transgression, pour nommer le désastre symbolique colonial où son histoire singulière a eu à se construire et pour y trouver enfin le lieu de son énonciation inconsciente, lieu où il pourra soutenir son désir. Il s'agit d'une "opération symbolique parlaquelle le sujet doit venir se loger, c'est un impératif éthique, dans le lieu de son énonciationinconsciente. Il doit se reconnaître chez lui, là où son désir s'articule... ([17])". Pour que se fasse une telle opération psychique, il ne suffit pas de "bien-parler-le-français", c'est-à-dire de parler une langue "châtiée", bien apprise, hantée par le souci de la faute. Il y a à opérer dans cette langue un double renoncement. Renoncer au rapport à la jouissance dans laquelle le discours colonial voulait maintenir les nègres et renoncer à maintenir la langue française en position d'idéal, ne pas réduire la poésie à une poésie d'imitation, à une "poésie de décalcomanie" dira Césaire. » 4 – La présentation qu’a pu nous faire Angela Jesuino-Ferretto de la langue au Brésil nous a permis de saisir quelques données synthétiques, dont je donne ici quelques grands traits, qui éclairent sur les conditions de création d’une langue nationale qui a un statut particulier puisque celle-ci est « le portugais ». Trois particularités ont permis ceci :Tout d’abord la proximité de sonorité du portugais et des langues parlées par une grande partie des esclaves issus de l’Angola, que ce soit par le rythme ou le ton. Ce qui a donné lieu à une « décréolisation de la langue ».Ensuite la particularité du brassage linguistique : des esclaves ont pu se trouver précepteurs des enfants des maîtres, les enfants issus du métissage ont pu être reconnus, l’intrication de la jouissance et de la langue s’est trouvée de ce fait reconnue.Enfin, le coup de force d’une identité nationale qui se noue à ce que pour chacun la nomination par le nom de famille privilégie le versant imaginaire de la nomination ; celle-ci ne peut faire référence à un ancêtre commun, qui comme colonisateur serait un pur jouisseur. Le rapport à l’origine ne fait pas référence à l’Un d’un ancêtre commun, mais plutôt à un multiple. La nomination fait plus référence à l’inscription du sujet dans une lignée qu’elle ne l’implique dans un rapport de filiation. « Comment penser dans les pays qui ont été colonisés l’aménagement de ce lieu dans l’Autre par l’ancêtre si on suppose qu’il n’y a pas eu de pacte symbolique, si cet ancêtre s’est avéré être, en tout cas en ce qui concerne le Brésil, avant tout un pur jouisseur ? Autrement dit comment le nom pourrait garder sa définition de pur trait, sa fonction de venir symboliser ce trou dans l’Autre qui est fondateur du Heim ? Il me semble que nous pouvons dire qu’au Brésil le nom propre perd cette fonction d’indiquer un lieu originaire du sujet, de lui garantir symboliquement un lieu dans l’Autre. J’aurais envie de dire qu’au Brésil nous sommes face à l’Autre comme des enfants illégitimes qui n’ont pas été adoptés dans une opération symbolique de nomination »[18]. « Si le Nom n’est plus garant d’une inscription, d’une filiation symbolique, cela l’amène à ce que le nom perd son pouvoir évocateur de l’origine et que chaque sujet ait à réinventer une auto-paternité, comme si chaque naissance était un acte de fondation en soi »[19]. Ceci génère « un rapport spécifique à l’objet qui détermine un lien social où la règle du jouir sans limite trouve son plein essor »[20].Tout cela permet, semble-t-il, l’autorité d’un discours qui trouverait sa trame dans des signifiants qui ne sont pas directement articulés à un signifiants maître, qui sont dans un écart particulier avec celui-ci, comme l’illustre les propos d’un chef d’état, sans égards pour la rigueur grammaticale de sa langue. Ce serait là les conditions où les signifiants qui constituent le discours courant, les S2 ont pu procéder à un travail d'artisan qui soit le creuset d'une subjectivité.5 – La complexité du plurilinguisme au Maroc que nous a présenté Souad Hamdani nous permet de cerner où se situera l’axe du travail qu’elle nous présentera:Souad Hamdani : « Le Maroc présente une situation linguistique complexe. Selon les régions, les groupes sociaux et les usages plusieurs langues s’entremêlent. Ces langues cohabitent et parfois se heurtent. Cette situation rend la question linguistique particulièrement sensible. Elle fait flamber les identifications imaginaires, les revendications et les discriminations. Cette problématique est au centre de débats passionnés sur le plan identitaire, culturel, éducatif et politique. Je présenterai de façon succincte les principales langues en présence au Maroc que sont : La darija, l’arabe classique, l’hébreu, la langue berbère dite tamazight, le français et l’espagnol.L’arabe classique :Les arabes sont arrivés au Maroc au 7ème siècle, ils ont prôné l'islam et la langue du coran. Cette langue arabe classique est devenue la langue officielle du pays et le demeure à nos jours. L’arabe classique est la langue du patrimoine culturel écrit. C’est la langue de l’enseignement et de l’administration. Cette langue est aussi celle qui relie le pays au monde arabe. Cette langue n’est aucunement la langue des échanges quotidiens des marocains. Elle n’est la langue maternelle d’aucune tranche de la population. les spécialistes de l’arabe classique eux mêmes ne pratiquent guère cette langue dans leurs échanges quotidiens bien que tous les marocains l’apprennent à l’école. Le tamazight (ou berbère) :Les langues parlées avant l’arrivée des arabes demeurent les langues maternelles de la population berbère ou plus exactement amazighe et sont : le tachelhyt parlé dans la région du Souss, le tarifit parlé dans le Rif et le tamazight dans l’Atlas. Ces langues ont survécues comme langues orales mais sont restées pour leurs locuteurs des langues de la sphère privée. Cette situation a entrainé une résistance longtemps étouffée des amazighes vis-à-vis de cette prééminence accordée à la langue arabe. Un mouvement de revendication identitaire amazighe a abouti à la reconnaissance du tamazight depuis 2011 comme langue officielle à côté de l'arabe classique. L’enseignement de cette langue a été introduit dans les établissements scolaires depuis 2003. La langue officielle enseignée est le tamazight, elle émane d’un consensus entre les trois langues parlées (tachelhyt, tarifit et tamazight). L’écriture de cette langue utilise un alphabet de type idéogramme appelé, le tifinagh.L’hébreu :Cette langue tout comme l’arabe classique est une langue du sacré et de l’enseignement pour la population marocaine de confession juive. Les échanges quotidiens des juifs marocains se font selon les régions en darija, en tamazight, en espagnol ou en français. Le français :L’introduction de la langue française date du début du protectorat français en 1912. Le français délogea alors l’arabe classique de sa place de langue officielle, de l’administration et de l’enseignement. Depuis l’indépendance (1956), cette langue n’a plus ce statut de langue officielle mais elle demeure présente dans l'administration et l'enseignement à ce jour. Elle a aussi infiltré la darija. A titre d’exemple, on dira « tomobile » pour nommer la voiture ou « bichclite » pour désigner la bicyclette… L’espagnol : Dans les régions du pays soumises au protectorat espagnol, la langue espagnole a été facilement adoptée par la population. Au Nord du Maroc, beaucoup de personnes parlent couramment l'espagnol alors même qu'elles sont analphabètes. Le français, quand à lui, a été essentiellement acquis par l'enseignement. Il n'est guère connu des personnes illettrées.L’arabe marocain ou darija :L'arabe parlé au Maroc a consenti à de multiples emprunts linguistiques. Il est aujourd’hui nettement différent de l’arabe classique. La darija est la langue la plus courante. Elle résulte d’un brassage d’arabe classique, de langues amazighes, de français, d’espagnol,... Mon propos concernera l’évolution de la darija. Celle-ci se trouve actuellement à un moment clef de son évolution, à savoir son passage du statut de langue orale à celui de langue écrite. »6 – Les remarques d’Anne Joos nous ont permis de revenir aux conditions qui président, ou non, à la structuration d’un symptôme qui peut se nouer dans l’écart entre les langues.La référence à la Belgique, melting-pot entre le français, la flamand et l’allemand illustre que la priorité d’une langue pour un sujet le renvoie à la division de sa parole plus qu’à une frontière, encore que la désignation de « frontière linguistique » risque d’introduire une confusion dont il s’agit de se garder. Le pluriel des langues risque de résonner avec une économie de consommation, où les enfants seraient invités à en acquérir le maximum, dans une visée utilitariste.Dans ce contexte où devons-nous débusquer le symptôme ? « Le pluriel des langues vient-il à l’endroit, au lieu même de cet impossible à dire ? Ou pour le dire autrement : le passage d’une langue à une autre chez ceux qui les pratiquent dans un environnement bilingue, voire trilingue, est-il un moyen qui permet d’éviter cette rencontre de l’incomplétude de la langue, une façon de contourner la perte ? A moins que ce passage d’une langue à une autre ne soit possible qu’à la condition de la prise en compte de cet impossible à dire, de ce trou, et deviendrait alors un jeu possible autour d’un manque. Dans les deux cas, nous pouvons penser qu’il s’agit là du symptôme, à savoir une manière de faire avec la castration. Pour ma part, je dirais que le bilinguisme n’est possible qu’à la deuxième condition. Je soutiendrais que la cure analytique permet un ancrage dans la langue, je dirais même plus, un ancrage dans la langue maternelle, à entendre comme langue traversée par le désir et la loi »[21].

[1] Freud S « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.B.P.
[2] Lacan J. « Formations de l’inconscient », séminaire des années 1957-58.
[3] Melman Ch., « Casa grande e senzala » in D’un inconscient post colonial, s’il existe ? Edts A.F.I., 1995, Grenoble, p. 7-12.,
[4] Idem.
[5] Idem.
[6] Wiltord Jeanne, Extraits de « Habiter le pan d’un grand désastre », avril 2008.
[7] Wiltord Jeanne:
  • • "Un nom de couleur", Journées sur le patronyme - Association freudienne
internationale, Mai 1991, Paris
  • • "Quand les mots ont manqué à dire", in Césure, revue de la convention
psychanalytique, n° "Malaise dans notre civilisation", Mai 1993 - Paris
  • • "Différences ethniques et subjectivation. Quelques réflexions à partir d'une "vieille"
colonisation", Intervention aux journées sur l'exclusion - Association freudienneinternationale Marseille, Mars 1999
  • • "À partir du traumatisme", in De l'esclavage aux réparations - ouvrage collectif, Le
comité devoir de mémoire Martinique, Ed. Karthala - Paris - 2000
[8] J. Lacan, L'Objet de la psychanalyse, Séminaire 1965-1966, Paris, Publication hors commerce de l’A.L.I.
[9] "Un poète politique : Aimé Césaire", Interview in Magazine littéraire n° 34, Novembre 1969, Paris
[10] Brigitte Lemerer, Les deux Moïse, École de psychanalyse Sigmund Freud, Ed. Érès, 1998, Paris
[11] Joseph Zobel, La rue Cases-Nègres, Ed. Présence Africaine, 1974, Paris
[12] Jacques Derrida, Le monolinguisme de l'autre Ou la prothèse d'origine, Ed. Galilée,1996, Paris1956,
[13] Thellerman Esther, « Entre mangrove et chiens », Intervention au séminaire de l’Association Freudienne Internationale, 1996, Fort de France.
[14] Aimé Césaire, « Où que j’aille, je reste un nègre déraciné des Antilles », Interview in Lire n°, 1982, Paris.
[15] Aimé Césaire Idem.
[16] Jeanine Altounian, « L’intraduisible, deuil, mémoire, transmission », Ed Dunod, 2005, Paris.
[17] Marc Darmon, « Essais pour une topologie lacanienne », Nouvelle édition revue et augmentée, Edts de l’A.L.I., 2004, Paris.
[18] Angela Jesuino-Ferretto, « Le patronyme au Brésil, quelle fonction ? », in Dun inconscient post colonial s’il existe ?, Edts de l’A.F.I., Grenoble, 1995, p. 209-221.
[19] Angela Jesuino-Ferretto, Idem.
[20] Angela Jesuino-Ferretto, Idem.
[21] Anne Joos de ter Beerst, « Conversation flamande à deux voix », in La revue Lacanienne, La psychanalyse et les langues, n° 11, Eres, Toulouse, septembre 2011, p. 111-117.

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