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Notre technique est-elle réellement "fondée sur l'amour de la vérité" comme le rappelle Freud ?

VANDERMERSCH Bernard
Date publication : 30/01/2017

 

Séminaire Questions cliniques 2016/17

Conférence de Bernard Vandermersch

Notre technique est-elle réellement fondée sur l’amour de la vérité, comme le dit Freud, dans L’analyse finie et analyse infinie.

Alors en exergue, voici un extrait des Non-dupes errent.

« Qui n’est pas amoureux de son inconscient erre.

Ça ne dit rien du tout contre les siècles passés. Ils étaient tout autant que les autres amoureux de leur inconscient, et donc ils n’ont pas erré. Simplement ils ne savaient pas où ils allaient. […] Ils s’imaginaient que c’était la connaissance, car il n’y a pas besoin de se savoir amoureux de son inconscient pour ne pas errer, il n’y a qu’à se laisser faire, en être la dupe.

Pour la première fois dans l’histoire, il vous est possible, à vous, d’errer, c’est-à-dire de refuser d’aimer votre inconscient, puisque vous savez ce que c’est : un savoir. Un savoir emmerdant.

Mais c’est peut-être dans cette erre, c’est peut-être là que nous pouvons parier de retrouver le réel un peu plus dans la suite, nous apercevoir que l’inconscient est sans doute dysharmonique, mais que peut-être il nous mène à un peu plus de ce réel qu’à ce très peu de réalité qui est la nôtre, celle du fantasme, qu’il nous mène au-delà, au pur réel. »

Les non-dupes errent, leçon du 11 juin 1974

En 1937, Freud, vers la fin de sa vie, après tant d’années de travail consacrés à son invention, la psychanalyse, est bien obligé de constater les limites de l’efficacité de la cure. C’est le souci principal qui l’anime dans la rédaction de son célèbre article L’analyse finie et l’analyse infinie. Peut-on faire mieux en améliorant les analystes ?

Dans ce texte Freud part du constat qu’ « il est incontestable que les analystes n’ont pas complètement atteint dans leur propre personnalité le degré de normalité psychique auquel ils veulent éduquer (erziehen) leurs patients. » Même si, dit-il, on ne reproche pas à un pneumologue d’avoir des poumons fragiles, cette analogie ne vaut pas dans le cas des psychanalystes et, continue-t-il,

- C’est à bon escient qu’on exigera de l’analyste, comme étant une part de ce qui atteste de sa qualification, un assez haut degré de normalité et de rectitude psychiques ; à cela s’ajoute qu’il a entre outre besoin d’une certaine supériorité pour agir sur le patient comme modèle dans certaines situations analytiques, et comme maître dans d’autres. Et, enfin, il ne faut pas oublier que la relation analytique est fondée sur l’amour de la vérité, c.-à-d. la reconnaissance de la réalité, et qu’elle exclut tout semblant et tout leurre.

Quel analyste, après Lacan, pourrait soutenir de tels propos ? Et pourtant quel analyste pas encore désabusé n’éprouvera quelque connivence secrète avec eux ? Dirons-nous, pour être dans le ton de notre époque, qu’ils soulèvent de vraies questions mais qu’ils n’apportent pas de bonnes réponses ? Avant d’aller plus loin, n’oublions pas l’humour avec lequel Freud prend ses propres affirmations :

- Arrêtons-nous un instant pour assurer l’analyste de notre sincère sympathie, sachant qu’il doit, dans l’exercice de son activité, satisfaire à de si lourdes exigences. Il semblerait presque qu’analyser soit le troisième de ces métiers « impossibles », dans lesquels on peut d’emblée être sûr d’un succès insuffisant. Les deux autres, connus depuis beaucoup plus longtemps sont éduquer et gouverner.

Humour ou pas, il reste que ce qui est dit est dit. Et j’avoue que lorsque je cherche un analyste à qui adresser un patient, je tiens compte de son degré de normalité et de rectitude psychique, de cette certaine supériorité pour agir sur le patient comme modèle dans certaines situations analytiques et comme maître dans d’autres, sauf que, dans mon appréciation de cet analyste, je ne suis indemne ni de tout semblant, ni de tout leurre. Qu’on puisse faire une authentique psychanalyse avec des analystes qui ne me paraissent pas correspondre aux critères énoncés par Freud, c’est avéré. Et qu’on puisse ne pas en faire avec un analyste possédant toutes ces garanties, ce n’est pas moins avéré.

Notons aussi que Freud met au-dessus de ces exigences de normalité ce qu’il faut bien appeler la nécessité pour exercer l’analyse d’être animé par un désir, non pas dit comme tel, mais signifié par lui par ce terme d’amour de la vérité. Il s’agit d’abord pour Freud d’écarter de cette vérité toute révélation de type religieux et de la réduire ou de l’élever à la reconnaissance de la réalité. Quant à exclure tout semblant et tout leurre, on voit mal comment pourrait y survivre le transfert de l’analyste sur l’inconscient, transfert fragile puisque maintenant nous savons ce que c’est : un savoir emmerdant(1). C’est sans doute un effet de l’analyse dans la culture : la révélation de l’inconscient a eu pour effet après un siècle qu’on admette son existence mais qu’on ne l’aime plus, c’est-à-dire qu’on ne lui suppose plus un pouvoir d’accès au savoir qui manque pour ne pas errer, soit à la vérité. On n’a peut-être jamais tant erré.

Nous qui, avec le recul avons appris à nous méfier de cet amour de la vérité, il est bon de le replacer dans l’histoire de la psychanalyse. Psychanalyser est une activité assez spéciale qui relève d’un désir plus inouï sans doute que Freud lui-même ne le théorisait(2). Les conditions de l’apparition de ce désir nouveau, nous les connaissons, c’est la rencontre entre un savant chercheur de haut niveau en neurologie, Freud, avec un symptôme épidémique qui résiste à la science, la montée de l’hystérie à la fin du 19e siècle. Certes l’hystérie existait bien avant la science mais elle a pris une signification singulière quand la figure du savant médecin s’est progressivement confondue avec celle du maître. Pour que le désir d’analyste surgisse, cette rencontre ne suffisait pas : ni Charcot, ni aucun autre élève confronté à cette même rencontre n’est devenu analyste. Freud se souviendra d’une conversation de couloir entre Charcot et son élève Brouardel qui l’a énormément marqué après-coup. Il s’agissait d’un jeune couple venu d’Orient, dont la femme était gravement malade et le mari impuissant ou maladroit : « Mais dans des cas pareils, [disait le maître à son élève], en sautillant les mains sur le ventre, c’est toujours la chose génitale, toujours… toujours… toujours ». Et Freud de se demander : « Mais s’il le sait, pourquoi ne le dit-il jamais ? ». Et quand Freud voulut faire part à Charcot des trouvailles de Breuer, il se rendit compte que ça n’intéressait pas le maître. Charcot savait et ne disait pas. Du coup cacher ce savoir, ou le maintenir clandestin, a été tenu par Freud pour un amour insuffisant de la vérité. Dirons-nous que Charcot n’aimait pas assez la Vérité, ou bien qu’il la préférait voilée ? Je pense que Charcot est ici divisé. Comme serviteur de la science, il tend à éliminer le sujet comme cause des phénomènes. Comme homme, il sait et jouit de ce savoir. Freud, en tout cas, refuse ce clivage. Dans une certaine ambiguïté entre refoulement et répression culturelle, il inscrit son refus de ce clivage dans son célèbre « Wo Es war, soll Ich werden. Es ist Kultur arbeit etwa wie die Trockenlegung der Zuydersee ». Ce qui est un travail de civilisation : L’assèchement du Zuydersee… rassurons-nous : il y reste encore beaucoup d’eau. A partir de ces propos, dirons-nous que Freud est l’initiateur de ce grand mouvement contemporain vers la transparence généralisée, l’assèchement de toute opacité ? Je n’irai pas jusqu’à lui faire porter la responsabilité du dernier livre de notre président !

La science et sa vérité. Le grand démarrage de la science c’est quand les découvertes scientifiques n’ont plus eu à se soucier de leur accord avec les textes sacrés. La vérité pour la science, c’est la consistance de ses énoncés : la non-contradiction interne. « L’incidence de la vérité comme cause dans la science, dit Lacan, est à reconnaître sous l’aspect de la cause formelle. » … En revanche, « La psychanalyse en accentue l’aspect de cause matérielle… » [Le matériau, c’est le signifiant] : « Le signifiant agit d’abord comme séparé de sa signification », c’est-à-dire uniquement par ses articulations.

J’ai fait un topo cet été sur « Qu’est-ce qui fait matière dans l’inconscient ? ». Ce qui fait matière, nous dit-il, c’est l’étoffe de la métaphore et c’est le nœud borroméen.

Cette vérité comme cause matérielle(3) du sujet liée au signifiant, la science n’en veut rien savoir(4). Forclusion, dit Lacan. Récusation me semblerait ici une traduction moins ambigüe de Verwerfung que forclusion, et sans doute plus proche de ce que serait le mécanisme d’une telle paranoïa de la science : « …une paranoïa réussie apparaîtrait aussi bien être la clôture de la science, si c’était la psychanalyse qui était appelée à représenter cette fonction… », dit Lacan dans ce même texte. C’est assez intéressant, dans une optique telle d’une psychanalyse qui viendrait compléter ce dont la science ne s’occupe pas, elle viendrait clore, faire clôture de la science, eh bien on obtiendrait une paranoïa parfaite. Ce qui apparaît d’ailleurs dans certaines interventions freudiennes, dans certaines interventions des post freudiens, où il apparaît une forme de paranoïa de l’interprétation.

Ce qui n’empêchera pas Lacan de dire plus tard que la science n’est que fantasme. Auquel cas elle est le soutien d’un désir puissant. Si elle n’est pas un progrès, comme il le dira également, ça ne l’empêche pas de progresser avec une vitesse qui peut inquiéter. Mais dit Lacan dans Le Moment de conclure : « La science est une futilité qui n’a de poids dans la vie d’aucun, bien qu’elle ait des effets, la télévision par exemple. Mais ses effets ne tiennent à rien qu’au fantasme qui hycroit. La science est liée à […] la pulsion de mort. La vie continue grâce à la reproduction liée au fantasme… » (5)

Roland Chemama. C'est tiré de quel texte ?

Bernard Vandermersch. Le moment de conclure.

On peut s’étonner dès lors que certains analystes veuillent faire de l’analyse une science. S’ils ont lu Lacan, ce n’est pas très encourageant. Si elle n’est que fantasme, la première chose qu’on peut attendre de l’analyse, c’est justement d’analyser le fantasme. Tandis que d’autres, à moins que ce ne soient les mêmes, dénoncent vigoureusement le « discours de la science ». Ce que la psychanalyse ne peut que récuser, c’est le scientisme. Le scientisme est une illusion, de type religieux, favorisé par un certain infantilisme et une lâcheté intellectuelle. Cette illusion, c’est qu’il n’y a rien d’impossible qui ne puisse un jour être surmonté par les technosciences(6).

Mais la vérité dans la science a été atteinte par plus sérieux que l’illusion scientiste. Et c’est une confirmation de ce que Lacan disait que « l’incidence de la vérité comme cause dans la science est à reconnaître sous l’aspect de la cause formelle » puisque c’est sa formalisation, quand elle est poussée à son terme, qui va permettre de démontrer la limite de la consistance scientifique. Les mathématiciens étaient persuadés qu’un développement mathématique correct, respectant les critères de vérité ne pouvait pas déboucher sur une contradiction. Hilbert a quand même voulu s’en assurer et Gödel a montré que c’était faux. On pouvait produire des énoncés corrects « vrais » et pourtant contradictoires : s’ils sont vrais, alors ils sont faux, un peu comme le paradoxe du « Je mens ». Il y a donc de l’indécidable. Le théorème de Gödel est dit d’incomplétude car il démontre mathématiquement qu’il est impossible de démontrer la totale consistance des mathématiques. (Dans la pratique elles le sont très suffisamment). Il démontre qu’il y a un manque irréductible dans l’assiette de la vérité scientifique. Il est lié à l’appareil dont elle use, le symbolique.

J’interromps un instant mon ébauche d’exposé car je tombe sur le dernier numéro spécial de l’OBS sur Nietzsche et cet extrait du Gai Savoir, (1882, §344) qui s’intitule : En quoi nous aussi sommes encore pieux, qui semble anticiper cette inquiétude d’Hilbert sur la vérité dans la science :

Je le cite :

- On voit que la science aussi repose sur une croyance, (et) qu’il n’y a absolument pas de science « sans présupposés ». Il ne faut pas seulement avoir déjà au préalable répondu oui à la question de savoir si la vérité est nécessaire en sciences, mais encore y avoir répondu oui à un degré tel que s’y exprime le principe, la croyance, la conviction qu’ « il n’y a rien de plus nécessaire que la vérité, et que par rapport à elle, tout le reste n’a qu’une valeur de second ordre.

Conviction que dénonce le philosophe Nietzsche.

Je suis trop ignorant de sa pensée pour la développer ici mais il me semble que sur les limites internes de la scientificité de la science, Nietzsche va plus loin que Freud ; peut-être trop loin, si j’en juge pas son destin… En choisissant de renoncer à l’amour de la vérité pour promouvoir la jouissance dionysiaque du corps contre la raison apollinienne, il se serait égaré. Lacan nous mène-t-il sur un chemin plus sûr ? Son propos « La science n’est que fantasme » précise les choses à condition de ne pas y voir une simple dévalorisation. A coup sûr, l’accent mis au départ sur la vérité et son progrès dialectique dans la cure (La direction de la cure et les principes de son pouvoir) va se déplacer sur la fonction du réel pour un sujet (Les non-dupes errent, 1974). L’invention de l’objet a signifie la participationk du corps dans le jeu logique du sujet, mais pas comme chez Nietzsche, substitution de la jouissance du corps à la question de la vérité, mais comme Ersatz de garantie de la vérité. Ce n’est pas pour promouvoir une jouissance sans limite mais, bien au contraire, pour inscrire une limite à toute jouissance y compris celle du sens.

Après cette incise nietzschéenne, je reprends mon texte où je l’ai laissé : Le danger de trop aimer la vérité, de la positiver dans un énoncé, qui rend d’ailleurs le problème de l’interprétation assez difficile.

Freud dans ce texte, L’analyse finie et l’analyse infinie, nous dit que « la relation analytique est fondée sur l’amour de la vérité, i.e. la reconnaissance de la réalité, et qu’elle exclut tout semblant et tout leurre ». Freud semble postuler en effet qu’il y aurait une réalité commune. Une des caractéristiques des maladies mentales, selon lui, est la perte plus ou moins importante du lien avec la réalité, dans les psychoses, bien sûr, mais aussi dans les névroses et les perversions(7). Le corrélat de cette position c’est que l’analyste devient le seul garant de la réalité « vraie ». On comprend que Freud exige de lui « un assez haut degré de normalité et de rectitude psychiques ». Freud se fait peut-être quelques illusions sur la science.

Pour l’amour de la vérité on peut être amené à vouloir combler cette incomplétude, et pas seulement par des constructions dans l’analyse. On peut vouloir le faire par des hypothèses, et tomber dans la contradiction. Dans cet article L’analyse finie et l’analyse infinie, Freud se demande pourquoi on n’arrive pas à vaincre l’angoisse de castration chez l’homme et l’envie du pénis chez la femme et, en désespoir de cause, renvoie notre impuissance d’analyste à un fait biologique. Mais voici qu’il nous dit p. 53 (des OC) : « Je refuse (ablehne) de donner au refoulement (comme Fliess) un fondement biologique…», contre Fliess, et p. 55 : « Le refus (Ablehnung) de la féminité(8) ne peut évidemment être rien d’autre qu’un fait biologique… ».

Le recours au biologique est d’un côté refusé pour le refoulement, et de l’autre postulé pour un mythique « refus de la féminité ». Cette quasi contradiction − parce que le refus de la féminité n’est, dans la théorie freudienne elle-même, pas totalement étranger au refoulement ! − est l’indice qu’un impossible, un réel, a été forcé. « Le réel se trouve dans les embrouilles du vrai »,(9) nous dit Lacan. Cela dit, à la différence du phénomène psychosomatique(10), l’affaire est ici traitée symboliquement même si c’est au prix de ce qui serait une contradiction (ce qui n’entame pas la vérité subjective). Je veux dire que Freud prend partie, sur ce point de réel qui est un point de réel pour nous, qui est l’absence de rapports sexuels.

Il est d’ailleurs intéressant de voir que sur ce point de réel Freud est bien obligé de s’engager : « Ich ablehne, Je refuse » et que c’est par le même mot qu’il désigne le refus de la féminité. Ce qui est d’ailleurs étrange puisque c’est conférer à la « nature biologique » du sexe le pouvoir de refuser, pouvoir qu’on pourrait penser devoir réserver aux êtres parlants. Et s’il s’avérait que ce refus de la féminité, tout biologique qu’il soit, ne se rencontre donc que chez les êtres parlants, on ne voit pas ce que ce refus signifierait par exemple chez les animaux. Il doit bien trouver son origine dans la parole, et non dans quelque fait biologique. Ça reste pour moi une énigme. Mais passons sur ce qui reste à mon sens la trace dans son œuvre d’un impossible méconnu, il reste que Freud prend ses responsabilités, quitte à quitter le terrain scientifique en s’y engageant. S’engager, c’est suppléer l’absence de garantie démontrable par le poids de sa propre conviction qui pourra faire autorité pour les disciples. Nietzsche posait que :

- Dans la science, les convictions n’ont pas droit de cité… c’est seulement quand elles s’abaissent au rang modeste d’une hypothèse […] que l’on a le droit de leur accorder l’accès au royaume de la connaissance et de leur reconnaître même une certain valeur, − toujours avec cette restriction de demeurer soumises à la surveillance policière, à la police de la méfiance. − Mais, si l’on y regarde de plus près, cela ne signifie-t-il pas : c’est seulement lorsque la conviction cesse d’être conviction qu’elle peut parvenir à accéder à la science ? C’est vraisemblablement le cas : il reste seulement à se demander s’il ne faut pas, pour que cette discipline puisse commencer, qu’existe déjà une conviction, et une conviction si impérative et si inconditionnée qu’elle sacrifie à son profit toutes les autres convictions. On voit donc que la science aussi repose sur une croyance… ».

Cette croyance, pour Nietzsche, comme on vient de le dire, c’est la conviction qu’ « il n’y a rien de plus nécessaire que la vérité, et que par rapport à elle, tout le reste n’a qu’une valeur de second ordre ».

Du coup, est-ce que ce n’est pas parce que la science serait trop imparfaite au regard de ses propres exigences de vérité, à savoir le maintien de cette croyance première et masquée en la nécessité de la vérité, que Nietzsche la récuserait ? Il ne s’est pas confronté scientifiquement, je pense, à la question du sexe. Il n’a pas eu à trancher. L’aurait-il pu ? Il s’est en tout cas engagé dans une voie de refus, de récusation lui aussi, mais sans doute plus radicale que celui de Freud, et aussi plus pathogène. Freud s’engage, et son engagement l’amène à trancher.

Pour nous, avec Lacan, nous avons la conviction ou seulement l’intuition que l’interprétation de l’anatomie féminine comme castration, ce n’est peut-être que le versant imaginaire de l’incomplétude du langage. L’incomplétude du symbolique, démontrée par Gödel pour l’arithmétique, est représentée par une supposée incomplétude du corps de celle qui nous a introduit au symbolique. L’explication « biologique » de Freud nous apparaît alors comme un cache-sexe, un placage posé sur une faille de la structure de l’être humain, faille que Lacan appellera le non-rapport sexuel. Chez Lacan cette absence d’écriture d’un rapport direct et complémentaire entre jouissance masculine et jouissance féminine n’est clairement pas un fait biologique. C’est un fait qu’il écrit avec l’aide de la théorie des ensembles plus qu’avec la topologie des nœuds. Il reste que l’anatomie, par le semblant qu’elle offre, fait assez sensiblement coïncider sexe anatomique masculin et ‘se sentir homme’ et réciproquement côté féminin.

L’amour de la vérité, c’est aussi le piège du paranoïaque pour qui il n’y a rien qui ne puisse et ne doive être révélé. Pour lui, il n’y a pas d’impossible à dire, il n’y a que des choses qu’on lui cache. Pour lui, ne pas dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, c’est la trahir.

Un patient de 50 ans vient de faire une tentative de suicide très grave. Depuis un an il était tourmenté par l’idée de se venger de son ex-épouse dont il a divorcé 5 ans plus tôt. Vengeance atroce : la marquer au fer rouge : un V comme vengeance sur chaque joue et un e barré comme € sur le front. Etant un homme bon et incapable d’une telle méchanceté, il a retourné, dit-il, celle-ci contre lui. Quel était donc le crime de l’épouse ?

Voici ce qu’il en dit : souhaitant changer le mode de garde de ses deux filles pour avoir une garde partagée, et avec leur accord, accord sur lequel les deux filles vont revenir par la suite, il consulte un avocat qui prend connaissance du jugement de divorce et s’étonne que dans ce jugement il est écrit que pour répartir l’argent des comptes, les parties s’arrangeront entre elles. C’était en effet un divorce à l’amiable avec un seul avocat. Notre homme se présente comme un naïf, absolument pas intéressé par l’argent et qui fait confiance. Quelle est donc le crime de l’épouse ? Elle ne lui a pas dit que tous les comptes pouvaient être partagés et pas seulement les comptes courants. Or, madame possédait un compte d’épargne avec une certaine somme et lui un Codevi assez peu rempli. Je lui fais bien préciser les choses. Ce n’est absolument pas pour l’argent qu’elle aurait gardé indûment qu’il lui en veut, c’est qu’elle l’a trahi en ne lui disant pas que son compte pouvait être partagé. Ma remarque qu’il aurait pu s’intéresser lui-même à ses propres intérêts tombe à plat : c’est sa nature d’être naïf et elle a donc abusé de sa confiance…

Pour expliquer son état désespéré, il invoque une autre trahison du même ordre : une femme ne lui a pas dit qu’elle avait rencontré un autre homme. Bien d’autres éléments interviennent dans ce destin paranoïaque. Il s’agit simplement ici de montrer comment la question de la vérité tourmente les humains, qu’elle soit celle de sa vérité, comme chez le névrosé qui se veut responsable de sa vie, ou la vérité vraie que l’on dissimule au paranoïaque, voire celle que manipule le pervers envers sa victime.

L’amour de la vérité, pour en revenir à l’analyste, a pu entraîner Freud à quelques erreurs. Je pourrais évoquer l’hypothèse vraisemblable selon laquelle l’insistance de Freud à demander à son patient Sergei Pankejeff de confirmer en somme la vérité de sa théorie n’a pas été sans effet sur l’épisode paranoïaque qui a frappé L’homme aux loups. Ou comment ce même amour de la vérité ne l’a pas aidé à se débrouiller avec le rêve « menteur » d’une jeune homosexuelle.

Bref, on ne pousse pas sans danger quelqu’un dans les retranchements de sa vérité(11).

Conclusion provisoire

Il est assez facile de rappeler avec Lacan que « la vérité de la souffrance du névrosé c’est d’avoir la vérité comme cause ». Mais c’est là aussi son humanité, voire sa dimension éthique. Qu’il aime assez la vérité et croit la trouver dans son inconscient, c’est la condition pour l’amener à entreprendre une psychanalyse. Comment pourrait-il le faire aujourd’hui si les analystes eux-mêmes en venaient à dévaloriser prématurément la vérité pour chanter les vertus de l’accès au pur réel. À succomber à cette espèce de manichéisme irréductible de la pensée qui nous amène aisément à chasser l’un pour vénérer l’autre. Autrement dit à changer le nom de notre idéal « du vrai, du beau, du bon, du réel », plutôt que de reconnaître le pouvoir idéalisant du trait unaire, un trait unaire en trois personnes R, S et I, cela pourrait bien apparaître comme mystification et si Lacan s’est peut-être un peu enthousiasmé avec son pur réel, il a aussi affirmé qu’il n’y avait que des bouts de réel et surtout que la consistance de ce réel n’était que…, était imaginaire et dépendait d’un dit. Et donc de la vérité(12). Si le réel apparaît dans les embrouilles du vrai, c’est bien que la possibilité de sa rencontre exige que la recherche de la vérité soit poussée assez loin pour qu’en surgisse ce réel, un réel plus brut que pur à mon sens. Réel que Freud a eu le mérite d’aborder. Car, à être dupe du nœud borroméen, je ne vois pas ce réel autrement que ficelé réellement aux sons et aux sens qui ont été produits au cours de ma propre recherche de la vérité. Contingence et fragilité donc de ce réel qu’un abandon à une jouissance pure aussi bien que l’exigence d’une vérité absolue peut volatiliser.

Discussion

Christiane Lacôte Destribats.

Ce que j’ai apprécié, c’est que tu prends le contre-pied astucieux de la doxa publicitaire de nos milieux, c’est-à-dire : il ne faut pas aimer la vérité. Maintenant, le point d’angle, c’est toujours le mot réel. Et effectivement, je trouve très salutaire et très sain de remettre les choses à leur place. Je ne poserai pas une question, mais j’aimerais bien que tu développes tout ce qui concerne la paranoïa. En effet, l’interprétation, dont l’une des racines est souvent paranoïaque - il n’y a qu’à lire les correspondances de Freud ! - veut tout de même élucider la vérité. On bute toujours là-dessus. Quand les élèves de Freud disaient ‘Mais qu’est-ce que vous avez voulu dire ?’, ou bien ‘C’est moi qui l’ai déjà dit, vous me l’avez volé !’ C’est parfois assez juste. Il y a une très grande pertinence à prendre en compte l’origine paranoïaque de la recherche de la vérité, de l’interprétation. S’il y a bien quelqu’un qui interprète, c’est le paranoïaque. Lacan est parti de l’explicitation d’un certain nombre d’actes mus par la paranoïa.

Bernard Vandermersch. Il est clair que si j’ai pris les choses sur ce mode là, c’est que c’est aussi des choses qui me concernent, et cette difficulté, dans l’interprétation, dans ce qui est dit à l’analysant, de dire quelque chose qui n’apparaisse pas comme voici ce que je pense de votre vérité. C’est-à-dire comment intervenir d’une façon qui ne laisse pas l’analysant complètement médusé, dans une intervention qui ne veut rien dire/

Roland Chemama. Mais déjà, tu vois, le problème, ça serait qu’ils entendent voici votre vérité, mais tu as dit, voici ce que je pense de votre vérité. Là, déjà, tu prends une distance, qui allège un peu…

Bernard Vandermersch. Qui allège un peu, mais pas tant que ça, parce que tout dépend de là où il en est, l’analysant. Mais si ce que moi je pense, c’est pour lui la science qui parle, c’est une autre référence, c’est ça qui est compliqué. Il ne me semble pas que toute référence a une théorie inutilisable dans l’analyse. Ça dépend des situations, et je crois que quelquefois, ça permet de faire entendre certaines choses. Mais en même temps, si cette théorisation apparaît comme quelque chose qui est soudée, et qui est complétée, il y a une théorie analytique et la vérité s’y trouve, et ça évidemment, c’est très stérilisant.

Pour ce qu’il en est des interprétations paranoïaques, c’est vrai que quand on relit, d’une part les correspondances de Freud, ‘Si vous pensez ceci, c’est parce que vous me prenez pour un père’, etc., bon, ça, il n’y a rien à faire, c’est ton opinion contre la mienne. Il n’y a pas de sortie possible. Je crois que à un degré moindre, ce que disait l’analysant de Jeanine, ‘Vous au moins vous ne dites pas : ‘c’est ça’’. Et c’est vrai que cette façon de pouvoir dire les choses dans nos interventions, ça suppose que nous-mêmes nous ayons mis dans la théorie, non pas quelque chose comme une sorte de défiance à l’égard de la théorie, ce qui serait idiot, mais de savoir ce pourquoi elle est là, c’est d’essayer de rendre compte de ce qui reste toujours énigmatique.

Roland Chemama. En partant de Nietzsche, ce que tu dis. Nietzsche, ce qui est intéressant, c’est qu’il est radical. C’est-à-dire qu’il prend les choses par la racine. Il ne demande pas qu’est-ce que vaut telle formulation morale, en fonction de ce que serait le bien, ou qu’est-ce que vaut telle théorie en fonction du vrai ? Il demande qu’est-ce que vaut le bien, ou qu’est-ce que vaut le vrai ? Il remonte encore plus loin. Et c’est en ce sens qu’il peut être dans une position, ce n’est pas la position de critique de Kant, Critique de la raison pratique, c’est une position critique effectivement plus radicale. En ce sens, c’est vrai qu’on pourrait être tenté par le radicalisme, mais il faut percevoir l’effet que « la vérité » peut jouer dans le travail analytique, ce que tu rappelais à propos de l’homme aux loups, indiquer au sujet quelque chose comme sa vérité, ça peut le faire délirer… alors, on pourrait quoi ? C’est ça le problème, c’est que apparemment on sera toujours tenté d’y opposer quelque chose qui risque de nous faire retomber dans une sorte de nouvel idéal. Par exemple le Réel, l’attention au Réel. Peut-être que le terme que tu n’as pas introduit, entre vrai et non vrai, c’est celui de semblant. C’est-à-dire que le problème, c’est de faire toujours, ce n’est pas facile, mais ça serait ça, c’est qu’il se maintient dans notre parole quelque chose qui indique en même temps…

Bernard Vandermersch. De l’ordre du semblant.

Roland Chemama. De l’ordre du semblant, ce qui ne veut pas dire du faux-semblant, là aussi Lacan est très précis, mais ça veut dire que la seule façon dont je donne la vérité, c’est-à-dire dans cette structure de fiction… Il me semble qu’il y a quelque chose comme ça. C’est pour ça que tu disais, ça dépend encore comment on le formule, mais dire, au fond c’est un peu ce que je pense, ça peut être une façon de donner une dimension de semblant. Sans doute il y en a d’autres. Moi, par exemple, ces temps-ci, de temps en temps, pour certaines cures plus que pour d’autres, pourquoi je n’en sais rien, j’essaye de me référer à une œuvre littéraire, ou un fragment, dans tel endroit par exemple, tel personnage fait ceci, cela, le sujet entend que ça peut avoir une valeur métaphorique, que je suppose que ce qu’il me dit a rapport avec ça, sans que pour autant je lui dise c’est ça ou c’est ça.

Bernard Vandermersch. C’est tout l’art de taper juste à côté, on tape toujours à côté, mais il vaut mieux taper à côté en le sachant. Plutôt que de dire voilà. Et c’est l’écart de la métaphore qui permet au sujet de respirer un peu. C’est vrai qu’on a à changer notre technique. En tout cas, celle de Freud qui annonce l’Œdipe à Hans, ce n’est vraiment plus possible. On le sait bien.

Christiane Lacôte-Destribats. C’est qu’il concevait aussi les rapports transférentiels comme étant des possibilités d’acquiescement ou non, à un jugement. C’est-à-dire que c’est toute la problématique du jugement, et de l’acquiescement ou pas au jugement qu’il met en jeu. Pour nous, il s’agit plutôt de la connexion signifiante et du rapport à la lettre. Donc, ce n’est pas du tout superposable.

Bernard Vandermersch. Chez (XXX ?) enfin, il y a cet écart toujours…

Christiane Lacôte-Destribats. Mais dans nos milieux, il y a tout de même une enflure rhétorique sur le mot de réel. C’est important de travailler sur cela.

Roland Chemama. De ce point de vue, ça peut être pire que l’enflure sur la vérité. Parce que là, chacun se recule effrayé.

Bernard Vandermersch. Là, je peux peut-être dire un petit mot qu’il dit dans la leçon du 10 janvier 1978 :

Nous avons la suggestion que le réel ne cesse pas de s’écrire. C’est bien par l’écriture que se produit le forçage. Ça s’écrit tout de même le réel. Car il faut bien le dire, comment le réel apparaîtrait-il s’il ne s’écrivait pas ?

Christiane Lacôte-Destribats. C’est toute la question.

Bernard Vandermersch.

- C’est bien en quoi le réel est là, il est là par la façon de l’écrire. L’écriture est un artifice. Le réel n’apparaît donc que par un artifice. Un artifice lié au fait qu’il y a de la parole, et même du dire. Et le dire concerne ce qu’on appelle la vérité. C’est bien pourquoi je dis que la vérité, on ne peut pas la dire.

Christiane Lacôte Destribats. Oui, mais cela concerne…

Intervention de la salle. Comment introduirais-tu là la définition de Popper par rapport à la science ?

Bernard Vandermersch. D’abord la définition de Popper, elle est limitée quand même, parce qu’il y a dans la science la plus dure, si on peut appeler ça une science, l’arithmétique, Gödel montre qu’elle échappe en partie à la question de la réfutabilité puisqu’on peut produire des énoncés indécidables. S’ils sont vrais, alors ils sont faux, s’ils sont faux…, on peut en produire une infinité, à condition d’avoir un appareil suffisamment développé. Ce n’est pas avec l’addition et la soustraction qu’on y arrivera. Il faut un truc un peu plus compliqué. Mais si déjà, au niveau de la science la plus dure, le principe de Popper n’est pas totalement vérifiable, - c’est Melman qui fait remarquer ça - ça serait plutôt en psychanalyse qu’il y a effectivement de l’irréfutable. Pas tout à fait au sens de Popper, Popper, il a dit irréfutable, c’est-à-dire qu’on ne peut pas absolument affirmer que quelque chose est vrai ou que quelque chose est faux. Puisque en psychanalyse, quand on s’appuie sur Freud, si le patient dit ceci, alors, ça veut dire faire cela, et s’il dit le contraire, ça veut dire encore cela… Mais ce que fait remarquer Melman, c’est que dans l’expérience de la cure, il y a de l’irréfutable. La survenue du point d’angoisse, ce n’est pas quelque chose qui pour le sujet puisse être réfutable. C’est de l’irréfutable au sens solide de la chose, non pas au sens d’une inconsistance.

Roland Chemama. Il reste une ou deux questions.

Bernard Vandermersch. À propos du crime, je voulais simplement lancer un truc. C’est l’histoire étymologiquement bizarre, que crime a la même origine que critère, crible, certitude, crime, on dit discriminer, et j’aimerais bien piger en quoi le crime à cette fonction de crible, de discrimination.

Christiane Lacôte-Destribats. C’est tout à fait juste, et c’est aussi dans le texte de Lacan. Il joue effectivement du mot crise, l’état de crise qui se résout en structure ou pas. C’est très juste, un point discriminant, mais qui peut rester suspendu ou qui se résoud en structure.

Bernard Vandermersch. Il y a des crimes qui ont fait du criminel quelqu’un, qui ont la valeur d’acte, et qui après est devenu autre. Mais il y a des crimes qui manifestement n’ont pas cet effet, puisqu’il y a des criminels à répétition, qui sont strictement après comme avant. Donc ce n’est pas univoque. Autrement dit, tout crime n’engage pas la vérité.

1.Lacan J. Dernière leçon du séminaire Les non-dupes errent, 11 juin 1974

2. Lacan J. Les quatre concepts, (1964), 1973, Seuil, p. 16

« Aussi, l’hystérie nous met-elle sur la trace d’un certain péché originel de l’analyse. Il faut bien qu’il y en ait un. Le vrai n’est peut-être qu’une seule chose, c’est le désir de Freud lui-même, à savoir que quelque chose, dans Freud, n’a jamais été analysé ».

3.Dans Le Moment de conclure, leçon 3, Lacan énonce que ce qui fait matière dans l’inconscient c’est le nœud borroméen comme étoffe de la métaphore

4.Lacan J. La science et la vérité, in Ecrits, Seuil, 19, p.

5.LACAN J. Le Moment de conclure, Leçon du 20 décembre 1977, p. 27.

6.Même la mort sera vaincue. Quand on imagine les conséquences et les problèmes de la sélection des bénéficiaires de l’éternité sur terre on soupçonne du coup que l’impossible ne réside pas tant dans la fabrication d’un organisme immortel (il en existe déjà dans la nature) qu’au cœur même du lien qui tient les « mortels » en communauté, ce qu’on appelle la civilisation ou Kultur dans l’allemand de Freud. En tout cas un pur produit du langage humain.

7.FREUD S. « La perte de la réalité dans la névrose et dans la psychose ». [1924]. In Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973, p. 299 et sq.

8.Ce refus rendrait compte de l’impossibilité de vaincre l’angoisse de castration chez l’homme et l’envie du pénis de la femme et serait donc une cause de refoulement.

9.LACAN J. Le Sinthome, (10-02-1976).

10.VANDERMERSCH B. Inscrit, montré, non articulé, in Le Trimestre Psychanalytique, 1988, T5, p. 142.

11.Janine Vandermersch me parle d’une analysante qui va consulter aussi une sophrologue, ce qui l’ennuie un peu, et me dit : le problème c’est que cette sophrologue « positive », elle donne à la patiente des affirmations du genre : « C’est ça ! ». La recevant à la séance suivante l’analysante reprend quasiment mot pour mot ce que Janine m’a dit. « Vous, vous ne faites pas comme la sophrologue. Elle, elle me dit « C’est ça ! ».

12.« …C’est bien en quoi le réel est là. Il est là par ma façon de l’écrire. L’écriture est un artifice. Le réel n’apparaît donc que par un artifice lié au fait qu’il y a de la parole et même du dire. Et le dire concerne ce qu’on appelle la vérité. C’est bien pourquoi, la vérité, on ne peut pas la dire. » Le Moment de conclure, 10 janvier 1978.

Transcrit par Dominique Kayal. Novembre 2016

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