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Lacan, Le Moi, Extraits des leçons des 8 et 15 décembre 1954

LACAN Jacques
Date publication : 06/12/2016

 

Séminaire de préparation du Séminaire d’été 2017 Étude des séminaires II et XXVI de Lacan, Le Moi dans la théorie freudienne et dans la technique de la psychanalyse et La Topologie et le temps

(…) je vous proposerais le modèle suivant. Une de ces petites tortues ou renards, comme nous savons en fabriquer depuis quelque temps, et qui forment le jeu, l’amusette, des savants de notre époque, les automates ont toujours joué un très grand rôle, ils jouent un rôle renouvelé à notre époque. Disons qu’une de ces petites machines auxquelles nous savons maintenant, grâce à toutes sortes d’organes intermédiaires, donner quelque chose qui ressemble presque à des désirs et des choses qui ressemblent aussi presque à une homéostase ou même tout à fait. Disons qu’il s’agit d’une machine qui serait constituée de telle sorte qu’elle serait assez inachevée pour ne devoir son blocage définitif, à savoir sa structuration dans un mécanisme, au fait qu’elle perçoive, par quelque moyen que ce soit, une cellule photoélectrique, avec relais et production d’une certaine image quelque part, qui fixe le mécanisme, qui ne prendrait son unité que dans la perfection d’une autre machine toute semblable à elle-même, qui aurait simplement sur elle-même l’avantage d’avoir déjà pris ce blocage au cours de ce qu’on peut appeler une expérience antérieure. Une machine peut faire des expériences.

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(…) au point où je vous ai laissé, le sujet était bien nulle part, pour une bonne raison que, justement, il s’agissait de deux petites tortues mécaniques, et l’une bloquée sur l’image de l’autre, non pas tout l’ensemble énergétique, mais pour une partie régulatrice de ces mécanismes, qu’on peut envisager comme prise, captivée par tous les moyens imaginables, je ne suis pas ici pour vous faire de la cybernétique, même imaginaire, la cellule photoélectrique, et tout ce qui peut servir dans ces occasions à nous faire des machines autrement élaborées que les automates, qui ont été leurs prédécesseurs et cette machine est en quelque sorte entièrement suspendue au fonctionnement unitaire d’une autre machine et par conséquent aussi captivée par toute espèce de démarche de l’autre machine. Vous voyez bien que ce cercle n’est pas pour autant limité à deux, mais que c’est le deux qui en forme la liaison essentielle, liaison de deux machines chacune étant, par l’intermédiaire de l’image, à la remorque de l’autre. En somme, c’est un vaste cercle, dont chacun est tenu par une captation dans l’image totalitaire de l’autre. Vous vous en représentez les inconvénients extrêmes du point de vue de ce qu’on peut appeler les objets du désir de la machine. Pour une machine, il n’y a guère d’autre désir possible que celui de repuiser aux sources d’énergie. Une machine ne peut guère que se nourrir, essentiellement. On n’est pas encore arrivé non seulement à réaliser mais même à concevoir des machines qui se reproduiraient. Même le schéma de sa symbolique n’a pas encore été donné. Donc, nous en sommes limités à cet objet de désir qui serait cette source de réalimentation. C’est bien ce qu’elles font, les braves petites machines de M. Grey Walter, telles que nous les supposons, liées à ce rapport imaginaire l’une à l’autre. Cela va entraîner de fâcheuses rencontres. Elles sont en quelque sorte essentiellement fixées sur un point pour autant que l’autre, lui-même, y va. Il y aura donc vraiment quelque part collision.

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