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Présentation des actes du colloque, Las preguntas sobre el objeto (Quito 2014) par Angela Jesuino

JESUINO Angela
Date publication : 10/11/2016

 

Pour commencer, je voulais vous dire ma joie de participer au lancement des Actes du colloque Las preguntas sobre el objeto qui a eu lieu ici à Quito, il y a deux ans déjà, organisé par le Grupo La Letra et par l’ALI.

Nous sommes aujourd’hui dans l’effet de l’après coup de ce colloque qui a eu son importance, je crois pouvoir le dire, aussi bien en France qu’en Équateur. S’il fallait préciser quelle a été son importance, il faudrait évoquer à la fois la transmission de la clinique, ici clinique de l’objet, et la clinique de la transmission en acte, car je crois que nous avons tous été enseignés grâce à nos échanges. Bien sûr cela n’a pas été sans conditions, mais je ne ne vais pas développer ce point ce soir car ce sera le thème du séminaire qui commencera demain.

En tout cas ce colloque a suscité quelque chose d’inédit : la publication à Quito et à Paris de ce travail en commun qui a pu voir le jour simultanément en espagnol et en français. C’est donc une grande première parmi les échanges nombreux entre collègues en Amérique latine et ailleurs.

Nous avons lancé ce livre à Paris au mois d’aout à l’occasion du Séminaire d’été de 2016, en présence d’Iris Sánchez et d’autres collègues d’Équateur. Il faut signaler que sa publication est venue relancer la collection des Cahiers de l’ALI qui a pour vocation de garder trace de nos travaux.

Relancer cette collection avec la publication des Actes de ce colloque organisé conjointement avec nos amis de l’Équateur, était également pour nous l’occasion de mettre à l’honneur la dimension internationale de l’ALI. Dire cela de cette façon peut paraître un exercice de style, mais ne fait que traduire simplement notre besoin d’altérité, en tout cas pour ceux qui sont convaincus de la stérilité de travailler en vase clos.

Nous sommes donc dans l’après-coup du colloque mais aussi, en ce qui me concerne, dans l’après coup de la lecture de ce volume dont je partage la présentation ce soir avec Iris Sánchez et José Echeverría.

Ce livre apporte les définitions multiples de l’objet spécifique de la psychanalyse de Freud à Lacan, retrace son élaboration au long de l’enseignement de Lacan, sans omettre les impasses théoriques et cliniques de ce parcours.

Mais permettez-moi de vous le dire, ce n’est pas là que se trouve l’intérêt majeur de ces Actes. Ce qui me semble le plus intéressant, le plus fort est ceci : on y trouve des psychanalystes au travail, des psychanalystes qui se laissent interroger dans leur pratique par cet objet nommé a par Jacques Lacan.

Dans ce sens, et dans l’après coup des travaux et de la lecture, nous pouvons dire que nous avons en quelque sorte répondu sans le savoir, dans le travail même de ces quatre jours, à la critique faite par Charles Melman concernant le titre donné à ce colloque lorsqu’il nous disait que ce n’est pas nous qui posons des « questions sur l’objet » mais que c’est depuis l’objet que nous sommes questionnés. Ce livre en est donc le témoignage.

Il y a dans cet ouvrage des hypothèses fortes, résultat de la prise au sérieux de l’invention de Lacan, il faudrait même dire la révolution opérée par Lacan en ce qui concerne la question de l’objet en psychanalyse.

La clinique de la manie et de la mélancolie est ainsi complétement revisité en tant que problématique pure de l’objet, je devrais dire de l’abject qui affecte le monde en ouvrant des questions inédites : si le mélancolique est un objet parlant, qu’est-ce que traiter la mélancolie ? Est-ce qu’on soigne un objet puisque ce que Lacan nous enseigne c’est que c’est lui qui s’occupe de nous ?

La clinique de l’adolescent se voit aussi éclairée par l’hypothèse que l’objet surgit à l’adolescence dans une confusion des registres Réel, Symbolique et Imaginaire expliquant ainsi une symptomatologie parfois déroutante.

A travers les travaux de différents collègues qui, sans se concerter, dialoguent et se répondent, les incidences cliniques de l’objet voix sont déclinées dans la névrose, la psychose et la perversion, permettant à chaque fois un diagnostique de structure et un maniement spécifique du transfert.

Tout un autre pan de la clinique, celle du lien social, se laisse aussi interroger par l’objet et amène également des questions nouvelles, en obligeant le psychanalyste à « regarder par la fenêtre » sans rien céder ni de son éthique, ni de sa responsabilité vis à vis de la cité. Les liens entre la littérature et la psychanalyse sont aussi renoués de façon originale autour de cette belle question : dans quelle mesure la littérature contribue-t-elle au dévoilement des objets qui nous déterminent ?

Tout au long de ce livre nous pouvons vérifier l’hypothèse, qui y est explicitée, à savoir que l’usage clinique de l’objet a comporte un enjeu de renouvèlement et de simplification de la clinique elle-même.

Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire notamment sur la topologie du nœud borroméen et la place centrale occupée par l’objet dans cette nouvelle écriture de la structure. Mais je vais m’arrêter là en espérant vous avoir donné envie de lire ce livre et en remerciant tous ceux qui ont contribué à l’écriture et à la publication de ces Actes qui restent, en tout cas en France, un recueil conséquent concernant l’objet/abject qui nous constitue.

Je ne peux pas clore cette brève présentation sans remercier spécialement Iris Sánchez qui, avec la persévérance de son désir, a rendu possible ce travail en commun et cette publication. Je voudrais la remercier aussi d’avoir souhaité m’associer au lancement de ce livre en Equateur, sans quoi je n’aurai pas eu l’occasion de partager ce moment avec vous.

Angela Jesuino

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