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Le « sérieux » de l’amour de transfert

Date publication : 26/02/2016
Dossier : Dossier de retour du Séminaire d'hiver 2016

 

Merci à Marc Darmon pour son invitation. Elle m’a permis de relire « Observations sur l’amour de transfert », un texte que je croyais bien connaître mais qui, comme tous les bons textes lorsqu’on les relit, m’a réservé une petite surprise, et c’est par elle que je vais commencer. Deux points me sont en effet apparus clairement et pour la première fois.

D’abord le terme de « sérieux », que l’on peut lire par deux fois dès la première page, sérieux qui n’est pas sans faire résonner pour nous la façon dont Lacan le lie à la série, la série des cas pris un par un mais tout aussi bien la longue série que Freud évoque, celle des médecins qu’une patiente qui leur aurait manifesté son amour pourrait être amenée à consulter, s’ils considéraient que son amour de transfert était incompatible avec la poursuite du traitement. Que s’agit-il donc pour Freud de prendre au sérieux. Le transfert ou l’amour ? Les deux, bien que seul le transfert soit un concept analytique comme Lacan le pointera en 1954 (il en fera dix ans plus tard l’un des quatre concepts fondamentaux). L’amour donc, que Freud reconnaît comme un amour authentique, véritable, c'est-à-dire indice d’une vérité inconsciente insue. Lacan préfère, de façon plus insistante que Freud, associer à l’amour le comique, le comique du phallus, et réserver l’adjectif véritable à la psychanalyse, ce qui lui fait du même coup dire que « plus nous sommes proches de la psychanalyse amusante, plus c’est la véritable psychanalyse » (S.I p.91). Dans le séminaire qu’il consacre au transfert, il insiste sur l’amour comme métaphore, comme transfert d’un manque de l’un à l’autre, l’aimant étant manquant de quelque chose, d’un avoir, et l’aimé ne sachant pas ce qu’il a, c'est-à-dire manquant d’un savoir sur son être.

Mais revenons à Freud. Sont donc à considérer comme sérieux l’amour et le transfert. Les deux sont indissolublement liés puisque cet amour est à considérer non seulement comme un signe du transfert mais aussi comme une résistance au transfert. Cela n’est pas nouveau, Freud l’avait déjà déplié trois ans auparavant, en 1912, dans « La dynamique du transfert ». Il y relevait l’apparition inévitable du transfert dans la cure, remarquait qu’il était à la fois l’agent même de l’action thérapeutique et la plus forte des résistances, du fait de sa dualité, de son ambivalence, amour et hostilité s’y côtoyant (hainamoration, dira Lacan, sous entendant ainsi la troisième occurrence des passions du moi, l’ignorance. Avec le pacte analytique, note-t-il pp. 190-191 du séminaire I, nous engageons le sujet dans une recherche de la vérité. On constitue ainsi son ignorance, qui n’est pas méconnaissance car la méconnaissance, elle, comporte une certaine organisation d’affirmations et de négations à quoi le sujet est attaché, et que la cure remaniera. Il ajoute plus loin, p.298, que les trois registres R,S, I sont impliqués, l’amour se situant à la jonction de S et I, la haine à celle de I et R, l’ignorance à celle de R et S). Ce qui est nouveau, c’est que Freud aborde là la question du maniement du transfert et de la direction de la cure. Mais pourquoi n’y vient-il qu’en 1915, alors qu’il signale d’emblée dans cet écrit que « l’étude de l’amour de transfert est depuis longtemps devenue une nécessité vitale pour la technique psychanalytique » ? Vous remarquerez que Lacan, de même, n’abordera le transfert que plus de quinze ans après le début de son enseignement et juste un an après le séminaire sur l’éthique de la psychanalyse.

Voilà le deuxième point qui m’a retenue, la date de parution de l’article, 1915, et les 3 ans qui séparent « La dynamique du transfert » où Freud traite de la résistance du côté du malade, du patient qu’il met d’ailleurs essentiellement au féminin ( de l’analysé comme l’appellera Lacan avant qu’il ne devienne, en octobre 1967, le psychanalysant et à partir de 68 l’analysant tout court ; l’âme ou plutôt la différence entre le corps et l’âme, non pertinente pour ce qu’il en est de la psychanalyse, disparaît, en même temps que l’activité passe du côté patient, tandis que du côté analyste se situera l’acte), et l ’article de 1915 où c’est de la résistance du médecin à la psychanalyse qu’il s’agit. Vous aurez sans doute remarqué que dans l’article de 1912, Freud cite discrètement, en notes en bas de pages, Bleuler , président de la section zurichoise et Jung , président de l’IPA, à qui il emprunte les termes d’ambivalence et d’introversion. En 1915, si la reculade de Breuer devant l’amour de transfert d’Anna O. est évoquée rapidement mais explicitement, la référence à Jung, très présente, reste absolument implicite.

Pourquoi donc Freud a-t-il décidé de faire fi de la discrétion médicale à laquelle, nous dit-il, il s’était jusqu’alors tenu ? Parce qu’il a déjà rompu le silence un an plus tôt, dans sa « Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique », qu’il n’a pu faire paraître qu’en juin 1914, une fois résolues les crises auxquelles a dû faire face la toute jeune IPA. Crises résolues par deux défections majeures et « douloureuses » reconnaît-il, celle d’Adler, président de la section viennoise, en 1911 (l’IPA n’a alors qu’un an d’existence), et celle de Jung, son premier président, réélu en 1913 et qui vient de démissionner de la présidence le 20 avril 1914. En juillet 1914, soit un mois après la parution de l’article que Freud qualifie lui-même de « bombe », Jung démissionne de l’IPA, bientôt suivi par toute la section zurichoise. Dans « Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique » en effet, Freud démontre que ni les théories d’Adler, ni celles de Jung ne relèvent de la psychanalyse. Exit les socialistes (Adler) et les religieux (Jung, Pfister et les Zurichois). La psychanalyse n’est ni un mouvement politique, ni un mouvement mystico-religieux.

Après donc qu’il ait à nouveau défini ce qu’est la psychanalyse et ce qu’elle n’est pas, Freud s’attaque à définir qui est psychanalyste et qui ne l’est pas. Est psychanalyste, nous dit-il, celui qui ne recule ni ne cède devant l’amour de transfert. C’est donc d’une question éminemment sérieuse, clinique, éthique et politique, que traite l’article de 1915, celle du maniement du transfert par celui qui se réclame de la psychanalyse, et donc celle de la position du psychanalyste dans la cure , question qui laisse poindre celle qui se posera peu après, celle de sa formation (l’institut de Berlin verra le jour en 1920, celui de Vienne en 1924),deux questions elles aussi liées, comme l’amour et le transfert, et qui n’ont cessé d’être au cœur des scissions qui ont émaillé depuis qu’il existe l’histoire du mouvement analytique. J’ai évoqué les débuts de l’IPA mais nous avons tous ici présentes à l’esprit, parce que nous les avons vécues de plus ou moins près, les scissions du mouvement lacanien avant et après la mort de Lacan. Amour tout aussi bien que haine transférentielles, deux versants de la même chose, de ce devenir du transfert chez ceux qui passent du divan au fauteuil et qui se regroupent en associations ou en écoles de psychanalyse.

Le séminaire de l’école à laquelle j’appartiens, l’EPFCL, tourne cette année autour de la question de ce qu’est un analysant, autre façon de se demander ce qui définit la psychanalyse et le psychanalyste. Freud en 1915 définit le psychanalyste comme un médecin qui traite un(e) malade. Ce n’est qu’en 1926 et pour défendre ces disciples non médecins accusés d’exercice illégal de la médecine qu’il différenciera le traitement analytique, qui consiste en un échange de paroles, talking cure, du traitement médical.

« Au commencement de l’expérience analytique… fut l’amour », rappelle Lacan en ouverture du séminaire VIII, « un commencement non de création mais de formation », posant d’entrée de jeu, le 16 novembre 1961, la question de la formation de l’analyste ( il rajoutera en 1967 : « par la grâce du psychanalysant »), et si Breuer prit la fuite devant Eros surgi du transfert, Freud au contraire décida « de le servir pour s’en servir » et inventa ainsi la psychanalyse. En choisissant de faire écho au prologue de l’Evangile selon Saint Jean, Lacan indique combien l’amour qui nait du transfert que la talking cure suscite, a partie liée avec le grand Autre, trésor des signifiants. Le transfert, c’est tout simplement l’acte de parole, nous dit-il (S I p.53). La relation entre le malade et le patient n’est pas seulement, comme le souligne Freud, foncièrement dysymétrique. Lacan va plus loin en critiquant l’intersubjectivité et en précisant que cette pseudo-relation, comme il préfère l’appeler, n’est pas une relation entre sujets mais entre un sujet et un Autre, sujet supposé savoir ou faisant fonction d’objet. Mais revenons à Freud. Il rappelle au psychanalyste qu’il ne doit jamais oublier que l’amour que son patient lui manifeste ne s’adresse pas à sa personne, mais à une autre, qu’il ne fait, pour reprendre la lecture qu’en fait Lacan, qu’actualiser par sa présence (S.I p.53). Il se doit donc de faire preuve d’une abstinence totale, « pas seulement physique ». Ce « pas seulement physique » vaut d’être commenté car il implique aussi qu’il s’abstienne de tout affect déplacé (tendresse, aversion, admiration) et de tout jugement moral qui ne pourraient que nuire au traitement. Triple abstinence donc qui n’empêche en rien l’accueil de la souffrance et des associations libres, voilà ce qu’implique la fameuse neutralité bienveillante. Neutralité avec laquelle le jeune et fougueux Jung a bien du mal et il confie à Freud ses difficultés, ses embarras, devant les jeunes et jolies hystériques dont il s’occupe au Burghözli , mais pas seulement. Il y a aussi et surtout la séduction qu’exerce sur lui ce « jeune psychiatre prometteur » (selon les termes de Freud) mais toxicomane que Freud lui a adressé pour sevrage, Otto Gross. Jung va se consacrer entièrement à lui. « J’ai tout laissé en plan et j’ai employé tout le temps disponible, le jour et la nuit, pour Gross, pour faire avancer au possible son analyse…Où je n’avançais plus, c’est lui qui m’a analysé… » écrit-il à Freud le 25 mai 1908 (l’analyse mutuelle existe ainsi déjà, avant même que Ferenczi ne l’ait conceptualisée!). Freud lui répond le 29 mai : « Gross est un homme si précieux et une tête si bien faite que votre travail a la valeur d’un service rendu à la communauté ». Cependant, le 19 juin, Jung insiste : « …L’affaire Gross m’a consumé….cet événement est l’un des plus graves de ma vie, car en Gross j’ai fait l’expérience de trop de côtés de ma propre nature, de sorte qu’il m’est apparu comme mon frère jumeau, dementia praecox en moins. Cela est tragique ». Jung, fasciné par Gross et ses thèses libertaires (il conçoit en effet la levée du refoulement comme une libération de la répression sur la sexualité et prône une liberté sexuelle sans limites, pour le patient comme pour médecin), se laissera séduire par Sabina Spielrein puis par d’autres (le film de David Cronenberg, A dangerous method, en rend compte avec justesse). Il laisse libre cours à ce qu’il nomme ses « composantes polygames » (lettre de J. à F., 7 mars 1909) et pose la relation malade-médecin comme réciproque. De même que le médecin aide le malade, de même le malade est « l’onguent qui convient au point faible du médecin ». Ainsi, dès 1908, Jung fait part à Freud de sa fragilité mais Freud le rassure, avant de l’exécuter. Il vous faut lire ou relire la passionnante correspondance entre les deux hommes, dont je viens de vous donner un petit aperçu, complétée par les entretiens de Jung avec Aniéla Jaffé publiés à sa demande après sa mort sous le titre Ma vie. La violence que Freud manifeste à l’égard de celui dont il s’est entiché en 1907 et qu’il a institué son héritier alors qu’il n’en demandait pas tant, n’est explicable que par l’ampleur de son désenchantement, net dès 1911 et qui ne va aller que croissant. Freud a été aveuglé par ce qu’il faut bien appeler son amour de transfert, il a vu en Jung bien autre chose que ce que Jung était. Leur rupture, très féconde pour Freud, plonge Jung, dès 1912, et pour dix ans, dans une véritable descente aux enfers qu’il appelle ses « confrontations avec l’inconscient » et qu’il diagnostique « dépression psychotique profonde ».

Poursuivons la lecture de l’article de 1915 :

1- Le psychanalyste doit être triplement abstinent.

2- Le désir du malade est une force motrice qui favorise le travail analytique et le changement. Le malade est donc non seulement un amoureux mais un travailleur (c’est même l’inconscient plus que le malade qui est au travail).

3- « Il convient de maintenir le transfert tout en le traitant comme quelque chose d’irréel » et « d’extraire de la situation son contenu analytique ». Autrement dit amener le malade à trouver les fondements infantiles de son amour. Ce qui lui permettra la levée d’une fixation à un scénario répétitif et vain et de pouvoir enfin aimer à nouveau.

En résumé et en termes freudiens : Le médecin doit savoir que c’est la situation analytique qui provoque cet amour, que la résistance l’intensifie encore, et que cet amour ne s’adresse pas à lui comme personne. La situation analytique est une relation non réciproque, asymétrique.

Que se passe-t-il quand l’analyste ne respecte pas la règle d’abstinence, de neutralité, d’apathie (au sens d’absence de pathos) comme Lacan l’appelle dans le Séminaire VIII, en référence aux Stoïciens ? Une double perdition. L’affaire Jung-Gross en est un parfait exemple. Prenons-en un autre, moins ancien, fictionnel mais néanmoins démonstratif, qui a fait le succès d’un roman paru il y a quelques années. Son auteur, psychanalyste, a tenté d’imaginer ce qu’aurait été la quatrième et dernière analyse de Marilyn Monroe, son analyse hollywoodienne. Ralph Greenson, l’analyste de la star, véritable héros shakespearien, se retrouve prisonnier d’une cure qu’il s’imaginait mener. Confronté à la résistance de son analysante, à son refus de la règle fondamentale de libre association, l’analyste chevronné décide d’innover. Il se met en tête d’être le sauveur de la petite fille triste qu’il a perçu derrière la jeune femme déjà un peu morte qui lui a été adressée, en lui offrant ce qu’elle n’a jamais eu, une famille, la sienne, et l’amour d’un père, lui-même. Aveuglé par l’amour de transfert, il s’égare et plonge tête baissée dans l’amour de contre-transfert, l’amour réparateur. La résistance à l’analyse est là de son côté Et c’est au moment où il s’attend à un progrès, à une amélioration, car son analysante commence enfin, même si c’est d’une façon fort curieuse (par le biais d’un magnétophone et dans le secret de sa chambre), hors de la présence de l’analyste donc, à associer librement, à trouver les mots qui jusqu’alors lui faisaient défaut, que se produit la catastrophe.

« Ils voudraient, avec leur passion dégagée de tout lien social, tenir à merci le médecin », signale Freud en fin d’article. Comment ce dernier, s’il est psychanalyste, s’en débrouille-t-il ? En laissant son moi de côté, à la porte de son cabinet. Est analyste celui qui ne se pose plus la question de son identité et qui se tient à la bonne place, celle de l’agent de l’opération analytique. Le désir particulier qui l’anime et qui sous-tend son acte lui permet de répondre à la demande d’amour qui lui est adressée en ne la satisfaisant pas et ainsi de faire naître du côté analysant un désir autre. Non plus un désir d’être aimé mais un désir de savoir. L’analysant pourra alors sortir de sa complainte, s’atteler à sa tâche. Travail d’élaboration, de perlaboration, de remémoration en termes freudiens. Travail d’historisation (1954) puis d’hystorisation (1976) en termes lacaniens. Le désir de l’analyste et le désir de savoir de l’analysant, l’un à l’autre articulés, le premier faisant naître puis aiguillonnant le second, rendent possible la sortie des impasses et des pièges de l’amour de transfert. « Derrière l’amour dit de transfert, nous pouvons dire que ce qu’il y a, c’est l’affirmation du lien du désir de l’analyste au désir du patient », précise Lacan dans Les quatre concepts (p.299).

N’allez pas croire que cela soit facile. Je me souviendrai toujours de cet homme, plus tout jeune mais portant beau, reçu au début de ma pratique. Le symptôme invalidant qui l’avait conduit jusqu’à moi disparut comme par enchantement après notre première rencontre. Il ne put attendre la suivante et le fit savoir par écrit à la magicienne que j’étais devenue. Sa lettre, fort bel objet par ailleurs (beau papier, beau timbre, belle écriture), était une lettre d’amour. D’autres suivirent. J’interprétais l’intensité de son transfert en le rapprochant du double deuil récent qu’il avait évoqué comme cause possible de son symptôme, la perte des deux seules compagnes qui l’aient, selon lui, jamais aimé inconditionnellement, sa mère et sa chienne. Sa plume s’enflamma de plus belle. Mon embarras allait croissant et j’en fis part à mon analyste qui intervint en me faisant remarquer d’un ton sec que nous n’étions pas là pour ça ! Cela me remit à ma place, ces lettres ne troublaient en effet que la femme en moi. Je cessais de les ouvrir et donc de les lire, la cure put enfin commencer.

C’est bien plus tard que j’ai rencontré celle qui se présentait à moi comme une amoureuse déçue. « Tout individu auquel la réalité n’apporte pas la satisfaction entière de son besoin d’amour se tourne inévitablement, avec un certain espoir libidinal, vers tout nouveau personnage qui entre dans sa vie… », écrit Freud dans « La dynamique du transfert ». Et ce nouveau personnage allait être moi. Moi qui succédait à la série des analystes « pas à la hauteur », trop ceci ou pas assez cela, qu’elle avait rencontrés précédemment en même temps que se succédaient les amours toujours décevantes. Le transfert amoureux, d’abord appui, permit qu’elle historise ce qu’elle considérait comme son parcours du combattant. Mais il devint très vite obstacle. Mes interventions, mes silences, mes retards, la durée des séances, mes départs en vacances, tout devint prétexte à récriminations. Elle m’adressait de plus des communications téléphoniques itératives, franchement persécutives, souvent sous l’emprise de l’alcool. Cela cessa brutalement le jour où, lui ayant demandé ce qu’elle avait donc bu la veille, je répétai malgré moi et à ma façon le nom de son cocktail préféré. Scansion non délibérée de ma part dont elle s’empara aussitôt et qu’elle considéra comme une interprétation. Injection par moi d’un signifiant nouveau qui lui permit pour la première fois de se mettre au travail associatif et de ce fait de me déplacer dans l’axe du transfert. Non plus petit autre dans la série de celles et ceux qu’elle avait aimés sans retour, mais grand Autre en relation avec à un savoir, analyste enfin à la hauteur, à qui dédier le fruit de ses élaborations. Je pus ainsi et par sa « grâce » non seulement échapper à la persécution de son érotomanie transférentielle mais lui permettre de se mettre à la tache « analysante », venant ainsi confirmer, en un certain sens, la définition de Freud de la cure analytique comme paranoïa dirigée. A ceci près que, compte tenu de sa structure, c’est elle qui en assumait la direction, ce que je me suis bien gardée de contrer.

Je m’arrêterai là. J’aurais pu développer la question de l’amour dans le séminaire X, m’interroger sur ce que Lacan, plus tardivement, en 1973 dans sa lettre aux Italiens, entend par « faire l’amour plus digne que le foisonnement de bavardage, qu’il constitue à ce jour ». Et sur le lien entre cet agalma, objet caché mais encore porteur d’un certain brillant phallique, qui n’apparait que dans le séminaire X, et l’objet déchet, l’objet rebut qu’incarne l’analyste en fin de cure. Mais cela m’ aurait éloignée du thème de ces journées.

Je vous remercie de votre attention,

Colette Sepel

Espace personnel

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