Accueil

 

Introduction aux journées « Lacan fils de Freud »

HILTENBRAND Jean-Paul
Date publication : 05/05/2015
Dossier : Dossier de préparation - Journées Transmettre la psychanalyse

 

Introduction aux journées « Lacan fils de Freud » (25 et 26 novembre 1995)

Pour commencer ces Journées «consacrées» à «Lacan fils de Freud»..., justement le terme de «consacré» ne convient pas car à l'origine, me semble-t-il, le titre comportait un point d'interrogation.

Notre idée de départ était de prendre argument de la date du 27 Juillet 1895 où Freud fit l'interprétation du rêve de l'injection faite à Irma pour mesurer le chemin parcouru depuis un siècle, et ceci, tant au niveau de ce qu'il est advenu de la technique psychanalytique, bien sûr, qu'au niveau de ce qui s'est transmis et de la manière dont s'est transmise la psychanalyse, ainsi que les difficultés rencontrées dans son enseignement.

Car même si nous nous donnons le droit de parler d'échec dans la transmission et l'enseignement, il n'en reste pas moins que du psychanalyste il y a et que l'expérience se perpétue en dépit de l'aspect chaotique de cette continuité. Je reviens sur le point d'interrogation dans le titre, il ne visait évidemment pas Lacan mais le fait de l'éventualité d'une transmission par filiation, dont les conséquences habituelles ont été largement développées dans l'argument.

De ce mode et de ses résultats nous en aurions une parfaite illustration qui mériterait d'amples développements : c'est la fameuse bataille qui a eu lieu à Londres entre A. Freud et M. Klein entre 38 et 45 et qui contient tous les ingrédients susceptibles de nourrir notre réflexion, puisque l'une était convaincue qu'elle était investie de la fonction filiale du respect de l'orthodoxie paternelle, alors que 1'autre s'opposait au nom d'arguments cliniques qui étaient loin d'être erronés.

Cependant, au-delà de cet exemple illustre, nous pouvons donner les raisons pour lesquelles la perspective d'une transmission par filiation fait problème : ce mode a été celui connu de toujours dans la tradition ... philosophique, religieuse, du pouvoir social en général, avec les conséquences que l'on sait, c'est-à-dire que le fils hésite toujours entre un fidéisme stérile, car chaque écart peut lui suggérer l'équivalent d'un meurtre de l'ancêtre, ou alors une volonté de dépassement qui va conduire jusqu'à une forme de désaveu de ce qui se transmet.

Mais surtout l'expérience nous enseigne que ce mode a l'inconvénient de prendre appui précisément sur quelque chose qui constitue l'estampille de la névrose : à savoir que l'héritage reçu du père est d'un maniement d'autant plus délicat pour le fils que par ailleurs les rapports du fils au père restent souvent difficiles, à peine dialectisables, voire partiellement insolubles. C'est précisément cette non-résolution chez ses patients qui a permis à Freud d'entreprendre la description de ce qu'il a appelé le surmoi. Ajouterais-je cependant que pour qui est saisi par l'exigence de vérité, l'éventuelle personnification d'un Autre cruel et sévère ne constitue pas toujours un inconvénient majeur.

L'analyse saurait-elle lever cette hypothèque ? Certes oui. Cependant on ne peut exiger de l'analyse une perfection de son action telle que cette opération soit réalisée parfaitement et dans tous les cas et qu'ainsi l'hypothèque qui pèse sur la relation au père soit totalement levée, pour ne pas intervenir dans ce mode de transmission de la psychanalyse elle-même. Il semblerait en effet que la rencontre avec l'œuvre du fondateur de l'analyse ait régulièrement eu cet effet auprès de ses jeunes disciples : celui de remettre en perspective de façon systématique leur rapport pathologique de fils à père.

Si l'on observe comment Lacan s'y est pris, on ne peut manquer de remarquer que la manière dont il a abordé le texte de Freud est constituée par l'évitement de ce rapport complexe de filiation. Peut-être on peut le dire ainsi : dans la situation où il se trouvait à l'époque, il a parlé, débattu, commenté comme si ce rapport de filiation était a priori résolu, tout en tenant compte des conséquences liées au fait que pour la plupart des analystes cette question ne l'était d'aucune façon. D'où sa grande prudence sur certains sujets qui, à la lecture aujourd'hui, peuvent étonner (cf. la fable d'Œdipe où avec le discours de Rome, il détenait déjà les instruments qui auraient permis de remettre le mythe œdipien à sa juste place, cf. le Séminaire interrompu à regret des Noms-du-Père).

Cette démarche peut être instructive pour nous dans le sens où nous n'avons pas à nous obstiner et donc à rester immobiles au pied de certains murs momentanément indépassables, comme ce fut le cas du roc de la castration pour Freud qui avait assigné ce terme au travail de l'analyse.

On pourrait rappeler aussi que Freud lui-même fut longtemps suspendu à l'inhibition à visiter Rome, pour finir par pouvoir s'y rendre. Pourquoi cette inhibition ? On peut au moins proposer que le IVème Concile de Latran qui en 1215 avait décrété le bannissement social intérieur de ses aïeux juifs en est responsable, c'est donc bien à l'horizon du père que se dressait pareille inhibition.

Quoi qu'il en soit, si l'entrée dans l'œuvre psychanalytique du fondateur a cette capacité de remettre en perspective le rapport inconscient du fils au père, ceci impliquerait que la psychanalyse ne saurait se transmettre simplement comme une suite de propositions logiques de type scientifique puisque la subjectivité surdéterminée par le fantasme reste prévalente. Voilà ce que je souhaitais souligner sur un premier plan.

Une autre remarque que je voudrais faire après un constat qui m'est apparu tout à fait clair à la suite de nos débats sur l'enseignement avec C. Lacôte, M. Czermak et C. Melman, réflexions liées à la formation des analystes, à ce que l'on peut appeler leur introduction à un style... de travail, de pratique de la cure, etc.. et donc porté par ce souci du comment devenir freudien, lacanien. On peut dire que si l'on traite la psychanalyse à enseigner comme un corpus de savoirs ou de connaissances à simplement transmettre, alors ce mode là, - et nous en trouverions aisément des exemples, ne serait-ce que parmi les post-freudiens, - ce mode rend bête, stupide et obtus.

Du savoir pourtant il y en a à apprendre dans la psychanalyse, lequel impliquerait autant la vie personnelle que la conduite de la pratique d'une cure. Ce n'est pas tant la présence de ce savoir, ni sa nature, ni comment il s'articule dans la structure qui fait problème (car ce savoir n'a pas attendu l'analyse pour exister) ce sont les modalités de sa mise en jeu et celles de son apprentissage. C'est en ce point que Lacan peut être un guide précieux - nous en parlerons au cours de ces journées – car il y a là des points cruciaux essentiels à définir. En tout cas si 1'analyse était une science nous n'aurions pas à débattre de ces problèmes et ceci nous pouvons le dire en dépit des nombreuses formalisations que nous a laissées Lacan.

Il existe une situation qui peut éventuellement nous suggérer une perspective : la situation de contrôle. D'abord une réserve : il n'est pas sûr que l'on puisse assimiler le contrôle ni à une forme de transmission encore moins d'enseignement. Est-ce formateur ? Oui, mais au sens retenu qu'il s'agit-là d'une expérience. Quoi qu'il en soit il s'y passe quelque chose qui éclaire notre propos et qui ne cesse de me frapper.

De quoi vient rendre compte l'analyste en contrôle ? Essentiellement de ce qui semble ne pas aller. Cela peut être de l'ordre de la bévue, du ratage, du malentendu, parfois de la surprise, soit donc d'un heurt ou de difficultés engendrées par la rencontre avec la fonction de la parole et du langage. D'autre fois surgissent des effets de la malencontre, de la déconvenue qui affectent l'analyste au travers de ce qui se désigne pour nous par la fonction du transfert. Ou encore peut apparaître quelque chose de l'ordre de l'aveuglement, de l'errement, de l'obstination dans un sens, bref d'une surdité sur tel ou tel point préférentiel, de quelque chose qui se manifeste comme son propre savoir qui vient obscurcir l'horizon de son écoute, etc..

Finalement celui, que Lacan a pu épingler du charmant terme de rhinocéros, finit par apprendre à lire, à partir de ce qui ne va pas, à lire dans une expérience ordonnée par les lois du langage et du discours. Certes c'est un aspect. Cependant est-ce qu'il n'apparaît pas qu'au travers des différentes formes d'échecs - et donc de symptôme - ce qui finit par venir à s'appréhender est un aspect de non-rapport dans le discours analytique et où le défaut de l'analyste en contrôle est un défaut lié à la béance en tant qu'elle apparaît dans sa relation au discours de l'Autre. Ce dont finalement l'expérience l'instruit, c'est plutôt à entrer dans une position subjective, celle de l'attention flottante, par exemple.

Toutefois un tel apprentissage car il s'agit d'un apprentissage certes essentiel, ne peut être assimilé à ce qui est désigné par ce qui est visé dans un enseignement. Car le contrôle reste une expérience (assimilable à celle de la cure), alors qu'un enseignement suppose un corpus d'énoncés, non seulement pertinents au regard de la dimension inconsciente comme dans le cas du contrôle, mais un corpus d'énoncés rationnels et si possible démontrables, donc enseignables. Or l'on sait que la position subjective, évoquée dans le contrôle, comme celle dans la cure, peut rester parfaitement rétive à ces derniers énoncés.

Ces faits n'ont pas échappé à Freud. Comment envisage-t-il le problème ? L'on sait qu'il n'a guère développé la question des contrôles - encore moins celle de leur place dans l'institution - pour la raison qu'il ne distingue pas le problème de la transmission autrement que dans et au travers de l'expérience de la cure elle-même, puisque l'on a affaire dans les deux cas de la cure et du contrôle aux mêmes problèmes de la position subjective et donc aux mêmes contraintes assignées par l'Autre inconscient.

Il y a au moins deux passages dont je ne peux que m'étonner qu'ils n'aient pas fait l'objet de commentaires - il est vrai que le lecteur français ne dispose que d'une traduction inepte. Il s'agit de deux textes antérieurs à son article sur le Narcissisme. L'un s'intitule «Pour introduire le traitement», «Zur Einleitung der Behandlung» et le second très connu «Remémoration, répétition, translaboration» *.

Arrivé dans son développement sur la fameuse question de la résistance du patient et sur sa tendance à mettre en acte l'énergie pulsionnelle (Triebkraft) jusque y compris dans le transfert, c'est-à-dire ce qui de l'inconscient n'est pas accessible et où cependant le seul appui restant dans la relation analytique est le transfert...

«Là, dit-il, au cours du traitement s'éveille encore dans ce moment favorable l'intérêt intellectuel et l'entendement (Verständnis ce n'est pas la compréhension cela vient de Verstand qui est la raison - même la raison morale - par opposition aux instincts, aux pulsions)... mais ceci ne suffit pas... Ainsi il ne reste que le transfert et l’Unterweisung (l'instruction, l'enseignement, l'imitation) par Mitteilung (par information, avis, notification, communication) comme nouvelles sources d'énergie dont le patient est redevable à l'analyste. De l'enseignement (Unterweisung) il n'en est fait usage que dans la mesure où il est mobilisé avec le transfert et c 'est la raison pour laquelle la première notification doit attendre un fort transfert...». La terminologie allemande est beaucoup plus forte que ce que suggère le français, les préfixes Mit indiquent le partage et Unter-weisung signifie que 1'on se trouve en quelque sorte sous le coup d'une Weisung : d'une consigne, directive.

Ce sont ces deux termes articulés au transfert qui conditionnent selon Freud le pari d'une transmission dans l'analyse, la cure. Dans le second article mentionné il est encore plus précis, puisque à la question du patient devant sa résistance qu'il ignorait, c'est là que Freud parle de Durcharbeitung - de la translaboration, ajoutant qu'il faut laisser au patient le temps de creuser plus avant dans la résistance, de la translaborer, de la vaincre, et ici je cite textuellement : «Ce n'est que parvenu au sommet (Erst aufder Höhe desselben) au faîte de celle-ci (de la translaboration) que l'on peut alors grâce à un gemeinsamer Arbeit, à un travail conjoint avec l'analysant trouver (découvrir - auffindern) les motions pulsionnelles refoulées qui nourrissent la résistance».

Mitteilung, Unterweisung, Durcharbeitung, gemeinsamer Arbeit voilà donc le carré d'atouts que Freud considère comme déterminant avec le transfert, pour non seulement faire avancer la cure mais pour former le candidat à sa propre analyse. Il ne s'agit de rien d'autre que de ce qu'il attendait patiemment du désir de son analysant : un travail conjoint. En tout cas ce que semblent bien suggérer ces textes de Freud, c'est que sans ce travail, il n'y a pas de fin d'analyse envisageable, puisque le patient resterait planté en deçà de sa résistance.

Seulement voilà : ce que Freud attendait de la levée du refoulement des motions pulsionnelles, nous savons qu'il n'en sera rien, puisque justement que ces motions pulsionnelles primitives restent refoulées est la condition de ce que nous désignons désormais, avec Lacan, par le savoir insu c'est-à-dire inconscient. Il y a là un nœud crucial sur lequel nous avons à nous expliquer et que C. Melman avait déjà évoqué lors de notre débat sur l'enseignement.

Il est crucial car le savoir insu constitue un obstacle préalable sur la voie de tout enseignement. En effet si ce savoir insu est constitué par les traces des motions pulsionnelles primitives, il est organisé pour la jouissance, celle mise en place par le fantasme primordial. Ce savoir est organisé contre tout désir de savoir autre chose.

Comme 1'a fait remarquer C. Melman, ce savoir ignore la castration ; on peut ajouter qu'il présente un caractère incestueux évident dans la mesure où son économie exclut la dimension de l’hétéros et que c'est un savoir interprétatif sans limite et qui va toujours dans le même sens - celui de sa jouissance : du caractère incestueux (cf. Freud dans Totem et Tabou et Au-delà du principe du plaisir). Par ailleurs, il s'affirme comme certitude diachronique, c'est-à-dire qu'il favorise une interprétation de l'histoire du sujet en tant que le présent n'est que retour forcé du déjà connu - c'est en cela qu'il est foncièrement obscurantiste puisqu'il ignore le Réel qui 1'a conditionné : comme c'est le cas du savoir constitué par le traumatisme. Sa fulgurance inventive, quand elle a lieu, ne porte que sur les modalités de retrouvaille d'une jouissance perdue.

On en a une excellente exemplification lorsqu'on est amené à rencontrer des personnes qui ont fait une longue analyse exclusivement centrée sur les rêves. Malgré les grands efforts déployés par elles, on aperçoit vite la limite rencontrée dans ce cadre, elles le précisent souvent avec toute la fraîcheur qu'elles ont gardé : c'est 1'absence de changement consécutif à ce type de travail. Assurément, il s'agit là de la conséquence imposée par ce savoir insu : elles ont une parfaite information sur leur fantasme mais celui-ci barre tout accès à autre chose. Voilà donc un obstacle «naturel» de la structure, obstacle majeur qui concerne la cure, le contrôle, l'enseignement et l'existence... Mais surtout en ce qui intéresse la formation, la question part de ce point précis.

Il est bien évident que lorsque Freud notifie à son patient la résistance de ce savoir insu, il n'y a là nulle invitation à «comprendre» mais à reconnaître l'obstacle comme borne signalée à contourner. Que peut faire le patient ? Eh bien tout en continuant à explorer les moindres recoins du processus de répétition, mais constatant à terme l'impuissance de son discours à dépasser cette borne, son désir peut éventuellement l'amener à ouvrir les livres (intellektual Interesse). C'est donc là un fait d'expérience, déjà noté par Freud, fait important et structural que l'on peut appeler dans la cure : le passage à la lecture, crucial d'un certain virage dans la cure et, s'il est poursuivi, l'un des plus assuré du devenir de la cure et de la formation. Pourquoi ce passage est-il important ? Parce que l'analyse est d'abord une discipline de la lecture et du déchiffrage, car le symptôme est inscrit dans un procès d'écriture. D'autre part ce virage tient tout entier à une question de désir, du désir de l'analysant de faire sien cette discipline. A partir de là, dira Lacan : «ce qu'il lira ne sera jamais si bête pourvu qu'il lise, fût-ce comme M. Jourdain, sans savoir ce que c'est que lire».
Pourquoi en est-il ainsi ? C'est que ce désir déplace la scène où il ne s'agit plus de privilégier le savoir insu mis en place par le fantasme - donc savoir aveugle et sauvage - ni de continuer à défrayer la chronique de l'impuissance du discours hystérique mais d'articuler un savoir ordonné sur la structure. Ce dernier s'apprend. C'est un temps préalable. La difficulté vient ensuite : qui consiste à mettre en corrélation le savoir appris avec celui en position d'insu. Il découle de tout cela que c'est le désir qui est formateur, qui est au fondement de la formation ; et ce désir est un désir d'analysant et non pas le désir d'analyste qui n'est au mieux que celui qui peut lui tenir lieu de compagnon, donc d'Autre.
C'est à partir de ce désir d'analysant que Freud et a fortiori Lacan sont réputés parler. En tout cas ce qui se trace chez Freud devient tout à fait évident chez Lacan dans son séminaire. Quant au rapport de Lacan à Freud, c'est encore par le désir de « analysant – Lacan » que l'on doit interpréter sa médiation sur l'œuvre de Freud : il l'interprète par son désir et évidemment pas à partir d'un savoir. C'est en quoi la lecture de Lacan n'est pas armée du préalable de l'objection - telle qu'elle est habituellement mise en place par le savoir.
Maintenant il faut évoquer un autre carrefour : il est devenu clair, je crois, que ce que Freud désigne là, dans les textes cités, comme point de résistance et où le savoir insu semble se manifester comme cause pour Freud, cause symbolique, a subi grâce à Lacan un renversement conséquent dans son appréhension : à savoir que cette résistance est du Réel, - du Réel qui n'est pas pour être su, précise Lacan, et à ce Réel le savoir s'ajoute. Qu'est-ce à dire ? Tout simplement que ce savoir qui est du symbolique, à ce symbolique par définition le Réel y échappe, se trouve forclos ou retranché de ce symbolique et donc le trou persiste. Ceci comporte dès lors pour nous une double conséquence : premièrement S2 est un savoir d'incomplétude puisqu'il ne saisit pas le Réel, deuxièmement pour aborder ce Réel, il y a alors la nécessité d'en passer par une écriture, certes symbolique mais non habitée par l'Autre, c'est-à-dire une écriture de nature scientifique, comme par exemple la topologie.
Que pouvons-nous en conclure quant à nos questions d'enseignement et de formation ? Faudrait-il signaler que notre transmission implique malgré tout les effets de la parole et celui qui parle c'est-à-dire le fait de l'inconscient, de la castration, du dit qui fait trou dans le dire, etc.. ? Sans doute. Mais il y a autre chose : pourquoi le savoir enjeu dans l'analyse ne parvient-il pas à être un simple savoir à disposition ? Et qu'au contraire de ce qu'imaginaient les Lumières ce savoir ne peut-il se diffuser directement ? Pourquoi est-ce un savoir qui n'est à la portée et accessible qu'à partir d'une position d'analysant ? Point que la formation ne saurait éluder.
Il semblerait que ce savoir, celui de l'analyste, ne parvienne à se constituer (à s'ébaucher) qu'à partir du déchiffrage du Réel par le sujet lecteur et que c'est ceci, dans la mesure où son désir anime cette lecture, qui a un effet formateur, le principe étant que l'équivoque persiste au niveau de ce déchiffrage même.
En tout cas c'est à partir de ce Réel que Freud propose le travail conjoint, conjoint non seulement entre l'analysant et Freud mais conjoint entre la cure et les textes. Il semblerait que l'axe de lecture de Freud par Lacan ait d'abord été une recension systématique du Réel dans la pratique de la cure et ceci par les textes, ainsi la formation pourrait se définir comme l'apprentissage des impossibilités pour ne plus les ressasser en vain. Mais où «le psychanalyste pousse son pas de celui qu'il reçoit du (pas) du Réel.»
* La technique analytique, p. 80-115
G.W., VIII p. 478, 1913.
G.W., X p. 136,1914.

Espace personnel