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Ouverture

JESUINO Angela
Date publication : 17/02/2015
Dossier : Dossier de retour du Séminaire d'hiver 2015

 

Quoi dire sur l’ouverture de l’inconscient ?

Et surtout quoi dire de la tâche du psychanalyste, celle de maintenir cette ouverture opératoire, même et avant tout quand les temps sont mauvais ? Et il l’est aujourd’hui. Les derniers événements de notre actualité sont venus nous le rappeler d’une façon brutale, même si nous devons saluer comme une pointe d’espoir la réaction républicaine qui s’en est suivie.

La possibilité d’ouverture de l’inconscient suppose d’abord sa fermeture et donc sa topologie comme nous l’indique Lacan dans Position de l’inconscient. (Ecrits, p. 838)

« On s’y aperçoit que c’est la fermeture de l’inconscient qui donne la clef de son espace, et nommément de l’impropriété qu’il y a à faire un dedans »

Voilà à quoi nous avons à faire depuis la découverte freudienne : à la fois fermeture d’un espace et aucun dedans où se replier.

Impensable sans l’Autre donc. « C’est de l’Autre avec un grand A qu’il s’agit dans l’inconscient », nous dit Lacan.

Comment soutenir cette ouverture à notre tour et dans notre siècle ? C’est de remettre cette question au travail que nous nous sommes engagés, collectivement.

Lacan ne s’y est pas dérobé :

« C’est parce que j’ai été, comme dit l’autre, « confronté » avec l’idée que supporte l’inconscient de Freud que j’ai essayé, non d’en répondre, mais d’y répondre de façon sensé. C’est-à-dire en n’imaginant pas que cette « avision » concerne quelque chose qui serait à l’intérieur de chacun, de chacun de ceux qui font foule et qui croient être, de ce fait, une unité » L’insu p.12-13

Les questionssoulevéesparLacan dans ce court extrait de son séminaire L’insu que sait de l’une bévue s’aile à mourre, vont être évidemment au cœur de nos travaux : quelle est l’idée que supporte l’ics de Freud ? De quoi est faite notre intériorité ? En quoi l’hypothèse même de l’inconscient implique l’articulation immédiate entre psychologie individuelle et psychologies des foules ? En quoi l’inconscient pose d’emblée la question de l’identification y compris celle qui relève du trait unaire? Qu’est-ce qui nous fait croire à l’unité ?

Ce qui justifie ce saut entre ces temps divers de l’élaboration lacanienne est le fil de travail proposé pour l’année et qui se construit autour de ces travaux consacrés à l’inconscient et du séminaire d’été qui mettra à l’étude l’Insu. J’ai proposé comme étape intermédiaire et préparatoire, le Colloque international de juin – qui aura pour thème Les amours fatales de l’identité, enjeux cliniques et politiques - prévu de longue date et dont la pertinence ne s’est pas démentie devant les jours difficiles que nous venons de vivre.

Voilà le fil déplié s’il en fallait : l’inconscient, l’identification qui est, selon Lacan, ce qui se cristallise dans l’identité, et l’Insu que sait de l’une bévue s’aile à mourre, séminaire où Lacan reprend l’inconscient et les trois types d’identification freudienne à partir de sa nouvelle traduction de l’Unbewusst, pour aller, dit-il, plus loin.

Plus loin, c’est où?

Pouvons-nous dire qu’avec l’une-bévue Lacan réinvente l’inconscient freudien ? Une chose est sûre : en faisant travailler lalangue, il poétise le concept. Cela a des conséquences diverses :

« …la notion d’une bévue dans mon titre de cette année veut dire seulement que l’homme sait plus qu’il ne croit savoir. Mais la substance de ce savoir, la matérialité qui est dessous, n’est rien d’autre que le signifiant en tant qu’il a des effets de signification. L’homme, parlêtre comme j’ai dit, ce qui ne veut rien dire d’autre qu’il parle signifiant, avec quoi la notion de l’être se confond » L’insu, p.23

Alors, l’ouverture ? Elle se fait grâce à l’amour, l’amour du transfert. L’ouverture en est le fruit.

Nous savons que l’inconscient s’écrit comme savoir mis en acte dans la parole adressée. Mais savons-nous aujourd’hui, 100 ans après le texte de 1915, quelles en sont les conditions ?

Les questions ont été sériées. A nous d’essayer d’y répondre et d’ajouter celles dictées par notre bout d’inconscient si tant est que nous acceptons encore d’être amoureux de ce petit bout de savoir qui ne cesse de trouer l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes.

La mourre est ouvert.

***

Encore un mot cette fois-ci, sur le déroulement de ce séminaire :

Charles Melman sera le discutant permanent de ces deux jours de travail et il sera accompagné aujourd’hui par Françoise Gorog et demain par Marc Morali.

L’ordre des interventions suivra le fil des travaux.

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