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L’inconscient et le politique (Extraits), éditions Erès, 2004

NACHT Marc
Date publication : 12/12/2014
Dossier : Documents de travail

 

Cet essai s’inscrit sous le signe de cette double problématique, celle de la recherche des politiques menées par l’inconscient, que l’on pourrait appeler politiques du sujet de l’inconscient, et celle du politique comme formes et organisations sociales tendant à l’assujettissement des individus, le tout formant l’ensemble complexe des déterminations interagissant avec les formations de l’inconscient.

La notion de politique de l’inconscient peut surprendre dans la mesure où elle suggère un volontarisme analogue à celui de l’action politique, prise au sens commun. Il est pourtant assez clair que l’inconscient, tel qu’il se révèle au cours d’une psychanalyse – en arrière-plan des contradictions exprimées, comme dans ces fenêtres indiscrètes que sont les oublis et les lapsus – ordonne la suite des actes du sujet selon une pente dont chaque degré est répétition d’un même effet de structure. La politique de l’inconscient est alors un terme acceptable pour désigner ce qui soumet à cette « autorité » dont Freud avait marqué la part la plus tyrannique et la plus socialement normative sous le vocable éloquent d’Uber-Ich.

Pour nous résumer, l’insu, la méconnaissance, est politique en tant qu’effet d’une politique. Assertion qui serait incomplète si l’on omettait de préciser le caractère fondamentalement sexuel, au sens freudien du terme, des buts de cette politique.

Reste à savoir en quoi cette politique peut être vitale, en quoi le sujet y trouve les assises de son existence. La question peut être lue sous l’angle de l’appréciation d’un dispositif et de la possibilité ou de la validité de sa réforme. L’avenir d’une illusion reste sur ce point un texte exemplaire.

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Le Politique, dont toute l’Histoire nous démontre qu’il est consubstantiel au social dans son aspect le plus étendu de Civilisation, est donc la composante incontournable d’un maillage tressé entre l’interne et l’externe, entre le moi et l’autre, entre la langue et la parole, maillage où le sujet trouve en même temps que sa condition d’existence l’espace qui le circonscrit.

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La pseudo-démocratisation des biens de consommation dans l’économie de marché fonctionne sur le plan des objets – tout à la fois offerts au désir et impossibles à acquérir (le crédit est un compromis qui renouvelle, en beaucoup plus aliénant, la vieille pratique de l’usure) – sur le mode de la transgression incestueuse.

Le sentiment que la technologie fait voler en éclats les limites naturelles du réel et abolit sa résistance à l’action de l’homme correspond, pour l’inconscient, à la levée de l’interdit de l’inceste dont la fonction est celle de poser une limite structurante pour les relations sexuelles et sociales.

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Les « miracles » opérés par la technologie sont donc tout à fait capables d’induire une véritable régression, masquée par l’utilitarisme …. La nouvelle réalité ainsi produite tend à provoquer un sentiment d’étrangeté pouvant aller jusqu’à la dépersonnalisation, en débordant sans cesse nos facultés d’adaptation.

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