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Transmission et surdité : un travail avec Françoise Dolto - Tempêtes, courages et utopies

Date publication : 01/12/2014
Dossier : Dossier de préparation des journées - Le bébé dans tous ses états

 

Celui-ci a été initié par des enseignants et éducateurs de l’Institut National des Jeunes Sourds (dit aussi St Jacques) : Françoise et Michel Exertier, Jacqueline Chaumeil et Monique Rinaldi-Lévêque, qui appartenaient au mouvement de la pédagogie institutionnelle. Ils avaient rencontré Françoise qui répondait généreusement à de nombreuses sollicitations et qui avait régulièrement travaillé avec ce mouvement de pédagogie institutionnelle.Où en est la psychanalyse française et parisienne à cette date?Elle est en grande partie influencée par Jacques Lacan et son école, l’Ecole Freudienne de Paris. Pour dire les choses succinctement, tensions et tourmentes internes se mêlent aux anciennes dissensions avec les instances internationales classiques de la psychanalyse. Lacan va dissoudre en 1981 l’Ecole freudienne où coexistaient des courants de pensées et des personnes qui ne s’entendaient pas remarquablement bien. Françoise Dolto signe le référé s’opposant à la dissolution de l’Ecole Freudienne ; elle n’en sort pas indemne, elle est directement la cible d'attaques de partisans de Jacques Lacan, le compagnon des multiples scissions. On lui reproche notamment d’être croyante et d’avoir publié « l’Evangile au risque de la psychanalyse ». Moments douloureux.Du côté de la surdité, c’était tout autant tempêtes et bagarres. A la fin des années 70 viennent des Etats-Unis et se posent à Vincennes, au donjon du chateau, l’ASL, American Sign Language, l’acteur sourd Alfredo Corrado avec son interprète attitré, Bill Moody. C’est la naissance d’IVT (International Visual Theater). La langue des signes n’ayant jamais été interdite aux Etats-Unis, il y avait déjà beaucoup d’interprètes, des travaux universitaires linguistiques avaient montré que la langue des signes était une vraie langue, avec double articulation, etc... données encore peu familières en France. Cela a été un moment assez fabuleux en France pour nombre de personnes adultes sourdes signantes, assez isolées auparavant, qui se sont regroupées au sein d’IVT.En même temps, toujours des États Unis, arrivait le Cued Speech, technique d’aide à la lecture labiale, prise comme fer de lance par les tenants de l’oralisme, qui lui ont donné le nom français de LPC, Langage Parlé Complété. Aux Etats-Unis, il y avait les mêmes tensions et difficultés entre les tenants de l’oralisme aidés du Cued Speech, et les tenants de la Langue des Signes, qui montraient que cette langue est une vraie langue, langue des sourds, primordiale pour eux. Pour me former aux modalités novatrices de travail autour de la surdité et de la santé mentale, j’ai passé les trois derniers mois de l’année 79 à San Fransisco chez Hilde Schlesinger et croyais la situation pour les sourds beaucoup plus paisible aux Etats-Unis. C’est l’image idéalisée que nous avions de la situation des sourds là bas, où la langue des signes était utilisée dans les écoles, les soins et même dans une université. Pourtant tenants de l’ASL et tenants de l’oralisme s’opposaient avec vigueur, et les oppositions persistent encore à l’heure actuelle, ravivées par l’implant cochléaire !Ce retour de la langue des signes en France vint répondre au bourgeonnement d’interrogations, de questionnements plus ou moins révoltés de professionnels de l’éducation et de la santé mentale, de personnes sourdes se sentant opprimées dans le choix de leurs métiers et leur expression langagière, de parents inquiets de l’évolution psychologique, cognitive et bien sûr langagière de leurs enfants sourds. Le focus nous semblait beaucoup plus mis sur l’articulation de la parole que sur la prise de parole, la pauvreté d’expression ne rendait pas compte de l’intelligence et suscitait des comportements étranges, proches de la psychopathologie. On attendait beaucoup de l’arrivée et de la reconnaissance d’une langue, la langue des signes. L’époque était aussi aux utopies, je dis cela avec trente ans de recul ; quand la langue des signes est arrivée, on a vraiment pensé, rêvé, qu’elle allait tout résoudre et que, grâce à elle, tout serait différent pour les personnes et les enfants sourds, sur le plan langagier bien sûr, mais aussi psychiquement, scolairement, socialement, professionnellement et autres.Où en est Françoise Dolto dans ces années 80?Elle avait très longtemps assuré un séminaire de dessins d’enfants. Ouvert à qui voulait, situé à l’Institut Océanographique de Paris, c’était quelque chose de très connu des étudiants, des professionnels de l’enfance. Psychologues scolaires ou autres montraient des dessins faits par des enfants pendant des examens psychologiques ou des rééducations. Françoise Dolto lisait dans ces dessins et livrait ses interprétations. On ne savait vraiment pas d’où elle pouvait les sortir, acceptant rires et sarcasmes, elle apparaissait comme une magicienne. On la présente souvent avec l’image de bonne mère, de grand-mère, mais elle avait son franc-parler et elle tenait bon sur un certain nombre de choses essentielles. Et lorsqu’elle posait des questions aux cliniciens concernés par ces dessins, on se rendait compte qu’elle avait vu juste. Elle avait une façon rare de comprendre et d’être en harmonie avec ce que les enfants pouvaient dire à leur manière.Dans le cadre de l’école freudienne, elle avait aussi fait de longues années un séminaire de psychanalyse d’enfants, qui, lui, n’était pas ouvert à tout le monde ; il fallait avoir été psychanalysé et introduit par quelqu’un de l’école. Les participants exposaient certaines séances qui leur posaient question. Elle ne vérifiait pas si les participants avaient été réellement psychanalysés mais les avertissait que c’était sous leur propre responsabilité, à leur propres risques qu’ils venaient, aux risques de ce qu’ils allaient entendre et rencontrer de l’inconscient. Être confronté à des notions psychanalytiques présentées in vivo et non en théorie abstraite, sans avoir fait un travail sur soi-même, peut être psychiquement perturbant. Après la dissolution de l’Ecole freudienne, ce séminaire s’est transporté à l’INJS, à St Jacques, qui l’avait accueillie.En 1980 sa renommée médiatique est déjà bien établie et des virages importants de sa vie professionnelle ont été pris : elle avait arrêté depuis 1975 sa pratique à l’hôpital Armand Trousseau, où elle avait eu une consultation depuis la fin de la guerre. Avec Mme Arlette, l’infirmière, elle recevait enfants et parents en grandes difficultés. C’était aussi un lieu de formation pour de jeunes psychanalystes qui assistaient aux entretiens, si les enfants en étaient d’accord. Elle avait arrêté d’avoir des patients sur son divan, c’est-à-dire qu’elle ne faisait plus de cure psychanalytique à proprement parler. Elle avait seulement des psychanalystes en contrôle. Le CMPP Étienne Marcel l’avait priée de mettre fin à ses activités, ce qu’elle semblait regretter. Différents arrêts donc, ce qui pourrait s’appeler retraite, mais toujours autant de vitalité et de désirs, celui de la prophylaxie des troubles précoces de l’enfant, celui de la transmission et de l’ écriture.Depuis 1975, lors d’une émission quotidienne sur France Inter « Lorsque l’enfant paraît », elle répondait à des lettres de personnes qui lui posaient des questions sur les enfants. Elle était pleine de bon sens et ses idées de respect fondamental de l’enfant ont essaimé aussi à travers cette émission.Elle avait à coeur de prévenir les dysfonctionnements psychiques chez les enfants. C’est l’époque où elle arrive à mettre en place avec toute une équipe la désormais fameuse « Maison Verte » : lieu d’accueil et de socialisation pour les touts petits enfants, de 0 à 3 ans avant l’école maternelle. Lieu où des psychanalystes, des éducateurs accueillent des parents avec leur enfant, de manière ponctuelle, anonyme, non obligatoire, où des mamans isolées peuvent simplement venir avec leur petit enfant, posant ou non des questions à son propos. Elle s’était rendu compte que la vie parisienne ne permettait pas à des enfants isolés de rencontrer d’autres enfants et à des parents tout aussi isolés de rencontrer d’autres parents.Quand les pédagogues de St Jacques lui ont proposé ce cartel, le champ de la surdité ne lui était pas inconnu : enfants et jeunes sourds vus et entendus lors des récréations de l’INJS, (on sait que les fenêtres de son bureau donnaient directement sur la cour de l’institution) mais aussi, et on sait ça grâce au patient travail de Didier Donstetter, thérapies, suspicions de surdité et diagnostics différentiels lors de sa consultation avec Mme Arlette, lui étaient familiers. En témoigne le superbe interview réalisé par Jean-Baptiste Pontalis sur la pièce de théâtre autour d’Hélène Keller en 19…, je ne me souviens plus quelle année, car toujours en recherche et curieuse, à l’affut des différentes sensorialités, de tout temps elle s’était intéressée aux personnes différentes, n’en parlant jamais comme de personnes diminuées.Notre groupe de travail était situé du côté de la psychanalyse, il répondait à la même règle : on n’en était que si on était en analyse ou analysé. Les participants de ce groupe proprement dit ont été, par ordre alphabétique : Jacqueline Chaumeil, Bernard Dufresne psychiatre à l’INJS de Metz, Claire Eugène, Françoise et Michel Exertier, Michel Jollivet psychiatre au centre pour jeunes sourds de Creil, Monique Rinaldi Lévêque, puis Brigitte Embasaygues, orthophoniste au CELEM.Les premières années, les séances de travail étaient enregistrées grâce à de petits magnétos. Et puis, à tour de rôle, l’un après l’autre, on écoutait et décryptait l’intégralité de la séance précédente qu’on multipliait pour les redonner aux autres avec les moyens de l’époque, la feuille de carbone violette, la ronéo. Les pédagogues de St Jacques parlaient beaucoup de certains enfants de leur classe aux troubles psychiques manifestes.En souffrance dans nos institutions, nous étions drôlement contents de nous retrouver une fois par mois et de pouvoir parler avec Françoise de ce qui nous préoccupait. C’était intimidant ; Françoise Dolto, rapidement, a proposé le tutoiement entre nous. Tutoyer Françoise Dolto … Le samedi après-midi, une fois par mois, dans son bureau d’où l’on voyait bien la cour de St Jacques, dans ce bureau habité de piles de livres, au divan recouvert de bouquins (elle recevait apparemment des dizaines et des dizaines d’ouvrages), on parlait de ce qui n’allait pas dans notre boulot. Et puis, devenus plus nombreux, nous avons migré vers le salon. Dans le salon, c’était encore plus impressionnant parce que c’était Françoise Dolto plus intime avec, notamment, des sculptures qu’elle avait faites, des objets très personnels. Ses talents créatifs, polymorphes, ne s’exprimaient pas que dans la psychanalyse ! Et le rituel était de conclure ce fécond après-midi en passant dans la salle à manger pour partager un verre, c’est là que j’ai découvert le Beaume de Venise, dont j’ai déjà parlé ailleurs.Un savoir transmissible se constituait sur les enfants sourds. Et fort heureusement, a été balayée ce qu’on appelait autrefois la psychologie de l’enfant sourd, ces vieux concepts affirmant que la personne sourde n’avait pas accès à l’abstrait, était impulsive, etc…Constitution d’un savoir : elle avait déjà rencontré des enfants sourds et situations de la Maison Verte et expériences personnelles émaillaient nos échanges, en association avec nos propos sur la clinique quotidienne. Elle parlait volontiers d’une consultation à Trousseau où elle s’était rendu compte que l’enfant venu pour un comportement insupportable n’entendait pas du tout. Informant la mère de cette découverte, elle avait été stupéfaite par la terrible réaction de celle-ci : « J’aurais préféré que mon enfant soit mort, une infirmité pareille, c’est pire que la mort ». Peu de mères le disent, encore moins de pères, mais combien le pensent quand un enfant en difficulté, difficulté qui va se situer du côté du langage, prend la place de l’enfant merveilleux ? Combien d’enfants attiraient l’attention par des comportements insensés, pour dire le manque d’échanges langagiers et de repères symboliques ? Les comportements des touts-petits de la Maison Verte n’étaient pas sans évoquer ceux des beaucoup plus grands qui nous préoccupaient. Bien avant que la génétique ne les remette au goût du jour, Françoise faisait faire des arbres généalogiques. Quand elle recevait un enfant, quand on lui parlait d’un enfant, elle disait : « Bon, alors, le père, la mère et tout ça, et vous avez fait l’arbre avec cet enfant ? » On voit bien l’arbre généalogique à la fois du côté du corps et du côté du psychisme et l’humain tout autant.Immergés dans une autre clinique, jeunes « professionnels de la surdité » nous prenions petit à petit du recul pour échapper à l’enfermement de l’unique filtre de la surdité. L’époque n’est plus la même et de profonds changements ont été réalisés dans la manière de voir et d’éduquer les enfants sourds. Le groupe de travail s’est transformé en groupe de propositions à inscrire dans le social, lieux, réalisations nécessaires à nos yeux pour mieux respecter ces enfants, les parents et leurs souffrances, mieux les situer dans le réseau langagier, et leur permettre d’être sujets, ayant de l’entendement, du désir.Vint alors le temps de formaliser ces pensées et ces projets, pas facile d’écrire à plusieurs, nous y avons passé des samedis et des samedis, mais avons produit un document et avons créé une association. Le document, largement distribué, est aussi paru dans la revue Coup d’œil, faite par Bernard Mottez et Harry Markowicz, n°44, premier trimestre 1986. L’association loi 1901 a repris dans son titre nos préoccupations : Communication Précoce Entendants Non Entendants.Premier paragraphe : « Tout être humain est un être de relations et de communication, de besoins et de désirs. Leurs expressions différenciées sont structurées dans le langage dès les premiers jours mais contrairement à l’animal, l’être humain est doué d’une fonction symbolique dominante sur ses fonctions organiques constamment croisées à elle. Ainsi développe-t-il l’intelligence du monde et de lui-même. Le bébé sourd profond lui n’entend quasi rien de ces expressions orales. »Nous avons donc fait trois propositions « afin de promouvoir des moyens d’atténuer la carence de communication précoce entre les bébés sourds et leurs parents, de réduire ainsi la souffrance et l’angoisse et, par là-même, de préparer et de favoriser l’intégration des enfants sourds dans la société. »La première proposition, en tous cas la première à avoir pu fonctionner, était un accueil des parents au moment du diagnostic. Celui-ci a depuis été très théorisé et développé, il n’en reste pas moins un moment d’immense désarroi, de trouble, de tempête, de tempête de la temporalité. La mère d’une fillette de dix ans me parlait hier de cette temporalité « en accordéon » au moment du diagnostic. Inquiétude pour le petit dont le langage tarde à arriver, puis malaise dans l’écart entre le petit qu’on a dans les bras et celui qu’on imaginait et connaissait, nécessité de faire rapidement un choix éducatif, de prise en charge, d’accompagnement pour cet enfant maintenant et aussi pour l’adulte qu’on voudrait qu’il devienne. Françoise Dolto parlait beaucoup de la personne citoyenne, valeureuse, qui aura à advenir. On avait proposé d’accueillir les parents à ce moment-là, en dehors de tout choix éducatif ou langagier et en dehors de toute institution.Et, à l’époque on ne savait pas encore que Daniel Abbou présenterait « L’œil et la Main », qu’Emmanuelle Laborit serait césarisée, puis directrice d’IVT ; les téléphones n’étaient pas portables, les SMS n’avaient pas été inventés, que dire d’internet et de face-book ? On parlait des rendez-vous que se donnaient les sourds à Paris, à Auber ou à Châtelet, ils savaient qu’en sortant du boulot ou de l’école ou du centre, ils pouvaient rencontrer les autres, jeunes, moins jeunes ; toute une communauté se retrouvait là dans l’immédiat, l’apparition du Minitel permettant enfin d’anticiper ces rencontres.Dans une salle de la rue Cujas nous avons, Michel Jollivet et moi-même, attendus patiemment ces parents, souhaitant pour eux que ce moment de diagnostic ne s’enkyste pas, ne vienne insidieusement envahir leur psychisme. Peu sont venus. Mais me restent des souvenirs de couples qui ne se parlaient plus et qui là ont pu échanger des secrets de famille, bien sûr dramatiques, liés ou non à la surdité. Des souvenirs de parents désemparés ne sachant soudain plus comment protéger leurs enfants des innombrables petits et grands dangers de la vie. On essayait donc de faire en sorte que des paroles puissent s’échanger autour du diagnostic, ayant directement ou non à voir avec l’enfant découvert sourd.La deuxième proposition a été de faire des cassettes, films vidéos destinés à des parents isolés. Françoise Dolto a alors sollicité Danièle Lévy, qui faisait dans le cadre du CNDP, Centre National de Documentation Pédagogique, une émission « Les quatre jeudis ». Elle avait consacré plusieurs de ces émissions au travail et idées de Françoise Dolto. Parallèlement au groupe de travail, à partir de 1981, un groupe a ainsi été réuni et a travaillé sur ce projet de cassettes, films vidéos pour enseigner les éléments de LSF nécessaires aux parents de jeunes enfants sourds ; tous les membres du groupe de travail n’en étaient pas, des intervenants temporaires ou plus constants ont enrichi ce travail sur les scenarii.Si à Paris, il y avait et il y a toujours pléthore d’institutions, il existait, et il existe encore, des endroits éloignés de tout centre de prise en charge précoce ; Françoise D. se préoccupait vraiment de ces parents isolés dans leurs campagnes, seuls et en rupture d’échanges; toujours dans ce désir de prophylaxie, elle voulait mettre à leur disposition des moyens langagiers et « les promouvoir au rôle structurant d’initiateur de leur enfant au langage avec la société », pour que les enfants n’aient pas plus de soucis que ceux que la vie humaine donne en général.Le directeur de St Jacques nous prêtait la belle pièce précédant son bureau, où l’on pouvait côtoyer les chefs d’œuvre des compagnons sourds. On avait inventé une marionnette, une espèce de grand personnage dont les mains émergées devaient signer, on lui avait trouvé le délicieux nom de Sigismundo, en référence au prénom de Freud. Elle devait enseigner « le vocabulaire indispensable à la communication avec les tout petits ». Nous avons planché sur les thèmes fondamentaux auxquels on initie un tout petit enfant : alimentation, soins corporels et sommeil ; les sens, les sensations, le sens qui manque ; les relations familiales ; les objets familiers ; les jouets ; les loisirs ; les couleurs ; les végétaux, les animaux, le vivant et le mort ; l’espace extérieur ; les éléments ; le temps ; les saisons ; la différence des sexes ; la naissance, etc.La troisième proposition était de créer une Maison Arc-En-Ciel. Françoise nous parlait souvent des enfants reçus à la Maison Verte, des parents rencontrés, des règles instituées, de ce qui s’y passait et faisait réfléchir. La pertinence croissante de la Maison Verte en matière de prévention a entrainé le projet de créer dans le même esprit une Maison Arc-en-Ciel. Ce qui était très intéressant et reste à mon avis fabuleux, c’est qu’à ce moment-là, on ne savait pas ce qu’on allait faire. Et elle disait toujours : « D’accord, on ne sait pas ce que ce sera, mais on sait ce que ça ne sera pas. » Donc, ce ne sera pas un lieu éducatif pour apprendre la langue des signes, ce ne sera pas dépendant des institutions existantes, ce ne sera pas… Et petit à petit, s’est ébauchée cette Maison Arc-En-Ciel avec des caractéristiques différentes, plus adaptées aux enfants sourds, quant à l’âge des enfants à accueillir, quant à la fratrie. Vous allez en entendre parler de manière plus approfondie dans cette journée.Pour réaliser ces différents projets une association a été créée : le CPENE, Communication Précoce Entendants Non-Entendants. Je me souviens avoir trouvé un peu dur cet acronyme, si le nom détaillé est merveilleux, à entendre il l’est moins : « c’est peine ». Et le nom a changé, est devenu Association Enfance Communicante, AEC, Arc En Ciel. Nous avons passé beaucoup de temps aussi à trouver un financement, nécessaire pour les cassettes notamment, à chercher et écrire à des sponsors, Françoise signait de sa main les lettres, et comme nous écrivait les enveloppes, participant à tout ce travail associatif parfois ingrat.

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